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Texte 9 sur le thème de la magie pour le 3e hors série de la revue

Publié le par christine brunet /aloys

La vraie magie des fiançailles… 



 

Il était sur le manteau de la cheminée, aux abois, impatient d’agir. Caché dans la calebasse décorée que Micheline avait ramenée du Burundi. Il était là avec ses autres trophées de vacances : un vase navajo, deux bougeoirs de lave dont elle ne savait plus exactement la provenance car c’était un cadeau, un petit masque de sorcier sénégalais, une boite d’écorce de bouleaux du Québec et autres choses souvent colorées. Ça donnait lieu à pas mal de conversations quand elle recevait, et lui permettait de faire ses petits exposés instructifs l’air de ne pas s’y complaire. 

Et lui donc, il attendait son moment. Il suffirait qu’on le dépoussière en insistant sur le tambourinaire, entre le tambour et le genou fléchi. Juste là. Alors il serait libéré et pourrait s’amuser. C’est qu’on ne lui avait pas donné ce pouvoir pour rien, après tout, et il avait hâte d’user de ses talents. L’ennui était que Micheline, bien évidemment, ne faisait pas le ménage elle-même – non mais… faut pas pousser, quand même ! – et que Bébette, sa dame dépoussiéreuse et moustachue, avait cessé d’être méticuleuse depuis que Madame ne contrôlait plus de la pointe du doigt dans tous les recoins. Elle passait bien le chiffon sur les calebasses mais jamais en-deçà de la panse, et le genou du tambourinaire était un poilichon plus bas. 

Cependant, la patience vient à bout de tout, et le soleil se leva enfin sur le grand jour qui n’était autre que celui de la réception de fiançailles de Marguerite, la fille de Micheline, avec Ambroise, un jeune homme très titré que ce soit à la bourse qu’au catalogue de la noblesse belge. Plumeau, chiffon, cire, peau de chamois… Bébette semait de discrètes gouttes de sueur ça et là, celles qui naissaient à la base de sa moustache et en tombaient après une petite hésitation. Il faut dire que Marguerite se fiançait en pleine canicule, ce qui n’était pas très gentil pour le personnel, mais bon… 

C’est dans cette chaleur de hammam qu’Abram Kad’Abram fut libéré. Il se rua, encore titubant et testant ses pouvoirs, sur la brave créature en nage qui poussa un cri de cormoran : elle avait senti, nettement senti, une paire de mains sur ses seins, et même un rassemblement de bouts de doigts lui pétrissant les mamelons. La calebasse lui échappa des mains, Micheline pointa un regard suspicieux et rejeta les explications haletantes de la malheureuse par un « allons Bébette, ne perdez pas de temps avec ces sottises, il n’y a personne ici, ramassez la jolie calebasse et continuez, nous n’avons pas toute la journée, les fleurs seront livrées dans deux heures et mon coiffeur va arriver… ». 

Ceci dit, Abram Kad’Abram avait pris goût à palper ce large corps moite et généreux de formes, et s’enhardit à bien des découvertes, avec ma foi une certaine adresse instinctive, qui fit que la canicule et ce qui pouvait s’apparenter à d’adroits préliminaires eurent raison de sa raison : Micheline eut à la faire remplacer par la vieille gouvernante de Marguerite, Bébette ayant été retrouvée allongée sur le marbre du vestibule, nue – et franchement, personne n’en demandait autant – psalmodiant quelque chose qui ressemblait à encore, abracadabra, encore… L’ambulance vint la cueillir en passant par derrière comme suggéré, tandis qu’on commençait à réceptionner les fleurs par l’entrée principale. 

Abram Kad’Abram riait de toute sa glotte, assis à présent sur la table à café. Il attendait de voir ce qui le tentait comme attraction suivante. La vieille gouvernante n’était pas intéressante, rien à pincer ou palper, tout était lyophilisé depuis longtemps. Elle ne transpirait même pas. Un vrai morceau de pemmican. Et une haleine de charognard.

Sa patience, une fois de plus, se vit récompensée. Une journée magique, vraiment. Il s’empara de la voix du futur beau-père, un distingué presque vieillard ventripotent, pour tonitruer des chansons à boire, révéla qu’il « sautait la jeune cuisinière depuis des années », vérifia le décolleté de Micheline qu’il commenta d’un « ooooh, la vallée d'Ötztal » et pinça les fesses de sa future belle-fille avec la fougue d’un babouin. 

Ensuite Abram Kad’Abram imposa une danse folklorique autrichienne aux jeunes serveurs et serveuses engagés pour l’occasion, avec de bruyantes claques sur les cuisses, du jodle (le chandelier de cristal en perdit quelques pendeloques) et des jeunes femmes tournoyant dans les airs à l’horizontale au bras des garçons, renversant verres, plats, bibelots et sacs à main au passage. 

Marguerite se distingua en grimpant sur la table pour réciter des contrepèteries douteuses, explorant son nez de l’index et l’essuyant à son corsage. Micheline en vomit ses trois coupes de champagne sur le tapis crème, et Abram Kad’Abram n’avait rien à y voir, cette fois. 

Une bande de souris passa en courant sur la table et se mit à grignoter les petits pains en semant un chapelet de crottes, le frère du fiancé fut saisi de flatulences sonores et odorantes et s’exclamait « oh, celle-ci est encore meilleure ! Écoutez donc celle qui arrive ! ». 

L’ambulance dût revenir par la porte arrière pour emmener la mère du fiancé, prise de délire : elle voyait un homme nu et grimaçant assis sur la calebasse du manteau de cheminée. Un invité se retrouva enroulé dans deux rouleaux de papier WC et on dût démonter la porte pour le sortir de la salle de bain. Deux petits cousins jouèrent aux gremlins et mordirent à sang tous les mollets des convives de la table près de la fenêtre. 

Au final, les fiançailles furent rompues, tant les deux parties avaient de choses à se reprocher, et la réception se termina sans que le solitaire ne resplendisse au doigt de Marguerite, ce qui fut à la fois un bien et un mal : le diamant était remplacé par un pois cassé, mais Ambroise le garderait précieusement pour la prochaine fiancée qui en aurait la surprise. Abram Kad’Abram, pour dire la vérité, ne comprit rien à leur décision : il s’était follement amusé, ces gens ne savaient pas rire. 

Un peu las de toute cette excitation, il réintégra sa calebasse, sachant que tout vient à point à qui sait attendre. I’ll be back ! dit-il aux rares participants encore lucides mais hébétés, mais il dut bien se rendre tristement à l’évidence : ils ont des yeux et ne voient point. Et Il n’est de pire sourd que qui ne veut entendre

C’étaient des évidences bibliques et de traditions anciennes…

 

Publié dans concours

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Texte 8 du concours "Les petits papiers de chloé" sur le thème de la magie

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Les sorcières, le chasseur et la petite fille



 

  La Forêt sentait les fleurs sauvages, les champignons et la rosée matinale.  Elle sentait également les ennuis.

  Sous les ombres mouvantes d’un arbre, se cachait une commère.  Elle attendait, son balai à la main, le chapeau vissé sur la tête, ses gros godillots enfoncés dans la terre moussue.

  Un chasseur vint à passer, qui reniflait le sanglier.  Il passa, sa vieille pétoire sous le bras, en faisant plus de bruit qu’un rat dans une bibliothèque et la commère songea que les sangliers étaient à l’abri, cette fois encore.

  Le temps passa et une gamine haute comme trois pommes, enjolivée d’un chaperon de couleur éclatante, s’en vint crapahuter sur le chemin.  Elle avait les mains embarrassées d’un petit pot de beurre, sans doute un cadeau pour quelque mère-grand.  La fillette s’éloigna en sautillant et le temps se remit à passer.

  Enfin, au détour du sentier, apparut une mégère flanquée d’un balai au profil élancé.  Chaussée de bottines aux talons un peu trop hauts, emballée dans une robe un peu trop seyante, le chapeau encombré de fleurs et rubans, elle marchait néanmoins du pas que lui enviait le garde champêtre du village.  De son panier dépassaient feuilles et fleurs en abondance. 

  La commère sortit de sa cachette et la mégère s’arrêta.  Entre elles, l’hostilité était palpable et si la conversation débuta dans une froide politesse, elle sombra promptement dans le crépage de chignon.  La commère reprocha à la mégère de médire d’elle au village et la mégère reprocha à la commère de faire peur aux enfants.  La commère enchérit en dénonçant le manque de respect de la mégère, ce à quoi la mégère répondit en dénonçant les idées archaïques de la commère.

  Les noms d’oiseaux s’envolèrent, faisant taire leurs modèles qui se réfugièrent sous les frondaisons, les sangliers s’enfuirent à toutes pattes, piétinant au passage un ahuri nanti d’une pétoire, et une fillette sous un joli chaperon tira si fort une chevillette que la bobinette fit un malaise et chut.

  Sous un coin de ciel orageux, deux balais se firent face, leurs brindilles griffant rageusement le sol en soulevant une tonne de poussière.  C’est alors que survint un troisième, l’allure inédite, tout de métal incrusté.  En descendit une sorcière, qui remonta sur un chapeau fort décoré une paire de lunettes de cuir.  Sa robe noire, curieusement nantie d’un corset à boucles de métal, s’ouvrait sur le devant, laissant apparaître un pantalon moulant enfoncé dans de hautes bottes.  

  Elle se présenta comme étant la nouvelle, se dit ravie de rencontrer ses chères consœurs et souhaita qu’elles lui fournissent rapidement le calendrier des convents.  Puis elle remit ses lunettes, enfourcha son balai et décolla sur les chapeaux de roue.  Ébahies, les chères consœurs la regardèrent disparaître au loin puis s’en allèrent, bras dessus, bras dessous, chuchotements et ricanements sinuant dans leur sillage.

  Le bois regagna sa sérénité, arrachant au chasseur tapi dans les buissons un long soupir de soulagement… aussitôt transformé en cri d’effroi !  Derrière lui, venait de surgir la petite fille au joli chaperon.  Elle lui fit un grand sourire, puis gagna le chemin où la poussière finissait de retomber.

  ‒ Ces femmes sont terrifiantes, gémit le chasseur en rejoignant rapidement la petiote.

  Il jetait des coups d’œil furtif derrière lui et tenait son tromblon d’une main frémissante.

  ‒ Oh ! Elles font beaucoup de bruit quand elles se querellent, mais c’est tout.  Celle avec les affreux godillots, elle soigne les rhumatismes de ma mamie et parfois elle l’aide à faire son ménage, quant à l’autre, la grande, elle a aidé mon papou à soigner son cheval.

  ‒ N’empêche…  je crois que ce sont des sorcières, chuchota le chasseur en roulant des yeux.

  ‒ Nooon, vous croyez ? répondit la fillette, amusée.

  Alors qu’ils atteignaient le village, la petiote alla d’un bon pas trouver la mamie du benêt qui l’accompagnait et la pria de rappeler ses copines à l’ordre lors du prochain convent puis, sautillante, elle s’en retourna chez son papou en rêvant au splendide balai rouge vif qui serait le sien quand elle serait grande.

 

Publié dans concours

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Texte 7 sur le thème de la magie pour le 3e hors série de la revue

Publié le par christine brunet /aloys

La troublante confession de William Évrard

 

   Si tu lis ceci, Stéfan, mon fils, c’est que mon âme s’est envolée au-delà de … Et, que tout à côté du violon, tu as trouvé ce carnet dans lequel, d’une certaine manière, je te dévoile l’inimaginable. Très bien. À présent, tu me lis. Assieds-toi et accroche-toi, mon fils. Ceci te semblera irréel, c’est cependant la pure vérité. Ta mère et moi ne t’avons jamais menti. Nous t’avons caché la réalité, voilà tout, pour te protéger. Pardonne-nous, pardonne-moi. Même si cela te paraît invraisemblable, réfléchis bien, Stéfan. Tu te sais différent des autres depuis toujours. Voici pourquoi.

   L’été 67, je me baladais à vélo du côté de Slijpe. Au niveau de l’écluse, le pont était relevé. J’ai arrêté de pédaler. J’ai déposé mon vélo contre un muret, j’avais envie de souffler un peu, de respirer sous ce beau soleil estival. Assise sur l’herbe, à deux pas de là, une très jolie jeune fille était perdue dans ses pensées, des yeux verts, une longue chevelure auburn et, sous son tee-shirt moulant, je devinais une poitrine de rêve. Elle regardait en direction du canal et de la péniche qui s’avançait vers l’écluse. Je n’ai pas résisté, tu penses, je me suis approché d’elle, je voulais la draguer. Elle m’a raconté qu’elle était en vacances et qu’une bande de racketteurs lui avaient volé tout son matériel de camping. Chouette ! j’ai pensé. Je l’ai ramenée dans mon studio et puis voilà, affaire conclue … Elle se disait sans famille. Quelques semaines plus tard, nous nous sommes mariés. Fin 69, voilà Mirka enceinte de toi, Stéfan. Nous étions heureux.

   Depuis le début de notre rencontre, j’étais troublé par son comportement et surtout, son intelligence hors norme. La physique et les maths n’avaient aucun secret pour elle. La chimie et l’astronomie non plus. Et question physique quantique, elle surpassait Max Planck lui-même. Chose troublante, aucun passé universitaire, elle affirmait tout de go avoir lu énormément … Pas d’ami, pas de famille, rien. Je pressentais que tout cela était plus que chelou. Je n’ai pas investigué, je craignais de découvrir du noirissime, des années dans des milieux interlopes, ou quelque chose comme ça. Un soir, je suis rentré du lycée plus tôt que d’habitude. Ce que j’ai vu m’a scotché sur place, j’ai failli tomber raide mort. Mirka se croyait seule à la maison. J’étais dans le living, prêt à enlever ma veste et à déposer mes fardes de cours sur le bureau. C’est alors que j’ai vu ta mère traverser un mur, celui entre la cuisine et le living. Oui, tu lis bien, ta mère traversait le mur. Je suis resté sans voix. Elle m’a intimé alors qu’elle me devait quelques explications … Et voici ce que ta mère, Mirka Svensson, alors enceinte de six mois, m’a débité d’une voix blanche :

  « Je viens de Vénus. Je suis ingénieur, je parle plusieurs centaines de langues. Je suis ici pour étudier la race humaine, vivre avec les humains, et surtout, fonder une famille. Je viens du futur. Le temps comme tu crois le connais, linéaire, n’existe pas. Du côté de l’Himalaya, nous avons une base dans laquelle sont entreposés des centaines de vaisseaux. Les humains sont incapables de pénétrer à l’intérieur, l’ouverture est un portail énergétique. Tout est question de fréquences et de vibrations. C’est compliqué à expliquer à un Terrien. Ne me regarde pas comme ça, avec ces yeux pleins de désespoir. Tu es un homme merveilleux, vraiment merveilleux. Tu devinais l’inconcevable et jamais tu n’as posé une question afin d’en connaître plus au sujet de mon passé. Je reviens sur mon histoire … Un de nos engins spatiaux m’a déposée à Slijpe. Nous savions que tu passerais là, que tu t’arrêterais car le pont de l’écluse se relèverait. Les Vénusiens sont partout sur la Terre, tu sais. Ils vous surveillent car vous, les Terriens, vous êtes des guerriers et vous êtes capables d’endommager tout l’univers avec vos terribles conflits nucléaires. Tu m’as vu traverser le mur. Toi aussi tu pourrais traverser les murs, et n’importe quelle autre structure, l’acier, le béton, tout. La matière est malléable, l’esprit peut tout. Je suis âgée de plusieurs centaines d’années. Je me souviens de toutes mes vies antérieures. Les mémoires des Terriens sont effacées et dès lors, à leur naissance, ils n’ont aucun souvenir de leur vie précédente, ils doivent toujours recommencer à zéro. Je connais l’histoire de l’Humanité depuis l’alpha, de la Lémurie jusqu’à l’Atlantide. Tout n’est que vibration, informations, et énergie. Toutes les planètes du système solaire sont habitées et leurs habitants visitent la Terre. Parce que, en quelque sorte, sur le plan spirituel, vous êtes des retardataires. Tu me dis toujours que je te connais mieux que toi-même. En effet, je capte toutes les pensées des personnes qui m’entourent. Notre fils, parce que je te l’annonce, ce sera un fils, aura des capacités identiques aux miennes. Sa conscience voyagera tout comme la mienne. Je veux dire que lorsque mon corps dort aux côtés du tien, ma conscience retourne parfois sur Vénus, ou ailleurs. Tout ce que je te raconte, tu le savais tout au fond de toi. Tu avais peur de découvrir tout ça. Et moi, j’ai été lâche de me taire. Notre fils naîtra et pendant encore quelques années de votre temps, je vivrai ici avec vous deux. Un jour tu t’éveilleras et je ne serai plus là. Ma mission sera terminée sur Terre et les miens seront venus me rechercher. Je pourrais encore te parler pendant des heures, t’expliquer les lois de l’univers. On vous a caché tellement de choses à vous, les Terriens. »

   Je le lui ai pas laissé le temps de continuer, je l’ai prise dans mes bras. Tu es né le 7 juillet 1970, tu étais un petit garçon merveilleux. Bien sûr, à trois ans, tu lisais. L’année suivante, tu connaissais plusieurs langues. Aujourd’hui, tu décodes tout l’univers ou presque. Ta mère et moi t’avons protégé au mieux. Nous savions elle et moi que tu savais … Lorsqu’ils sont venus la rechercher, tu avais dix ans. Je sais qu’elle et toi êtes toujours en connexion l’un et l’autre. Mais voilà, tu en connais un peu plus sur cette histoire, qui est aussi la tienne. Je n’ai jamais aimé que Mirka Svensson. Je n’ai jamais rien regretté. Et je t’aime aussi, mon fils. Sois heureux sur Terre, la vie est si belle.

 

William Évrard

Publié dans concours

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Texte 6 pour le concours "Les petits papiers de Chloé" sur le thème de la magie

Publié le par christine brunet /aloys

 

Lampion à la bave de crapaud 



 

  La locomotive se mit à l’arrêt et poussa un profond soupir, laissant son haleine blanche monter vers le ciel de verre et de fer.  Minerva quitta le compartiment qu’elle avait partagé avec son ami Loki et rejoignit le quai bondé.  Pestant contre la malchance qui l’avait menée là, la jeune fille zigzagua entre les voyageurs et les chariots à bagages, entraînant son compagnon à sa suite.  

  Ce détour en ville avait beau être déplaisant, il était néanmoins nécessaire.  Aussi, Minerva dut elle maîtriser sa nature bouillonnante et prendre son mal en patience.

  Sur le parvis de la gare, attendant que le valet eût déplié le mache pied de leur élégant cabriolet, trois dames en robes de voyage, sanglées dans des vestes leurs faisant une taille de guêpe, des petits chapeaux emplumés élégamment posés sur leurs chevelures savamment coiffées, se mirent à chuchoter et pouffer en observant la jeune fille et son coquet compagnon.  La silhouette longiligne de Minerva, aussi raide que le balai laissé à la maison, dissimulée sous un long manteau noir informe, se tourna vers le trio.  Sous le chapeau noir à large bord et couronne pointue, qu’on avait pris soin de rabattre et d’entourer d’un gros nœud violet pour plus de discrétion, un regard impérieux se fixa sur les silhouettes féminines, qui disparurent précipitamment dans leur véhicule.

 Tout ce temps, Loki observa la scène de ce même air hautain qu’arbore souvent les félins car, malgré sa petite taille, le personnage aimait regarder le monde de haut et ne s’en cachait pas.  

  Toutefois, son attention fut rapidement détournée par le cab venant de s’échouer au pied du trottoir et qu’il s’empressa d’investir, son  amie à sa suite.

  ‒ Nous cherchons la rue millepertuis, vous connaissez ? demanda celle-ci au cocher.

  ‒ Bien sûr, mademoiselle.  Si vous cherchez un commerce, c’est le bon quartier.

  Avec un coup d’œil satisfait à son compagnon, Minerva fit signe au cocher de démarrer.

  ‒ Tu es sûre pour le nom de la rue ? demanda Loki.

  ‒ Certaine ! Douterais-tu de ma capacité à interroger un miroir magique ?

  ‒ Je vérifiais, c’est tout.

  ‒ Tsss ! C’est juste cette histoire de lanterne qui me chagrine.  Je ne sais pas pourquoi il m’a montré cela, mais je suis sûre que nous comprendrons quand nous serons sur place.

  ‒ Si tu le dis.

  Le cab les déposa au coin de la rue recherchée et Minerva tira de son petit sac en coton violet habilement crocheté, quelques pièces qu’elle tendit au cocher.

  ‒ Merci, mademoiselle.  Si vous cherchez un nouveau manteau, vous êtes au bon endroit, informa ce dernier, avant de se tourner vers un groupe de clients qui le hélaient déjà.

  ‒ Pourquoi je voudrais m’acheter un nouveau manteau ? grinça l’intéressée en observant les vitrines défiler alors qu’elle parcourait la rue millepertuis au pas de charge, ses bottines pointues claquant sur les pavés avec détermination.

  ‒ Regarde ! Là ! fit Loki en traversant la rue.

  Sur l’une des vitrines un « Maison Lampion » s’étalait en courbes gracieuses. 

  ‒ Alors voilà ce que ce coquin de miroir voulait dire !

  Un grelot tintinnabulant annonça leur entrée dans la boutique.  Des étagères aux formes charmantes en habillaient les murs et des vitrines habillées de satin en occupaient l’espace, tandis que leurs contenus hésitaient entre l’insolite et l’inattendu.  Un petit homme grassouillet vint à la rencontre de ses nouveaux clients et, à sa mine, on devinait qu’il ne savait trop qu’en penser.  

  Si le jeune homme à l’allure déliée, ses cheveux noirs impeccablement lissés, la mise soignée sous son foulard parfaitement noué et ses soulier cirés, lui faisait plutôt bonne impression, la jeune fille, dans ses couleurs de deuil, avait un je-ne-sais-quoi d’inquiétant.

  ‒ Nous cherchons un cadeau, expliqua cette dernière.

  ‒ Oui, mère est une femme de goût ajouta Loki en offrant au commerçant son plus beau sourire.

  ‒ Un parfum, peut-être ? proposa le petit homme.

  ‒ Mmm… fit Minerva en se tapotant la lèvre inférieure.

  ‒ Pourquoi pas un bijou ? dit Loki en se penchant sur un petit buste où étincelait un collier.

  ‒ Quelle bonne idée ! fit le commerçant ravi.

  ‒ Quelque chose de vert.  Mère aime le vert, avec une pointe de doré.

  ‒ Bien sûr, monsieur.

  ‒ Si vous aviez quelque chose d’original, ce serait parfait.

  ‒ Je viens justement de recevoir une pièce unique qui pourrait vous intéresser.  Une merveille ! Une pierre qui, sans être précieuse, n’en n’est pas moins exceptionnelle.

  Le petit homme s’enfonça dans l’arrière boutique et revint aussitôt avec un présentoir.  Sur ce dernier reposait un tour de cou de dentelle noire, orné d’un pendentif en forme de poire vert bronze pailleté d’or.

  ‒ C’est exactement ce que nous cherchons, dit Minerva en s’emparant avidement du bijou.  Et maintenant que j’ai retrouvé ce qui m’appartient, vous allez me dire qui vous l’a vendu !

  La jeune fille foudroya le commerçant des yeux pendant que son compagnon dévoilait de splendides canines effilées comme des aiguilles.

  ‒ Un vamp… un vampire ! s’écria le commerçant, avant de tourner de l’œil.

  Quelques heures plus tard, de retour à la campagne, au cœur d’un petit bois, dans la chaumière que Minerva partageait avec Loki, un korrigan rendait des comptes à une sorcière fort mécontente.

  ‒ Je sais que c’est toi qui l’as volée, disait celle-ci, le miroir m’a donné des indices pour la retrouver, même s’il a refusé de me dire qui l’avait prise ! fit-elle en pointant du doigt l’intéressé.

  Pendu à son mur, ce dernier avait le tain brouillé.

  ‒ Je…

  ‒ Tu l’avais vendue à un boutiquier de la ville qui croyait que ma concrétion de bave de crapaud n’était qu’une pierre sans valeur ! 

  ‒ Et moaaw, un vampire !  s’exclama Loki, outré.

  Roulé en boule sur un moelleux coussin, devant la cheminée ou un bon feu léchait un chaudron callipyge, le familier matou se lissait consciencieusement une oreille de ses coussinets de velours.

  ‒ Excuse-moi, plaida le korrigan, je voulais seulement ajouter quelques pièces dans mon petit chaudron.  Tu sais, celui qui est au pied de l’arc-en-ciel.

  ‒ En vendant mon bien ? Tu mériterais que je te transforme en crapaud.

  ‒ Mais tu ne le feras pas, hein, dis ?

 …

  ‒ Tu vas le laisser comme ça combien de temps ? demanda Loki, un peu plus tard, en lorgnant le korrigan pétrifié qui exposait sa mine surprise parmi les mandragores.

  Coléreuse, Minerva avait posé le lutin au jardin, à côté de sa magi-lanterne, en grommelant à propos d’une histoire de lampion avec qui il faisait la paire.

  ‒ Le temps nécessaire ! répondit la sorcière en observant son œuvre les poings sur les hanches.  Je tiens à ce qu’il ait le temps de méditer sur ses erreurs.

  ‒ Et le crapaud ?

  Minerva posa l’amphibien pétrifié à côté du korrigan.

  ‒ Tu crois qu’il va s’illuminer ?

  ‒ Sûrement pas ! Pourquoi est-ce qu’il s’illuminerait ?

  ‒ Parce que c’est un crapaud Lampion, tiens ! Mrooww wow wow…

 

Publié dans concours

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Pour le 3e Hors Série de la revue, sur le thème de la magie, Texte 5

Publié le par christine brunet /aloys

 

QUELQUE CHOSE DE LA MAGIE NORDIQUE ?

 

Barthélemy Barbiaux était un brocanteur plutôt médiocre installé sur un grand boulevard du bas de la ville, à quelques pas de boutiques de mode et de petits restaurants sympathiques. Il aimait son métier qui lui permettait d'entrer en contact avec des gens de tous bords et de s'envelopper un peu dans les charmes du passé, à l'abri des problèmes du temps présent. Il arrivait à gagner sa vie en vendant des vieux livres, des bijoux anciens et des bibelots soi-disant rares, mais il en était conscient, cela ne lui permettrait jamais de mener un grand train de vie. La chance de Barthélemy était d'être l'unique héritier des Barbiaux et d'être ainsi le seul propriétaire du commerce sans devoir payer de loyer. L'apparence de Barthélemy, sa barbe, ses cheveux blonds mi-longs, ses yeux du bleu des mers du sud, son sourire énigmatique et son éternelle veste en cuir noir attiraient les regards, surtout ceux des femmes et des enfants. Il y avait quelque chose de romantique dans son look. De plus, il n'avait pas son pareil pour décorer et aménager les deux vitrines. Barthélemy adorait vivre dans ce quartier de la ville où il avait ses habitudes. Il s'entendait bien avec les commerçants de coin et était apprécié pour sa serviabilité. De temps en temps, il réussissait à gagner un peu plus d’argent en vendant un tableau ou un meuble. Au fil des saisons, il connaissait tout ou presque des tentations auxquelles ses plus fidèles clients pouvaient succomber. 

Son cousin Théo était avocat et avait beaucoup de relations. Il lui refilait des tuyaux intéressants et le guidait parfois dans ses achats. Théo était au courant des déceptions amoureuses de Barthélemy tout comme de ses coups de chance professionnels. 

Toute l'histoire qui suit a commencé un dimanche matin de mars. Barthélemy s'était rendu à la campagne pour vider le grenier et les caves d'une grande et vieille maison, un bon tuyau donné par un restaurateur du quartier d'origine nordique. Ce jour-là, il tombait un crachin désagréable. Il faisait froid et humide dans la demeure inoccupée et c'est en rentrant chez lui que Barthélemy s'était rendu compte qu'il commençait une sorte de grippe. Malgré sa grosse doudoune et le chauffage, il grelottait et se sentait courbaturé. Ni les cafés chauds ni le grog ne le soulagèrent. En fin d'après-midi, il appela son cousin afin qu'il lui apporte des médicaments. Malgré les antidouleurs, l'état de Barthélemy ne s'améliora pas. Il eut bientôt tellement de fièvre qu’il délirerait dans son demi-sommeil. Les mots et les idées lui venaient… Il baragouinait. Il prononçait des mots bizarres qui n'étaient parfois issus ni du français ni  de l'anglais, les seules langues qu'il maîtrisait. Il formulait des idées bizarres, elles aussi. Il était question de poupées et de vente de jouets ce qui ne correspondait pas du tout à son domaine de prédilection. Son cousin et sa compagne Chloé restèrent à ses côtés jusqu'à la nuit tombée sans rien comprendre à tout son charabia.

Théo et Chloé rentrèrent chez eux en se promettant de repasser le lendemain matin et d'appeler alors un médecin. Durant le trajet du retour, ils se répétaient l'étrange formule qui d'après Chloé revenait le plus souvent dans les propos de Barthélemy : "lyckligt barn". Ils se la répétaient encore chez eux avant de se mettre au lit lorsque Théo s'exclama : "Je crois que nous faisons fausse route. Il articulait si mal. Ce n'est sans doute pas lyckligt barn, c'est plutôt Ingegard qu'il redisait sans cesse… Ingegard, souviens-toi, c'est cette jolie suédoise, parente du patron du restaurant Smörgâs. Elle avait séjourné quelques semaines ici durant les fêtes. Ils s'étaient rencontrés et avaient sympathisé. Cette fille avait un côté mystérieux qui l'intriguait." 

Le lundi matin, lorsque Théophile passa le voir, Barthélemy toussait, se plaignait de ses membres endoloris, mais se portait mieux. Il avait repris des antidouleurs, se gavait de chocolat chaud, s'agitait dans tous les sens, mais ne délirait plus. Il était visiblement parvenu à décharger seul sa camionnette. Quantité de baigneurs, de poupées, de peluches et de marionnettes jonchaient le sol de l'arrière-boutique. Tout excité, il expliquait en boucle : " J'ai fait une excellente affaire, hier. Je crois que tout ça attirera de nouveaux clients. Chacun de ces jouets vaut au moins cinquante euros. Je pense bien qu'avec le bénéfice je pourrai m'offrir un petit voyage en Suède cet été." L'agitation de Barthélemy et ses propos extravagants de la veille étaient donc moins insensés qu'il n'y paraissait. Cela rassura son cousin. 

Une semaine plus tard, c'est en passant devant la boutique que Chloé remarqua un vieux baigneur assis dans un  petit fauteuil en cuir noir. Sur son t-shirt blanc une inscription en lettres noires "Lyckligt Barn" et non "Ingegard" comme Théo avait cru le deviner. Chloé entra et demanda : "C'est quoi ce nom ?" "C'est un nom que j'ai inventé pour ne rien dévoiler d'une personne qui m'est très chère. Je l'ai fait broder sur le vêtement. J'ai eu l'idée de me lancer dans des produits à caractère plus ou moins ésotérique et d'attirer de nouveaux chalands", répondit-il. Chloé s'informa et apprit que "lyckligt barn" était du suédois et pouvait être traduit en français par "bienheureux enfant". 

Barthélemy attira, une clientèle inhabituelle avec ses poupées, mais aussi avec ses baigneurs et autres personnages. Le baigneur en vitrine focalisait l'attention des passants. Aux curieux qui, intrigués, poussaient la porte de son magasin, Barthélemy expliquait invariablement qu'il descendait, paraît-il, d'êtres issus de la mythologie nordique et dotés de pouvoirs magiques. Il était censé aider à combattre anxiété, dépression, apathie. "Je l'ai déniché chez un marchand de jouets retraité depuis plus de deux décennies qui vient de mourir. C'est ce que m'ont confié ses héritiers. Regardez, j'en ai d'autres aux mêmes pouvoirs rassemblés sur l'étal de droite.", ajoutait-il. Ainsi, il suffisait à Barthélemy d'un peu de bagout pour conclure une vente. 

À force de remarquer la vogue des logos et inscriptions sur les vêtements, Barthélemy eut l'idée géniale de faire fabriquer et de vendre des tee-shirts et sweats "lyckligt barn" de toutes les tailles en jersey de coton ou en tissu-éponge molletonné qui pouvaient être porté aussi bien à la belle saison que durant la saison froide. Le bouche à oreille fonctionnait bien. La magie mise à l'honneur par Barthélemy avait ses adeptes. C'est ainsi que le jour du Mardi gras de l'année suivante, on a vu un groupe de "lyckligt barn" déambuler dans les rues.  

L'été comme prévu, Barthélemy alla voir sa belle en Suède. Elle avait sa vie professionnelle, il avait la sienne. Ils ne continuèrent à se voir que pour des vacances relativement courtes. Ingegard n'accepta jamais de s'établir définitivement chez Barthélemy. "Il est préférable d'entretenir le désir en maintenant sa part de mystère", prétexta-t-elle. Quand elle était en visite chez lui, elle s'occupait cependant volontiers du magasin. Sa blondeur et son look en harmonie avec ceux de Barthélemy faisaient des miracles et le chiffre d'affaires s'arrondissait. 

Barthélemy acheta un studio en Suède pour y avoir un pied-à-terre. Ingegard maîtrisait de mieux en mieux le français, mais Barthélemy ne se mit pas vraiment au suédois. Chloé tenait la boutique de Barthélemy durant ses escapades suédoises. 

Quant au fameux baigneur de la vitrine, Barthélemy refusa toujours de le vendre. Question de superstition, voyez-vous! Barthélemy était en effet persuadé que Lyckligt Barn mettait certaines nuits à profit pour ranger la boutique à sa façon et réparer des objets. De plus, sans Lyckligt Barn qu'en serait-il du succès commercial ?

 

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Texte 4 sur le thème de la magie pour le 3e hors série de la revue

Publié le par christine brunet /aloys

 

L’épée de Velkan



 

Il y a bien longtemps, dans un lointain royaume…

 

À l’extérieur du palais d’orichalque, qui dominait la ville portuaire en contrebas, acclamations et applaudissements nourris croissaient – Démodion, le premier fils du roi Timéo et de la reine Liliane, souverains d’Allégia, venait de naître.

De mémoire humaine, comme non humaine, on n’avait encore jamais vu un aussi joli bébé. Un présent de la déesse Rozomorfia, assurément – la déesse à la peau couleur framboise, translucide, et protectrice des braves depuis la nuit des temps.

Puis l’accoucheur royal sortit leur second fils – Velkan serait le cadet. Il était tout aussi beau que son frère, sinon plus, et semblait déjà on ne peut plus vigoureux.

Le soir, et toute la nuit durant, des feux d’artifice éclairèrent le ciel d’incroyables bouquets d’étoiles multicolores.

Même le grand dragon Prasinos, l’oracle respecté de tous, se déplaça. Il quitta exceptionnellement son refuge, lequel dominait la Montagne des anciens dieux, dans le Nord. Pour y accéder, une ascension de plus de neuf-cents mètres sur l’adret, grâce aux larges marches polies d’un escalier, taillées dans la roche, était nécessaire. L’ubac de la montagne, lui, était l’endroit où vivait le pacifique peuple des lutins, bâtisseurs de génie aux doigts habiles et grands amateurs d’énigmes et de charades.

Lové sur le dôme du palais, Prasinos, presque aussi vieux que la déesse Rozomorfia, rassurait le peuple et le couple royal par sa seule présence majestueuse.

Il faut dire que…

Quelques mois auparavant, dans une grotte, Timéo et ses gardes réussirent à piéger Cattus Khan, le terrible nécromancien qui terrorisait la planète tout entière depuis le règne de l’arrière-grand-père de Timéo. Là, au terme d’un long combat de magie blanche contre magie noire, Rozomorfia enferma son esprit perverti dans une pierre de sang, profondément enfouie, un peu plus tard, dans les Ruines du Vampire, dans la région tropicale de la planète. Quant à son corps, il fut incinéré.

Certains des pires généraux de Cattus Khan demeuraient toutefois en cavale… Parmi eux : le puissant Ken-Do, qui maniait admirablement le sabre, et l’impitoyable Glaciarr. Glaciarr, de son vrai nom Glade Odegård, était autrefois le vaillant capitaine de la garde royale d’Allégia. Il fut capturé par le nécromancien, asservi magiquement, puis transformé en mutant capable de contrôler eau, glace et vent.

Ce soir, soucis et malheurs semblaient n’avoir jamais existé…

Et les deux jeunes princes grandirent…

Ils reçurent le même amour, le même enseignement, mais l’un : Velkan, était naturellement vertueux, adoré de tous, et l’autre : Démodion, naturellement sournois. Un mal sommeillait dans son cœur et dans ses veines, et la beauté de son visage n’était qu’un masque. Son âme était laide. Aliénée.

Prasinos mit en garde le roi : son fils aîné les trahirait un jour, mais Timéo se braqua. Il savait… Tous, ils savaient. Mais la connaissance et l’acceptation sont deux choses différentes. Surtout quand il s’agit de la famille.

Un an plus tard, Démodion fut surpris par leur maîtresse d’armes en train de conspirer avec la sorcière Jynx, ancienne élève de Cattus Khan, inféodée à son culte. Démodion, pour préserver son secret, tenta de tuer leur professeure d’un coup de glaive en plein cœur, mais son frère l’en empêcha. Ce jour-là, en effet, Velkan, perturbé par son rêve de la nuit passée, l’avait discrètement suivi… Il s’empara de l’épée et, d’un coup malheureux, défigura son frère qui s’écroula à ses pieds en vociférant.

Jynx usa d’un sort de disparition, emportant Démodion avec elle dans un tourbillon de fumée. Ils se réfugièrent dans la région la plus sombre et la plus désolée d’Allégia, où parias et criminels vivaient depuis la chute du cruel nécromancien.

Des semaines s’écoulèrent – le roi et la reine, horrifiés par le récit de Velkan et de Kyniga, la maîtresse d’armes, avaient proclamé la mort de leur aîné. Un « tragique accident ». Cette version, jugèrent-ils, était préférable pour les Allégiens.

Le fiel de Démodion grandit, et grandit encore…

Une nuit, attiré par une voix dans sa tête, il se leva subrepticement et se dirigea vers ce lieu sinistre connu sous le nom des Ruines du Vampire. Il marcha peut-être trois heures avant de voir apparaître l’ancien sanctuaire, théâtre de sacrifices rituels.

À l’intérieur, alors qu’il scrutait la statue d’un ancien despote : Desmobat, la terre s’ouvrit sous ses pieds, et Démodion disparut… Il réapparut quelques minutes plus tard, en lévitation, tout nimbé d’un éclat funeste. Dans sa main, une pierre – la pierre de sang où la déesse Rozomorfia avait enfermé l’esprit de Cattus Khan.

L’esprit du nécromancien prit alors possession du déjà perfide Démodion. En réalité, il fusionna avec lui… Démodion hurla de douleur et tomba à genoux. Quelques minutes plus tard, il se releva, totalement métamorphosé… Il n’était plus le prince déchu d’Allégia… Il était Nécrodion, le nouveau maître des ténèbres !

Infatué de sa puissance magique, il détruisit la statue de Desmobat et transforma les ruines en forteresse. Sa forteresse. Plus tard, il réunit la sorcière Jynx, Ken-Do, Glaciarr et quelques autres, et réfléchit à sa vengeance contre Velkan.

– Il te faudra plus qu’une épée et de la chance pour me battre, cette fois, mon frère… ricana-t-il. Car je détiens tous les pouvoirs de Cattus Khan ! Et tu mourras !

Ainsi, l’odyssée de Velkan n’allait pas tarder à lui être révélée… Et que signifiait son dernier rêve ? La belle déesse Rozomorfia et son glaive ne faisaient plus qu’un.

Mais ceci, braves gens, est une autre histoire…

 

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Pour le 3e Hors Série de la revue, sur le thème de la magie, Texte 3

Publié le par christine brunet /aloys

 

ET S'IL SUFFISAIT D'UN SORT ?

 

Je regardais Paul et Lionel, les jumeaux de mon frère aîné, et Léa, la fille de mon autre frère, se préparer pour la fête. Ils enfilaient leur déguisement de fantômes puis venaient près de moi pour que je maquille de noir leurs yeux et leurs lèvres. Depuis plusieurs jours déjà, ils aspiraient à passer de porte en porte pour récolter quelques bonbons. Ils étaient aussi ravis de passer trois jours chez leur grand-mère qui pour l'occasion avait décoré la terrasse et l'intérieur de sa villa avec des potirons. Quant à moi, adolescente de seize ans, cela m'amusait de les accompagner dans cette espèce de folie ! Cela ne nous ferait-il pas de magnifiques souvenirs communs ?

Ce trente-et-un octobre, en fin d'après-midi, nous marchions tous quatre d'un bon pas. C'était un jour  habité par la magie et le merveilleux de l'enfance. J'avais établi notre itinéraire et nous rejoignions d'abord le coin le plus éloigné du quartier. Nous venions de franchir la barrière d'une  maison de briques rouges entourée d'un jardin mal entretenu. Mes trois neveux étaient allés sonner à la porte. C'est une vieille dame à l'apparence de sorcière qui ouvrit. Grande, voûtée, le visage ridé, le nez crochu, les cheveux gris en bataille, des verrues sur le menton et le front, elle était vêtue d'une robe noire et d'un tablier gris foncé. Les enfants dirent en chœur : "Un bonbon ou un sort !". 

La vieille répondit d'un ton las, pas vraiment méchant : "Oh les enfants fichez moi la paix !" Les enfants reprirent cependant : "Un bonbon ou un sort !". Et la vieille enchaîna avec mauvaise humeur : "Si vous ne partez pas immédiatement, ce sera moi qui vous jetterai un sort…" Léa revint tremblante vers moi, mais les deux garçons insistèrent : "Un bonbon ou un sort !"

"Vous n'avez pas compris qu'il ne fallait pas m'embêter ?", questionna-t-elle. Les gamins restèrent tétanisés, car elle se redressa un peu, pointa l'index vers eux et lança de sa voix éraillée : "Vous ne comprenez pas le français, on dirait. Alors vous l'aurez voulu, ce sera un sort." Elle bredouilla quelque chose d'incompréhensible, se mit à rire de façon sarcastique laissant voir des dents brunes puis ferma la porte. Mes deux neveux demeurèrent un instant encore comme paralysés avant de faire demi-tour. Il faut reconnaître que ça démarrait mal. 

Les enfants me retrouvèrent sans prononcer le moindre mot. Au bout de quelques dizaines de mètres, ils  renouèrent avec leur entrain, allèrent sonner à la porte d'une autre maison où on leur offrit des biscuits. L'incident semblait oublié et le panier se remplit peu à peu de friandises. Je ne pensais bientôt plus à notre première expérience. De retour chez Maman, la soirée se passa dans la gaieté. Les enfants examinèrent leur récolte et manifestèrent leur exaltation en sautant et en poussant des cris de joie. Maman, amusée par leur spontanéité, prit quelques photos avant qu'ils ne quittent leur déguisement. 

Le soir, avant de me coucher, j’ouvris la fenêtre de ma chambre pour aérer un peu et j'examinai la lune. Elle était presque pleine ! Je songeai aussitôt aux loups-garous. J'évoquai malgré moi la vieille dame et une angoisse affleura en moi. Quel était ce sort lancé aux jumeaux ? 

Le lendemain, sept heures trente sonnèrent. Je me levai, me rendit à la salle de bains pour une douche rapide et m'habillai. Je ne me sentais pas fringante comme je l'étais d’habitude. J'avais rêvé de la mégère qui avait rabroué mes neveux. Dans mon songe, je l'avais vue adresser des maléfices à tout-va et j'en éprouvais un malaise. Je gagnai la cuisine. Je ne savais que faire, mon cœur battait la chamade et mon cerveau encombré par ma préoccupation secrète était inefficace. Maman s’affairait pour la préparation du petit déjeuner et je l'aidais machinalement. J'allai réveiller les enfants. Après s'être lavés les mains et débarbouillés le visage, ils vinrent s'installer à table.  La toilette ce serait pour plus tard. Je remarquai immédiatement que Paul et Lionel avaient le visage et les mains couverts de verrues ! Ce fut Léa qui en fit la remarque. "Hé vous avez des boutons …" "C'est bizarre ! C'est la sorcière ?", continua-t-elle. Je me tus, mais je comprenais évidemment sa réaction. 

"Comment ça, la sorcière ?", réagit ma mère. Je répondis vite avant que les enfants ne puissent donner des détails : "Oui, hier on a rencontré une étrange dame au bout de la rue Jaurès et pourtant, il est sûr qu'elle ne fêtait pas Halloween." Je n'avouai pas que comme Léa j'avais pensé à cette femme. Une idée me torturait : Que pouvais-je faire pour aider les gamins à retrouver leur beau visage ? Les jumeaux ne risquaient-ils pas de se transformer peu à peu en sorciers ? 

"Ça ne semble pas grave. Il faudra juste montrer ces éruptions au docteur", dit ma mère. "Pouah, le docteur !", répondit Paul. "Il suffira presque certainement d'une pommade", conclut Maman.

 Le temps passa. Rien ne pressait. Maman avait adroitement banalisé les problèmes de peau. Le premier novembre était jour de congé. Je rangeai avec Maman, Léa fit sa toilette, les garçons jouèrent sur leur tablette, mais j'entendis des commentaires de Paul qui s'inquiétait à propos de ces petites excroissances tandis que Lionel tranchait "Mamy dit que ce n'est pas grave. On a dû manger trop de bonbons." Comme prévu, nous allâmes marcher. Pour moi tout semblait si compliqué ! Je cogitais sans fin et conclus qu'un sort ça se défaisait… Et l'idée finit par jaillir. L'après-midi, je pris à la cave trois chrysanthèmes de couleurs vives parmi tous ceux que Maman se préparait à aller déposer le lendemain sur la tombe de Papa. Je fis un bouquet et je proposai aux enfants de réparer leur insolence. Ce fut Paul qui accepta de s'y coller à condition qu'on  joue d'abord la scène entre nous. Un semblant de répétition eut lieu dans ma chambre. 

Retour rue Jaurès. Coup de sonnette. "Madame, excusez-nous pour hier", dit Paul en tendant les fleurs. "C'est bien ça, fiston, de  reconnaître ses torts. Et l'autre, il ne s'excuse pas ?",  fit-elle en désignant Lionel de la main. Je poussai Lionel dans le dos. Il s'exécuta aussi. "C'est bien, c'est léger, mais c'est mieux que rien …". Alors la femme pointa l'index vers eux et marmonna quelque chose d'incompréhensible… "Merci jeune fille…Je crois qu'ils comprendront la leçon et qu'ils seront plus polis une autre fois…", me lança-t-elle.

C’est le lendemain matin que je me rendis compte que les verrues avaient disparu. " Il n'y a plus de boutons. Tu as vu Véronique ? Tu as vu Mamy ? ", s'écria Léa au petit déjeuner avec un sourire énigmatique et un haussement des épaules. "Après tout, c'était peut-être une allergie", jugea Maman. Il faut reconnaître que les photos qu'elle avait prises n'étaient pas assez précises pour permettre d'observer les verrues. Moi somme toute, ce qui m’importait, c’était que les visages et les mains des jumeaux étaient redevenus parfaits. 

À présent, avec le recul, cette histoire m'interpelle. N'est-elle pas là le reflet de ce manque de maturité que mon professeur de français m'attribue ?   

 

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Texte 2 sur le thème de la magie pour le 3e hors série de la revue

Publié le par christine brunet /aloys

 

Le lutin du mouchoir



 

J'ai cinq ans, la grippe et la fièvre.

Je suis dans mon lit. Dans la chambre, trois autres lits vides : papa, maman, ma sœur.

L'appartement est silencieux. Christine est à l'école, papa est au travail et maman s'occupe à des tâches silencieuses, pour protéger mon sommeil.

Je ne dors pas. J'ai le nez bouché. Pour l'instant, la position la plus confortable, c'est couchée sur le dos.

Je m'ennuie mais je n'ai pas la force de me lever.

Je sors mon mouchoir du dessous de mon oreiller.

Je l'étale devant moi sur le rabat du drap de lit.

Il ne s'est pas mis à plat. Il fait des collines et des grottes.

Je m'étonne et fixe une des entrées.

Du fond du mouchoir, au tournant d'une galerie apparaît soudain un tout petit lutin. Sa tête ne touche même pas le plafond de la grotte. Il sourit gentiment. Il a un chapeau pointu rouge, un peu tordu. Je crois qu'il est torse nu. Il porte un petit collant. Je n'ai pas eu le temps de voir la couleur, ni si les pieds sont couverts. Il est reparti vers une autre galerie.

Émerveillée et curieuse, je guette. Il y a trois ou quatre autres entrées de grottes.

Il n'avait pas l'air méchant. Faut-il un peu secouer le mouchoir ? Et si les grottes disparaissaient ?

Et si, dérangé, il devenait méchant ?

À force de surveiller les grottes, j'ai les yeux qui piquent.

Sans crier gare, le voici ! Son collant est bleu et les pieds sont couverts.

Il me fait signe de le rejoindre, son tout petit index s'agitant, levé au bout de son poing.

Oui mais comment faire ? Je n'ai rien dit. J'ai juste pensé. Pourtant, il hausse les épaules comme pour dire « Où est le problème ? ».

D'un seul coup je me retrouve debout à l'entrée du mouchoir. J'ai encore le temps de réaliser que c'est un mouchoir blanc garnis de petits papillons.

Et je suis dans la grotte. Plus de petits papillons.

Du gris et du bosselé. Il fait un peu sombre mais je vois très bien le lutin qui sautille devant moi.

Je le suis, un peu craintive et très curieuse.

Les galeries sont trop étroites pour que nous marchions l'un à côté de l'autre.

Je me surprends à penser que l'on devrait bientôt se retrouver de l'autre côté du...du quoi ? Je ne sais plus.

Il commence à faire plus clair.

Nous débouchons sur une prairie couverte d'herbe bien grasse et bien verte. Le lutin s'est retourné. Il danse et cabriole devant moi en souriant. Il ne dit jamais rien. Moi non plus d'ailleurs.

Je me sens prise de langueur. J'ai entendu maman dire ça l'autre jour quand elle était fatiguée.

Un ruisseau très étroit serpente dans a prairie. Je pourrais le traverser d'un pas.Un pas de la taille de la petite fille que j'étais avant d'entrer ici.

Le lutin cueille une grande feuille recourbée et en fait une cuillère pour puiser de l'eau dans le ruisseau.

Les sourcils levés, les yeux interrogateurs et encourageants, le sourire aux lèvres, il me propose de boire.

Ça doit être froid. C'est peut-être mauvais. J'ai soif.

Oh, je n'hésite pas longtemps ! Je suis prise de langueur, je ne sais plus réfléchir.

C'est froid, c'est bon, ça coule dans la gorge.

Je me couche dans l'herbe. Je ne sais plus où est le lutin.


Une main caresse mon front, écarte mes cheveux. 

-Tu vas mieux, bout de chou , tu n'as plus de fièvre.

-Maman ? C'est le lutin du mouchoir. Il m'a fait boire l'eau du ruisseau.

-Hum...Tu vas encore un peu rester au lit. On mettra le thermomètre tout à l'heure.

Je souris, je prends le mouchoir, je le garde en main.

 

Je m'endors.

 

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Pour le 3e Hors Série de la revue, sur le thème de la magie, Texte 1

Publié le par christine brunet /aloys

 

La petite fée, une nouvelle amie 

 

La vie offre parfois des surprises… 

 

Sébastien est triste : Benjamin son voisin, son meilleur copain, est parti hier pour aller habiter très loin, dans un autre pays.

Les nouveaux voisins sont arrivés et à mesure que l'on décharge le camion de déménagement et qu'il voit en sortir un lit-bateau, un petit vélo et une trottinette, Sébastien se met à rêver à d'autres parties de foot, d'autres balades en vélo, d'autres bandes dessinées à échanger, d'autres arbres à escalader … Bien sûr, le nouveau venu ne remplacera jamais Benjamin. Comment, en effet, recréer une amitié qui s'est bâtie lentement au cours des ans ? Pourtant, il espère…

Le lendemain matin, accoudé à la fenêtre ouverte de la cuisine, Sébastien n'en croit vraiment pas ses yeux : c'est une fille ! Elle danse sur la terrasse de la villa voisine ! Avec sa robe blanche et la baguette qu'elle tient en main, elle ressemble à une fée.

Désireux de se faire une nouvelle amie, Sébastien lui fait des grands signes, puis il sort sur la terrasse et lui lance un "bonjour" tonitruant. La petite fille ne sursaute même pas, elle ne lui adresse même pas un regard. Elle continue de danser sans se soucier de lui. 

Sébastien a très envie de faire sa connaissance et il ose aller sonner… Personne, il n'y a personne qui lui répond !

Au repas du soir, quand il raconte cela à ses parents, sa mère commence à rire ! "Tu prends tes rêves pour la réalité, mon grand !" Elle explique alors qu'en allant mettre du linge à sécher, elle a lié un peu connaissance avec Madame Durant, la voisine… : "C'est une dame charmante. Elle et son mari sont des commerçants extrêmement occupés. Ils sont les seuls habitants de la villa. Ils n'ont ni chien ni chat ni enfant !"

"Mais Maman, je l'ai vue !"

"C'est probablement une nièce des Durant…"

 Les jours se suivent et chaque fois que Sébastien regarde dehors, la fillette est toujours là… Elle danse, elle joue à la marelle sur la terrasse, elle virevolte, mais elle ne réagit pas quand il lui fait signe ou l'appelle. Sébastien remarque qu'elle ne se sépare quasiment pas de sa baguette. Il l'entend même exprimer des formules comme si elle était dotée d'un pouvoir magique. "Chat, rentre chez toi !", "Rosier, redresse-toi", "Papillon, approche-toi de moi". Et souvent, ça marche ! Le chat fait demi-tour, le papillon vient se poser sur son doigt… 

Sébastien trouve cette fille mignonne et plutôt surprenante ! Pourtant, de crainte d'être rabroué, il se garde d'en parler à ses parents. 

Le mois d'août se termine, Sébastien espère que sa voisine fréquentera la même école que lui. Là, elle sera obligée de parler et de le remarquer ! Il regrette que tant de beaux jours de vacances soient perdus en attendant la rentrée des classes.

À la fenêtre de sa chambre, Sébastien rêve… Ah s'il pouvait voir une étoile filante ! On en a parlé à la télé et il a lu un article dans le journal où l'on expliquait que c'était la meilleure nuit pour les observer. Le ciel est pourtant bien dégagé. Malheureusement, rien, il n'y a rien !

En face, la fillette est là… Il ne s'en étonne même plus. Elle danse et tourne sur la pelouse en agitant sa baguette.

Et si… 

Il l'appelle… Elle le regarde… Il lui montre le ciel et lui sourit. Elle tend sa baguette et aussitôt Sébastien peut admirer plusieurs de ces superbes étoiles filantes dont il rêvait tant. 

Sébastien se sent heureux, léger… Ça y est ! Elle s'est enfin intéressée à lui et semble plus sympathique. 

À la rentrée des classes, Sébastien occupe un banc près de la fenêtre qui donne sur la cour de récréation. Il regarde. Elle est là ! Elle sautille, elle danse, elle donne de grands coups de baguette dans toutes les directions. On dirait une ballerine sur une scène d'opéra.

Elle est dans un autre univers que celui de la classe, mais il lui faut rester attentif. Le nouvel instituteur est sévère et exigeant, il pose des questions difficiles. Souvent, Sébastien et ses amis ne savent que répondre et restent muets. Tout en réfléchissant, Sébastien jette un coup d'œil dehors, regarde la fillette et immédiatement trouve la bonne réponse. 

L'instituteur le félicite : "Bravo Sébastien ! Tu vois, quand tu t'en donnes la peine…"

C'est sûrement la fillette qui y est pour quelque chose. C'est vrai, une fois, deux fois, ça peut être le hasard, mais dix fois, vingt fois, ça ne l'est plus ! Sébastien doit en convenir, un simple coup d'œil à la cour de récréation et à son étrange visiteuse le sauve souvent de situations délicates et lui permet d'obtenir de bonnes notes. Tant et si bien qu'au fil des jours, il croit de plus en plus aux pouvoirs magiques de la fameuse baguette. 

Un jour, Sébastien qui roule en vélo fait une chute dans la légère descente vers le village. Il s'écorche le genou. La gamine apparaît : "Si tu veux, avec ma baguette…" Miracle, la douleur se dissipe !

C'est un soir de pleine lune qu'elle est partie…

Sébastien regardait distraitement par la fenêtre de sa chambre. Comme souvent, la petite voisine était là, au milieu de la pelouse. Elle lui a adressé un signe de la main, elle a tendu sa baguette vers le ciel et en un instant, elle s'est comme volatilisée.

Il s'agissait sûrement d'un signe d'adieu puisqu'il ne l'a jamais revue.

Sébastien a grandi, mais il n'a jamais oublié. Quand il se trouve face à une difficulté, il repense à la fillette et cela suffit fréquemment à l'aider. Il est resté excellent élève, est devenu un jeune homme charmant et depuis peu, il est un papa comblé.

 

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Micheline Boland nous propose ses "Haïkus de Pâques"

Publié le par christine brunet /aloys

 

HAÏKUS DE PÂQUES

 

Monde en chocolat

tout juste sorti d'un conte

on en rêve à Pâques.

 

Écouter les cloches

au cours de la chasse aux œufs

dimanche de Pâques.

 

Long week-end pascal

les œufs fondent dans les mains

des petits gourmands.

 

Sonnerie de cloches

les enfants chassent des œufs

au pied du clocher.

 

Micheline Boland

 

Publié dans Poésie

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