Edmée de Xhavée a lu "Issa Abdoullah" de Pascale Gillet-B
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Je viens de terminer cette brève biographie romancée, comme la définit l’auteur, auteur qui en réalité offre sa plume et son talent afin de permettre au jeune Issa Abdoullah de prendre visage et voix pour nous dire : derrière ce garçon fatigué, bousculé, déchiré mais plein d’espoir, il y a toute une histoire. Une histoire vraie.
J’ai parfois pensé à America, America d’Elia Kazan, qui nous narre l’aventure de Stavros Topouzoglou, aventure qui devient vite aventures, mésaventures et surtout, l’espoir entretenu même dans les recoins de la vie les plus obscurs. Et la merveilleuse vision, un jour enfin, de la symbolique statue de la Liberté.
Issa Abdoullah n’a que 13 ans lorsque, envoyé en ville avec l’âne, quelques piécettes et son ami, Bachar le blagueur de bonne compagnie. Il est chargé d’acheter de quoi fêter l’Aïd dans son village tchadien. Mais il perdra son âne, bientôt son ami, et surtout sa liberté. Finis les jeux et l’insouciance de l’enfance, voici l’ère de la violence. Ses petits bras découvriront vite le prix du travail forcé et ses yeux l’horreur d’un quotidien qu’il n’imaginait pas. Jamais pourtant il ne perdra son but de vue : arriver quelque part, y être libre, y être lui à nouveau.
De mal en pis, de Charybde en Scylla, les années passent ainsi que ses maîtres et occupations. Il remonte l’Afrique, on dirait presque pas à pas, fait la traversée pour l’Italie, et découvre les mille ruses pour avancer en Europe en train, roi des cachettes, des subterfuges, des solidarités entre frères de malheur longues ou éphémères mais souveraines. Dans cette odyssée pleine d’embûches, des rencontres viennent rappeler que oui, parfois l’homme reste l’ami de l’homme, et une lumière dans la nuit venteuse.
Mineur non accompagné, il connait enfin les lieux d’accueil, certains meilleurs que d’autres, et enfin, enfin, peut parler (soupirer et pleurer de joie est plus exact) avec sa mère au téléphone, des années après ne pas être revenu avec la marchandise, l’âne et Bachar comme elle y avait compté. Il apprend qu’il a un frère en France ou en Belgique. Encore un peu de va et vient, de ça et là… et c’est la rencontre avec l’auteur, Pascale Gillet-B, qui donne la parole et libère ces années incroyables des souvenirs du jeune garçon…
Ils sont si nombreux, mal connus, étranges étrangers, aux yeux desquels nous sommes aussi d’étranges étrangers. Chacun a son histoire. Et une représentation de sa statue de la Liberté en tête….
Merci à l’auteur pour, en quelques pages à peine, nous avoir fait découvrir ce long et douloureux périple, ce courageux jeune garçon, une réalité que nous avons peu l’occasion d’entrevoir.
Edmée de Xhavée
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