… huile dark dark dark, huile crachée, vomie, déféquée par les émonctoires des ingénieries et des rétro-ingénieries, huile dark dark dark, qui pleut lorsque luit le soleil et s'écoule hors des saisons, hors du temps, hors du tout, ordure, huile nocturne, huile des trois pauses, huile dark dark dark, huile de la feu sidérante sidérurgie du Pays Noir dark dark dark, et c'est de là, de ce dark renversé, ce crade donc, que la chenille devient papillon, huile dark dark dark, cambouis magistral, matos du poète, terre glaireuse, souterraine et adamique, que ce magicien malaxe, façonne, découpe, qu'il tranche, charcute et enfin épice de métaux précieux, car ce sont des mots, tous ces petits morceaux englués, c'est de ce dark humus, cet hymen dense et éternel que le poète les a extirpés jour après jour, nuit après nuit, au milieu de cette forêt vertigineuse d'argonautes démasqués, ces mots tatoués de cambouis d’imprimerie …
Situation : Alicia Vernet est une jeune femme de 28 ans, célibataire, assistante d’une directrice de marketing à Paris. Elle vit au sein d’un quartier simple mais paisible, en retrait de la capitale. Une seule chose vient troubler sa sérénité : son voisin, son voisin qui lui ôte tout instant de silence et de paix, jour et nuit, en produisant des bruits insupportables et effrayants. Qui est ce Marc Lagarde qu’elle entend heure après heure, sans jamais le croiser, ni même l’apercevoir ? La semaine dernière, un cri de femme a déchiré la nuit, une autre fois des grincements incessants l'ont réveillée en sursaut… Décidément, à quoi s’occupe donc son voisin ?
1.EXT. SOIR PERRON DE MARC Dévorée par la curiosité et le désir de surprendre son voisin en pleine activité illégale, Alicia décide d’aller jeter un coup d’œil discret aux fenêtres de son voisin. Alors qu’elle vient de sauter la barrière qui couronne le petit jardin et qu’elle s’approche doucement de la façade, la porte de la maison s’ouvre soudainement. Apparaît Marc, la quarantaine, l’air menaçant.
MARC (debout devant sa porte) Qu’est-ce que vous faites chez moi? Ca ne va pas non ?
ALICIA (essayant de prendre une voix détendue) Vous n’auriez pas de la lessive ? (très vite) Euh oui, je n’ai plus de lessive depuis hier soir et j’ai oublié d’en acheter ! Mais, vous voyez, moi je ne peux pas me coucher sans avoir fait ma lessive quotidienne. En plus, j’ai besoin de laver une jupe pour demain car j’ai un rendez-vous avec ma patronne. Je vais perdre mon travail si je ne suis pas irréprochable et…
MARC (les sourcils froncés, dissimulant un sourire) C’est bon, arrêtez votre baratin ! Si vous croyez que je ne vous vois pas m’espionner depuis deux semaines. Vous brûliez seulement d’envie de voir à quoi ressemble l’étrange animal qui vous sert de voisin ! Vous vous demandez même sûrement quel âge ont les victimes que j’égorge chaque nuit !?
ALICIA (en reculant, non sans frémir) Pas du tout...
MARC Mon Dieu comme vous avez l'air drôle ! On croirait que je m’apprête à vous manger. Dites donc : quel âge avez-vous pour croire encore aux ogres et aux monstres qui dévorent les petits enfants ?
ALICIA (très vexée, rouge) Si vous croyez que vous me faites peur ! J’ai seulement été surprise. Mais ce n’est pas grave si vous ne voulez pas me prêter de la lessive, je me débrouillerai. Après tout, il est vrai que rien ne vous oblige à être aimable et généreux. Au revoir Monsieur !
MARC (la rattrapant) Mais attendez ne partez pas comme cela. Bon d’accord, excusez ma maladresse. Vous vouliez de la lessive ? Eh bien venez, je vais vous en passer.
Alicia recule encore.
MARC (se moquant d’elle) Entrez voyons ! Ne me dites pas que vous croyez sincèrement que je suis un grand méchant loup !
ALICIA (s’avançant et prenant son courage à deux mains, elle fixe Marc) Le grand méchant loup n’existe pas mais les assassins si !
MARC (comprenant qu’Alicia est réellement inquiète) Arrêtez de délirer ! Vous m’avez l’air d’être une gentille fille et…
ALICIA (hors d’elle, l’interrompant brusquement) Qu’est-ce que vous savez de moi ?
MARC (de plus en plus ironique) Que vous êtes fan de lessive, que vous avez pour lubie de vous promener la nuit dans le jardin de vos voisins, que vous croyez aux ogres et…
ALICIA (ne pouvant réprimer un sourire) Bon ok taisez-vous, je vous suis !
MARC (ironique) Excellent choix ! Pour vous récompenser, je vais vous expliquer en quoi consistent mes activités nocturnes. (l’air contrit) A ce propos, je tiens à 4 m’excuser pour le dérangement, je ne me suis pas rendu compte que je gênais. Je sais que vous m’en voulez, je veux me faire pardonner ! ALICIA (se détendant devant le regard franc et rieur, presque enfantin, de son voisin) D’abord, je veux savoir l’origine de tous ces bruits si glaçants.
INT. SOIR.SALON DE MARC Marc conduit Alicia au milieu d’appareils tous aussi étranges les uns que les autres, de tables où sont couchés des poignards et des menottes, de mannequins à tête de femmes blondes, de cerceaux et de nombreux ustensiles qui ne firent qu’augmenter la curiosité de la jeune femme.
MARC (fier) Voici mon antre secrète…ou plutôt voici ma salle d’entraînement !
ALICIA (étonnée, encore sur ses gardes) D’entraînement ?
MARC (riant) Vous avez devant vous, ma chère, un artiste renommé!
ALICIA Vous voulez dire que…
MARC (reprenant son sérieux) ...que je suis un faiseur de tours oui ! J’appartiens, par passion, à une troupe de cirque et, l’année dernière, le directeur de la troupe m’informa du triste état de nos finances. J’eus alors l’idée de monter un numéro de prestigitateur mêlant les rires et la magie, le comique et le surnaturel. J’ai même mis au point ces appareils, près de vous, qui servent à créer quelques effets spéciaux qui donnent plus de poids à mon numéro. J’y ai passé des nuits entières…mais cela, vous le savez déjà. (Il sourit) Tous ces ustensiles qui vous paraissent si effrayants ne sont que des outils de travail ! Par exemple, ces mannequins campent des femmes qui m’accompagnent sur scène et prennent part au numéro. De même, je suis capable d’avaler des poignards, de me couper en deux…
ALICIA (complètement détendue) Mais alors, d’où venaient ces cris de femme que j’ai entendus certaines nuits ?
MARC Un jour, un jeune spectateur m’a dit qu’il regrettait que ces mannequins ne puissent me répondre et je vous avoue que je ne suis pas très doué pour imiter la voix féminine. J’ai donc décidé d’apprendre à être ventriloque et les cris que vous avez entendus ne sont autres que des échantillons de mon entraînement !
ALICIA (très intéressée) Votre métier me semble vraiment passionnant. Le mystère qui règne dans votre métier a bien déteint sur vous mais… cela vous donne un certain charme après tout.
MARC (surpris) Cela veut donc dire que vous ne m’en voulez plus ?
ALICIA (le taquinant) Disons que j’oublierai de porter plainte pour tapage nocturne si vous m’en dites un peu plus sur votre métier.
MARC (souriant) Je vais faire mieux que ça. Je vous invite à assister à mon prochain numéro et je me débrouillerai pour que vous ayez le droit de m’accompagner dans les coulisses !
ALICIA (retenant une exclamation enjouée) Je ne suis pas sûre de mériter une telle faveur. Et pourtant, si vous saviez comme j’adore la prestigitation et tous ses mystères !
MARC Alors acceptez cela me fera plaisir. Et puis, je vous dois bien cela. Je vous prive de repos et de quiétude depuis près d’un mois. Vous devez me détester !
ALICIA (plus bas, le regard rêveur, se retournant alors qu’elle allait sortir) Vous n’êtes pas vraiment le genre de personne que l’on peut détester…
MARC (avec un ton rieur, un peu moqueur) Et votre lessive ?
Prémonition ? Sagesse issue d’une vie simple et droite ? Intuition des humbles ? Qui pourrait dire comment ses mains avaient été guidées ? Qui pourrait parler de la tendresse dont témoigne son travail ?
En ce temps-là, à Nazareth, Joseph venait de terminer un berceau, le plus admirable qu’il eut pu réaliser. Ses doigts avaient des heures durant laisser agir le ciseau et le polissoir. Sans qu’il en ait vraiment conscience, des étoiles étaient à présent gravées sur les montants, des bergers et leurs brebis étaient profilés sur le panneau de la tête. Joseph s’adossa au tas de bois qui se trouvait dans son atelier et considéra son œuvre. Son esprit brûlait de joie et de fierté car il savait que son fils reposerait là au creux douillet du petit lit.
Quelques voisins avaient eu l’occasion d’observer le meuble et bientôt à travers tout le pays parvint une rumeur qu’un berceau extraordinaire avait été réalisé dans une humble maison de Nazareth. Cette nouvelle arriva même au palais du roi Hérode. Celui-ci n’était pas homme à s’émouvoir de la création d’un objet d’art de plus, car il avait à sa disposition quantité de pièces rares et de valeur, mais il présageait qu’une telle rumeur pouvait avoir quelque chose d’inquiétant. Des devins lui annoncèrent, en effet, à la description orale du bel objet que son règne était menacé.
Quelques semaines plus tard, Joseph apprit qu’il devait se rendre à Bethléem pour un recensement. Un ange l’avertit en songe que le bébé ne reposerait pas là où il l’avait imaginé. Alors, tandis qu’il se préparait avec son épouse pour le long voyage qu’ils devaient effectuer, il réfléchissait à ce qu’il allait faire de son ouvrage. Comme il n’avait pour seule monture qu’un maigre bourricot, il lui sembla impossible de le transporter. Ainsi, il se résolut à en faire don . Il le déposa près du puits du village et espéra que quelque personne nécessiteuse pourrait se l’approprier.
Cependant, un émissaire du roi Hérode, congédié en raison de son âge, qui rentrait dans sa région de naissance pour y finir tristement ses jours, découvrit le meuble. Il avait entendu parler du chef d’œuvre auquel on attribuait des vertus insoupçonnables. En son cœur, il éprouva une grande joie. Voilà un trésor, estimait-il, qui pourrait lui faire retrouver grâce auprès de son roi. Il s’en retourna donc pour Jérusalem. Sous les pas de son cheval la route était plus facile qu’elle ne l’avait jamais été auparavant. Il lui semblait que le berceau était plus léger qu’un voile.
Hérode fut ébranlé lorsqu’il vit le berceau. Il appela devins, scribes et sages pour interpréter ce qui était représenté de manière aussi gracieuse sur le bois.
« L’astre d’un nouveau roi s’est levé », osa l’un d’eux.
« Il est reconnu par tout le peuple des bergers », poursuivit un autre.
« Les écritures laissent prévoir qu’il se trouve à Bethléem », dit encore un troisième.
Peu de temps après cette découverte, des mages venus d’Orient s’adressèrent à Hérode et confirmèrent qu’ils avaient vu apparaître une nouvelle étoile, signe d’une naissance prestigieuse. Alors, Hérode, reconnaissant les propriétés divinatoires propres au berceau, manda les mages afin de porter le petit meuble jusqu’à cet endroit où ils comptaient aller rendre hommage à l’enfant.
Quand Joseph reconnut son œuvre, il en fut bouleversé. Il frémissait de bonheur. L’enfant pourrait reposer sur une couche digne de ses origines. Joseph contempla son ouvrage d’un regard tout neuf. Il distingua qu’il avait représenté un désert au pied du petit lit. Il fut visité la nuit suivante par un ange qui lui ordonna de se rendre en Egypte pour assurer la sécurité de l’enfant.
Joseph se découvrit une force intérieure toute neuve. Il acquit plus d’assurance. S’il avait l’intuition en façonnant son œuvre de ce qui allait advenir, il pourrait à l’avenir s’y fier encore et encore. D’autant plus, que l’ange l’épaulait de manière non négligeable.
Quand fut venu le temps pour la sainte famille de partir pour l’Egypte, Joseph offrit le berceau à quelque pauvre paysanne qui se trouvait près de l’étable à ce moment-là.
Il paraît que l’enfant, qui y dormit, apporta douceur et sagesse partout où il passait. Jamais, le berceau ne fut hors d’usage même si peu à peu se sont estompées les marques particulières qui l’ornaient.
Mamie m’avait invité à passer le réveillon chez elle. On peut dire qu’elle avait bien insisté. En effet, Mamie n’aime pas que je reste tout seul dans mon studio. Alors la nuit de Noël… Je ne voulais pas y aller car l’oncle Henry serait là.
Je n’aime pas beaucoup mon oncle. A chaque fois qu’il me voit, il me fait toujours la remarque que je n’ai pas de copine. Il ne me rate jamais. Je crois même qu’il y prend du plaisir. En fait, je dois me l’avouer, je déteste l’oncle Henry. Je ne peux pas le sentir. Il est tellement méchant...
Si j’étais sorti, c’était dans le seul et unique but de souhaiter un joyeux Noël à Mamie. Je savais que cela allait lui faire plaisir. Après tout ce qu’elle avait fait pour moi… Je m’en veux vraiment qu’elle se tracasse fort pour moi, c’est comme ça depuis mon enfance. Disons que j’ai toujours été différent. Pour faire très simple, on me prend souvent pour une personne autiste. Je ne le suis pas. Mais il est vrai que je suis quelqu’un de très réservé, ce qui ne m’aide pas du tout.
Je commençai à avoir froid. Pour pouvoir me rendre chez Mamie, je devais passer par le quartier chaud. J’avais horreur de ce coin. Disons que je ne suis pas trop à l’aise avec les choses qui se trament là-bas. Mais comme je commençai vraiment à me les geler...
J’étais arrivé dans la toute dernière rue. J’avais réussi, et ce sans croiser personne. J’étais vraiment soulagé… quand je la vis.
Elle devait avoir mon âge. Je crus que c’était elle. Mais non, c’était impossible. Elle était partie loin, très loin...
Je décidais d’aller à sa rencontre.
- Bonsoir.
Je vis qu’elle était embarrassée. Elle ne me regardait pas dans les yeux. Elle n’avait pas choisi. Comme aucune autre. Je ne sais pas alors ce qu’il me prit.
- Vous demandez… ?
Elle leva les yeux. Ils étaient verts. Comme l’émeraude. Ils brillaient dans la nuit.
- Je ne sais pas.
J’étais complètement perdu. Je ne savais absolument pas comment me comporter. C’est alors que j’eus le besoin de lui dire :
- Vous lui ressemblez.
Elle fût surprise.
- Comme vous lui ressemblez…
Elle avait compris.
- Je suis vraiment désolée.
- Vous n’avez pas à l’être. Ce n’est pas de votre faute.
On se regardait.
Soudain, on entendit quelque chose. C’était la cathédrale. Les douze coups de minuit sonnaient.
On continuait à se regarder.
- Puis-je vous embrasser ?
Ce fût plus fort que moi.
Contre toute attente, elle s’approcha alors de moi. Juste avant que ses lèvres ne touchent les miennes, elle me dit :
Pour cette émission de fin d’année, beaucoup de titres, de trailer et deux rencontres avec nos auteurs…
Ani Sedent à l’occasion de la sortie de son 4e volet de sa saga « Les chroniques de l’invisible », L’Arcane et Clément Bonnet pour son ouvrage hors des sentiers battu « Mère et monstres ».
Pour ce qui est des chroniques, nous allons vous parler de :
Cinquante-trois pages de poésie en vers libres. Une poésie intense, très condensée, rédigée avec une grande économie de mots, mais dont chaque vers touche au cœur, frappe le lecteur comme un uppercut, l’émeut profondément et ne le laisse pas indemne. L’auteur part de son vécu personnel douloureux pour réinterpréter à sa manière les thèmes éternels de la souffrance, des ténèbres, de la mort et du désir charnel torturé. Un livre qui ne parle pas seulement à l’intellect de celles et ceux qui en parcourent les pages, mais qui questionne profondément leur sensibilité d’êtres humains. Un recueil de poèmes dont la portée s’avère incontestablement universelle.
BIOGRAPHIE
Né en Belgique le 16 novembre 1970, Louis Mathoux est licencié (=master) en Histoire de l’UCL, licencié en Journalisme de l’UCL, et titulaire d’un diplôme post-universitaire de 3ème cycle en Relations internationales de la KUL (Leuven). Il a longtemps travaillé dans l’administration publique (Ministère de la Communauté française), tout en menant de front une carrière active de journaliste professionnel free-lance (=indépendant) pour divers organes de presse belges (La Libre Belgique, L’Avenir,Dimanche, etc.), français (La Croix) et suisse (L’Echo-magazine).
Membre de l’Association des Ecrivains Belges, de l’Association Royale des Ecrivains et Artistes de Wallonie, du Pen-Club International et du Grenier Jane Tony, il a en outre été administrateur des Scriptores christiani, avant d’en devenir le Secrétaire général (2005-2013). Il collabore depuis une trentaine d’années à de nombreuses revues littéraires belges et françaises, et a reçu en 1999 le Prix de la Francophonie de la Nouvelle.
Il a publié 8 recueils poétiques en France et en Belgique depuis 1998, un essai sur les (pseudo-) apparitions de la Vierge Marie (Apparitions mariales, mythe ou réalité ?, Ed. Mols / Ed. Desclée de Brouwer, 2013) ainsi qu’un ouvrage d’entretiens avec Monseigneur Léonard (Monseigneur Léonard – Entretiens avec Louis Mathoux, Ed. Mols, 2006), dont la traduction en néerlandais en 2010 a provoqué une énorme tempête politico-médiatique en raison de certains propos controversés de Monseigneur Léonard.
EXTRAIT
Je palpe la chair nomade du vent
ausculte les spasmes qui en jalonnent l’errance
Mon âme questionne la langueur obsédante des pluies
sans pouvoir en pénétrer l’exact tourment
Les brouillards se décalquent un à un sur ma peau
et la nudité des arbres
me déshabille de mes propres visages
Il est tant de novembres celés en un seul novembre