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Le jeu d'ALOYS : Journal d'un cachalot

Publié le par aloys.over-blog.com

point d'interrogationJournal d’un cachalot

 

 

Il s’appelait Hans-Erik Brenaerdt mais depuis bien longtemps on ne l’appelait plus que le ‘cachalot’.

 

Il y avait plusieurs raisons à cette appellation mais, de manière générale, on ne retenait que la première, la plus évidente en somme. 

 

Sa bouche aux lèvres qui couraient loin sur ses joues comme si elles s’étiraient sans cesse, son ventre si proéminent qu’il lui ouvrait un passage dans les foules et sa taille très respectable (un presque double-mètre) avaient concouru à sa réputation.

 

Le ‘cachalot’ était son surnom depuis l’école primaire, quand il avait commencé à prendre beaucoup de poids, jusqu’à aujourd’hui où sa balance accusait un peu plus de cent quarante kilogrammes.

 

Son père était énorme, sa mère ne l’était pas moins.

 

Il était certain que s’il avait eu un frère ou une sœur, ils auraient eu le même gabarit. Mais ses géniteurs en étaient restés là, échaudés sans doute par le mal qu’il avait dû rencontrer à l’accouplement.

 

Ils étaient morts aujourd’hui et ‘le cachalot’ nageait seul parmi les requins.

 

Mais pour l’heure, l’affiche qui claquait au vent le rendait fier. Et pour cause : sur toute sa surface s’étalait son nom en lettres capitales.

 

Son véritable patronyme, s’entend.

 

Hans-Erik Brenaerdt.

 

C’était sa toute première exposition, son heure de gloire mais, pour l’instant, il jouissait d’un tout autre spectacle. 

 

Il attendait dehors, sous la pluie battante, sans la protection d’un parapluie, mais cela ne le gênait guère (de toute manière, l’eau gênait-elle les cachalots ?).

 

Il les voyait arriver un par un, ceux qui l’avaient raillé pendant des années, plus curieux qu’intéressés par ce qu’ils allaient découvrir, il en aurait mis sa nageoire à couper.

 

Sans doute espéraient-ils rire de lui encore une fois.

 

Il leur promettait une belle surprise. 

 

Il vit Ärmstad qui l’avait tant ridiculisé un jour qu’il avait failli fondre en larmes.

 

Il aperçut Borms qui lui avait trouvé son surnom du ‘cachalot’ à l’école primaire et Müller qui avait fait courir sa maudite réputation.

 

Quant au si talentueux et irréprochable Wagner, il savait parfaitement qu’il ne viendrait pas.

 

Ärmstad, Borms, Müller et sa femme essayaient de rentrer dans le bâtiment en tentant de gâter au minimum leurs petits costumes chics.

 

Il les haïssait tous, raison pour laquelle il les avait tous invités au vernissage de son exposition. Il était certain qu’ils n’auraient pas parié un kopek sur la qualité de ce qu’ils allaient voir. Ils étaient venus pour le montrer du doigt, rien de plus.

 

‘Le cachalot’ n’était qu’un sujet de moquerie, il le savait bien.

 

Il attendit qu’ils aient tous pénétré dans la grande salle illuminée avant de s’engager sous le déluge.

 

Les voitures s’arrêtèrent pour le laisser passer et il n’y eut aucun coup d’avertisseur quand bien même il traversa hors des passages cloutés.

 

Il atteignit le trottoir d’en face et entreprit de gagner la double-porte de la galerie.

 

Hubert Schouppe, le galiériste, qui l’attendait de pied ferme le vit arriver et son sourire s’élargit.

- Herr Brenaerdt! brama-t-il en levant la main en sa direction. Je désespérais de vous voir. Tous vos invités sont déjà là !

 

Schouppe jeta un coup d’œil à l’accoutrement de son poulain et remarqua que ses vêtements amples étaient non seulement sales de mauvais goût mais lui collaient au corps comme une deuxième peau. Il réprima une moue de dégoût ; ce jeune homme était peut-être un porc mais c’était un authentique génie ! Il ne comprenait pas comment on pouvait associer si mal les couleurs quand on les assemblait si parfaitement en peinture.

 

‘Le cachalot’ (Hubert Schouppe n’aurait jamais osé le nommer ainsi mais il savait parfaitement comment on  surnommait son poulain) s’effaça pour laisser l’homme gigantesque pénétrer dans la galerie.

 

Tous les regards convergèrent naturellement vers le personnage.

 

Le directeur de la galerie aurait éprouvé un certain émoi à être la cible de tant de paires d’yeux mais ‘le cachalot’ se contenta de rester immobile.

 

Mais si l’homme avait l’air atone, il n’en restait pas moins vigilant. Ses yeux traquaient Adolf Borms, August Müller et Ulrich Ärmstad dans la foule. Il voulait savoir s’ils avaient vu ses peintures avant de faire le moindre pas dans la salle.

 

Il repéra Müller avec sa femme à côté du buffet froid. Immédiatement après, ses yeux se posèrent sur Ärmstad et Borms, côte à côte près du porte-manteaux. Ils avaient l’expression dont ‘le cachalot’ avait rêvé : ahuri et perdu. Intérieurement, très intérieurement même, il sourit.

 

Sa main s’anima alors. Elle s’enfonça dans la poche intérieure de sa chemise ample et en sortit un mouchoir qui avait déjà été maintes fois utilisé. Il s’en servit pour éponger un front constellé de gouttes car, s’il faisait chaud dans la salle silencieuse, le moindre effort faisait suer ‘le cachalot’.   

 

Une femme s’avança vers lui, lentement. Elle était belle mais elle était intimidée ce qui rendait son pas incertain. Elle hésita un instant quand elle ne fut plus qu’à un mètre de la pointe du ventre du ‘cachalot’ et lui tendit la main.

 

‘Le cachalot’ avait déjà vu cette femme. N’était-ce pas elle qui servait de mécène aux infâmes barbouillages de Müller ?

 

Elle s’humidifia les lèvres dans une coupe de champagne avant de parler :  

- Vos toiles sont tout simplement magnifiques, Herr Brenaerdt. Je ne suis… je n’ai jamais… je n’ai pas de mots pour décrire ce que je vois, enfin, pas encore…

- Quelle vivacité ! Une réelle audace dans les formes et les couleurs ! s’exclama un vieux monsieur à sa droite.

 

‘Le cachalot’ tourna sa tête vers lui et le gratifia d’un haussement de sourcils. Ces deux mouvements prirent une éternité.

 

Il s’agissait de Herr Günst, l’un des professeurs de peinture qu’il avait eu à l’académie. Il n’avait aucun grief particulier à son égard, mis à part le fait que le monde réel était sans importance pour Herr Günst. L’enseignement était, malheureusement pour lui et ses étudiants, une profession exclusivement alimentaire dont il s’acquittait vaille que vaille car il ne pouvait pas vivre de sa peinture.

 

L’après-guerre avait été cruelle avec les enfants de l’Allemagne défaite. Les arts, plus que tout autre secteur, en avait terriblement souffert.

 

Günst avait été contraint de dispenser son savoir-faire à des tâcherons sans talent qui ne feraient, qu’au mieux, recopier toute leur vie des œuvres des maîtres, au pire, tenter d’en inventer ou de révolutionner l’art.  

 

Il avait dû décider à un moment donné de se réfugier dans son univers et personne, pas même ses pairs, ne savait vraiment à quel moment il s’était déconnecté du monde.

 

Mais aujourd’hui, lors du vernissage de Hans-Erik Brenaerdt, peintre d’à peine vingt-deux ans, il avait l’impression d’avoir tout de même réussi à transmettre une part de son génie.

 

Le sourire du ‘cachalot’ étira sa face large et tout le monde – en tous cas, les personnes qui se tenaient à proximité – s’attendit à une réponse de sa part. Mais l’artiste se contenta de le dévisager avec son étrange rictus.

 

Peu lui importait les flagorneries. Tout ce qui lui était précieux, c’était de recevoir les plus plates excuses de ses trois ennemis.

 

Son visage massif se détacha avec la vitesse d’un glacier de celui, blême, de son ancien professeur.

 

Le public, interloqué par la réaction de celui qu’ils étaient venus congratuler, s’écarta comme la Mer Rouge devant Moïse quand l’artiste s’avança en direction du trio craintivement regroupé autour du couple Müller.

 

Son ventre toucha presque la femme de Müller qui sursauta autant de surprise que de dégoût.

 

Il inclina la tête en direction d’Ulrich Ärmstad qui, en réponse, recula. Il fit de même avec Borms et Müller tout en ignorant superbement Frau Müller. Les femmes n’avaient jamais intéressé le ‘cachalot’, surtout des péronnelles comme cette danseuse de cabaret aux mœurs dissolues.

 

Lorsqu’il fut certain qu’il avait toute leur attention, il ouvrit enfin la bouche.

 

Par la suite, lorsqu’ils se furent remis de leurs émotions, Ärmstad affirma à ses compères qu’il avait eu l’impression qu’on avait ouvert devant lui la porte d’une crypte abandonnée depuis des siècles.

 

Nul ne sut ce que le ‘cachalot’ leur dit car il murmura davantage qu’il ne parla. Le public eut beau tendre l’oreille, il ne saisit que quelques mots de la faible réplique d’Adolf Borms lorsque le ‘cachalot’ prit congé d’eux et quitta, sous le regard médusé de ceux qui étaient venus admirer ses toiles, les lieux de l’exposition.

 

Dans les semaines qui suivirent, la popularité de Hans-Erik Brenaerdt, autrefois surnommé ‘le cachalot’ grandit de manière exponentielle, malgré le fait qu’il se montrait peu et accordait encore moins d’interviews aux journalistes qui souhaitaient le rencontrer. Son exposition attirait les foules et, en moins de six semaines, toutes ses toiles étaient vendues.

 

L’année suivante, il reçut une proposition pour intégrer l’école d’art dont il était issu. Il la refusa, officiellement parce qu’il ne se sentait pas prêt malgré les éloges dont on l’abreuvait quotidiennement, officieusement parce qu’il savait qu’il n’avait rien à dire.

 

Cette année là, Adolf Borms, dépressif depuis des années, se défenestra de son appartement situé non loin du Staatsoper Unter den Linden et le couple Müller divorça avec pertes et fracas.

 

Quant à Ulrich Ärmstad, il quitta l’Allemagne et fit carrière en Autriche dans une usine de son père.

 

De lui-même, il ne remit plus jamais les pieds à Berlin.

 

***

 

Cinq années de labeur à travailler sans cesse les mêmes sujets et à déchirer plus qu’à produire.

 

Cinq années où le découragement avait été devant sa porte, le doigt sur la sonnette.

 

Cinq années enfin où il avait perdu plus que sa femme, lassée par son absence de la vie réelle.

 

Mais aujourd’hui, Wilhem De Jaeger savourait son triomphe. Modeste, certes, mais un triomphe tout de même.

 

Tous les amis, ceux qu’il pensait avoir perdus, étaient venus à l’exposition. Il avait même repéré quelques professeurs qui avaient, dans le temps, vertement critiqué son sens des couleurs et des proportions.

 

Il avait jubilé en apercevant le critique qui avait couvert le vernissage de son copain Ernst le mois dernier et qui l’avait encensé. Peut-être allait-il avoir droit à un bel article dans le journal local et, qui sait, dans un média plus prestigieux ?

 

En serrant quelques mains, il tenta d’accrocher le regard de l’homme mais celui-ci était trop occupé à prendre des notes et Wilhem n’avait qu’à espérer qu’elles soient élogieuses. Que n’aurait-il donné pour jeter un coup d’œil sur le carnet ?

 

Le critique, un homme d’une petite soixantaine d’années au visage débonnaire, leva un œil dans sa direction et lui sourit. Wilhem y vit un signe de bon augure.

 

Il tenta d’écourter poliment la conversation qui s’enlisait mais son interlocuteur, un homme entre deux âges, paraissait avoir tout le temps du monde. Au contraire, ils se trouvaient des liens de parenté avec des individus que Wilhem n’avait même jamais rencontrés.

 

L’artiste fut obligé de mettre lui même fin à ce qui avait glissé vers un monologue et se hâta de rejoindre l’individu. Il avait oublié le nom du critique mais comptait sur la courtoisie de l’homme pour le lui rappeler.

 

Il tenta de repousser au loin ses atermoiements et se composa un visage avenant. A son grand soulagement, l’autre lui rendit son sourire.

- Herr De Jaeger, je suis Tom Dikhe.

- Bonjour Herr Dikhe. J’espère que vous appréciez ce que vous avez devant les yeux…

 

Le critique baissa la tête, une minuscule seconde, mais cette attitude plongea l’artiste dans un océan de doutes.

- J’imagine que vous savez qui je suis et ce que je fais ici…

 

Wilhem opina avec frénésie tout en sachant qu’il était en train de se rendre ridicule. Pourtant, tout allait si bien quelques minutes auparavant… Il se surprit à penser qu’il aurait dû rester avec l’emmerdeur pour s’épargner ce qui allait suivre.

 

Son corps tout entier se crispa. Son travail acharné allait être détruit, balayé comme une maison construite de ses mains par un ouragan. Il sentait les larmes lui piquer les yeux et ses ongles lui entailler les paumes tant il serrait les poings. Pourtant, la curée ne venait pas.

 

Un instant, il osa croire qu’il allait être épargné, que tout ceci n’était qu’une méprise. Le critique allait le louer comme les autres visiteurs et il aurait droit à un article élogieux.

 

Mais, à sa grande surprise, l’homme restait coi. Il avait pâli, Wilhem en aurait mis sa main à couper.

 

Tom Dikhe avait les yeux rivés par-delà l’épaule du jeune homme, tant et si bien que l’artiste se sentit le courage de tourner lui-même la tête.

 

Au début, il ne vit rien d’autre que la foule qui paraissait plus intéressée par les petits fours et le champagne que par les œuvres exposées. Puis ses yeux firent le point et il découvrit, surgissant de la mer des têtes comme un iceberg massif l’objet de la surprise de Dikhe. C’était une caricature d’être dont la physionomie entière inspirait, si pas la pitié, le dégoût le plus profond.

 

Une sorte de bonhomme de neige réalisé par un enfant géant et dont le soleil n’arrivait pas à bout tant il était imposant.

 

L’individu portait des vêtements élégants, quoique passés de mode et tenait à chaque main une canne de métal qui devait à coup sûr l’empêcher de verser.

 

L’individu était un vieillard mais Wilhem savait qu’une personne présentant une surcharge pondérale avait tendance à « faire plus jeune » qu’une personne du même âge qui n’avait que la peau sur les os.

 

Les invités du vernissage n’observaient à la dérobée et seuls les quelques enfants présents pouvaient lui faire l’affront de le jauger. Mais l’homme ne semblait en avoir cure. Il promenait son regard sur les tableaux sans qu’aucun muscle de son visage ne trahisse la moindre émotion.

- Vous connaissez ce particulier ? chuchota l’artiste en revenant au critique qui, lui-même, était revenu de sa surprise et écrivait sur son carnet comme si sa vie en dépendait.

- Bien entendu. C’est Hans-Erik Brenaerdt, un peintre prodige de l’après-guerre…

 

Il suspendit un instant sa rédaction, les sourcils arqués.

- Vous connaissez Hans-Erik Brenaerdt, bien entendu ?

 

Après quelques secondes où il ne sut à quel saint se vouer, Wilhem écarta les bras en signe de désespoir. Le critique haussa les épaules et poursuivit son travail.

- Bah, après tout, tout cela a eu lieu bien avant votre naissance. Et puis… Hans-Erik Brenaerdt a eu son heure de gloire avant de tomber dans l’oubli. À vrai dire, je le croyais mort…

 

Wilhem tourna à nouveau la tête et dévisagea cet oiseau. Ca, un peintre ? Ce tas de saindoux qui n’avait plus dû voir son sexe depuis des décennies ? Comment arrivait-il à atteindre le chevalet avec un embonpoint pareil ?

- Je sais ce que vous pensez, marmotta Tom Dikhe dans son dos. Vous vous demandez comme ce type a pu être un peintre reconnu, c’est bien cela ?

- Pas tout à fait mais passons. Qu’a-t-il produit ? De quel courant était-il ? A-t-il vendu ses toiles ?

- Hola hola hola ! ricana Dikhe qui s’arrêta car deux personnes venaient saluer et congratuler De Jaeger.  

  

Lorsqu’ils furent partis, le critique fit mine de s’éloigner mais l’autre le rattrapa, désireux de connaître la raison de son émoi.

- Vous posez beaucoup de questions mais je ne saurais répondre à toutes, Heer De Jaeger. Sachez seulement qu’Hans-Erik Brenaerdt à produit une vingtaine de toiles entre le moment où il est sorti des Beaux-arts et ses vingt-trois ans. Je n’ai pas eu l’honneur de les voir, car, à l’époque, j’étais encore à l’école mais j’ai lu qu’elles avaient suscité un vif engouement. Je pense me souvenir qu’elles ont été vendues dans leur intégralité avant la fin de l’exposition, du jamais vu pour un jeune auteur sans expérience et sans appui, surtout dans le contexte quelque peu défavorable de cette époque. 

 

Wilhem se promit de se renseigner. Tom Dikhe lui avait mis l’eau à la bouche et il brûlait d’envie de parler au maître. Il s’apprêtait à s’esquiver quand il sentit qu’on le retenait par la manche.

- Après cette exposition, Brenaerdt a disparu de la circulation malgré les commandes qui pleuvaient et les postes prestigieux qu’on lui proposait. Personne n’a plus vu la moindre œuvre du bonhomme. C’était comme si la source s’était tarie au moment où on y trouvait du pétrole !

- Peut-être a-t-il été malade… ou alors, il a redouté que ce succès soudain lui monte à la tête !

 

Un sourire narquois naquit sur les lèvres du critique. Il connaissait bien les artistes. Bien peu se retiraient du monde parce qu’ils craignaient d’y perdre quelque chose. Au lieu de cela, il répondit :

- C’est une éventualité…

- Je vais aller lui demander.

- Je ne saurais trop vous le déconseiller, Herr De Jaeger.

- Et pourquoi donc ?

- Brenaerdt est un homme… extrêmement taciturne qui ne vous parlera que s’il en a envie. C’est en tous cas ce que l’on m’en a dit et je crains que les années n’aient adouci son caractère. D’ailleurs… d’ailleurs, je crains qu’il soit parti…

 

Le jeune homme fit volte-face et constata que le critique lui livrait bien la vérité. Hans-Erik Brenardt s’était évaporé dans la nature.

 

Ce jour là, non seulement Wilhem de Jaeger ne vendit aucun tableau mais un incendie se déclara dans la salle et gâta l’une des œuvres qu’il considérait comme majeure.

 

Trois jours plus tard, dans le journal local, Tom Dikhe parlait de son exposition. Il mentionna ce qu’il avait vu, sans aucune ardeur et consacra la plus grande partie de sa colonne à parler de l’apparition d’Hans-Erik Brenaerdt.

 

 

***

 

Wilhem De Jaeger n’avait pas eu de mal à trouver l’adresse de Brenaerdt car, en quarante ans, il n’avait pas changé de domicile. 

 

C’était un immeuble massif et dénué de grâce, à l’image de celui qui l’habitait.

Il avait longuement hésité avant d’oser le déranger mais il était trop obnubilé par l’homme pour réussir à oublier le mystère qui l’entourait.

 

Il avait d’abord passé quelques longues journées à la bibliothèque à rechercher et compiler les articles sur l’homme. Ceux-ci étaient plus élogieux les uns que les autres et il ne put s’empêcher de ressentir une certaine jalousie.

 

Si les textes étaient bien présents, les portraits de l’artiste lui-même n’étaient guère nombreux, comme si l’homme avait passé son temps à fuir l’objectif. En outre, les représentations des œuvres étaient de très mauvaise qualité et en noir en blanc, ce qui gâtait tout l’effet.

 

En somme, malgré une somme assez conséquente de papiers concernant Hans-Erik Brenaerdt et sa production, il n’en n’avait guère appris davantage sur le sujet.

 

A l’Académie des Beaux-arts, les professeurs qui avaient pu côtoyer Brenaerdt étaient tous décédés et le seul qu’il avait rencontré (un enseignant qui avait été son condisciple) lui avait dépeint un être dénué de talent qui ne pouvait correspondre à ce que les journalistes d’après-guerre dépeignaient. D’après lui, Brenaerdt était tout juste bon à copier les œuvres des grands maîtres et il était incapable de créer par lui-même.

 

Il s’était passé quelque chose entre le moment où Hans-Erik était sorti par la petite porte de l’Académie des Beaux-arts et le moment où il avait commencé à travailler à son compte.

 

Un déclic. Une inspiration quasi divine.

 

Même l’ancien condisciple du ‘cachalot’ ne pouvait le nier.

 

Malheureusement, toutes les toiles avaient été vendues et il lui serait difficile de les retrouver si elles étaient chez des particuliers.

 

Il espérait que l’artiste en aurait gardé au moins une chez lui. Il voulait comprendre le génie de l’homme et, si possible, de reproduire pour son propre compte.

 

C’est en posant la pulpe de son index sur la sonnette que Wilhem prit seulement conscience de sa démarche et du peu de succès qu’il risquait de rencontrer.

 

Si Brenaerdt n’avait pas pris la peine de répondre à ceux qui le louaient des décennies plus tôt, quelles chances avait ce tout petit Wilhem ? Aucune, en vérité.

 

Pourtant, il sonna.

 

***

 

Depuis la dernière fois qu’il l’avait vu, Tom Dikhe trouvait que le ‘cachalot’ avait encore pris de l’ampleur.

 

Son ventre, déjà fort important, retombait mollement vers ses genoux et Dikhe se demandait comment ceux-ci pouvaient supporter une telle masse sans plier.

 

Il avait déjà vu des obèses mais, en règle générale, ils ne quittaient pas leur lit ou se déplaçaient en chaise roulante.

 

Hans-Erik Brenaerdt paraissait quant à lui ne rencontrer aucun problème de ce type. S’il ne se mouvait guère avec aisance, le critique d’art l’avait vu de ses propres yeux traverser le hall au milieu de la foule et gravir les quatre marches qui menaient à la salle principale.

Tom Dikhe heurta quelqu’un du coude et s’excusa distraitement, sans parvenir à quitter l’artiste du regard.

- Tu as le coude toujours aussi pointu, ricana l’individu dont il reconnut la voix.

  

Il se tourna, un sourire sur les lèvres.

- Jonas Helmd ! Si je m’attendais !!!   

 

Helmd était un critique d’un journal concurrent avec qui il s’entendait plutôt bien, ce qui était plutôt rare dans son milieu. Il avait été très malade cette dernière année et s’était fait très discret. C’était une joie et un soulagement de le voir enfin.

 

Jonas était fort amaigri et ses cheveux avaient grisonné. Mais il avait le sourire et cela réchauffa le cœur de son confrère.

- Je ne pouvais pas rater cela, répondit Helmd en accompagnant sa réplique d’un clin d’œil complice. C’est un peu comme si un astronome ratait le passage de la comète de Halley sous prétexte qu’il a un gros rhume.

 

Stressé jusqu’à cet instant, Tom se surprit à éclater de rire avant de se rappeler pourquoi il était là.

 

Ils braquèrent tous deux leur regard vers le peintre qui prenait place dans un fauteuil à l’autre bout de la salle où les visiteurs, experts ou non, vinrent lui rendre hommage.

 

Il les acceptait, immuable, comme un roi face à ses vassaux.

- Le ‘cachalot’ est resté fidèle à lui-même… commenta Helmd.

 

Dikhe ne répondit pas mais acquiesça.

 

L’homme correspondait parfaitement à l’image qu’on lui en avait faite. Il n’avait pas eu l’occasion d’être présent au vernissage de Brenaerdt mais Jonas Helmd, de sept ans son aîné, l’avait vécu. C’était d’ailleurs sa première couverture. C’était lui qui lui avait raconté l’engouement des gens pour les toiles d’Hans-Erik Brenaerdt.

- Je n’en reviens pas. C’est… ses toiles sont… totalement indescriptibles…

 

Tom Dikhe les avait examinées avant l’arrivée de l’artiste et il comprenait enfin quel effet elles pouvaient produire sur les gens. Néophytes, amateurs éclairés ou professionnels de l’art, les toiles avaient le don de parler à tout le monde.

 

Dikhe n’avait jamais réellement senti cela auparavant et cette sensation l’avait surexcité. Ses sentiments avaient été quelque peu anesthésiés quand Hans-Erik Brenaerdt avait fait son entrée.

 

Il y avait toutes sortes d’artistes mais celui-là était unique.

 

Il ne lui inspirait aucune sympathie et il pensait que nul ne pouvait en ressentir face à un tel être. Pourtant, le public se pressait devant lui comme s’il était pu être le messie. Tom Dikhe pensait que cet homme-là n’avait que du mépris pour ses contemporains. Pour le critique, on devait faire la part des choses, distinguer l’œuvre de son créateur au risque d’aller au devant de cruelles déceptions.

- Cela ne sert à rien d’aller quémander une entrevue, fit Helmd à ses côtés. Il n’a guère l’air plus disposé à discourir sur ses œuvres qu’il y a quarante ans.

- Tu exagères…

- Comment j’exagère ?

- Il y a trente-cinq ans, pas quarante.

 

Jonas sourit, Tom également. En ce moment, ils prenaient l’humour où il venait. Ils observaient un des nababs de la ville en train de faire des courbettes devant Hans-Erik Brenaerdt comme s’il s’agissait d’un égal.

- Ne serait-ce pas Ulrich Ärmstad que j’aperçois là-bas ?

 

Tom braqua son regard dans la direction indiquée par le menton de son voisin de gauche. Ce nom évoquait une vague réminiscence en lui, sans plus, mais son ami vient la combler.

- Ärmstad fait partie des seules personnes à qui Brenaerdt ait parlé. Je suppose que cela le rend un peu « spécial » et surtout unique…

- Pourquoi un tel traitement de faveur ?   

 

Helm haussa les épaules.

- Va savoir… Du reste, personne n’a jamais réussi à savoir ce qui s’était dit le soir du vernissage.

 

Les pièces commençaient à s’emboîter à nouveau dans l’esprit de Dikhe. Il se rappelait avec plus de netteté leur conversation qui avait eu lieu plusieurs années auparavant sur le sujet.

- Ärmstad, Borms et… Müller. Des condisciples des Beaux-arts. Aucun n’a vraiment fait carrière après ce vernissage, n’est-ce pas ?

- Non. L’un s’est suicidé, l’autre a hérité puis a perdu sa fortune et le dernier est parti en Autriche se faire un nom. Ils n’ont jamais exercé ce pour quoi ils ont sué sang et eau pendant quatre ans. Enfin, façon de parler, évidemment… Il n’y a que le dernier, Mark Wagner, dont le sort est un peu… étrange.

- Je ne me rappelle pas que nous en ayons discuté.

 

Helmd haussa les épaules pour la seconde fois.

- Il est possible que je l’ai omis car il n’a pas participé au vernissage du ‘cachalot’. D’après ce que j’en sais, il avait disparu une année auparavant…    

- De manière « étrange », dis-tu ?

 

L’autre opina du bonnet.

- Wagner était un jeune homme extrêmement talentueux, peut-être le plus doué de sa promotion. Il aurait été promis à un grand avenir, même desservi par sa paresse. Mais nous ne le saurons jamais car il a quitté Berlin peu après la proclamation des résultats et, comme je le disais, douze mois avant le vernissage de Hans-Erik Brenaerdt. C’est ce qu’en a conclu la police en tous cas car l’unique armoire de son appartement a été retrouvée vidée de son contenu.

- Il est peut-être parti pour l’étranger. Rien de bien mystérieux à cette disparition, Jonas.

 

Ils échangèrent un long regard et celui de Helmd laissait planer des centaines de points d’interrogation. Au bout d’une longue minute, l’homme revint au sujet principal de sa venue en ces lieux.

- Mark Wagner menait une vie de bâton de chaise et voyait plus souvent le patron de la taverne que sa logeuse mais, comme je l’ai dit, il était doué. J’ai eu l’occasion d’admirer une demi-douzaine de ses tableaux qui avait exécutés à la fin de son cursus. Des toiles de toute beauté, mon ami. Des œuvres magnifiques, de celles qu’on a acclamées lors du vernissage d’Hans-Erik Brenaerdt …

- Tu veux dire que le ‘cachalot’ aurait fait disparaître Wagner pour s’emparer de sa production ?!?

 

L’autre laissa fuser un petit rire.

- Non, Brenaerdt n’était pas idiot. Tout le monde se serait rendu compte de la supercherie…          

 

Tom Dikhe s’avança vers une œuvre de l’artiste, une toile de trois mètres sur deux qui attirait fort le regard en raison de ses jeux de contrastes et sa perspective quelque peu singulière. Il ne l’avait pas aimée car il la trouvait choquante, au contraire du public qui l’avait plus que plébiscitée.

 

Au début, il n’avait pas compris pourquoi il était il était mal à l’aise mais, à la lumière de ce qu’il venait d’entendre, son imagination lui présentait des scénarios qui le glaçaient.

 

 

 

 

Alors.... Quel est l'auteur de ce début de nouvelle ? Qui ?

Que s'est-il passé ? Comment voyez-vous la suite ? 

 

D'ailleurs, la suite et fin c'est... demain !!!!

Publié dans Textes

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A LA UNE...

Publié le par christine brunet /aloys

http://profile.ak.fbcdn.net/hprofile-ak-snc4/hs458.snc4/50099_1247511617_40093_q.jpg"Tu reconnaîtras la vérité de ton chemin à ce qu'il te rend heureux"  Aristote.
L'écriture pour moi, c'est cela, un chemin à parcourir vers moi, une rencontre avec les autres, et toujours un épanouissement!


Et...bonne nouvelle!!! 
Je serai bientôt publiée chez Chloé des Lys !

 

Un avant goût... 


La saveur de l'orange
  
L'ambiguïté des sentiments
Trouble la saveur de l'orange
Goûter la pulpe, c'est étrange...
Mais c'est le choix de son amant
  

Marcelle Pâques

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Visuel Auteur - PDNAC'est avec grand plaisir que je serai présente au

FESTIVAL du LIVRE en BRETAGNE

20 et 21 Novembre 2010 

Présidé par Irène Frain

Je vous donne rendez-vous au Centre Culturel Athanor de Guérande le samedi 20

novembre 2010, toute la journée

 

Josy Malet-Praud y sera en compagnie de Sophie Vuillemin...


 

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bobclin L' émission d' ACTU-tv d'hier, dimanche 14 novembre 2010, "Nos amis et les amis de nos amis" en Podcast
Un programme éclectique...
- Reportage sur la dédicace des auteurs bruxellois de Chloe des Lys à l' Espace Art Gallery d' Ixelles le 23 octobre dernier.
  60 écrivains invités et nos amis artistes: Miche Stennier, Hugues Draye, Fabienne Coppens, Muriel Vignoeron...
- Laurence Amaury (CDL) reçoit le prix de l' Association Royale des Ecrivains de Wallonie pour l'ensemble de son oeuvre.
- Huguette Van Dyck nous parle du café chantant bruxellois "La samaritaine" et nous présente son spectacle de décembre avec
   Philippe Tasquin et son quintette
Plus les Branquignols, le Commandant Danofsky etc...
 
 

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http://www.bandbsa.be/contes2/youtube.jpgMicheline Boland passe dans l'Actu TV... A voir ou à revoir...

 

 

 

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bobclinA voir sur ACTU: Les auteurs de Chloe des Lys de A à Z 
aujourd'hui: Cathy Bonte. Belge, elle a déjà deux très beaux livres à son actif, des thrillers sentimentaux qui ont marqué, "Le calmehttp://photos-d.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc4/hs116.snc4/36186_489464647358_676387358_7055133_4624815_s.jpg après la tempête" et "Le passé recomposé". On attend avec impatience son troisième ouvrage... voir le 'who is who' ici: http://www.bandbsa.be/contes.htm

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François Delhaye : Lucifériennes

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Lucifériennes

 

Je pense au Diable et aux Je pense aux diableries

Je pense à Lucifer qui nous emporte tôt

Je pense à Bélial à la forge à l’étau

Je pense au Diable et aux enfants de sa patrie

 

Puissant Satan domaine aux cinq étoilements

Ton nom se répercute au prisme de ta haine

Je sais compassion aux victimes des chaînes

Et toi en premier Toi premièrement

 

Je sais ton amertume en l’enfant Jésus-Christ

Je sais que tu pensas lorsqu’il poussa un cri

Ma haine pour son père est immortelle Et vaine

 

En cela même Ô que je puisse dégager

Des hommes dédaigneux du paraclet figé

En croix La sourde volonté vespérienne

 

Quand l’Humain régurgite un violent mépris

 

 

François Delhaye

Publié dans Poésie

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Béatrice Bertieaux se présente avec ce poème...

Publié le par aloys.over-blog.com

Au p'tit bonheur1Béatrice Bertieaux n'est pas un nouvel auteur chez Chloé des lys puisqu'elle a publié, en 2009, son recueil Au p'tit bonheur. Elle nous revient avec un second ouvrage, intitulé "Et toutes les autres choses manquent" en cours de publication.

 

Elle a choisi ne se présenter avec un extrait de son dernier livre mais nous reviendra prochainement avec des poésies extraites de son premier recueil.

 

"... N’importe où.

Dans ce lieu souple,

elle caresse une absence pour s’endormir aimante jusqu’au recommencement.

A l’aube,

nouveau-née,

aimée-aimante,

cet entremêlement ombrageux projette sur les murs blancs,

nus,

le tortillement de deux invisibles enlacés.

Nénuphars captifs de pages jaunies,

éclatant d’amour,

indifférents à tout.

Le cœur humide traîne,

s’attarde,

sursaute sur la respiration de cette tendre solitude.

Fascinée aimante de l’être,

l’être—non ce qu’il en fait ni ce dont il parle—

se tourne,

se retourne dans les mercredis,

les lundis,

les jeudis.

A tout moment.

Seule sans être seule,

exilée dans le silence fou d’un corps,

la soif infinie au-delà des mots.

Elle écrit.

Qu’est-ce qu’elle écrit ?

La nudité ardente." ...

 

 

bertieaux1.jpgBéatrice Bertieaux

http://beillaboheme.blogspot.com/

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Une nouvelle de Manou She : comme un secret.

Publié le par aloys.over-blog.com

 

http://www.bandbsa.be/contes2/belleechapeau.jpg

 

Comme un secret

 

J’avais finalement décidé de ne pas assister à l’enterrement, hantée par un sentiment d’illégitimité, d’imposture, dépassée par un chagrin qui de minute en minute étendait les tentacules de sa souffrance de plus en plus loin dans mon avenir.

Nous avions pourtant à peine eu le temps d’envisager les lendemains, occupés comme nous l’étions à habiter, définitivement nous semblait-il, le présent de l’autre. Tu es mort et je suis là, comme il y a à peine trois mois, avant notre rencontre. Mais avant tu n’étais pas mort. Tu n’existais pas. Tu étais sur une autre planète, en orbite autour d’une autre étoile, moi j’allais travailler, puis je rentrais chez moi et retournais travailler et rentrais encore, comme si c’était la chose la plus évidente qui soit, la seule que j’aie jamais imaginée. C’était ainsi, depuis toujours, petite, je me levais pour aller à l’école et rentrais le soir et mangeais dormais et retournais à l’école et ainsi de suite depuis trente ans et je croyais que c’était ça, la vie, et c’était bien. Et c’était bien, tu entends, j’étais tranquille, comme ça, avant que tu ne viennes, avec ton air gauche, me demander un annuaire, comme si c’était mon boulot de prêter des annuaires, que je n’avais que ça à faire, toute la journée à courir que de prêter des annuaires aux visiteurs perdus... Tout ça pour mourir trois mois plus tard en laissant un gouffre plus grand que l’univers dans le creux de mon être, m’abandonnant avec une esquisse de vie à jamais gravée sur mon corps, me lâchant dans le précipice des émotions sans le moindre bâillon pour faire taire mon chagrin, rien pour seulement pleurer avec ta famille qui ne me connaissait pas. Ton père, ta mère qui auraient su te faire vivre encore un peu. Me montrer des photos de ton enfance. Ton adolescence. Jules sur sa première moto, le regard fier dissimulé par le casque.

Quelque chose pour que tu ne disparaisses pas comme si tu n’avais jamais été réel, comme si ce bonheur si parfait n’avait pas été qu’une mauvaise farce, un cruel pied de nez de la vie…

J’étais passée devant leur maison, j’avais suivi de loin le cortège funèbre… Quelles larmes serais-je allée verser, moi, l’étrangère, quel réconfort aurais-je pu donner-prendre à cette famille qui t’avait vu naître, grandir, rire, à cette mère au regard effrayé, incrédule, devant la perte si inattendue de son enfant ? A qui aurais-je pu dire il m’a aimée plus qu’aucune autre, il m’a confié son bonheur…

Je n’étais rien, dans ta vie. Un silence peut-être. Une respiration. Je me suis retirée toute seule. Je me suis effacée, double clic suppr, c’est fini, Marie disparaît de ta biographie. Y avait-il seulement quelqu’un qui savait que nous devions partir ensemble le jour où tu n’es pas descendu du train gare de Lyon, ce jour où j’ai appelé sur ton portable et qu’une voix blanche m’a dit, ne m’a pas dit, n’a pas pu me dire et a donné le téléphone à une autre voix blanche qui m’a dit sans savoir quoi dire et pourtant assez pour que je saute dans le premier le TGV espérant sans même oser le murmurer des miracles de la médecine qui pas plus que Dieu ne semble décidée à soulager l’homme de sa souffrance fondamentale.

 

Je suis rentrée à Paris comme on se réfugie au sein de la mère, concentrant toute mon énergie à me projeter dans le bourdonnement frémissant de ma ville, faisant disparaître jusqu’à l’autoroute qui m’y conduisait, le regard obstinément fixé sur mon encore invisible destination, l’aéroport d’Orly, les immeubles, les centre commerciaux, la mosquée le périf la porte de pantin le bd Jaurès mes plantes dans l’appartement qui devaient manquer d’eau c’est sûr. Je m’arrêtai à la pharmacie bien décidée à étouffer ce sanglot à coup de lithium, et tiens, du magnésium aussi et de l’Euphytose et avez-vous de la verveine ou quelque chose pour dormir, et des boules Quiès aussi, je ne supporte plus le bruit des motos, c’est terrible, ça fait vibrer toute ma chair, je me sens comme écartelée.

A la maison, volets fermés, un bouquin et au lit, tant pis pour les plantes, que malgré moi je défiais de mourir… aussi.

 

Voilà.  Je ne pleurais pas trop. Trois jours au lit, un après-midi au sauna, un appel à Lucie pour lui dire que j’écourtai mes vacances. J’avais doublé la dose de lithium, de magnésium et d’Euphytose, acheté un thermos pour emporter ma tisane, ma vie était redevenue comme avant, ce n’était qu’un rêve, ou un cauchemar, rien, en somme, trois mois dans une vie ce n’était rien, les rêves non plus, d’ailleurs je n’en avais jamais eu et je retournai travailler.

Paris effaça sa plage, les enfants reprirent leur cartable et moi mon métroboulotdodo, comme si de rien était, je n’avais parlé de ma rencontre avec Jules à personne, personne ne m’en parla, même pas besoin de se taire.

Je ne tentai plus d’oublier, c’était vain, je m’accoutumais seulement à vivre le cœur serré, comme une espèce de douleur, pas violente, non, mais définitive, désespérément définitive. Je m’enivrais matin et soir du brouhaha des pas saccadés dans les couloirs du métro, des corps qui se frôlent à longueur de journée sans jamais se toucher. Comme une capoeira géante. Avec pour musique le bruit des métros sur les rames qui relancent les pas, agitent les retardataires. Celui des portes qui s’ouvrent grand pour avaler le flot continu de chair humaine. La sonnette de fermeture suspend les gestes. Les secousses du transport font vibrer les vitres, les parois et les passagers, les plongeant dans une douce torpeur, effaçant les regards, enveloppant, berçant encore et encore ces corps abandonnés sans complexe au giron artificiel et déglutis quelques stations plus loin dans le même rituel de cliquetis et de frottement, de claquement et de sifflement.

Je m’y livrai aussi avec, me semblait-il, plus de détermination que les autres, préoccupée depuis quelques jours par un appel à l’intérieur de moi dont je ne savais que penser, un appel à la vie ou à la mort,  que je tentai de faire taire, sachant que de jour en jour il se ferait plus bruyant jusqu’au moment où, si je ne prenais pas une décision maintenant, il exploserait à l’air libre braillant hurlant jusqu’à ce que je l’apaise de berceuses et de câlins mais où en trouverais-je la force ?

Pourrais-je entendre dans le cri de la vie le murmure d’un mort ?

 

Chaque jour je marchai plus vite dans les couloirs du RER pour tenter de semer mes pensées, sans réaliser, un vendredi soir, concentrée sur le bruit de mes pas, qu’un silence anormal règnait, un silence qui s’amplifia jusqu’à devenir total au moment où je débouchai sur le quai. Je n’avais jamais vu autant de monde. J’essayais d’estimer et par ce savant calcul de comprendre mais c’est dans l’immobilité et le silence absolu que je déchiffrai la réponse : un voyageur avait pris un billet sans retour.

Tout semblait changé, dans ce décor si familier : les lumières étaient éteintes, les voyageurs, brutalement kidnappés par ce drame violent, cru, se taisent si fort qu’on les entend se taire, écraser la voix intérieure qui aurait voulu parasiter les mots des agents RATP transmettant les informations à leur central et dont les éclats de voix indécents ricochent jusqu’à nos oreilles : nettoyer les voies… enlever les restes…

A l’autre bout du quai, un bébé pleurait.

D’un bout à l’autre du quai, jusque dans le tunnel où gisaient les restes de celui qui fût, les voûtes se renvoient les cris du bébé qui pleurait.

Dix, cent, mille bébés criaient.

Tous les bébés de la terre criaient.

 Tais-toi.

Chacun d’entre nous n’entendait plus que ses pleurs, attendait qu’il se taise, effaré à l’idée que ses cris puissent exprimer l’horreur de ce que nous ressentons tous. Sa maman déambulait fébrilement, le secouant plus que le berçant, les gens s’écartaient pour la laisser passer, la suivaient des yeux pour voir si elle s’y prenait bien, ne fallait-il pas faire autre chose pour le calmer ? l’un d’entre eux suggérant ‘vous devriez peut-être l’emmener ailleurs’ et la mère le regardant, perdue, les yeux pleins de larmes, n’ayant pas la force d’exposer plus longtemps son enfant à la détresse humaine mais ne sachant pas où aller pour l’en soustraire, allant et venant toujours mais désormais comme coupable, coupable de porter ce cri de vie et de révolte qui résonnait avec la mort et soudain je ne pus plus, je ne supportai plus de l’entendre, je ne contins plus l’écho qu’il éveillait dans ma chair tais-toi, tais-toi, je criai aussi, je hurlai, je courus et m’enfuis, errant longtemps dans les rues jusqu’à rentrer à pied dans le soir naissant, prendre la voiture sans même passer l’appartement, porte de Pantin, périf, porte d’Italie, autoroute A6,  Auxerre, Avallon, Pouilly… A6 que je quittai brusquement à Chalon Sud en réalisant que je m’approchais dangereusement de Lyon.

Echapper au destin. Echapper au réel qui s’obstinait à croiser ma route. Ailleurs. Une autre dimension.

J’empruntais des routes au hasard jusqu’à apercevoir un nom qui tout à coup m’apaisa. Cluny. Une abbaye, un refuge pour les égarés. Je suivis donc résolument les panneaux qui m’y mèneraient, dans une campagne obscure et déserte, soulagée de ne croiser que les faibles lampadaires des villages calmes que la nuit engloutissait derrière moi et peu à peu assez détendue pour envisager de m’arrêter quelque part pour manger, une auberge, pensais-je : j’avais changé de siècle, je me sentais au temps des auberges et des abbayes. Loin des RER et des suicidés.

A l’entrée du village suivant, passant devant une station service fermée, je réalisai brusquement que j’étais presque sur la réserve de carburant et compris en même temps que je n’aurai aucune chance, si tard, de trouver une station ouverte, sans parler d’un 24/24.

Cluny etait encore loin. Cluny se dérobait aussi. La nuit m’engloutit, à peine encore percée par les phares de ma petite voiture. Je commencai à m’effrayer à l’idée de passer la nuit seule en rase campagne. Il me fallait trouver gîte et couvert au plus tôt.

J’échouais finalement au Café Bar Hôtel Restaurant du Lion d’Or débusqué sur la place d’un petit village endormi et dans lequel, après un moment de surprise qui suspendit toute conversation, on m’offrit une soupe et un refuge pour la nuit.

 

Je dormais à peine dans la chambre vieillotte qui dégageait le renfermé et la poussière. Mais je ne m’y sentais pas si mal. Le lit ancien, la commode massive, les rideaux lourds de velours me rassuraient. Je passai les plus longues heures de la nuit assise sur une chaise grinçante qui soulignait chacun de mes frémissements, leur donnait un écho, redessinant les contours de mon corps dans le silence de la nuit. Je regardais à travers la fenêtre un paquet d’étoile jouer à cache-cache avec les nuages, je vis la rosée se déposer aux premières lueurs de l’aube, fraîche, précieuse et éphémère.

Je sortis au lever du jour marcher dans la campagne.

Je me sentais habitée.

Je suivis les sentiers escarpés qui surplombaient le village, me racontant inlassablement notre vie et son accident, notre début et sa fin, je marchais dans le jour naissant avec un trou dans la tête et un bébé dans le ventre.

Un bébé dans le ventre. Une force puissante qui multipliait ses cellules sans se soucier des tempêtes qui agitaient le monde. Et si fragile.

J’aurai renoncé à toi, ma Louisette. Je ne savais pas comment te fabriquer dans cette vie amputée. Mais là, dans ce matin tranquille qui m’offrait un lever de soleil d’une rare douceur sur le village endormi, sur les maisons basses, l’église romane, l’église des petites gens, massive, austère ; face à cette vie si discrète, qui se serait voulue invisible, habitée par des gens que ne se disaient que de passage ; face à ce village qui de chacune de ses pierres reliait le passé et le présent, je lus un signe. Je lus la patience de la vie qui se construisait minute après minute, pas après pas, si silencieusement, ma Louise que je pensais que toi et moi nous pourrions entrer dans la danse, discrètement, sans rien dire et tracer comme sur un champ labouré le sillon de notre existence, parmi d’autres, à l’infini.

 

Tu commençais à exister au seuil de ces vieilles pierres, tu commençais à devenir en cachette, comme un cadeau, une délicatesse qui ne se dirait pas pour que les mots ne la gâchent pas.

Et devant le soleil frais de ce matin flamboyant d’automne qui chantait le mystère de la vie, je décidai de te garder, mon bébé, comme on garde un secret.

 

 

MANOU SHE

Publié dans Nouvelle

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Tu m'as dit : "Qui es-tu ?" de Martine Dillies-Snaet

Publié le par aloys.over-blog.com

Tu m’as dit : « Qui es-tu ? »

Poésie,


Je laisse  déjà échapper trop de mots,

Poissons d’argent se faufilant entre les doigts

Entre les lèvres.

Ma tête, mon esprit sont  tiraillés

 Entre le non-dire et les dires

Mais une seule façon de vivre.

En se taisant.


            Tu m’as dit « Qui es-tu ? » Réponds-moi !

Tu n’osais pas me le demander, combien de temps t’es-tu retenue ?

            Tu veux que je te parle de moi

Mais.

Je ne parle jamais de moi,

Je ne peux pas.


            Que dire de soi sachant que tout moi est continuité

Comment parler de soi sans parler des reçus,

Sans mettre à nu l’intime, l’éducation, la vie, l’émotion des manques ?

Et quel nom donneriez-vous à  ce droit qui vous autoriserait

A juger, critiquer l’ascendance ?

Je ne puis prendre cette liberté.


            Après tout, c’est la vie qui a fait de nous ce que nous sommes

Et le poète n’est que nudité d’une vie entière.

Les mots en sont les voiles, les manteaux

Dont il essaie tant bien que mal de fermer, de croiser les pans.


            Tu me demandes de parler de moi.

Je suis poète, je suis poète, je suis poète, je suis

Poète !

Et si je te le dis c’est parce  qu’on me l’a dit.

Risible ! Quel poids ai-je à côté des maîtres ?

            Non, je ne puis te parler.

Il faudra accepter. Se sentir touché ou pas

Aimer ce que j’écris ou pas

Mais pour soi

Et non  parce qu’on m’y aura cherché.

Pour soi.

Non, je ne puis te parler, raconter.

Pourtant, je te l’assure, j’y ai pensé !

            Ta question,

J’en ai fait le tour, en ai dessiné les pleins et les déliés,

Décortiqué les lettres, l’alphabet,

Je l’ai couchée sous mon oreiller

Et

Et lorsque les musiques jouaient en diapason avec mon cœur.

je l’ai entendue me murmurer.

            Mais, désolée, Criquette, Criquet,

Désolée, je n’ai pas pu lui parler.

 

                                              

Quelqu’un, un jour, après une conférence-poétique, lors de la séance de dédicaces, m’a dit :

-          On ne devrait déjà acheter vos livres rien que pour la dédicace. Après deux minutes de paroles, vous laissez couler des mots personnifiés. Jamais je n’ai vu cela. Le plaisir est immense. Merci.

 

 

J’ai souri. Ce plaisir à donner est incommensurable, mais il vous vide.

La question suivante serait : - Pourquoi donner, offrir ?

Rires ! Je te préviens, Criquette, je n’y répondrai pas.

 

 

Bien à toi.

08/10/2010

martine

 

 

 

 

Martine Dillies-Snaet

http://users.skynet.be/TheDillies/

 

Publié dans Poésie

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A LA UNE...

Publié le par aloys.over-blog.com

 

http://by152w.bay152.mail.live.com/att/GetAttachment.aspx?tnail=1&messageId=aee78ca6-ea69-11df-b36f-002264c20888&Aux=44|0|8CD4C8D9F5FE6B0||0|0|1|0||&maxwidth=220&maxheight=160&size=AttJe rappelle l'exposition des illustrations de France DELHAYE au siège de Chloé des lys...http://by152w.bay152.mail.live.com/att/GetAttachment.aspx?tnail=2&messageId=aee78ca6-ea69-11df-b36f-002264c20888&Aux=44|0|8CD4C8D9F5FE6B0||0|0|1|0||&maxwidth=220&maxheight=160&size=Att

http://by152w.bay152.mail.live.com/att/GetAttachment.aspx?tnail=3&messageId=aee78ca6-ea69-11df-b36f-002264c20888&Aux=44|0|8CD4C8D9F5FE6B0||0|0|1|0||&maxwidth=220&maxheight=160&size=AttVoilà un petit aperçu du talent de France... époustouflant, non ?

 

 

 

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http://www.bandbsa.be/contes/actu.jpgA voir sur ACTU: "Que le diable nous emporte...T1 et T2" de Christian Eychloma (Chloe des Lys). L'humanité est menacée par le changement climatique et s'apprête à quitter une Terre gravement polluée. Voir ici:http://www.bandbsa.be/contes.h tmhttp://photos-a.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs471.ash2/74433_484639507358_676387358_6987072_2987452_s.jpg

 

 

 

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http://www.bandbsa.be/contes/depaoli.jpgJacques de Paoli est l'invité du dimanche matin 13 novenbre à 11 heures de la radio RQC de Mouscron... 

Il serai à la bibliothèque René Henoumont d'Herstal le 26 novembre à 15 heures ( rue large voie 110). Il y présentera mon roman "APRES TOUT..." La chanteuse/diseuse Madame Muriel Vigneron y lira des extraits comme elle le fit avec talent à la bibliothèque d’Auvelais (Sambreville) dans le cadre de La Fureur de Lire.

 

http://www.bandbsa.be/contes/cybelejules.jpgPrésentation de mon livre à la bibliothèque de Herstal dans le giron de Jacques De Paoli, le 26 novembre, c'est SON évènement mais il m'y fait une petite place. L'évènement est signalé sur le forum (voir Suggestion : le comptoir de Liège et Evènement : Jacques + J.C.).

 

 

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gauthierhiernauxCe petit message pour vous donner trois petits renseignements.

Les Foires du livres d’abord : le week-end des 13 et 14 novembre, aura lieu à Tournai  le fameux ‘Tournai La Page’. J’y serai présent le 14/11 à partir de 14h pour dédicacer mes trois ouvrages, tous parus chez Chloé des Lys.

Le week-end du 27 et 28 novembre, je serai présent à la 8ème Foire du Livre Belge à Uccle (Centre culturel, rue Rouge 47 à 1180 Uccle) le 28/11, également à partir de 14h00. Notez que cette Foire est essentiellement axée sur les auteurs belges, une exclusivité en Belgique...

Enfin, vous trouverez sur mon blog (www.grandeuretdecadence.wordpress.com) un nouvel onglet intitulé ‘Glossaire’ que je vous invite à consulter. Vous y retrouverez la définition de certaines termes qui reviennent régulièrement dans mes ouvrages.

 

 

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http://www.bandbsa.be/contes/actu.jpgA voir dans ACTU: Programme de l'émissiondu 14 novembre
C'est la 8° émission de cette télé qui s'installe doucement dans le web. Au programme... une foultitude de choses: la séance de dédicace des auteurs bruxellois à l'Espace Art Gallery, le prix de l' AREW remis à Laurence Amaury (CDL) pour l'ensemble de son oeuvre,http://photos-f.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs449.ash2/72221_485133657358_676387358_6996231_3752519_s.jpg "...La samaritaine"et Huguette Van Dyck son animatrice (en photo), Philippe Tasquin qui passera en décembre dans ce café chantant... voir ici http://www.bandbsa.be/contes.h tm

 

 

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http://www.bandbsa.be/contes/damienpetit.jpgAvant-première de mon prochain roman à Tournai la Page ce 13 novembre!! Bienvenus à tous!!http://www.bandbsa.be/contes/conviction.jpg (présence soutenue et assurée de Lauretta)

bobclin A voir dans ACTU: Damien (CDL) "Tout est dans la conviction" Belge, de Lessines, c'est son deuxième roman chez Chloe des Lys. Il y a eu "Affaire d'Ego" en 2008 et le voici qui nous propose maintenant "Tout est dans la conviction".

Un texte qu'il présente lui-même comme du romantisme noir, avec un personnage amoral que tout excède...Ses maîtres en littérature, Kérouac, Jean-Jacques Rousseau, Camus, Benjamin Constant, Dostoïevsky: très éclectique. Voir ici:http://www.bandbsa.be/contes.h tm

 

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desguinBonjour à tous ! Vous êtes libres le week-end prochain ? Parfait !

 Dans le cadre des manifestations de Tournai-la-Page, venez  découvrir cette grande foire littéraire !
 Le samedi 13 novembre à partir de 14 heures, je vous attends ! Où ? Halles aux draps, grand-place, Tournai !
 
Vous avez déjà Rue baraka ? Qu'importe ! Venez découvrir d'autres auteurs et pour ma part ...je vous dédicacerai la dernière page de votre Rue Baraka !
 
Je serai sur le stand de Chloé des lys ! Merci à tous et ...à samedi !
 

Ci-joints quelques liens ...et vous saurez pourquoi le secret du vieux peintre ....Soyez curieux ! image-1
 - Sur critiqueslibres, on parle de ce livre :
http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/23346
 - Autre site littéraire :http://livrogne.com/2010/07/rue-baraka-carine-laure-desguin/
  - Autre site littéraire :
http://jelistulisillit.wordpress.com/?s=rue+baraka 
  - Exigence littérature : 
 
http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?page=imprim&id_article=1008&var_mode=calcul
 - Sur le blog de Christine Brunet  : http://recreaction.over-blog.org/article-carole-laure-desguin-l-ecriture-c-est-chez-moi-comme-des-vents-qui-deboulent-46982401.html
 

 - Autre site littéraire :http://livrogne.com/2010/07/rue-baraka-carine-laure-desguin/

Carine-LAure Desguin
http://carinelauredesguin.over-blog.com

 

 

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bobclinA voir sur ACTU: Einar Kleve. Un deuxième roman chez CDL "Garcisse" pour ce jeune natteur du groupe belge "Hologramsss". " Garcisse, c'est un jeu de mots entre « garce » et « narcisse ».L'histoire d'une jeune femme d'origine flamande, Liesbeth, qui sehttp://photos-h.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs472.ash2/74550_486150697358_676387358_7018994_6306918_s.jpg dénude devant une webcam, et de son frère cadet, Herman, qui étudie le journalisme. Il est également très féru de musique rock et joue comme claviériste dans un groupe. Nos deux jeunes gens sont pris au piège d'une modernité criarde un peu bébête mais subtilement angoissante."

 

Voir ici   http://www.bandbsa.be/contes.h tm

 

 

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bobclinA voir sur ACTU: Gerard Cavazzasur Radio Campus peinture, littérature, poésie... Il est sans doute plus peintre (abstrait, surréalisme et couleurs) qu'écrivain. A moins que ce ne soit le contraire...un long entretien radiophonique avec cet artiste dehttp://photos-g.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-ash2/hs465.ash2/73818_486162742358_676387358_7019098_5997767_s.jpg réputation internationale qui publie cette année "Les âmes Pénélope" chez Chloe des Lys." J'écris sur un cahier d'écolier, assis à une table de bistro, de préférence en terrasse pour voir passer les filles..." Voir ici:http://www.bandbsa.be/contes.h tm

 

Un lien...  http://www.radiocampustours.com/2010/11/on-est-pas-serieux-quand-on-a-17-ans-mercredi-3-nov/

 

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bobclinA voir sur ACTU: Micheline Parmentier"Paroles nues". Encore une 'tit nouvelle pour CDL "J'habite à Schaerbeek (Bruxelles), dans la cité des ânes ( 4 longues oreilles sont à l’écoute au Parc Josaphat) de l’autre côté du boulevard il y a le quartier deshttp://photos-b.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc4/hs1180.snc4/150280_486696772358_676387358_7028174_1244511_s.jpg “FLEURS”...". Avec "Paroles nues", elle est partie à la recherche d'elle-même et s'est découverte dans la poésie." J’écris pour vivre mieux, pour fixer mes émotions dans une fenêtre ouverte sur l’avenir..." voir ici: http://www.bandbsa.be/contes.h tm
 

 

  

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Impression de lecture : "Toi-Nous" de Claude Colson vu par Christine Brunet

Publié le par christine brunet /aloys

Photo Christine BrunetJe ferme le dernier livre de Claude Colson, Toi-Nous, avec, dans la bouche, un petit goût d'amertume... et d'échec. Je vous sens lever un sourcil interrogatif...

 

Vous vous méprenez ! Il ne s'agit pas là d'un échec de l'auteur... mais de l'échec d'une vie, celle d'Yves. Alors que dans Lena, Bruno se rebiffe, s'insurge, crie son mal être et son incompréhension, Yves espère, tente l'expérience qui s'offre à lui mais reste en retrait et analyse : il a mûri.

 

Il a compris, s'implique mais garde son individualisme et sa lucidité. Ses coups de gueule sont désormaistoinouscols-couv-simple contenus même si la passion est là, prête à déployer ses tentacules.

 

Au gré de son état d'âme, les mots jaillissent, bouillonnent ou étouffent, engluent, tourmentent. Aux couleurs éclatantes de l'espoir et du désir se substituent peu à peu le gris du doute, le noir de la rancoeur, de la résignation puis de la solitude.

 

Toi-Nous... C'est d'abord Toi puis Nous puis Moi... Fatalité d'un échec programmé ? Ou éternel recommencement parce que l'Humain ne peut se satisfaire du singulier ? La réponse est dans chacune de ses pages... derrière chacun de ses mots...

 

Toi-nous se lit d'une seule traite, au rythme des soubresauts de deux vies qui espèrent, hésitent et se déchirent sans parvenir à ne faire qu'une. 

 

 

 

Christine Brunet

http://recreaction.over-blog.org

www.aloys.me

 

 

 


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Christian Van Moer a lu "Nouvelles à travers les passions" de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.bandbsa.be/contes/chrismellone.jpg"Nouvelles à travers les passions", critique de Christian Van Moer

 

Après nous avoir fait traverser les saisons, voilà donc que Micheline nous invite à voyager à travers les passions.


Au gré de sa fantaisie, 24 textes plus ou moins courts nous mènent tant du Pays Noir à Vittel ou de la Vendée au Portugal, que de la Belle Époque au Moyen Age ou des années cinquante à nos jours. Et avec elle, on regarde des photos, on relit de vieilles lettres, de vieux documents, on écoute les cris et les chants, distraitement d'abord, avec émotion finalement.

 

Écolier à cette époque révolue où la moindre image nous faisait rêver, j'étais fasciné par certaines illustrations de mon manuel d'histoire ou de mon livre de lecture : la statue équestre d'Ambiorix, le portrait de Marco Polo, les Sauvages emplumés du Nouveau Monde entre autres, ou encore le siège d'un château fort, une exécution capitale, un autodafé... : avec nostalgie, j'ai eu l'impression de retrouver quelques-unes de cesboland2 images - qui en montraient à la fois beaucoup et pas assez - lorsque Micheline fait revivre Christophe Colomb, Henri le Navigateur ou Barbe-Bleue...

 

Micheline glane dans le champ des passions. Traversant les frontières et les époques, ses récits dévoilent les hommes en montrant la beauté et l'horreur, l'ambition et l'amer ressentiment, l'envie et l'amour, la Providence et la fatalité, le printemps et l'hiver de la vie, la démence et le salut... Mais chez Micheline, les passions les plus inavouables sont décrites avec retenue (trop, peut-être), avec une extrême pudeur : le sang n'éclabousse pas le lecteur, les personnages ne crachent pas leur bile. C'est un peu comme dans les Contes de Perrault, où la cruauté et les turpitudes de la vie demeurent évidentes malgré la sagesse et la beauté des mots.


Si certaines nouvelles surprennent parfois, c'est par le pouvoir insidieux de la fascination que leur brièveté recèle et libère au final, lorsque la fine ampoule contenant le poison ou le parfum se brise. Charmé, contrit ou simplement perplexe, on vacille alors un moment avant de passer au récit suivant.

L'écriture est irréprochable : le vocabulaire est riche sans être pédant, la phrase, courte sans être stéréotypée, la syntaxe et l'orthographe sont solides.

Un paragraphe : Quand je lève les yeux vers lui, sa belle chemise blanche en lin est éclaboussée d'encre. La perfection de l'encre m'apparaît non pas sur ce papier enduit au blanc d'œuf qu'il a fait passer de l'un à l'autre, pareil à un bijou précieux, mais sur le lin. C'est comme si la fibre livrait une dimension spirituelle. La force et le pouvoir de l'inattendu. La métamorphose de la maladresse. L'encre sève de vie. La tache rédemptrice aussi bien du péché de perfectionnisme que de celui d'orgueil. (Éclaboussures d'encre de Chine, p.148)


Personnellement, j'ai particulièrement apprécié "Une espèce de Mentor" et "Piqûre ou Grigri ?"


J'ai passé un bon moment de lecture...

 

 

Christian van Moer


christianvanmoer2.skynetblogs.be

christianvanmoer.skynetblogs.be

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Lettre d'amour... d'Edmée de Xhavée

Publié le par aloys.over-blog.com

Edmee-chapeau-copie-1Lettre d’amour (Edmée De Xhavée)

 

 

   Ma bien chère Léonie,

 

   Comment commencer, comment terminer, comment expliquer? Comment, après cinq ans de mariage arrangé vous confier mes sentiments sans être ridicule, sans vous blesser ?

 

   Cinq ans. Presque sept depuis notre première rencontre. Je revenais de ce long séjour en Argentine où j’avais appris les secrets de la laine et de son commerce. J’étais gorgé de splendeurs et d’aventure, de ces visions d’un autre monde avec ces buffles magnifiques tirant les chariots de laine, les gauchos à la peau cuivrée et leurs chevaux beaux comme si descendus directement des nuages d’orage, les gués où les voitures s’embourbaient, les patios plantés de fleurs luxuriantes et buissons à l’ombre desquels on savourait le dulce de leche avec un maté.

 

   De retour, il me sembla que toute la ville n’attendait que le récit de mes aventures et des nouvelles de leurs familles installées là-bas. Je passais d’un salon à l’autre. Avais-je vu les de Jaer, les Lonhienne, les Young ? Comment supportaient-ils le climat ? Comment donc grandissaient les petites Marguerite et Germaine ? Comment se comportaient les actions du vélodrome Palermo, dans lequel presque tout le monde avait investi ? Et la traversée, avait-elle été bonne ?

 

   Mais partout aussi, avec une insistance bien peu discrète, on me parlait de vous. J’avais trente ans, et une belle expérience acquise avec les meilleurs des marchands de laine. Il me fallait m’apprêter à accompagner ce précieux bagage d’une vie de famille que je fonderais.

 

   Vous reveniez de Suisse, où vous aviez passé deux ans avec une tante malade. À cause de ces années perdues, voilà que vous étiez un peu plus âgée que les autres pour vos premières sorties. On vous disait calme, peu portée aux plaisirs de la société. Il est vrai que tout ce temps avec votre tante vous avait tenu à l’écart de la jeunesse et ses facéties, ainsi que des attentions des jeunes gens peu intéressés par la paire que vous formiez et qui était, alors, indivisible.

 

   Ma mère vous qualifiait de bon parti, vantant votre teint pale et votre inébranlable patience. Vous aviez tout pour faire une mère idéale, insistait-elle.

 

   Lorsque je vous ai vue, non, je ne vous ai pas trouvée jolie, pardonnez-moi. J’avais encore le souvenir de cette exubérante jeune fille de la belle société de Buenos Aires que mon cousin allait épouser : un chignon si lourd que l’on aurait dit un turban de la soie la plus noire, les lèvres sinueuses, les yeux languides, la poitrine que l’on imaginait tiède et rebondie sous la soie brodée, le cou animé d’un battement de cœur que l’on aurait voulu calmer d’un baiser. En comparaison, vous m’apparaissiez sans surprise, d’une beauté qui n’étincellerait jamais.

 

   J’ai pourtant été heureux de nos fiançailles. Un homme sans dettes se doit de se  marier, de donner à son propre père l’assurance de sa descendance et votre quiétude, si lointaine des bouderies et caprices de la belle Argentine que j’aurais sans doute aimé avoir à satisfaire pour la simple récompense de ses effusions fut, en fin de compte, une route sans ornières vers notre mariage. J’étais content, oui. Pas amoureux, mais content. « Le mariage n’est pas une affaire de cœur », m’avait bien dit mon père. « Mais il le devient parfois quand on a de la chance ». En moi pourtant, je voyais mal comment nos relations, polies et aimables mais dénuées d’intimité même dans nos moments les plus intimes, auraient pu un jour s’animer au point de bouleverser mon cœur.

 

   Nos trois enfants naquirent ainsi, issus de ces étreintes polies mais non sans douceur. Je vous embrassais sur la joue en riant, vous serrant contre moi, et vous compreniez mon attente. Vous aviez un sourire dont la gentillesse me rassurait toujours, sans que j’y prenne garde alors. Vous ne me subissiez pas, ni ne me recherchiez. Mais vous vous donniez sans marchander ou flirter. Et sans mot, lorsque nous allions nous endormir, vous me souriiez, la joue perdue dans ce flot de cheveux sombres qui avaient alors l’odeur du bonheur. Et vous fermiez les yeux, replongeant dans cette existence qui était la vôtre et dont je vous laissais maîtresse, par une indifférence bien masculine que vous ne me reprochiez pas.

 

   Et puis je suis reparti en Argentine pour un an, à Buenos Aires. Avec trois jeunes enfants, vous êtes restée sur place. Lorsque nous nous sommes dit au revoir sur le bateau, le tremblement de votre menton et l’eau sur votre regard ont brisé le sceau de mon coeur. J’ai pensé que c’était votre peine que je consolais, que c’était pour vous réconforter que je vous ai promis d’écrire souvent et de penser à vous. J’ai cru que c’était l’inquiétude pour votre solitude de jeune maman qui me tracassait pendant cette longue traversée. Qui me tenait éveillé dans ma cabine ondoyant sur les flots. Qui me rendit indifférent aux charmes de la toujours très belle et insupportable Consuelo. Qui suspendait brutalement mes pensées lorsqu’on me parlait de vous ou des enfants.

 

   Chère, chère Léonie, non.

 

   C’est l’amour de vous, la douleur d’être séparé de vous, la souffrance de me trouver si loin alors que j’entends mon cœur hurler de joie « j’aime, j’aime ! ». Je vous aime avec force, je me languis de votre odeur, de vous serrer dans mes bras, de vous dire mon amour en français et en espagnol puisque vous êtes si fascinée par cette langue aux senteurs d’abricots. Plus que trois mois, trois petits mois, et je vous expliquerai votre beauté, ces yeux qui sourient de leur eau tranquille aux reflets d’or, cette chevelure qui se dénude pour moi des peignes et rubans et s’étend comme une onde tiède, ce corps bien droit et fier qui se déploie pour les naissances de ces enfants qui nous ressemblent, ces lèvres encore bien enfantines qui sourient avec la force d’une femme… Je vous aime, ma chère Léonie, et suis un homme heureux, comblé.

 

   C’est un mari amoureux que vous accueillerez au bateau d’ici peu.

 

 

Edmée de Xhavée

http://edmee.de.xhavee.over-blog.com

Publié dans Textes

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