J’attends l’ascenseur. Le week-end est arrivé. Je ne sais pas si je dois en être heureux, ou l’inverse.
J’entends des pas. Je regarde à ma gauche, c’est Bella, l’une de mes collègues.
- Des choses prévues pour ce week-end, Kyle ?
- Pas vraiment… En fait, pour être franc, j’ai peur qu’il soit un peu long… Et toi ?
- Rien de spécial, non plus. Encore un week-end « séries télé »…
J’ai envie de continuer la conversation, mais je n’ose pas. Quelle genre de série doit-elle bien regarder ? J’aimerais savoir… Bella, après tout, elle est sympa. J’admets aussi qu’elle porte bien son prénom, elle est vraiment très mignonne…
- Bella ?
- Oui, Kyle ?
J’essaie… Mais non, ça ne veut pas.
- Non, rien. Désolé.
- Pas de soucis…
- Merci, tu es gentille.
Bella m’offre un sourire. C’est une belle petite victoire. Les portes de l’ascenseur s’ouvrent…
J’appuie sur le « 0 ». Il y a huit étages. L’ascenseur commence à descendre… ce dernier s’arrête brusquement.
- Merde ! J’appelle les secours.
Bella m’attrape la main. Je la regarde, surpris.
- Ce ne sera pas nécessaire… me dit-elle en déboutonnant son chemisier...
Je ne suis pas bien du tout. « C’est fini entre nous. » C’est ce que Sylvie vient de me dire. C’est un véritable cauchemar…
Un jour, quelqu’un m’avait pourtant dit : « Ce que j’ai peur avec toi, c’est le jour où tu connaîtras une séparation. » Moi qui croyais qu’elle m’aimait. Et moi qui croyais que notre amour était éternel. Quel con…
Comme je tremble. Je décide enfin à allonger mon bras, j’ouvre le premier tiroir de la table de nuit. A l’intérieur, une grande boîte blanche. Ce sont mes cachets de secours.
J’ouvre la boîte… et je constate avec horreur qu’elle est vide. Le réveil indique en rouge qu’il est plus de minuit…
Je tremble encore plus, j’ai du mal à respirer. Et surtout, j’ai mal au cœur. Sylvie…
Je tombe de mon lit. Je suis au tapis. Je suis K.O. Je n’ai plus envie de me battre. Les larmes coulent… Je veux partir.
Je trouve la force de me relever. Pas pour rester. Non, je serai mieux là-bas… Je me dirige vers la salle de bain.
Je me regarde dans le miroir. Je suis dans un de ces états... Ce n’est vraiment pas beau à voir.
Dans ma main droite, une ceinture. Je l’enroule autour du cou. 24 ans… C’est vrai que c’est encore jeune…
Je suis prêt. Avant d’effectuer mon tout dernier geste, je ressens le besoin de me regarder une toute dernière fois dans la glace… quand homme encapuchonné apparaît à côté de moi. Je peux parfaitement la voir, la rose rouge dans la main gauche. J’entends mon smartphone sonner, ma tête tourne…
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Tournai. Grotte d’Allain.
Nous marchons jusqu’à la statue de la Madonne.
Nous sommes devant celle-ci. Nous ne disons rien. Tu m’attrapes la main, je resserre délicatement mes doigts contre les tiens.
J’ouvre la porte du côté passager de la voiture et m’apprête à m’installer près de toi… quand quelque chose attire alors mon attention.
Devant la grille qui mène à la grotte d’Allain, se trouve un homme encapuchonné. Il tient une rose de couleur rouge dans la main gauche.
C’était un mercredi après-midi, j’avais dix ans. Maman avait invité mon cousin Mattéo pour la énième fois. Mattéo avait vraiment l’art de gâcher mes mercredis après-midi, tellement il était chiant (pardonnez-moi l’expression). De plus, il s’en prenait toujours à Gustave, mon chat. Comme je pouvais le détester...
- Gustave n’est pas stupide !
- Ouais... Tu parles !
Gustave se frotta sur mes jambes et avança vers la porte de la cave. Il miaula.
- D’accord, d’accord. Je t’ouvre…
J’ouvris, donc. Gustave passa la tête à l’intérieur. Et à peine quelques secondes plus tard, il fit demi-tour et partit. Je refermai la porte.
- Comme il est con…
- Tu ne sais pas dire un autre mot ?
- Pfff !
Mattéo regarda la porte plus attentivement.
- Elle est bizarre, cette porte…
- Je ne vois pas en quoi elle est « bizarre », comme tu dis.
- Normal que tu ne vois pas, tu l’es encore plus.
- Si tu le dis…
- Elle est toute sale. Et toute sombre… Comme ton chat.
- Tu es vraiment lourd ! Et laisse Gustave tranquille ! Ce n’est pas grave s’il demande à ouvrir la porte tous les jours !
- Il demande à ouvrir cette porte tous les jours ?
- C’est bien ce que je viens de te dire.
- A mon avis, tes parents doivent cacher des trucs. Des trucs louches…
- Je n’en sais rien, je n’ai pas le droit de descendre à la cave.
- Tu as peur de tes parents ?
- Non, je les respecte.
- C’est ça… Tu as la trouille !
- Pense ce que tu veux, ça m’est égal…
- Tu es aussi con que ton chat ! Moi, je vais descendre ! Je ne suis pas un couillon ! Je suis un bonhomme, un vrai !
- Tu vas avoir des ennuis…
- Je n’ai peur de personne !
Mattéo ouvrit donc la porte et descendis… J’entendis un hurlement. Je soupirai et refermai la porte de la cave.
Gustave revint vers moi, il se frotta sur mes jambes. Je le caressai.
Je suis assis sur un banc devant le long du fleuve. La nuit est tombée depuis un bon bout de temps sur la ville. Déjà... Sur ma sacoche est attaché un MP3. Un MP3 qu’une personne m’avait offerte. J’y tiens comme à la prunelle de mes yeux, il vaut tout l’or du monde…
- Hé ! Mais c’est Manu !
Je regarde à ma droite, c’est Francis.
- Qu’est-ce que tu fous ici en pleine nuit ? Il n’est pas bon de traîner seul dans Anvy. C’est dangereux...
- Je pourrais te dire la même chose…
- Ouais, mais moi, je sais me défendre. Ne le prends pas mal, surtout.
- Je ne le prends nullement mal.
- Tant mieux. Tant mieux…
Un silence gênant s’installe.
- Je voudrais en profiter pour te demander quelque chose, me dit-il.
- Je t’écoute…
- Tu ne m’en veux pas pour Clara ?
- Le fait que mon meilleur ami et mon ancienne copine soit maintenant ensemble… Non, Francis. Je ne t’en veux pas. Du moment que Clara soit heureuse…
- Ça me rassure. Merci à toi, mon ami. Mon frère...
- Je t’en prie.
- Sans rancune, donc ?
- Puisque je te le dis…
- Génial. Cool...
Silence…
- Bon, je vais te laisser. On se verra à l’école, demain. Tchouss, Manu !
- Oui. A demain…
Francis sourit. Il me tourne le dos et commence à marcher. Je me lève en silence et commence à m’approcher de lui à pas de loup. Je sors le coupe-papier de ma sacoche, celui là même que j’ai pris en douce dans le bureau du directeur. Il voulait absolument me voir, tous les professeurs disaient que je n’étais pas fort bien… Je ne suis plus qu’à quelques centimètres, je lève le coupe-papier…
Je n’ai pas compté le nombre de coups. Je ne ressens ni remord ni satisfaction.
Je jette le coupe-papier dans le fleuve, je décide de rentrer chez moi. Je peux écouter Saez chanter dans mon MP3 :
Laissez-moi vous raconter une histoire, celle du géant Elias. Cette histoire ne date pas d’il y a longtemps, elle est de nos jours.
Je ne pourrai pas raconter le début de sa vie, je n’ai aucune information à ce sujet. Tout ce que je sais, c’est qu’à l’âge de douze ans, Elias mesurait déjà plus d’1,80 mètres. C’était un enfant fort réservé, et donc fort malheureux. C’est très difficile, la différence…
A l’âge de 17 ans, Elias s’était inscrit dans l’équipe de Basketball de Senvy, les « Purple Kangoo ». Sa grand-mère lui répétait souvent : « Tu seras doué, mon grand. J’en suis certaine. » Il lui avait fallu six mois pour franchir la porte du hall des sports. Mais Elias l’avait fait !
Dès que l’entraîneur le vit, celui-ci exprima un grand sourire. Il tenait désormais une arme, une arme absolue. Un ado de plus de deux mètres, cela ne se refuse pas…
Le premier match d’Elias eut lieu un beau dimanche d’automne. Lorsque vint la distribution des numéros, il ne restait plus que le 13. Elias sourit, ce numéro ne devrait que lui porter chance.
Senvy jouait contre Saint-Morcq, le voisin. C’était donc un derby. Et un derby, cela ne se joue pas. Cela se gagne ! Et qu’importe la force de l’adversaire !
L’entraîneur demanda à Elias de s’asseoir sur le banc. « Tu seras notre arme secrète », lui dit-il à l’oreille. Elias ne rechigna pas, le coach a toujours raison.
Le score était de 8 à 36. Saint-Morcq était bien plus fort que prévu. Le coach fit signe à Elias de s’échauffer, il était grand temps…
Le match se termina. Quelle rencontre ! On peut dire que c’était une sacrée taule. Cette partie restera à jamais gravée dans la mémoire…
Le lendemain, Elias se présenta à l’entraînement, tout heureux. On peut dire qu’il avait bien mouillé le maillot. C’est simple, il avait gagné le match à lui tout seul. Quelle immense fierté !
- Elias, je voudrais te parler, lui dit l’entraîneur.
Elias quitta le hall des sports, la tête basse. « Tu es beaucoup trop fort. Désolé, mon grand. » Le coach a toujours raison…. Elias se retourna et regarda une dernière fois le hall des sports. Les larmes coulèrent… Rentré chez lui, Elias s’assit sur son lit. « Ce monde n’est pas le mien, il est beaucoup trop lourd à porter… »
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La capitale. Un hôpital. Un septième étage.
Elias regardait un match de basket dans le salon commun. On peut dire que les États-Unis étaient vraiment redoutables.
Une jeune femme entra dans la pièce.
- Où en est la rencontre ? demanda t-elle.
- Les Américains dominent largement. Je ne pense pas que leur adversaire vont renverser la situation.
- En même temps, les USA ont Mike Danjon.
- « Mike Danjon » ?
- Tu ne le connais pas ? C’est actuellement le meilleur joueur de la NBA. Et donc, le meilleur joueur du monde !
- Excuse-moi, je l’ignorais. J’aimerais tellement pouvoir suivre cette compétition, moi aussi. Mais…
- « Mais » ?
- Cela pourrait me faire atrocement mal. Ici, c’est différent, on prend soin de nous. Mais chez moi…
- On t’a rejeté ?
- Oui. J’étais trop grand…
- Ou trop fort.
- Je ne sais pas…
Silence…
- Moi aussi, j’ai été exclue. Je voulais faire partie d’une équipe. Mais comme je ne mesure même pas 1, 60 mètres…
- C’est injuste…
- C’est comme ça. Nous sommes des bannis, toi et moi…
- Je le pense, aussi…
Ils se sourirent tous les deux. Elias osa tendre la main…
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Des années et des années plus tard.
LE choc de ce week-end ! Les Lakers de Los Angeles affrontent les Bulls de Chicago. Le spectacle promet d’être grandiose ! C’est la NBA !
Dans les gradins, un homme et une femme sont assis côte à côte.
- Rachelle, je peux te poser une question ?
- Je t’en prie, Elias.
- Pour toi, qui est le plus grand joueur de tous les temps ?
- Michael Jordan. Parce qu’il n’a jamais dit qu’il était le meilleur.
- Bonne réponse, dit Elias en souriant.
Ils se regardent dans les yeux…
Les joueurs sont tous à leur place. Ils sont prêts ! Elle pose la tête sur son épaule. Quant à lui, il pose la mains sur la sienne.
- Quelle question... Entre vite, tu vas attraper froid...
Mamie déposa la théière.
- Ton préféré, pomme/cannelle.
- Merci, Mamie...
Nous bûmes toutes les deux une gorgée.
- Bon... Puis-je te poser la question ?
- Celle où tu me demandes : "Pourquoi as-tu sonné à cette heure-ci ?"
- Bingo.
- Eh bien, je me suis disputée avec lui.
- Avec Papa ?
- Ouais, mon père...
Mamie but une seconde gorgée.
- Je suis désolée, Mamie. Je n’ai pas envie de te raconter. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’il me saoûle...
Mamie me regardait... Elle but la dernière gorgée.
- Comme tu veux.
Mamie regarda l’horloge du salon.
- Excuse-moi, il est très tard. Je vais me reposer dans les bras de Morphée... Belle nuit, Laura.
- Merci, Mamie. Belle nuit à toi, aussi...
Mamie m’offrit un sourire. Elle se leva et se dirigea vers l’escalier.
- Il ne m’a jamais prise dans ses bras...
Mamie se retourna.
- Et le départ de Maman n’est pas une excuse, rajoutai-je.
Mamie ne dit rien. Elle se retourna et monta se coucher.
J’ouvris les yeux. Apparemment, je m’étais endormie. Je me levai du canapé afin de boire une autre tasse de thé... quand je la vis sur la table, la cassette vidéo. Pourquoi Mamie avait-elle... La curiosité me piqua tout de suite. Je l’attrapai, allumai la télévision ainsi que le lecteur K7 et l’insérai. Quel message pouvait-elle bien vouloir me transmettre ?
L’image apparut. Une petite bande de jeunes hommes était installée sur un comptoir.
- Eh, Géry ! Chante-nous une petite chanson !
La caméra se tourna vers un homme. Il était grand et costaud. Je le reconnus tout de suite. Il souriait timidement. Il hésitait...
- Allez, Géry ! Pour ta petite fille !
L’homme prit une grande inspiration... Il souffla. L’homme marcha ensuite vers le centre du café.
L’homme était debout et bien droit. Il ferma les yeux...
- Oh Laura*...
Je reçus alors comme un immense choc. Je croyais pourtant que... Je l'écoutais comme jamais je ne l’avais écouté de toute ma jeune vie. Comme... Comme il chantait bien... Je ne pus m’en empêcher, les larmes commencèrent à couler...
La porte s’ouvrit. Il n’était pas du tout étonné de me revoir.
- Tu m’as toujours dit que tu avais horreur de Johnny Hallyday...
Ses yeux exprimaient la surprise. Il était gêné, mais ne dit toujours rien.
Papa s’approcha alors tout doucement de moi... et me prit dans ses bras.
Isabelle n’a pas du tout envie de sortir. On peut dire que son moral est loin d’être au beau fixe…
Ce soir, une fête est organisée en ville pour Halloween. Ses amies l’ont invitée. Dans la vie, il faut surtout s’amuser ! Mais Isabelle n’a pas envie. Elle n’a pas du tout envie qu’on la voit « comme ça ». Le regard des autres, cela a toujours été un véritable problème. Pourtant, elle y travaille avec quelqu’un. Quelqu’un de bien, qui possède beaucoup de patience…
Isabelle se lève de son lit. Il était temps, cela faisait au moins deux heures… Elle se dirige vers la salle de bain. Un peu d’eau froide sur le visage lui fera le plus grand bien.
Isabelle relève la tête. Elle s’essuie le visage puis se regarde dans la glace. Elle essaie… mais non, elle n’y arrive pas. Isabelle baisse les yeux, encore une journée de gâchée. Cela ne fera que la quatrième… Isabelle s’apprête à franchir la porte de la salle de bain… quand elle entend quelque chose… un sifflement. Isabelle se retourne, son reflet… Il siffle. Isabelle a du mal à y croire. Pourtant, elle n’a pas encore pris le médicament du soir.
Isabelle est juste en face du petit miroir. Son reflet la regarde. Isabelle le regarde…
Son reflet exprime alors quelque chose… un sourire, un sourire de tout ce qu’il y a de plus chaleureux. Isabelle essaie de nouveau…
Une voiture klaxonne. Isabelle sort et ferme la porte à clé. Elle s’est lavée, maquillée et bien habillée. Une véritable transformation, une véritable résurrection...
Les quatre amies montent le son. Cindy Lauper commence à chanter. Il faut que les filles s’éclatent, elles aussi…
La voiture démarre. Isabelle rit comme jamais.
Mamie lui avait toujours dit : « Souris à la vie. »
Tu es juste devant la porte de ton immeuble. C’est notre quatrième rendez-vous. On se regarde l’un l’autre. Serait-ce enfin le moment ? Celui que j’attends depuis tellement longtemps…
Tu t’approches de moi et me déposes un baiser… sur la joue.
Belle nuit, Robert. A bientôt…
Belle nuit à toi, Clémence. A bientôt…
J’espère encore que tu reviennes vers moi. J’ai tellement envie de toi… Tu ouvres la porte… Et tu m’offres un dernier signe de la main. La porte se referme. Je suis presque anéanti. Après tout, peut-être est-il encore trop tôt ? Pour toi, en tous cas… Je fixe la porte, j’espère encore… Mais non. Ce ne sera pas pour cette nuit. Je fais demi-tour.
Je traverse le quartier Ouest. Je n’aime pas trop y traîner. Mais comme j’ai vraiment envie de rentrer chez moi, je fais l’effort. Je sens que la nuit va être compliquée, une fois de plus. J’ai tellement envie de toi…
A quelques mètres, j’aperçois une femme. Grande, mince, longs cheveux blonds… et habillée d’une certaine façon. L’idée de changer de trottoir me vient à l’esprit. Mais je n’ose pas, j’ai peur de la vexer.
Je passe juste à côté d’elle. Je n’ose pas accélérer. Tout comme je n’ose pas la regarder.
Bonsoir…
Bonsoir, madame.
Je continue mon chemin… mais elle m’attrape doucement le bras.
Pas si vite, jeune homme...
Je me retourne.
Tu n’aurais pas envie de passer un délicieux moment ? Juste toi… et moi.
Je suis profondément désolé, madame. Sans vouloir vous manquer le moindre respect, je ne peux pas. Non, en fait, je ne veux pas.
Pourrais-je en savoir la raison ?
Parce que je suis amoureux, dis-je avec les larmes plein les yeux.
Ah, les homonymies ! toutes les mêmes dirait votre oreille, toutes des menteuses répondrait votre œil. Mais laissons les s’exprimer ici, à l’écrit, en un absurde plaisir et parce que je n’ai, pour l’instant, rien d’autre à faire. A ce stade, un avertissement me semble néanmoins nécessaire : les acrobaties orthographiques peuvent provoquer des malaises. Personnes sensibles s’abstenir !
L’histoire se passe sous le règne d’Absurdius, dans ce pays lointain qu’est la Biscornutie où les uns ne craignent aucune araignée squatteuse de plafond et les autres aucune glissade à côté de leurs pompes.
Or, voici qu’un jour, sur le parvis du palais, en voyant un raplapla ténia, un panda s’écria : « Mais que ce vers est lait ! », donnant à l’intéressé assoiffé toutes les raisons de se plaindre. L’offensé allait se mettre au verre lorsqu’un putois passant par là ajouta : « ce panda a raison, il est lai ce ver ! Puis de faire remarquer qu’il n’avait fait que poétiser ce qu’avait déjà constaté un panda mal luné. Les témoins, eux, ne sûre quand panser (si si).
Un drôle de zèbre qui, lui, avait tout compris, affirma : « C’est pour temps vrai, qu’il est lé ce vert ! », ce que, cette conversation au mètre assurément en noir et blanc, un blaireau approuva : « Oui, ce vert est laie ! ». Assertion aussitôt désapprouvée par un épouvantail fourré de frais, aussi peu mature que vigoureux, voire galant à en croire cette chaire dame sanglier !
Mais voici que l’enfourragé ( ne cherchez pas, ce mot n’existe pas) s’écria à son tour : « Que fait ce vair au saint de ces pers ? » ( On se le demande !) Ce à quoi répondit le bienheureux, en sauvant ses noix bleues d’un funeste destin, : « Dieu ! cacher ce seing que je ne saurais voir ! » Le vair était notaire, c’est clerc !
Compromis, celui-ci dû passer devant la court. Le juge, adepte des cous de ballet, refusa néanmoins de l’envoyer danser au bout d’une corde et, sang souci, le mit à l’amande pour scie sous. Le coupable ne voulu poing payer et, pour cet outrage, se retrouva pillés et points liés (bof !) Les chênes lui entamant la chère, il déclama avec emphase : « Mais que suie-je Vénus fer dans sept galère(…s) ?
Au sain du public, le sein compatit et récita, à l’intention du pauvre erre, un notre paire, avant d’invoquer sa ceinte maire. La foie est ainsi faîte qu’elle ne souffre aucun lit tige (Ceci est moins une homonymie qu’une irrépressible pulsion…)
Le destin du prévenu sellé, le greffier, à cheval sur la procédure, trempa sa plume dans une ancre rouge comme cent de port et acta la cent anse(…s) ! (Hum !)
« Que ce sceau soit mis au poto ( celle-ci est tordue, je vous l’accorde) », hurla un autre seau, « ne voyez-vous pas qu’il vous ballade ? ajouta-t-il un tremolo dans la voie. Cet hêtre est un satire qui ne peut aître sauvé ! » (il ne croix pas si bien dire !)
À ce mot ment (encore !), l’inquisiteur demanda au condamné si le pêcheur avait un dernier veut à exhausser.
« Oui, monsieur le curer, répondit celui-ci, je voudrais, comme mon chaîne préféré, être confit né ( c’est le dernier, promis !) en cerf ».
« En serf ? s’étonna l’oh bla (di oh blada… je sais, j’avais promis ! mais c’est tellement tentant !)
« Oui, Mètre, car je n’ai point de vis et voudrais arriver à bon porc sans finir (c’est vraiment le dernier, juré !) tel un chant en friche, ti !
Le vair clair venait du Nord.
« Qu’il en soie ainsi, toutefois, je ferai dire pour vous un hobbit, hobbit, hobbit.
Le ter du milieu étant le bon ! (Ouille !)
« Cela ne ferret d’ailleurs de mal à personne de l’égoutter ! » sexe clama (cette fois, c’est vraiment la dernière !) le juge enrhumé.
Et ainsi fût fée !
Addenda : L’auteure a définitivement arrêté le café.
Avez-vous déjà emprunté un sentier forestier dans l'obscurité la plus totale ? Si, la journée, les murmures de la forêt peuvent être apaisants, la nuit, ils sont des plus angoissants. Tout s'obscurcit et cette noirceur contamine bientôt votre regard et votre âme. Vous voyez les arbres devenir d'inquiétants géants aux bras interminables. Vous prenez alors conscience de pénétrer dans un royaume inconnu et mystérieux où se tapissent les puissances des ténèbres.
Elle ne voyait pas tout cela et, même si elle avait pu le voir, elle y aurait été indifférente. Elle s'ingéniait plutôt à étouffer sa voix intérieure. La cagoule lui ôtait progressivement tous ses repères. (…)
Pourquoi avait-elle ressenti le besoin de vivre une nouvelle expérience ?
(...)
La cagoule lui fut enfin retirée et elle se frotta les paupières pour habituer ses yeux à la lumière, pourtant faible, du lieu. Le trio s'était arrêté dans une clairière baignée d'une étrange lueur jaunâtre qui ne provenait pas de la lune mais de sept flambeaux plantés autour de la scène. La nouvelle venue se pinça discrètement le bras. Un rire moqueur montait en elle mais elle se garda bien de laisser le moindre son franchir ses lèvres. L'air sévère des sept druides qui la fixaient ne l'invitait nullement à la dérision. Vêtus de longues robes blanches et leur visage à demi dissimulé sous une cagoule, les sept personnages, sortis tout droit d'un monde légendaire, se séparèrent en deux groupes pour lui permettre d'avancer jusqu'à un autel. La jeune femme reconnut un dolmen, composé de trois menhirs, cliché des landes bretonnes. Ce qui était un peu moins stéréotypé concernait l'homme qui y était ligoté...
Âgé d'une cinquantaine d'années, la barbe fournie et les cheveux brillants, le prisonnier gémissait sous son bâillon. Ses vêtements étaient sales, un peu déchirés, et dégageaient une odeur pestilentielle. Dégoûtée mais pas plus étonnée que cela, la femme détourna le regard et découvrit une table en pierre, deux mètres plus loin, qui présentait plusieurs objets insolites. Elle les observa quelques secondes. Puis, brusquement, un gémissement prolongé ramena son attention vers le prisonnier. Au même moment, la chouette repoussa son hululement sinistre. Le piège se refermait. Elle ne pourrait bientôt plus en sortir. C'était maintenant ou jamais. Alors, elle réalisa qu'elle avait compris bien avant de venir ici, et, aussitôt, elle fit son choix.