Texte n°3 : mon pire souvenir de vacances

Publié le par christine brunet /aloys

Le meilleur moment

 

  C’était pourtant un si joli village.  Non, il ne manquait pas d’attraits avec ses adorables maisons aux toits pentus, ses jolies vitrines illuminées qui donnaient aux soirées des airs de fête, ses petits et grands hôtels répartis autour d’un lac au charme indéniable, le tout cerné par d’imposantes matrones en tablier blanc, leurs pics déchiquetés se faisant, pour les plus hardis, promesses d’inoubliables randonnées.  Non, vraiment, la carte postale ne manquait pas d’attraits…

  La première sortie matinale, qui allait par la suite devenir mon tourment quotidien, fut une balade à l’ombre des sapins, autour du cœur battant de ce si joli village : le remarquable plan d’eau auquel quelques barques donnaient un charme romanesque. Romance qui, allais-je fortuitement l’apprendre, risquait de tourner court si d’aventure l’embarcation gîtait, sous peine de livrer le rameur étourdi aux sangsues qui s’ébattaient joyeusement dans l’innocent liquide.  Bien sûr, outre ces démons succubes, le lac recelait des poissons parfaitement inoffensifs… bien plus, en tout cas, que les pêcheurs aguerris qui trucidaient leurs prises avec entrain sous les yeux ravis d’un public intéressé.  Enfin, pour autant que le public n’ait pas dix ans et un sens de la compassion très développé !

  Pour mon plus grand plaisir (encore) cette promenade journalière et bucolique était également l’occasion de faire des rencontres, dont certaines plus piquantes que d’autres ! Un lac, même de montagne, recèlera toujours quelque coin d’une placidité propre à l’épanouissement de l’infernale gente ailée aux mœurs vampiresques, que les moins chanceux (ils se reconnaîtront) attirent plus sûrement qu’un buddleia des papillons.  Aïe !

  Mais parlons de l’hôtel.  Un budget restant un budget, ce n’était pas le plus grand ni le plus cossu, ce n’était cependant pas non plus une gargote.  N’ergotons pas, le cadre était agréable, les chambres propres et confortables.  Non, c’est à table que, tel un indésirable pique-assiette, s’invita le problème, pour, sans vergogne, faire de ce moment une déception de tous les repas.

Le pays jouissant d’une bonne réputation culinaire, c’est sans méfiance que les dîneurs, affamés par une matinée passée parmi les moustiques et un après-midi de randonnée sur des pentes interminables, investirent la salle à manger et s’installèrent à table, le sourire aux lèvres.  En ce premier soir, ils choisirent entre les deux potages, les deux entrées, les deux plats, les deux desserts proposés et si, à la fin du repas, il se doutèrent bien qu’aucune étoile ne garnirait jamais la carte, c’est néanmoins repus qu’ils s’en allèrent dormir après une dernière promenade, digestive celle-là.  Le lendemain, les choses se gâtèrent.  Le menu ressemblait en tous points au précédent.  Devant ce choix limité, les déçus se rabattirent sur ce qu’ils n’avaient plébiscité le soir précédent et retournèrent dormir, un peu moins satisfaits.  Le troisième soir, la carte eut beau faire, les dîneurs la reconnurent immédiatement.  Il fallait pourtant bien manger et ce fut avec regret qu’ils se virent resservir les mêmes plats.  Dépités, ils allèrent dormir avec pour seul souhait qu’aucun reste ne garnisse encore les fonds de casserole.  Vœu pieux s’il en est !

Or voici qu’un soir apparaît au menu un plat encore jamais proposé.  Et pas n’importe quel plat, une spécialité du pays.  Affamé de nouveauté, le plus désabusé se lança et passa commande.  Peut-être aurait-il dû écouter le serveur qui avait timidement tenté de l’en dissuader, car si l’intérêt gustatif du mets restait discutable, la découverte d’un intru se tortillant dans l’assiette n’engendra aucun doute sur l’arrière-goût amer qu’allait laisser cette cerise sur un gâteau déjà bien périmé.

  À ce stade, est-il nécessaire de mentionner la montagne de boîtes de conserves découverte à l’occasion d’une incursion non autorisée à l’arrière de l’hôtel ? Ou encore ces pantalons régulièrement inondés de soupe par un jeune serveur, certes sympathique, mais d’une maladresse consommé…e ? (Désolée, je ne résiste pas à cette petite pointe de sel).  Malgré tout, je tiens ici à rendre hommage à la victime qui a prouvé, à la fin du séjour, qu’il ne tenait pas rigueur au serveur occasionnel, étudiant de son état, d’avoir joué les tourneurs d’assiettes empoté, en lui laissant un joli pourboire.  Sans doute pour mieux l’inciter à retourner à ses livres, loin de la salle à manger !

  Il est des voyages qui laissent un souvenir impérissable, celui-ci en fait partie.  Le meilleur moment restant assurément celui du retour… ce fut en tout cas le mien !

Publié dans Textes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
E
Oh ça c'est trop comique, des vacances qui ne s'oublient pas. J'ai connu la même chose à Carcassonne, dans un restaurant appelé "Le vieux four" : tout était en conserves et couvert de poivre pour tromper les papilles gustatives trop méfiantes. Et même : un client s'est un jour plaint de ce que la salade avait une odeur de pipi de chat : eh bien c'était bien ça, il y avait 9 chats "de la maison' qui couraient sur les tables et s'amusaient à faire des farces (c'est le cas de le dire...). C'était il y a bien longtemps, qu'on se rassure. Et la marque des conserves était Bonduelle :D
Répondre
P
Amusant !!!
Répondre
M
Un texte qui n'est vraiment pas banal !
Répondre
E
Pas mal :) !
Répondre
A
Hé bé ! Aller en montagne pour découvrir un désert culinaire, c'est pas banal !😄
Répondre
P
On ne va pas en vacances pour manger (moi pas en tout cas), mais ça entre dans la réussite des vacances quand même !
Répondre