Concours Mon plus beau souvenir de vacances Texte 2
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VACANCES À LA CÔTE
Penser à Thérèse, à Claude, à Yves, à Lotte et à Mila me fait du bien. Je revis mes plus belles vacances, celles qui seront les prémices de futures autres périodes de congé que je passerai bien plus tard dans des clubs sur différents continents, dans des endroits situés aussi bien en montagne qu’à proximité de cités balnéaires.
J’avais presque cinq ans. Je me sentais être une princesse parce que Lotte et Mila, toutes deux préadolescentes, m’entouraient d’une chaleureuse attention. Elles étaient fille et nièce des propriétaires d’une villa que nous occupions à quelques centaines de mètres de la digue. Elles étaient cousines. Provisoirement leurs parents et elles occupaient la même villa tandis que nous habitions dans l’autre maison, la maison jumelle. Pour elles comme pour nous, il y avait donc un regroupement familial inhabituel qui s’avérait pourtant bien agréable même si tout cela n’avait probablement avec le recul qu’un but principalement économique.
C’était mon premier été entourée d’enfants plutôt qu’essentiellement d’adultes. Nous dansions, nous chantions, nous buvions presque à volonté du chocolat chaud, nous courions dans le jardin entourant la villa, nous mangions des œufs à la coque dans lesquels nous trempions des bouts de pain, nous découpions des images dans des magazines, nous réalisions des collages amusants, nous riions. Nous passions de nombreuses heures les uns avec les autres. Nos parents eux aussi partageaient d’excellents moments ensemble. Cela me faisait du bien de constater que nous les enfants possédions tant de dons. Je courais non loin du bord de l’eau avec mes cousins et ma cousine, je bricolais des fleurs en papier que j’échangerais bientôt contre quelques coquillages installée dans un magasin creusé dans le sable avec l’aide de mes cousins. Dans mes souvenirs, il n’y avait pas de pluie, il n’y avait pas de vent, il n’y avait pas de canicule, il n’y avait pas de silences, de moments de solitude ou d’ennui. C’était un monde idéal, on y faisait la fête dégustant des gaufres et différentes sortes de boudins, on nous caressait les cheveux, on nous complimentait ma cousine et moi dans une langue que nous ne comprenions parfois pas puisque nous nous trouvions en Flandre Occidentale. On nous souriait. On nous touchait délicatement comme si nous avions été en porcelaine. Mes cousins étaient juste un peu plus bruyants que Thérèse, Lotte, Lina et moi, mais ils avaient leurs jeux qui n’interféraient le plus souvent pas avec les nôtres. Ils se poursuivaient en courant sur la plage, chacun ayant en sa possession un petit bateau ou une pelle. Ils avaient tous deux quatre ou cinq ans de plus que Thérèse et moi. Thérèse et moi étions dans la même classe durant l’année scolaire, mais dans ces circonstances nous avions alors l’une et l’autre des amis si différents !
Ces vacances-là révélaient l’existence de chemins de fraternité, d’entraide, de partage. À plus de deux cents kilomètres de là, je menais et mènerais encore une vie différente. Je ne verrais plus Papa boire une bière, plaisanter avec mes oncles et les deux patrons pêcheurs et en éprouver à l’évidence un bien-être digne d’un jour de kermesse. Même durant ces vacances, je n’ai d’ailleurs vécu qu’un évènement de ce type…Je n’écouterais plus ma mère parler chiffons avec d’autres femmes comme si la mode était une chose de la plus grande importance, je ne la regarderais plus éplucher tant et tant de crevettes. Comme étaient rares les moments où j’étais libre d’aller et venir sans être ramenée vers plus de sagesse ! J’inventai un monde où, manipulées par deux grandes filles, les poupées avaient l’étrange faculté de parler deux langues, où les casse-cou ne se faisaient pas réprimander, où je pouvais picorer sans retenue les douceurs que je préférais, où Maman se laissait aller à livrer des confidences concernant ses préférences et ses astuces culinaires.
Je faisais partie des gens libres, un peu extravagants, qui peuvent marauder des coquilles vides près de brise-lames ou courir sur une digue, qu’on n’intimide pas avec des mises en garde, qui peuvent se lever pendant les repas pour aller taquiner quelqu’un. Il n’y avait pas de soif ou de faim qui ne pouvait être apaisée. La maison abritait le bonheur des petits et des grands. Ce furent des jours magiques qui ne sont pas effacés de ma mémoire.