Texte n°2 concours 3
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Le Père Noël, mon héros
J'y croyais autant que peut croire le cœur naïf et spontané d'une enfant de six ans. Le Père Noël existait et aucune démonstration scientifique ne m'avait départie de cette croyance pleine et entière. Contrairement à nombre de mes amis, ce n'était pas les cadeaux qui me plaisaient le plus chez ce vieux bonhomme à la barbe blanche et au sourire bienveillant. Non, la seule chose qui me ravissait et enchantait mon âme, c'était de l'imaginer sur son traîneau, tout de rouge vêtu, guidant joyeusement ses rennes fidèles, traçant sa route au milieu d'un océan d'étoiles. Tous les soirs précédant la belle fête de Noël, je contemplais le ciel, insensible au froid, le regard perdu dans la pénombre nuageuse.
L'année de mes sept ans, nous fêtions le réveillon de Noël avec cousins et cousines, tous plus âgés que moi. Mes tantes et oncles apportèrent une ambiance gaie et entraînante. Mes parents ponctuaient leurs phrases en riant aux éclats et, nous, les enfants, échangions nos hypothèses endiablées quant à nos futurs présents. Au moment du dessert, il était déjà plus de vingt-trois heures et, la fatigue aidant, je ne remarquais même pas que mon oncle Fred avait disparu. Le front appuyé contre la fenêtre, les yeux tournés obstinément vers l'horizon céleste, je résistais de mon mieux à la fatigue qui m'envahissait. Finalement, je glissai jusqu'au tapis en velours et je m'endormis au pied du sapin illuminé.
J'ignore combien de temps s'était écoulé lorsque je rouvris les yeux, soudainement réveillée par des « Ho, ho ! » graves et chaleureux. Le salon n'était plus éclairé que par deux lampes de chevet. Toute ma famille semblait endormie, les uns sur les deux canapés, les autres, les plus jeunes, sur le tapis à mes côtés. A cet instant, transperçant l'obscurité comme une apparition, apparut au salon la silhouette si reconnaissable du Père Noël. Mille questions me venaient aux lèvres mais je n'osais pas bouger. Mes cousins s'éveillèrent à leur tour et demeuraient bouche-bée devant le nouveau-venu, paradoxalement autant attendu qu'inattendu. L'une de mes cousines, âgée de dix ans, s'écria soudain : « Papa ! Maman ! Le Père Noël est là ! ».
Aussitôt, le salon fut plongé dans la lumière, et, le Père Noël resta immobile, debout, surpris en flagrant délit, les bras chargés de paquets colorés. On aurait dit qu'il ne savait pas comment réagir : nous aurions dû être tous endormis ! Il nous dévisageait étrangement. C'est à ce moment-là que j'ai compris que quelque chose n'allait pas. Sous son épaisse barbe, il se mordait les lèvres comme s'il essayait de ne pas éclater de rire. Son visage se déformait en une grimace des plus cocasses. Soudain, il se mit à rire de toutes ses forces, bientôt rejoints par les autres adultes et les aînés des cousins. Figée, je mis un peu de temps à reconnaître oncle Fred sous ce déguisement trop grand pour lui... Soudain, la vérité m'apparut comme une évidence et tous les raisonnements des rageurs me revinrent en mémoire jusqu'à me conduire à cette terrible révélation : le Père Noël n'existait pas ! Mes parents m'avaient menti durant toutes ces années ! Combien de complices avaient-ils ? Difficile de les dénombrer entre les grands-parents, les maîtresses, les cousins, les grands frères... Ils m'avaient tous pris pour une idiote et je me rendais compte à quel point je m'étais montrée crédule.
Je ne saurais dire si j'étais davantage vexée que malheureuse. Les larmes aux yeux, je me réfugiai dans ma chambre en me promettant de ne plus jamais croire aux histoires racontées par les adultes.