Ani Sedent nous propose un nouvel extrait de son nouveau roman 'L'arcane'
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Dès potron-jacquet, le petit groupe avait quitté la manse pour rejoindre, en début d’après-midi et à bonne allure, le Marais des Dragons. À l’horizon, se profilait la Lande aux Cantilènes, émaillée de quelques hameaux dont l’un abritait la seule auberge de ce côté du fleuve.
Valerian avait ralenti l’allure aux abords du marécage qui, coincé entre la courbe indocile du fleuve et la forêt des Songes, marquait l’entrée du domaine de Longvaisseau. Parmi les joncs, roseaux et autres plantes, on apercevait, non loin de leurs nids de butomes tressés, quelques nymphes couper des feuilles rondes, brunies par l’automne, en agitant l’eau qu’un peu de vase colorait de sa rousseur.
Un peu plus loin, apparaissaient d’autres nids dont la forme attestait la présence de dragons des marais.
‒ Brrrr ! fit Merlin en voyant les cueilleuses. Comment peuvent-elles rester dans l’eau par un froid pareil avec seulement trois brins d’herbe sur le dos ?
‒ Ce sont des nymphes, Maître Merlin, elles ne ressentent pas le froid comme nous, répliqua tranquillement Malicia, qui partageait sa carriole avec le vieux mage.
‒ Il n’empêche que le temps s’est drôlement refroidi, insista celui-ci. Elle va geler là-haut, c’est sûr, ajouta-t-il en sortant le nez de son manteau pour observer Azimuth tournoyer au-dessus d’eux, Hortie coincée entre ses crêtes de cou.
Quand Valerian avait expliqué, au grand dam du dragon qui souhaitait accompagner son chevalier préféré, qu’il n’était pas prévu que l’Escorte se fasse ailleurs qu’au sol, la fée avait affirmé que son capricant semblait ballonné et que Sa Seigneurie serait des plus aimable si elle acceptait de l’emmener.
Ce dernier avait bien un peu ronchonné, mais cela n’avait pas duré, tout à la joie qu’il était de cette nouvelle aventure.
L’après-midi était bien avancé lorsqu’ils abordèrent la lande.
Celle-ci s’étendait à perte de vue, ses couleurs automnales créant une atmosphère qui ferait la joie de n’importe quel peintre… pour autant qu’il puisse supporter le reste !
‒ Je comprends mieux pourquoi on l’appelle la Lande aux Cantilènes, fit remarquer Valerian à ses compagnons en élevant la voix pour couvrir celle du vent et son chant mélancolique.
Au même instant, Azimuth vint se poser non loin d’eux et Hortie se magiporta aussitôt au sol.
‒ Quelque chose ne va pas ? s’inquiéta le jeune chevalier en descendant de son cheval tonnerre pour aller à la rencontre de la fée.
‒ Je suis désolée mais je vais devoir récupérer mon capricant, s’excusa celle-ci, dont le teint verdâtre valait toutes les explications.
‒ C’est le vent, il y a des trous d’air, précisa néanmoins le dragon.
‒ Nous serons rendus dans quelques lieues à peine, rassura le jeune chevalier.
‒ Tu peux toujours venir avec moi et laisser ton invoqué à la dame, essaya Azimuth.
Valerian lui lança un regard où se mêlaient envie et reproche.
‒ Si tu changes d’avis…
Le dragon décolla aussitôt. Avec un soupir, le jeune chevalier remonta en selle et regarda Hortie récupérer sa monture attachée à l’arrière de la carriole.
‒ Vous auriez mieux fait de rester à l’académie, lança Merlin.
‒ Pour que vous soyez le seul à vous amuser ? certainement pas ! répondit la fée, qui en oublia sa nausée.
Elle monta en selle et rejoignit Valerian qui lança son cheval au grand galop.