"Jeune et con", une nouvelle signée Ben Nappier

Publié le par christine brunet /aloys

 

Jeune et con

 

Je suis assis sur un banc devant le long du fleuve. La nuit est tombée depuis un bon bout de temps sur la ville. Déjà... Sur ma sacoche est attaché un MP3. Un MP3 qu’une personne m’avait offerte. J’y tiens comme à la prunelle de mes yeux, il vaut tout l’or du monde…

- Hé ! Mais c’est Manu !

Je regarde à ma droite, c’est Francis.

- Qu’est-ce que tu fous ici en pleine nuit ? Il n’est pas bon de traîner seul dans Anvy. C’est dangereux...

- Je pourrais te dire la même chose…

- Ouais, mais moi, je sais me défendre. Ne le prends pas mal, surtout.

- Je ne le prends nullement mal.

- Tant mieux. Tant mieux…

Un silence gênant s’installe.

- Je voudrais en profiter pour te demander quelque chose, me dit-il.

- Je t’écoute…

- Tu ne m’en veux pas pour Clara ?

- Le fait que mon meilleur ami et mon ancienne copine soit maintenant ensemble… Non, Francis. Je ne t’en veux pas. Du moment que Clara soit heureuse…

- Ça me rassure. Merci à toi, mon ami. Mon frère...

- Je t’en prie.

- Sans rancune, donc ?

- Puisque je te le dis…

- Génial. Cool...

Silence…

- Bon, je vais te laisser. On se verra à l’école, demain. Tchouss, Manu !

- Oui. A demain…

Francis sourit. Il me tourne le dos et commence à marcher. Je me lève en silence et commence à m’approcher de lui à pas de loup. Je sors le coupe-papier de ma sacoche, celui là même que j’ai pris en douce dans le bureau du directeur. Il voulait absolument me voir, tous les professeurs disaient que je n’étais pas fort bien… Je ne suis plus qu’à quelques centimètres, je lève le coupe-papier…

Je n’ai pas compté le nombre de coups. Je ne ressens ni remord ni satisfaction.

Je jette le coupe-papier dans le fleuve, je décide de rentrer chez moi. Je peux écouter Saez chanter dans mon MP3 :

- Mais je sais qu’on est quelques milliards

A chercher l’amour*

 

Ben Nappier

 

 

* Jeune et con (Saez)

Publié dans Textes

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
Houlà... hard ce Manu ...!
Répondre
A
Comme la sagesse, la connerie n'attend pas le nombre des années... et a malheureusement tendance à perdurer.
Répondre
E
Oups, en fait je trouve que "ça explique tout", la différence entre ce qu'il faut penser et ce qu'on pense vraiment, et la capacité ou non de rester du bon côté. Affaire d'un moment, d'une humeur passagère, d'un vent frisquet qui se lève et dit qu'il faut en finir... Bravo en tout cas ! (Pour le récit, hein, pas pour les coups de coupe papier !
Répondre
M
Quelle triste histoire qui donne tant à réfléchir !
Répondre
P
C'est un peu le monde d'aujourd'hui...
Répondre