Concours 1, Texte 3
/image%2F0995560%2F20260508%2Fob_a429f8_capture-d-e-cran-2026-05-08-a-16.png)
Lorsque l’aventure frappe à notre porte
Cachet de la poste faisant foi…
C’était un tout nouveau facteur, je ne l’avais jamais vu.
Une merveille. Une sorte de Chippendale, la chemisette entrouverte sur des pectoraux luisant de la belle sueur du travail, celle qui sent le frais et appelle les sens, qui retient l’œil et fait sortir la langue. Je le voyais s’approcher de ma porte en shorts, ses belles jambes juste veloutées à point et pas dans le genre orang-outang miteux comme mon voisin quand il tond sa pelouse. Son képi était canaillement rejeté vers l’arrière, et ses cheveux retenus par un humble élastique sautaient à la brise et sous les coups de sa démarche assurée.
Moi, dans ma cuisine à peine passée au détol puis rafraichie d’un spritch lavande, dissimulée derrière les rideaux dégraissés, repassés et remis en forme, je l’observais et non, je ne regrettais pas Mr Lamy, son dentier fugueur, son furoncle sur le bord des lèvres, et sa sueur entreposée sous les aisselles pendant des semaines et qu’il libérait sans complexes quand il cédait à mon invitation à boire une jatte de café bien noir. Si je n’avais pris mes précautions il étendait le bras pour prendre le sucrier, et là quatre ou cinq mouches ne manquaient jamais de s’effondrer, asphyxiées en plein vol. Il lui était même arrivé de passer la paume sous son aisselle droite et puis de l’essuyer sur la serviette en papier (Dieu merci je ne lui proposais pas les belles serviettes damassées de belle-maman !) qui s’effritait aussitôt.
Non, pas une pensée pour Mr Lamy en voyant cette extraordinaire créature à deux pas de moi. Le facteur sonne toujours deux fois, ça se sait et se raconte, et puis le facteur apporte dans sa sacoche les pages les plus hard des romans érotiques, le savoir-faire le plus hardi dans les caresses. Il a la carte non du tendre mais des zones érogènes. Il va de voisine en voisine, butine et sème, tous les enfants de la rue lui ressemblent, et jamais aucun mari n’a le moindre soupçon. Pour un mari, si ce n’est Mr Lamy c’est donc son frère. On lui offre le café, un petit coup plus fort pour les fêtes de fin d’année avec son enveloppe, on le remercie pour les bonnes nouvelles et lui dit qu’il pourrait s’abstenir d’amener les factures. Côté sex appeal, ça ne risque rien.
Je frémissais et étais heureuse de ne plus être en peignoir (il y avait un trou dans la manche) et pantoufles, mais avec un t-shirt et tablier enfarinés, un peu de farine sur le visage rougi par l’effort du rouleau à tarte, la poitrine oscillant dans le décolleté généreux. Je le savais, je le savais va, qu’il allait me renverser sur la table parmi les œufs et la farine et me faire découvrir les extases qui m’ont toujours été niées. Peu importe s’il offre les mêmes délires à mes voisines, qu’il fasse donc, qu’il me prouve qu’il n’y a pas que dans les films que…
Haletante, passant la main enfarinée sur mon décolleté humide de transpiration, je lui ouvre la porte, me léchant les lèvres en souriant. Il pâlit, me jette un colis entre les mains et s’en va à grandes enjambées vers son chariot à courrier. Cette peste de voisine toujours en bikini sur son seuil le hèle : « Sa livraison de Clozapine ? Mon pauvre, je vois que vous avez eu peur… Mais vous savez, à 87 ans, elle n’est plus bien menaçante, vous vous habituerez… et puis ce n’est qu’une livraison par trimestre. Mr Lamy a demandé d’être muté dans un autre quartier, le pauvre, il a dû s’enfuir un jour avec des coquilles d’œufs dans les cheveux et son uniforme tout blanc de farine »…
Salope ! C’est parce qu’il ne s’est pas arrêté chez elle, cette mocheté…
/image%2F0995560%2F20250816%2Fob_63da9e_call-16147-256.gif)
/image%2F0995560%2F20250311%2Fob_dacadd_9782390183228-1-75.jpg)
/image%2F0995560%2F20250311%2Fob_a180cb_opera-instantane-2024-09-25-202319-ww.png)
/image%2F0995560%2F20250311%2Fob_6897ac_9782390183266-1-75.png)
/image%2F0995560%2F20250311%2Fob_cf460f_opera-instantane-2024-09-25-201422-ww.png)