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"Petit tour en Biscornutie" : une nouvelle signée Ani Sedent

Publié le par christine brunet /aloys

 

Petit tour en Biscornutie

 

Ah, les homonymies ! toutes les mêmes dirait votre oreille, toutes des menteuses répondrait votre œil.  Mais laissons les s’exprimer ici, à l’écrit, en un absurde plaisir et parce que je n’ai, pour l’instant, rien d’autre à faire.  A ce stade, un avertissement me semble néanmoins nécessaire : les acrobaties orthographiques peuvent provoquer des malaises.  Personnes sensibles s’abstenir !

 

L’histoire se passe sous le règne d’Absurdius, dans ce pays lointain qu’est la Biscornutie où les uns ne craignent aucune araignée squatteuse de plafond et les autres aucune glissade à côté de leurs pompes.

 

Or, voici qu’un jour, sur le parvis du palais, en voyant un raplapla ténia, un panda s’écria : « Mais que ce vers est lait ! », donnant à l’intéressé assoiffé toutes les raisons de se plaindre.  L’offensé allait se mettre au verre lorsqu’un putois passant par là ajouta : « ce panda a raison, il est lai ce ver ! Puis de faire remarquer qu’il n’avait fait que poétiser ce qu’avait déjà constaté un panda mal luné.  Les témoins, eux, ne sûre quand panser (si si).

Un drôle de zèbre qui, lui, avait tout compris, affirma : « C’est pour temps vrai, qu’il est lé ce vert ! », ce que, cette conversation au mètre assurément en noir et blanc, un blaireau approuva : « Oui, ce vert est laie ! ».  Assertion   aussitôt désapprouvée par un épouvantail fourré de frais, aussi peu mature que vigoureux, voire galant à en croire cette chaire dame sanglier !

 

Mais voici que l’enfourragé ( ne cherchez pas, ce mot n’existe pas) s’écria à son tour : « Que fait ce vair au saint de ces pers ? » ( On se le demande !)  Ce à quoi répondit le bienheureux, en sauvant ses noix bleues d’un funeste destin, : « Dieu ! cacher ce seing que je ne saurais voir ! »  Le vair était notaire, c’est clerc !

Compromis, celui-ci dû passer devant la court.  Le juge, adepte des cous de ballet, refusa néanmoins de l’envoyer danser au bout d’une corde et, sang souci, le mit à l’amande pour scie sous.  Le coupable ne voulu poing payer et, pour cet outrage, se retrouva pillés et points liés (bof !)  Les chênes lui entamant la chère, il déclama avec emphase : «  Mais que suie-je Vénus fer dans sept galère(…s) ?

Au sain du public, le sein compatit et récita, à l’intention du pauvre erre, un notre paire, avant d’invoquer sa ceinte maire.  La foie est ainsi faîte qu’elle ne souffre aucun lit tige (Ceci est moins une homonymie qu’une irrépressible pulsion…)

 

Le destin du prévenu sellé, le greffier, à cheval sur la procédure, trempa sa plume dans une ancre rouge comme cent de port et acta la cent anse(…s) ! (Hum !)

« Que ce sceau soit mis au poto ( celle-ci est tordue, je vous l’accorde) », hurla un autre seau, « ne voyez-vous pas qu’il vous ballade ? ajouta-t-il un tremolo dans la voie.  Cet hêtre est un satire qui ne peut aître sauvé ! » (il ne croix pas si bien dire !)

À ce mot ment (encore !), l’inquisiteur demanda au condamné si le pêcheur avait un dernier veut à exhausser.

« Oui, monsieur le curer, répondit celui-ci, je voudrais, comme mon chaîne préféré, être confit né ( c’est le dernier, promis !) en cerf ».

« En serf ? s’étonna l’oh bla (di oh blada… je sais, j’avais promis ! mais c’est tellement tentant !)

« Oui, Mètre, car je n’ai point de vis et voudrais arriver à bon porc sans finir (c’est vraiment le dernier, juré !) tel un chant en friche, ti !

Le vair clair venait du Nord.

« Qu’il en soie ainsi, toutefois, je ferai dire pour vous un hobbit, hobbit, hobbit.

Le ter du milieu étant le bon ! (Ouille !)

« Cela ne ferret d’ailleurs de mal à personne de l’égoutter ! » sexe clama (cette fois, c’est vraiment la dernière !) le juge enrhumé.

Et ainsi fût fée !

 

Addenda : L’auteure a définitivement arrêté le café.

 

Ani Sedent

 

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Elisabeth Chancel nous propose un extrait du prologue de son très prochain roman "Les libérateurs"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Avez-vous déjà emprunté un sentier forestier dans l'obscurité la plus totale ? Si, la journée, les murmures de la forêt peuvent être apaisants, la nuit, ils sont des plus angoissants. Tout s'obscurcit et cette noirceur contamine bientôt votre regard et votre âme. Vous voyez les arbres devenir d'inquiétants géants aux bras interminables. Vous prenez alors conscience de pénétrer dans un royaume inconnu et mystérieux où se tapissent les puissances des ténèbres.

Elle ne voyait pas tout cela et, même si elle avait pu le voir, elle y aurait été indifférente. Elle s'ingéniait plutôt à étouffer sa voix intérieure. La cagoule lui ôtait progressivement tous ses repères. (…)

Pourquoi avait-elle ressenti le besoin de vivre une nouvelle expérience ?

(...)

La cagoule lui fut enfin retirée et elle se frotta les paupières pour habituer ses yeux à la lumière, pourtant faible, du lieu. Le trio s'était arrêté dans une clairière baignée d'une étrange lueur jaunâtre qui ne provenait pas de la lune mais de sept flambeaux plantés autour de la scène. La nouvelle venue se pinça discrètement le bras. Un rire moqueur montait en elle mais elle se garda bien de laisser le moindre son franchir ses lèvres. L'air sévère des sept druides qui la fixaient ne l'invitait nullement à la dérision. Vêtus de longues robes blanches et leur visage à demi dissimulé sous une cagoule, les sept personnages, sortis tout droit d'un monde légendaire, se séparèrent en deux groupes pour lui permettre d'avancer jusqu'à un autel. La jeune femme reconnut un dolmen, composé de trois menhirs, cliché des landes bretonnes. Ce qui était un peu moins stéréotypé concernait l'homme qui y était ligoté...

 

Âgé d'une cinquantaine d'années, la barbe fournie et les cheveux brillants, le prisonnier gémissait sous son bâillon. Ses vêtements étaient sales, un peu déchirés, et dégageaient une odeur pestilentielle. Dégoûtée mais pas plus étonnée que cela, la femme détourna le regard et découvrit une table en pierre, deux mètres plus loin, qui présentait plusieurs objets insolites. Elle les observa quelques secondes. Puis, brusquement, un gémissement prolongé ramena son attention vers le prisonnier. Au même moment, la chouette repoussa son hululement sinistre. Le piège se refermait. Elle ne pourrait bientôt plus en sortir. C'était maintenant ou jamais. Alors, elle réalisa qu'elle avait compris bien avant de venir ici, et, aussitôt, elle fit son choix.

 

 

 Elisabeth Chancel

https://www.youtube.com/watch?v=e9Y3YvvERRw

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Elisabeth Chancel nous propose une poésie "Ville de cœur"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Ville de cœur

 

 

Mon esprit vogue dans ses rues,

Sans arrêt, il s'y prélasse ;

Amoureux de ses vertigineuses vues,

Incapable de céder cette place.

 

Submergée par l'habituelle routine,

Je tente de dompter mes pensées.

La nuit, à nouveau, elles me serinent

Que j'appartiens à cette ville enchantée.

 

L'existence m'a contrainte à la quitter,

Et me voilà loin d'elle, triste exilée,

Enfouissant en moi cette cruelle carence.

 

Hélas ! J'ai tant hâte de la revoir,

De savourer les saveurs de son terroir,

Seules capables d'étancher mon avidité...

 

 

 

Élisabeth Chancel

 

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Micheline nous propose un conte de Noël... "Le berceau divin"

Publié le par christine brunet /aloys

LE BERCEAU DIVIN

 

Prémonition ? Sagesse issue d’une vie simple et droite ? Intuition des humbles ? Qui pourrait dire comment ses mains avaient été guidées ? Qui pourrait parler de la tendresse dont témoigne son travail ?

En ce temps-là, à Nazareth, Joseph venait de terminer un berceau, le plus admirable qu’il eut pu réaliser. Ses doigts avaient des heures durant laisser agir le ciseau et le polissoir. Sans qu’il en ait vraiment conscience, des étoiles étaient à présent gravées sur les montants, des bergers et leurs brebis étaient profilés sur le panneau de la tête. Joseph s’adossa au tas de bois qui se trouvait dans son atelier et considéra son œuvre. Son esprit brûlait de joie et de fierté car il savait que son fils reposerait là au creux douillet du petit lit.  

Quelques voisins avaient eu l’occasion d’observer le meuble et bientôt à travers tout le pays parvint une rumeur qu’un berceau extraordinaire avait été réalisé dans une humble maison de Nazareth. Cette nouvelle arriva même au palais du roi Hérode. Celui-ci n’était pas homme à s’émouvoir de la création d’un objet d’art de plus, car il avait à sa disposition quantité de pièces rares et de valeur, mais il présageait qu’une telle rumeur pouvait avoir quelque chose d’inquiétant. Des devins lui annoncèrent, en effet, à la description orale du bel objet que son règne était menacé.

Quelques semaines plus tard, Joseph apprit qu’il devait se rendre à Bethléem pour un recensement. Un ange l’avertit en songe que le bébé ne reposerait pas là où il l’avait imaginé. Alors, tandis qu’il se préparait avec son épouse pour le long voyage qu’ils devaient effectuer, il réfléchissait à ce qu’il allait faire de son ouvrage. Comme il n’avait pour seule monture qu’un maigre bourricot, il lui sembla impossible de le transporter. Ainsi, il se résolut à en faire don . Il le déposa près du puits du village et espéra que quelque personne nécessiteuse pourrait se l’approprier.

Cependant, un émissaire du roi Hérode, congédié en raison de son âge, qui rentrait dans sa région de naissance pour y finir tristement ses jours, découvrit le meuble. Il avait entendu parler du chef d’œuvre auquel on attribuait des vertus insoupçonnables. En son cœur, il éprouva une grande joie. Voilà un trésor, estimait-il,  qui pourrait lui faire retrouver grâce auprès de son roi. Il s’en retourna donc pour Jérusalem. Sous les pas de son cheval la route était plus facile qu’elle ne l’avait jamais été auparavant. Il lui semblait que le berceau était plus léger qu’un voile.

Hérode fut ébranlé lorsqu’il vit le berceau. Il appela devins, scribes et sages pour interpréter ce qui était représenté de manière aussi gracieuse sur le bois.

« L’astre d’un nouveau roi s’est levé »,  osa l’un d’eux.

« Il est reconnu par tout le peuple des bergers », poursuivit un autre.

« Les écritures laissent prévoir qu’il se trouve à Bethléem »,  dit encore un troisième.

Peu de temps après cette découverte, des mages venus d’Orient s’adressèrent à Hérode   et confirmèrent qu’ils avaient vu apparaître une nouvelle étoile, signe d’une naissance prestigieuse. Alors, Hérode, reconnaissant les propriétés divinatoires propres au berceau, manda les mages afin de porter le petit meuble jusqu’à cet endroit où ils comptaient aller rendre hommage à l’enfant.

Quand Joseph reconnut son œuvre, il en fut bouleversé. Il frémissait de bonheur. L’enfant pourrait reposer sur une couche digne de ses origines. Joseph contempla son ouvrage d’un regard tout neuf. Il distingua qu’il avait représenté un désert au pied du petit lit. Il fut visité la nuit suivante par un ange qui lui ordonna de se rendre en Egypte pour assurer la sécurité de l’enfant.

Joseph se découvrit une force intérieure toute neuve.  Il acquit plus d’assurance. S’il avait l’intuition en façonnant son œuvre de ce qui allait advenir, il pourrait à l’avenir s’y fier encore et encore. D’autant plus, que l’ange l’épaulait de manière non négligeable.

Quand fut venu le temps pour la sainte famille de partir pour l’Egypte, Joseph offrit le berceau à quelque pauvre paysanne qui se trouvait près de l’étable à ce moment-là.

Il paraît que l’enfant, qui y dormit, apporta douceur et sagesse partout où il passait. Jamais, le berceau ne fut hors d’usage même si peu à peu se sont estompées les marques particulières qui l’ornaient.

Micheline Boland

 

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Ani Sedent nous propose un autre extrait de son nouveau roman "L'Arcane"

Publié le par christine brunet /aloys

 

  Habillé de l’opulent ivoire des pins boréals, sous des toitures aux pentes couvertes de bardeaux couleur de mer et d’or, enjolivé de tours hexagonales et d’oriels, surgissant des étages tels des proues de navires, le palais royal dominait la cité de sa splendeur.  Ses façades possédaient chacune une volée d’escalier menant à un immense hall gardé par d’impressionnants piliers sculptés.  Pour l’heure, une foule bigarrée s’y pressait, emplissant les lieux du bourdonnement de conversations animées.

  Sa lyre dans une main et son bourdon camouflé en canne de direction dans l’autre, Merlin entraîna résolument son petit groupe de musiciens improvisés parmi les bardes et baladins. 

  Contrairement à leur crainte, l’arrivée d’un nouveau groupe éveilla peu d’intérêt.  Un évènement bien plus préoccupant captait l’attention de tous : le Grand Chambellan était en retard !  Le spectacle devait pourtant avoir lieu le lendemain soir et il fallait encore régler les derniers détails.

  Alors que l’inquiétude atteignait son comble, les artistes levèrent des yeux impatients sur le splendide escalier central, où venait de surgir un homme paré comme un oiseau des îles du Sommeil.  La surprise passée, un tonnerre d’applaudissements salua l’apparition.  Grand, mince, ses longs cheveux retenus par un ruban scintillant en une boucle lustrée au sommet de son crâne, il était vêtu de soie et velours enluminés de broderies chatoyantes, qui illuminaient ses traits fins, tandis que des plumes d’un noir profond lui faisaient les épaules irisées.

  En un geste plein de panache, l’homme s’inclina devant la foule qui redoubla d’excitation.

  Qui est-ce ? demanda Hortie tout en applaudissant lextraordinaire apparition.

  Mirliflor ! sexclama Valerian.

  Qui ?

  Mirliflor, le Grand Sorcier du Spectacle ! senthousiasma Malicia.

  Un sorcier ? Dans cet accoutrement ? ricana Merlin.

  À votre place je ne le sous-estimerais pas, prévint la jeune sorcière, le regard noir. 

  Il sappelle vraiment Mirliflor ? demanda Hortie.

  Probablement pas, admit Malicia, mais avouez que ça lui va comme un gant.

  Et toi, comment sais-tu qui est cet individu ? demanda Merlin en lançant un regard étonné à son apprenti.

  Cest lui qui a organisé lanniversaire de la reine, le cycle dernier.  Tout le monde en a parlé.  Il organise aussi des concerts de bardes et cest toujours exceptionnel.

  Parce que tu vas aux concerts, toi !

  Jaime bien quand ça dépote, avoua le jeune chevalier.

  Le vieux mage leva les yeux au ciel.

  Mirliflor fut bientôt rejoint par une grande femme au visage sévère à peine adouci par quelques mèches folles échappées de son lourd chignon.  Vêtue d’une robe grise dépourvue d’ornements, elle ne portait aucun bijou à part un anneau aussi terne que la chaîne au bout de laquelle il pendait.  Elle était un contre-point parfait à la silhouette exubérante du Grand Sorcier du Spectacle.

[…]

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Ben Nappier nous propose une courte nouvelle "Les yeux rouges"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Les yeux rouges

 

            Je n’arrive pas à dormir. J’ai pourtant bien pris mon cachet, ce soir. Mais rien n’y fait, je n’y arrive pas.

            Je décide de me lever. Tant pis, au point où j’en suis, je vais me préparer une tasse de café. Les voisins doivent dormir profondément, je ne vais donc pas les déranger.

            La machine commence à s’allumer. Je regarde autour de moi, comme il fait sombre dans ce studio. Ma vie est ainsi. C’est comme ça...

            Mon attention se porte sur la fenêtre. Aucune étoile, cette nuit. Quelle tristesse...

            Je ferme les yeux. Je les rouvre, deux points rouges brillent derrière la vitre. Je n’ai pas peur. Je m’avance vers eux.

            J’ouvre la fenêtre, les deux points rouges me regardent toujours. Ce sont des yeux, des yeux rouges. Je peux parfaitement la ressentir, sa tristesse. Je lui tends la main, elle hésite…

            Nous sommes assis sur le lit, face à face. Je commence à la caresser, c’est ainsi qu’on m’a appris. Malgré l’obscurité, je peux voir qu’elle rougit. Je l’embrasse dans le cou, elle ferme les yeux.

            C’est ma dernière nuit sur Terre. Je n’aurais pas rêvé meilleur départ. Rien ne vaut la tendresse...

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Ani Sedent nous propose un nouvel extrait de son nouveau roman 'L'arcane'

Publié le par christine brunet /aloys

 

  Dès potron-jacquet, le petit groupe avait quitté la manse pour rejoindre, en début d’après-midi et à bonne allure, le Marais des Dragons.    À l’horizon, se profilait la Lande aux Cantilènes, émaillée de quelques hameaux dont l’un abritait la seule auberge de ce côté du fleuve.

  Valerian avait ralenti l’allure aux abords du marécage qui, coincé entre la courbe indocile du fleuve et la forêt des Songes, marquait l’entrée du domaine de Longvaisseau.  Parmi les joncs, roseaux et autres plantes, on apercevait, non loin de leurs nids de butomes tressés, quelques nymphes couper des feuilles rondes, brunies par l’automne, en agitant l’eau qu’un peu de vase colorait de sa rousseur. 

  Un peu plus loin, apparaissaient d’autres nids dont la forme attestait la présence de dragons des marais.

  Brrrr ! fit Merlin en voyant les cueilleuses.  Comment peuvent-elles rester dans leau par un froid pareil avec seulement trois brins d’herbe sur le dos ?

  Ce sont des nymphes, Maître Merlin, elles ne ressentent pas le froid comme nous, répliqua tranquillement Malicia, qui partageait sa carriole avec le vieux mage.

  Il nempêche que le temps sest drôlement refroidi, insista celui-ci.  Elle va geler là-haut, cest sûr, ajouta-t-il en sortant le nez de son manteau pour observer Azimuth tournoyer au-dessus deux, Hortie coincée entre ses crêtes de cou.

  Quand Valerian avait expliqué, au grand dam du dragon qui souhaitait accompagner son chevalier préféré, qu’il n’était pas prévu que l’Escorte se fasse ailleurs qu’au sol, la fée avait affirmé que son capricant semblait ballonné et que Sa Seigneurie serait des plus aimable si elle acceptait de l’emmener. 

  Ce dernier avait bien un peu ronchonné, mais cela n’avait pas duré, tout à la joie qu’il était de cette nouvelle aventure.

  L’après-midi était bien avancé lorsqu’ils abordèrent la lande. 

  Celle-ci s’étendait à perte de vue, ses couleurs automnales créant une atmosphère qui ferait la joie de n’importe quel peintre… pour autant qu’il puisse supporter le reste !

  Je comprends mieux pourquoi on lappelle la Lande aux Cantilènes, fit remarquer Valerian à ses compagnons en élevant la voix pour couvrir celle du vent et son chant mélancolique.

  Au même instant, Azimuth vint se poser non loin d’eux et Hortie se magiporta aussitôt au sol.

  Quelque chose ne va pas ? sinquiéta le jeune chevalier en descendant de son cheval tonnerre pour aller à la rencontre de la fée.

  Je suis désolée mais je vais devoir récupérer mon capricant, sexcusa celle-ci, dont le teint verdâtre valait toutes les explications.

  Cest le vent, il y a des trous dair, précisa néanmoins le dragon.

  Nous serons rendus dans quelques lieues à peine, rassura le jeune chevalier.

  Tu peux toujours venir avec moi et laisser ton invoqué à la dame, essaya Azimuth.

  Valerian lui lança un regard où se mêlaient envie et reproche.

  Si tu changes davis

  Le dragon décolla aussitôt.  Avec un soupir, le jeune chevalier remonta en selle et regarda Hortie récupérer sa monture attachée à l’arrière de la carriole.

  Vous auriez mieux fait de rester à lacadémie, lança Merlin.

  Pour que vous soyez le seul à vous amuser ? certainement pas ! répondit la fée, qui en oublia sa nausée.

  Elle monta en selle et rejoignit Valerian qui lança son cheval au grand galop.

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Rayan Zowski nous propose une courte nouvelle : "La petite"

Publié le par christine brunet /aloys

La petite

 

            Je regardai à travers le trou de la serrure. Ma future petite victime était assise sur son lit. Je jubilai et me frottai les mains. Je sentais que j’allais bien m’amuser, comme chaque soir. Je me mis à compter jusqu’à trois...

            Une fois arrivé à « trois », j’ouvris la porte brutalement, levai les bras et poussai un hurlement. J’étais sûr qu’elle allait hurler à son tour. Peut-être même qu’elle allait se faire dessus. Mais à ma grande surprise, elle ne réagit pas.

            La petite me regarda dans les yeux. Je n’avais jamais pareille tristesse. Je me suis surpris à me demander ce qui lui était arrivée. Elle baissa la tête, je pouvais la sentir anéantie. C’était la toute première fois qu’un tel cas m’arrivait, j’étais vraiment sur le cul.

            - Je ne veux pas que Papa s’en aille…

           La petite se mit alors à pleurer. Merde ! Que… Que devais-je faire, au juste ? Encore une fois, je n’étais pas du tout habitué à ce genre de situation.

            La petite continuait de chialer. Je paniquais, mais curieusement, je ne voulais pas m’en aller, je ne voulais pas la laisser toute seule. Je m’assis alors à côté d’elle… La petite m’attrapa et pleura plus fort. Je dois vous avouer que j’étais à la fois embarrassé et perdu, qu’étais-je en train de commettre ? Si les autres l’apprenaient… Je ne sais pas alors ce qu’il me prit, mais je déposai délicatement mes pattes sur ses épaules.

            - Je suis là…

            Oui, je vous le jure, c’est bien ce que j’ai dit. Je la sentis aller un peu mieux.

 

---

           

La petite s’était endormie. Ce fut long, mais elle y est arrivée. Je la regardais, Petite femme… Je tirai la couverture, elle avait déjà assez froid comme ça…

            Je refermai la porte du placard avec la plus grande des prudences et je repartis. C’était tout pour cette nuit.

            N’empêche, c’est quand même affreux quand les personnes que vous aimez le plus se bastonnent.

            A côté de ça… Je ne suis rien.

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Ani sedent nous propose un extrait de son roman désormais référencé "L'arcane"

Publié le par christine brunet /aloys

 

[…]

   Je naime pas ça !

  Moi non plus, vous pouvez me croire.

  Rhaa ! simpatienta le vieux mage en agitant la main.  Je parle de ce brouillard, nous allons nous perdre dans cette purée de pois.

  Je crains que ce ne soit déjà fait, déplora Barok.  Contre la magie, lingénierie ne peut rien.

  Ça me fait penser à un article paru dans Sorcellerie, avança Ronan.  Hysteria y parlait d’un tout nouveau sortilège inspiré par les chauves-souris.

  Je vois que notre professeure en métamorphoses na rien perdu de son intérêt pour ses modèles, sesclaffa Merlin.

  Hysteria a toujours été très pointue dans ses recherches, la défendit Hortie.

  Autant que son chapeau !

  Vous trouvez ça drôle ?

  Jai lu cet article, intervint Mirliflor.  Un peu technique, mais très intéressant.

  Et si nous en revenions à nos moutons, simpatienta Barok.

  Ne serait-ce pas plutôt à nos chauves-souris ? railla Merlin.

  Vous avez mangé un bouffon vous, ce matin.

  Allez Ronan, parle-nous de ce sortilège, lencouragea Hortie, en se tournant vers le mage qui attendait patiemment de pouvoir continuer.

  La raccusette, comme le nomme Hysteria…

  Quel nom curieux ! s’étonna la fée.

  Cest du sotaî, linforma Merlin.  Ça veut dire : rapporteur, ou mouchard si vous préférez.  Je ne savais pas qu’Hysteria s’intéressait aux langues gnomiques, ce n’est pas trop son domaine.

  Cest sûrement parce que, ce cycle, il y a un sotaî dans sa classe, linforma Hortie.

  Un gnome ? Sorcier ?

  La sorcellerie est un Art subtil qui demande de la finesse et de lhabileté, affirma Mirliflor en ignorant Merlin qui levait les yeux au ciel.  Un gnome, comme nimporte qui dautre pourvu quil soit suffisamment raffiné, peut en apprendre les délicates complexités.

  Un petit très doué, daprès ce que jai entendu dire, approuva Hortie.

  Bref ! reprit Ronan dont la patience était mise à rude épreuve, ce sortilège permet denvoyer un son qui, sil rencontre un obstacle solide, est renvoyé vers sa source.  Il pourrait nous mener vers L’Élégante ou nous permettre de trouver Nulle-Part.

  Et vous le connaissez, vous, ce sortilège ? demanda Merlin.

  En parlerais-je, sinon ?

  Hum !

  Si vous permettez, je le connais parfaitement, intervint Mirliflor et il va nous être très utile.

  Je me demande sil serait possible dimiter ce sort par des moyens mécaniques ? sinterrogea Barok pendant que le sorcier allait se poster à la proue du Dragon des mers.

  Mirliflor lança le sortilège d’Hysteria.  Un son bref, un peu métallique, s’éloigna dans le brouillard… et s’y perdit.

[…] 

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Texte n°3 : mon pire souvenir de vacances

Publié le par christine brunet /aloys

Le meilleur moment

 

  C’était pourtant un si joli village.  Non, il ne manquait pas d’attraits avec ses adorables maisons aux toits pentus, ses jolies vitrines illuminées qui donnaient aux soirées des airs de fête, ses petits et grands hôtels répartis autour d’un lac au charme indéniable, le tout cerné par d’imposantes matrones en tablier blanc, leurs pics déchiquetés se faisant, pour les plus hardis, promesses d’inoubliables randonnées.  Non, vraiment, la carte postale ne manquait pas d’attraits…

  La première sortie matinale, qui allait par la suite devenir mon tourment quotidien, fut une balade à l’ombre des sapins, autour du cœur battant de ce si joli village : le remarquable plan d’eau auquel quelques barques donnaient un charme romanesque. Romance qui, allais-je fortuitement l’apprendre, risquait de tourner court si d’aventure l’embarcation gîtait, sous peine de livrer le rameur étourdi aux sangsues qui s’ébattaient joyeusement dans l’innocent liquide.  Bien sûr, outre ces démons succubes, le lac recelait des poissons parfaitement inoffensifs… bien plus, en tout cas, que les pêcheurs aguerris qui trucidaient leurs prises avec entrain sous les yeux ravis d’un public intéressé.  Enfin, pour autant que le public n’ait pas dix ans et un sens de la compassion très développé !

  Pour mon plus grand plaisir (encore) cette promenade journalière et bucolique était également l’occasion de faire des rencontres, dont certaines plus piquantes que d’autres ! Un lac, même de montagne, recèlera toujours quelque coin d’une placidité propre à l’épanouissement de l’infernale gente ailée aux mœurs vampiresques, que les moins chanceux (ils se reconnaîtront) attirent plus sûrement qu’un buddleia des papillons.  Aïe !

  Mais parlons de l’hôtel.  Un budget restant un budget, ce n’était pas le plus grand ni le plus cossu, ce n’était cependant pas non plus une gargote.  N’ergotons pas, le cadre était agréable, les chambres propres et confortables.  Non, c’est à table que, tel un indésirable pique-assiette, s’invita le problème, pour, sans vergogne, faire de ce moment une déception de tous les repas.

Le pays jouissant d’une bonne réputation culinaire, c’est sans méfiance que les dîneurs, affamés par une matinée passée parmi les moustiques et un après-midi de randonnée sur des pentes interminables, investirent la salle à manger et s’installèrent à table, le sourire aux lèvres.  En ce premier soir, ils choisirent entre les deux potages, les deux entrées, les deux plats, les deux desserts proposés et si, à la fin du repas, il se doutèrent bien qu’aucune étoile ne garnirait jamais la carte, c’est néanmoins repus qu’ils s’en allèrent dormir après une dernière promenade, digestive celle-là.  Le lendemain, les choses se gâtèrent.  Le menu ressemblait en tous points au précédent.  Devant ce choix limité, les déçus se rabattirent sur ce qu’ils n’avaient plébiscité le soir précédent et retournèrent dormir, un peu moins satisfaits.  Le troisième soir, la carte eut beau faire, les dîneurs la reconnurent immédiatement.  Il fallait pourtant bien manger et ce fut avec regret qu’ils se virent resservir les mêmes plats.  Dépités, ils allèrent dormir avec pour seul souhait qu’aucun reste ne garnisse encore les fonds de casserole.  Vœu pieux s’il en est !

Or voici qu’un soir apparaît au menu un plat encore jamais proposé.  Et pas n’importe quel plat, une spécialité du pays.  Affamé de nouveauté, le plus désabusé se lança et passa commande.  Peut-être aurait-il dû écouter le serveur qui avait timidement tenté de l’en dissuader, car si l’intérêt gustatif du mets restait discutable, la découverte d’un intru se tortillant dans l’assiette n’engendra aucun doute sur l’arrière-goût amer qu’allait laisser cette cerise sur un gâteau déjà bien périmé.

  À ce stade, est-il nécessaire de mentionner la montagne de boîtes de conserves découverte à l’occasion d’une incursion non autorisée à l’arrière de l’hôtel ? Ou encore ces pantalons régulièrement inondés de soupe par un jeune serveur, certes sympathique, mais d’une maladresse consommé…e ? (Désolée, je ne résiste pas à cette petite pointe de sel).  Malgré tout, je tiens ici à rendre hommage à la victime qui a prouvé, à la fin du séjour, qu’il ne tenait pas rigueur au serveur occasionnel, étudiant de son état, d’avoir joué les tourneurs d’assiettes empoté, en lui laissant un joli pourboire.  Sans doute pour mieux l’inciter à retourner à ses livres, loin de la salle à manger !

  Il est des voyages qui laissent un souvenir impérissable, celui-ci en fait partie.  Le meilleur moment restant assurément celui du retour… ce fut en tout cas le mien !

Publié dans Textes

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