Concours n°2 "mon pire souvenir de vacances" Texte 1
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UN MENSONGE D’ADOLESCENTE, DE DÉSOLANTES VACANCES
Début juillet, début de vacances. Plage soudain triste, soleil soudain mélancolique. Le mensonge venait d’être révélé. Il n’y avait rien à espérer pour réparer la faute. Marie-Françoise avait caché la vérité à ses parents. Elle avait un examen de passage et ses parents venaient de l’apprendre suite à un coup de fil qu’ils avaient donné de la cabine téléphonique à une voisine enseignante dans l’établissement fréquenté par leur fille. Ah si seulement ils n’avaient pas cherché à savoir si rien de spécial n’était à signaler dans leur quartier ! Ah si les commérages n'existaient pas !
Tout à coup, les vacances ne sentaient plus bon les gaufres au sucre et les beignets, les vacances se vivaient en paroles désenchantées et en reproches. Je n’y comprenais pas grand-chose. Au cœur des années mille neuf cent soixante, je fréquentais encore l’école primaire tandis que ma cousine Marie-Françoise était déjà élève au lycée. Pour moi, un examen de passage ne représentait pas l’annonce d’une catastrophe puisque j’en ignorais l’importance.
« Je voulais vous protéger. Vous êtes tellement occupés. Je ne voulais pas vous peiner. C’est la faute à pas de chance, un accident. J’ai pris des livres avec moi pour commencer à retravailler mes cours, ici même. On n’est qu’en juillet. L’examen est en août. Je vous en aurais parlé en rentrant chez nous. Ne vous tracassez pas. » Telles étaient les réponses de Marie-Françoise aux reproches de ses parents. De mon point de vue, il n’y avait qu’à lui faire confiance. Cependant chacun n’invente-t-il pas des scénarios différents sur la base de faits fort proches ?
Ses parents menaçaient de rentrer avec elle à la maison, de supprimer son argent de poche pour le consacrer au coût engendré par des cours particuliers. Elle était devenue une sorte de voyou.
Il y avait tant de joies, ailleurs dans les rues de la station balnéaire, dans la ville proche que nous avions commencée à visiter la veille, mais rien ne pouvait apaiser les tensions au sein de la jolie villa que nos deux familles louaient. Marie-Françoise avait eu beau montrer les manuels rangés au fond de sa valise, ses parents demeuraient intransigeants. « Malhonnête un jour, malhonnête toujours », martelait son père. « Si tu rates, tu ne recommenceras pas ton année. Non, tu iras travailler ! Il faut assumer ses négligences jusqu’au bout ! », assénait sa mère.
Mes parents ne se risquaient pas à intervenir. Ils fuyaient quand ils le pouvaient. Ils m’emmenèrent ainsi visiter un parc d’attractions à La Panne pour laisser Marie-Françoise et ses parents faire le point sur la situation.
Le bonheur des vacances précédentes s’oubliait. Je n’obéissais qu’aux suggestions de mon cœur qui me poussaient parfois à commettre des bévues pour attirer l’attention sur des sujets différents. Ce n’étaient que maladresses commises par une gamine en souffrance. J’aurais pourtant souhaiter câliner Marie-Françoise plutôt que de renverser de la nourriture, donner des coups de pied dans la poubelle ou me plaindre d’une douleur inexistante.
Mon oncle passa de nombreuses heures attablé dans le living à revoir certains points de matière avec Marie-Françoise. N’était-ce pas du temps gâché ? À présent, je me dis qu’il se sentait peut-être coupable de ne pas avoir été suffisamment attentif aux études de Marie-Françoise ? Ma tante répéta, quant à elle, une sorte de refrain : «J’espère, Fanfan, que tu retiendras au moins que le mensonge ne vit jamais longtemps. »
Ce furent les dernières vacances passées en compagnie de Marie-Françoise, d’oncle Pierre et de tante Simone. Elles laissèrent en moi des saveurs aigres, une volonté de regarder les choses en face, de ne pas m’appuyer sur l’apparente facilité de la tromperie et d’apprendre à passer suffisamment vite l’éponge.