Laurent Dumortier Les chroniques de Baltus Contes et légendes, Chloé des Lys, 142 pp, 24,30 €
Laurent Dumortier pratique un fantastique bien à lui : sobre, sans effets de manches, évitant les qualificatifs démesurés. Il s’agit en fait ici du quatrième tome des Contes et légendes de Baltus.
Ici, c’est le quotidien qui est tragique. Pas de fioritures, pas d’effets de manches. Un style tout simple, des phrases brèves qui semblent celles d’un procès-verbal plutôt que d’un récit fantastique. Le ton est celui de la conversation, ou bien celui d’un constat de police : l’effet produit sur le lecteur n’en est que plus fort.
Comment y parvient-il ? Encore une fois, en usant d’un style tout simple, d’une syntaxe du quotidien, et non de l’extraordinaire : sujet-verbe-complément, et surtout, le moins possible d’adjectifs. De ces adjectifs mirobolants qui détruisent parfois l’effet voulu par l’auteur fantastique : c’est un peu comme, dans notre enfance, lorsque Saint Nicolas venait à l’école, il lui arrivait de tirer un mouchoir de sa poche, et nous apercevions le bas du pantalon : il n’y avait plus de saint Nicolas.
Dans Pas de soleil, des gens sans ombre, suite à l’attaque d’un alchimiste. Ailleurs, c’est l’homme du désert, l’adolescent Moebius, recueilli par des voleurs. Mais je ne vous raconterai pas les histoires…Et puis, le berger attaqué par un loup. Le fils du gardien du royaume du Nord, changé en monstre. Des êtres mi-hommes mi-femmes, d’une force colossale. Et ici, le moraliste laisse passer le bout de l’oreille, en peignant, en ce monde idéal, les malades, les gens âgés, protégés par la société. Quand quelqu’un se montre allergique à sa place dans la caste, on le transfère dans une autre famille…Une façon de régler les différends qui est bien loin de la nôtre :
Les Ménergols, mi-hommes, mi-femmes, ont une force colossale.
« C’est un peuple fier, qui vit dans l’extrême-ouest dans des cités fortifiées.
Ce sont essentiellement des guerriers, n’hésitant pas à se jeter dans une bataille si la cité est attaquée. Leur société fonctionne selon un système de castes très hiérarchisé.
Chacun d’entre eux occupe une fonction déterminée, qui se transmet de génération en génération.
Cependant, les Menergols malades ou trop âgés sont protégés par le reste de la communauté et si un membre présente des prédispositions contraires à sa caste, il est transféré dans une autre famille afin qu’il soit formé en fonction de ce que la cité attend de lui » . N’est-ce pas là l’envers du décor, le monde tel qu’il devrait être, ou le meilleur des mondes ? L’histoire ne dit pas si cela ne génère pas un certain ennui, une sorte de taedium vitae.