Concours "Mon plus beau souvenir de vacances" Texte 3
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Souvenirs imparfaits
Nos mémoires sont imparfaites ! Ma mémoire est imparfaite et lorsque les détails se sont enfuis, que reste-t-il des lieux hantés par mon éphémère présence ? Une image floutée par le temps, mais empreinte d’une atmosphère qui me conduit à d’autres souvenirs. Chacun est unique et coloré d’émotion, comme cette énorme lune rousse, posée sur le ciel de velours d’une nuit d’été, qui me rappelle le chant des vagues et ma jeunesse. Comme les abeilles et leur bourdonnement, entraînant dans leur sillage l’odeur du foin fraîchement coupé ou celle des vieux raccards perdus dans la montagne.
Le temps a emporté nombre de silhouettes me laissant les plus inattendues, comme celle de ce champignon d’une couleur éclatante et si gros qu’il eut pu abriter quelque lutin bleu.
D’autres, plus solides, comme ce château défiant l’océan en bord de falaise, ou ce coquet courtisan aux jolies tourelles blanches, qui faisait le beau au sommet d’une colline, tout deux gardiens immuables à l’âme de pierre, dressés pour nous conter leurs histoires et nourrir notre imagination en la colorant d’or et de sang.
Et puis surviennent des paysages incroyables et sauvages, tels des tableaux créés pour nous chambouler et ne laisser, après qu’ils se sont dissous dans les brumes de nos songes, que l’essence de leur langoureuse beauté.
Egarée dans les brumes gris-bleu d’un col de montagne, je me souviens du froid et du silence, uniques récompenses à une longue marche qui, pourtant, survit dans ma bibliothèque de souvenirs comme un instant évanescent, hors du temps.
Soudain, je suis comme Alice tombée dans le terrier du lapin blanc et je ressens ce pays, où bat le cœur de la magie, parmi chardons et bruyères que titillent des ruisseaux bondissants, tandis que chantent les dragons.
Déambulant parmi des jardins imaginés, je me fais imaginaire. Formes et couleurs me tournent la tête et m’entraînent dans une féérie que des chants d’oiseaux ou la course fugitive d’un écureuil ne rendent que plus fantastique.
D’autres chemins mènent en des lieux où les marbres colorés exposent leurs faces veinées à la caresse du soleil, pendant que vibrent les richesses d’arts millénaires pour laisser une trace brûlante dans la mémoire collective.
Nombre de lieux distillent leurs mystères, leurs merveilles. Il y a tant de détails et j’ai si peu de mémoire.
Toutefois, parmi ces vapeurs impalpables surgit cette petite maison, simple et agréable avec sa minuscule entrée tout en fenêtres et ses plantes vertes envahissantes. Elle a goût de pain frais et de confiture.
Ou cette autre au toit pentu, perdue au milieu de nulle-part, avec sa loupiote extérieur qu’une pipistrelle aime à frôler.
Ou encore cette chambre au parquet ensablé, qui sent bon l’iode et la brioche.
Oui, ma mémoire est imparfaite, pourtant, parmi ses brumes, les couleurs restent vives, les odeurs subtiles et l’émotion, forte.
Vagues puissantes, forêts enneigées, mer de bruyère, jardins extraordinaires, montagnes impressionnantes ou beautés imaginées, toutes ces contrées ont laissé en moi des poussières de souvenirs, créant un monde rêvé, le plus beau que l’on puisse visiter.