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ET SI LES VÊTEMENTS N'EN FAISAIENT QU'À LEUR TÊTE ? un texte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

boland photo

 

ET SI LES VÊTEMENTS N'EN FAISAIENT QU'À LEUR TÊTE ?

 

Jessica ouvre la porte de son placard. Elle regarde ses robes alignées de la plus claire à la plus foncée, ses jupes, ses pantalons et ses hauts rangés de la même manière sur deux tringles parallèles. Ce soir, elle est invitée à un dîner d'anniversaire chez son amie Lucie.

 

Jessica est attirée par sa robe blanche en mousseline, elle la sort et l'enfile par-dessus ses sous-vêtements. Ses jambes la démangent. Aussitôt, elle se trémousse et esquisse quelques pas. Le téléphone sonne. Elle décroche. Au bout du fil, son amie Lucie l'avertit que le chauffage central est en panne. Cette robe blanche légère ne convient plus ! Tandis qu'elle la dépose sur son lit, elle se souvient de tangos dansés avec cette robe-là à l'occasion d'un mariage. Elle se sentait belle, si belle dans cette toilette un peu moulante. Elle avait l'impression que le monde lui appartenait.

 

Nouveau coup d'œil dans sa penderie. Elle passe sa robe rouge à manches trois quarts sur laquelle elle peut passer sa veste de velours noire. Elle a le vague à l'âme. C'est la robe de sa rupture avec Patrice… C'est la robe qui a attisé leur violente dispute. Ah cette jalousie de Patrice ! Elle se demande parfois si ce ne sont pas sa blondeur et sa silhouette idéale qui ont contribué à alimenter la jalousie de son fiancé. Elle ôte la robe rouge et la dépose sur le lit à côté de la blanche.

 

Elle enfile sa robe en lainage turquoise. Elle formera, elle aussi, un beau duo avec sa veste de velours. Elle va dans le living écrire la carte d'anniversaire et la placer dans l'enveloppe qui contient déjà les chèques livres qu'elle offrira à Lucie.

 

En regagnant sa chambre, elle entend des éclats de voix.

 

"Tu n'es qu'une allumeuse."

 

"Mais non, j'aime m'amuser. La vie est belle. Il faut en profiter."

 

"Pourquoi ce comportement de bourreau des cœurs ? Pourquoi ?"

 

Elle recule de quelques pas. Elle se met à douter. Et si le trou sur le gilet noir acheté pour l'enterrement de sa grand-mère était dû à la mauvaise humeur du chemisier brodé de perles qu'elle portait lors d'une première dispute avec Patrice ? Et si dans le placard fermé les vêtements témoignaient de leur vécu ?

 

Alors, elle ferme la porte de sa chambre et se promet qu'un de ces jours, elle se débarrassera des fringues susceptibles d'avoir un comportement indésirable…

 

Micheline Boland



Et vous avez dit haïku ! Micheline vous en propose deux !!!!!!!

 

 

Veston étriqué,

Pantalon beaucoup trop grand

Le clown vient à nous !

 

Pour ton amoureux

Même ton cache-poussière

Est robe de bal.

 

(À la manière des haïkus japonais)

 

Micheline Boland

Site : http://homeusers.brutele.be/bolandecrits

Blog : http://micheline-ecrit.blogspot.com

 

M Boland Nouvelles à fleur de peau


 

 

 

 

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Photo de famille, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

delvilletete

 

PHOTO DE FAMILLE

Ils ou elles font partie de votre famille.

Qui sont-ils/elles ? Quel est votre lien de parenté avec eux ? Les souvenirs en commun ?

Écrivez une courte biographie de ces personnes.

La photo tirée au hasard représente un couple et une petite fille dans les années 1980.

 

George, Samantha et leur fille Marylou. Ah, je les connais ces trois-là !

 

Notre rencontre date de 1980. La photo aussi. J'étais parti pour affaire aux États-Unis et lors d'une soirée organisée par l'usine où je travaillais, je suis tombé sur George. Tombé est bien le mot puisqu'un méchant tapis m'a fait trébuché. George m'a rattrapé in extremis et nous avons sympathisé.

 

George est né en 1942 et son père, ancien GI, avait combattu à Bastogne durant l'hiver 1944. Plus George me parlait de son père, plus je pensais à ce beau soldat américain tombé éperdument amoureux de ma tante Marie-Louise : Bob. Que de fois avais-je entendu ce prénom prononcé par ma tante qui semblait en garder un excellent souvenir. Elle tenait précieusement une photo jaunie de ce bel homme dans une petite boîte qui ne quittait jamais sa sacoche et toute la famille murmurait que mon cousin Thomas ressemblait à Bob comme deux gouttes d'eau…

 

Il n'en fallait pas plus pour imaginer des choses : Que Tante Marie avait eu Thomas juste neuf mois après le passage de Bob, libérateur du pays ! Que Thomas ne ressemblait guère à l'oncle Bernard, le mari de Tante Marie-Louise. Que…

 

George avait le même sourire que mon cousin et nous sommes devenus inséparables.

 

Quelques jours avant mon retour en Belgique, George m'a invité à passer une soirée chez lui. C'est là que j'ai fait la connaissance de Samantha, son épouse et de Marylou, leur fille de huit ans.

 

Samantha rêve de visiter l'Europe et nous avons beaucoup parlé d'un prochain voyage qu'ils comptent faire sur le vieux continent.

 

Quant à Marylou, elle ressemble étrangement à Géraldine, la fille de mon cousin Thomas !

 

Mais peut-être n'est-ce qu'une coïncidence…

 

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

 

Couverture Louis dernière version copie

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Premier chapitre "les rendez-vous de Marissa" de Claude Danze, partie 3

Publié le par christine brunet /aloys

http://www.bandbsa.be/contes2/danze3.jpg

 

Louxor: le complot III 

 

 

Cinq heures moins le quart. Le muezzin de la rive ouest reprenait du service sans demander l’avis de personne, accompagné bientôt par les deux autres occupants des minarets voisins. Nick se réveilla, comme tous les matins. Il remarqua Marissa, la couverture venue de nulle part (sacrée Saadia !), ses courbatures qui s’installaient.

 

Il caressa les cheveux de Marissa, qui se réveilla vaguement.

 

« On va s’coucher ?

Mmm… »

 

Il l’emmena dans sa chambre et la mit littéralement au lit. Il la couvrit, se dirigea vers son propre logement.

 

« Hey, where do you think you are going to?

Ben, je vais m’coucher.

Salopard, tu m’abandonnes déjà? Viens ici, tout de suite!

Hé, on n’est même pas encore ensemble et tu me tyrannises déjà ?

Pas encore ensemble !? T’en veux, des baffes ?

Bon, ça va, fit-il, hilare.

Tu vas quand même pas prétendre que tu veux pas passer la nuit avec la plus jolie femme que tu connais !?

Ça t’monte à la tête, on dirait… »

 

Il se laissa entraîner, se coucha près d’elle, gardant une dernière distance. Elle vint contre lui, dans le lit un peu étroit. Il l’entoura timidement de ses bras, elle se blottit contre son épaule, se rendormit presque aussitôt.

 

L’autre avait mis fin à ses psalmodies nocturnes, Nick savourait chaque seconde… Il n’entendit ni les étourneaux de six heures ni les tourterelles de six heures et demie… Ni même le muezzin qui remettait le couvert à sept heures…

 

Dans le couloir, des bruits de pas, des murmures, des « chut ! » plus sonores que le silence qu’ils voulaient imposer. De vagues bruits de vaisselle, de table que l’on dresse. Nick ouvrit les yeux, les referma aussitôt pour ne pas rompre le charme…

 

Marissa était bien là, toujours endormie. Il lui déposa un baiser sur le front à la limite des cheveux et respira profondément son parfum. S’y décelait une odeur de fleurs des champs, de roses, peut-être… Marissa se réveillait, s’étendait de tout son long, remarquait enfin l’inhabituelle présence… d’un homme dans le lit trop étroit.

 

Ils restèrent ainsi de longues minutes, savourant leur bonheur tout neuf.

 

« On se lève ? fit-il.

Mmm, j’ai faim, répondit Marissa. Mais qu’est-ce qu’on sent ?

Je sais pas, une odeur de fleurs du jardin, sans doute… »

 

Ils s’assirent côte à côte sur le bord du lit. Il se dirigea vers la fenêtre, ouvrit les tentures. Le lit et le sol étaient couverts de pétales de roses, jaunes et rouges, et un bouquet de fleurs sauvages ornait la petite table. Sacrée Saadia...

 

Marissa enfila son sweater rayé par-dessus le T-shirt qui lui avait servi de pyjama. Nick enfila son short, rajusta sa chemise, la boutonna à peu près correctement.

 

Elle ouvrit la porte et vit que le chemin de roses continuait dans le couloir, jusqu’à ... Elle prit Nick par la main, l’entraîna à la découverte du merveilleux secret des pétales répandus.

 

Saadia dirigeait la manœuvre… Ce vieux gamin de Belaid finissait de dresser une belle table pour le petit-déjeuner. Clare et Julie-Ann, Logan et Michael, chuchotaient en pouffant d’égrillardes plaisanteries. Ramadan arrivait dans l’escalier d’un air fendard, précédé de Yasmina et Salah, les petits-enfants de Saadia et Belaid, impatients et malicieux.

 

Quand Nick et Marissa arrivèrent dans la pièce, Saadia et Yasmina déclenchèrent les youyous, rythmés par les autres qui frappaient dans les mains.

 

Marissa, les mains sur les hanches, regarda les comploteurs d’un faux air de reproche, se mit à les poursuivre en rond dans la pièce. Ils s’enfuyaient, riaient. Ce fut l’embrassade générale. Seul Nick restait en retrait, les yeux humides. Quand Marissa vint pour l’associer à la joyeuse farandole, il l’attira à lui et se cacha le visage dans ses cheveux…

 

Les joyeux Irlandais les entourèrent de leurs bras, les filles s’embrassaient en se passant des kleenex, les hommes se donnaient de grandes claques dans le dos, riaient pour ne pas pleurer à leur tour. Le couple d’intendants restait en retrait, avec les enfants. Nick embrassa Saadia, comme une mère, Marissa serra dans ses bras un Belaid intimidé, qui ne savait plus quoi faire de ses mains.

 

Ramadan, déjà en retard, partait en courant. Les quatre Irlandais disparaissaient mystérieusement. Belaid descendait préparer sa felouque. Saadia et les enfants regagnaient le rez-de-chaussée.

 

Et le muezzin d’en face repassait les plats…

 

 

Les rendez-vous de Marissa

Chapitre 1/3

 

claude-danze.over-blog.fr

 

http://www.bandbsa.be/contes2/rvmarissa.jpg

 

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Jean Destree nous propose... la première page de "Dieu m'a raconté", un récit inédit !

Publié le par christine brunet /aloys

 http://www.bandbsa.be/contes3/destreejean.jpg    

 

 

 

 Je ne sais toujours pas comment c'est arrivé. Les choses les plus bizarres et les plus farfelues vous tombent dessus brutalement, comme les collisions de voitures ou le coup de tonnerre. Je travaillais à mon bureau quand je fus distrait par quelqu'un qui me parlait. D'abord, je ne pris guère attention car, autant vous le dire, il est difficile de me distraire quand je travaille. Ma femme me le reproche d'ailleurs trop souvent. Donc une voix m'interpella.

 

- Hé! Tu m'entends?

- Quoi encore?

- Hé! Ne fais pas semblant de faire le sourd! Tu sais qui je suis?

- Non, et ça ne m'intéresse pas.

- Je vais te le dire quand même: c'est moi, Dieu!

- Allez, arrêtez de donner les coups de bâton à la lune! Je ne suis pas d'humeur à rire.

- Mais tu as très bien compris, c'est moi, Dieu.

- Taisez-vous donc et laissez-moi travailler en paix. J'ai six cours à préparer pour demain.

- Ô homme de peu de foi! Vous êtes bien tous pareils, des Saints-Thomas à qui il faut mettre les points sur les "i" pour leur faire accepter la vérité.

- Bon! Admettons que vous êtes ce que vous prétendez être. Qu'est-ce que cela va changer? Vous  n'empêcherez pas la terre de tourner.

- Bien sûr que non. Je ne vais tout de même pas faire d'exception aux lois de l'Univers que j'ai moi-même mijotées et mises en route.

- Ça, c'est vous qui le dites.

- Je ne suis pas le seul à le dire. D'ailleurs, on a beaucoup écrit sur moi et sur ce que j'aurais fait au cours de mon éternité.

- Ça ne prouve rien. Les bouquins, ça se laisse écrire. On fait beaucoup de dégâts avec les livres.

- Tu as raison. Les hommes sont dangereux avec leurs inventions.

- Vous pouvez en parler, des hommes, c'est vous qui les avez créés. Laissez-moi vous dire une chose: si ce qu'on dit est vrai, que vous avez créé l'homme à votre image, vous ne devez pas être très fier de vous, comme le disait Robert Escarpit.

- Halte-là! Je proteste! Ça n'est pas vrai! Je n'ai pas créé l'homme, je proteste, c'est une supercherie. Ce serait plutôt le contraire.

- Ah bon! Première nouvelle! C'est bien la meilleure vous n'auriez pas créé l'homme.

- Bien sûr que non!

 

     Je sens que la conversation va tourner au vinaigre et je n'ai pas l'intention de polémiquer avec un fantôme. C'est vrai, enfin. Je suis en plein travail et soudainement, "on" m'interrompt pour me dire qu'"on" est dieu et qu'"on" n'a pas créé l'homme. Mais l'autre continue de plus belle.

 

- Tu peux me croire, je n'ai rien à voir avec ces légendes de la création du monde. Je n'ai rien fait de tout cela.

- Mais alors, les bouquins sont faux? Notez que je ne crois pas à toutes ces balivernes. Mais si tout cela n'est que supercheries, vous allez créer le chaos dans la civilisation occidentale. Quel bordel! Avec tout ce qu'il y a déjà de catastrophes, si vous vous y mettez, vous aussi, qu'est-ce qui nous attend, la bombe atomique, comme à Hiroshima? Allons allons! Soyons sérieux!

- Mais je suis tout ce qu'il y a de plus sérieux. Attends que je t'explique. C'est l'homme qui a inventé les dieux pour conjurer ses peurs et justifier ses conneries. Quand quelque chose va mal, on me le met sur le dos. J'en ai marre à la fin d'être le bouc émissaire de toutes les bêtises que l'homme a commises depuis qu'il est sur la terre et souvent en mon nom.

 

  Je commence réellement à m'impatienter car l'individu insiste. On dirait qu'il le fait exprès de me sortir de telles sottises auxquelles je ne crois pas plus qu'à l'existence de dieu.

 

 

Jean Destrée

Dieu m'a raconté 

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"Coûter la peau des fesses", un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

"COÛTER LA PEAU DES FESSES"

Origine historique de l'expression…

 

Éphèse une ville turque célèbre pour son site archéologique extraordinaire. Dans l'antiquité, Éphèse était un port actif sur la Mer Égée.

 

Mais l'ensablement provoqué par les sédiments charriés par le fleuve Caystre a fait reculer la côte vers l'ouest si bien qu'aujourd'hui, la ville se situe à près de sept kilomètres à l'intérieur des terres.

 

Éphèse était une ville riche, de nombreux marchands y faisaient le commerce des épices, du bois précieux et surtout des fourrures. De nos jours, on voit encore quelques montreurs d'ours descendre des montagnes toutes proches avec leur animal pour ravir les touristes.

 

La qualité des peaux vendues faisait la richesse des négociants d'Éphèse et de ses environs. Les navires affrétés par les Tatars venant du nord de la Mer Noire repartaient d'Éphèse chargés de mille et un produits qui ont fait la richesse de toute la région.

 

Peu à peu, l'ensablement du port empêcha le commerce avec les grands voiliers. Au fur et à mesure de cet ensablement, Éphèse perdit petit à petit sa prépondérance et se contenta de rester une ville moyenne. Le commerce périclitait, les riches marchands sont partis vers des lieux plus prospères.

 

Les négociants en fourrure tentèrent bien de résister mais ils ont été obligés d'augmenter le prix de leurs marchandises pour tenir le coup.

 

Dans toute la région, on commença à raconter que les peaux d'ours et d'autres animaux étaient bien plus onéreuses à Éphèse qu'en d'autres endroits. Partout, on parlait des peaux d'Éphèse comme d'un produit coûteux.

 

De nos jours encore, quand on vous dit que quelque chose coûte la peau des fesses cela fait référence à ces fameuses peaux qui ont fait la réputation de cette ville d'Éphèse, joyau de l'antiquité.

 

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

Couverture Louis dernière version copie

 

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Faut-il croire aux hallucinations ? un texte d'Hugues Draye

Publié le par christine brunet /aloys

 

H.draye

 

Faut-il croire aux hallucinations ?
 
hier, je réintègre le boulot, après quelques jours de relâche
 
évidemment, nous étions le 26 décembre, nous étions lundi, et y avait ... pas mal de pain sur la planche (on s'en s'rait doutés)
 
en tant que facteur, tout le monde le sait, on circule, pour distribuer notre courrier, avec un caddy ... qui, lui-même, se compose de trois étages qu'on appelle des "refeelbacks" ... chaque facteur dispose, pour travailler, de quatre à cinq "refeelbacks" qui lui servent aussi de surcharges et grâce auxquels il dépose, à l'intérieur, une partie du courrier qu'un chauffeur déposera, en cours de route, sur les lieux de la tournée où le facteur officie ...
 
or, il se fait ...
 
que, chaque fois que je réintègre le boulot, toutes les six semaines (j'ai un 4/5ème temps, donc toutes les cinq semaines, je m'accorde une relâche), le lundi, je ne retrouve plus mes quatre ou cinq "refeelbacks" de réserve ... soit, le facteur qui m'a remplacé les a laissés quelque part sur ma tournée, en comptant sur le chauffeur (de la même tournée) qui les reprendra en temps voulu ... soit, le facteur qui m'a remplacé les a repris à son compte, lorsqu'il remplace un autre facteur ... allez-vous en savoir ...
 
ce qui implique que ...
 
chaque fois que je reviens, je dois passer dix minutes à tenter de récupérer des "refeelbacks" ... quand je tombe sur un chef et que le signale, il me dit "je vais m'en occuper", mais du fait que ce chef est souvent occupé lui aussi (et qu'il a plsu d'un chat à fouetter), il met un certain temps à répondre à ma demande (parfois, il n'a même pas le temps de m'y répondre) ...
 
bref, bref ...
 
j'avais pris la résolution, avant de partir en congé, de descendre à l'entresol, où, dans le vestiaire, j'ai une armoire (comme la plupart de mes collègues) ... j'y avais planqué quatre ou cinq "refeelbacks" ... dans le but de les retrouver, à mon retour
 
et il se fait que, hier ...
 
je redescends à l'entresol ... j'ouvre à mon armoire ... et les cinq "refeelbacks" ont disparu
 
je le signale à trois chefs, qui me disent, chacun leur tour : "c'est pas normal, tu es le seul à avoir une clé de l'armoire"
 
tout me passe par la tête ... je me suis peut-être trompé d'armoire ... je retourne à l'entresol ... j'essaie trois ou quatre armoires voisines, avec la clé ... rien n'y fait, bien sûr ... je réouvre mon armoire ... je ne tombe toujours sur aucun "refeelback"
 
que faut-il penser ?
 
un chef avait-il une seconde clé et est-il allé ouvrir l'armoire en mon absence, se doutant (vu que le remplaçant manquait de "refeelbacks" et qu'il l'avait signalé) que moi, le facteur, je l'avais planqué dans l'armoire ?
 
un autre facteur est-il allé forcer la porte ?
 
un magicien est-il passé par là ?

 

 

Hugues Draye

huguesdraye.over-blog.com

 

 

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La mort de Thérèse, Maurice Stencel

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes3/stenceltete.jpg

 

La mort de Thérèse.

 

 

Mon père est mort sans savoir que ma femme était morte depuis plus de six mois, que les nouvelles que je lui donnais à son sujet était fausses. Lorsqu'il croisait l'infirmière dans le salon, il me disait:

- Durant quelques minutes, je ne l'ai pas reconnue.

- Elle a changé, comme nous tous. C'est l'âge.

- C'est l'âge, oui.

Il retournait se mettre au lit. L'infirmière pouvait faire sa toilette et lui donner ses médicaments. La plupart ne servaient à rien mais durant des années il avait eu chez lui, sur une console, devant le poste de télévision, une grande variété de flacons dont il avalait le contenu, liquides ou pilules, dans un ordre déterminé, et selon un horaire précis. Il n’avait plus pour longtemps à vivre, le médecin me l'avait laissé entendre. Si l'infirmière avait cessé de lui en donner, il en aurait été profondément perturbé.

Il avait commencé à déraisonner d'une manière étrange, mais est-ce qu'il en est qui ne le sont pas? Une nuit, il avait ouvert la fenêtre de sa chambre, et il avait crié qu'il ne se rendrait pas.

- Vous ne m'aurez pas, jamais!

C'est un de ses voisins qui m'avait téléphoné le lendemain matin. J'ai persuadé mon père de venir vivre

chez moi. Après quelques jours, il avait retrouvé sa sérénité, et j'ai eu le sentiment qu'il était heureux.

A midi, nous nous attablions dans la cuisine pour manger. Souvent, lorsqu'il était en face moi, il me regardait attentivement, et il secouait la tête.

- Quel âge as-tu? Laisse-moi deviner. Tu as déjà quarante ans. Est-ce que Thérèse va venir nous rejoindre?

- J'ai cinquante cinq ans, papa. Thérèse n'est pas là.

La scène se répétait régulièrement mais je m'efforçais de ne pas m'énerver. Ensuite, c'était pareil à chaque fois, il me racontait en détail des évènements survenus durant sa jeunesse en accordant autant d'importance à des vétilles qu'à des incidents qui avaient marqué sa vie. Tous les vieillards atteints de la même affection agissent ainsi, m'a-t-on dit. C'est le début de la sénilité. Est-ce que moi aussi, je finirai comme lui?

Parfois, par contre, il me faisait des reproches avec animosité. Il me reprochait d'avoir été un mauvais fils, de ne l'avoir jamais aimé. Je lui répondais avec véhémence jusqu'à ce que je me souvienne qu'il était malade.

- Oui papa, tu as raison.

Thérèse était morte depuis six mois. Je le lui avais annoncé par téléphone le jour de son décès, et il avait pleuré. A l'époque, il était encore chez lui, et je lui téléphonais tous les jours.

Mon père était veuf depuis vingt ans. Il vivait seul. J'étais sa principale distraction. J'ai compris que sa

santé mentale se dégradait lorsqu'il m'avait demandé des nouvelles de Thérèse quelques jours après que je lui avais annoncé qu'elle était morte. A chaque fois que je l'appelais, il me disait:

- Oui, je me souviens bien d'elle. Comment va-t-elle?

Si bien que je répondais qu'elle allait bien.

- Comme d'habitude.

Et il arrivait que je lui donne des détails quant à ce qu'elle avait fait ou ce qu'elle avait dit. Il m'arrivait de penser que ce n'était pas seulement à lui que je m'adressais. Je n'inventais pas ce que je lui disais. Les faits que je lui relatais, et à moi aussi par conséquent, étaient réels. Ils s'étaient produits lorsqu'elle vivait encore.

Thérèse aussi avait perdu la raison avant de mourir. Cela s'était fait lentement. Au début, elle s'obstinait sur des détails sans intérêt, je le lui disais, et nous finissions par nous disputer. Un jour cependant, à un carrefour, alors que nous nous apprêtions à traverser parce que les feux étaient passés au vert, elle m'a retenu par le bras.

- Il y a quelque chose?

- Non. Mais où va-t-on?

- Voyons, Thérèse, ne me dis pas que tu as oublié. Nous allons chez le chausseur. En face.

Elle s'est accrochée plus fort à mon bras.

- Je veux rentrer.

Elle a répété: je veux rentrer, et j'ai vu son regard vaciller.

Désormais une zone d'ombre s'était installée entre nous. C'est ainsi que je définissais nos silences, et nos regards qui se fuyaient. Je me disais: il faut que nous nous parlions sinon notre couple va se défaire, rongé par notre peur de parler, et d'autant plus vite que, par amour, nous avons peur de nous blesser.

Mais le comportement de Thérèse s'est modifié Ce n'était pas de la distraction, c'était plus que cela. Quelque chose d'indéfinissable. Par exemple, elle qui était d'une minutie quasi rituelle, elle mettait les couverts dans un ordre parfait mais elle oubliait de cuire le repas. Elle devenait imprévisible dans les actes les plus simples.

Je le lui faisais remarquer en riant comme s'il s'agissait d'une plaisanterie, et elle riait avec moi.

Un jour, je suis rentré du bureau au début de l'après-midi, Thérèse était en pyjama, et elle s'est serrée contre moi.

- Fais-moi l'amour.

Jamais, elle ne s'était conduite de cette manière. Elle dont il m'arrivait de regretter qu'elle soit si pudique, elle avait eu des gestes qui m'avaient surpris et exaltés tout à la fois. C'est elle qui nous avait conduits jusqu'à la jouissance.

Je rentrais du bureau de plus en plus tôt pour des retrouvailles dont il faut bien reconnaitre qu'elles étaient d'abord sexuelles. Et d'autant plus excitantes qu'elles n'attendaient plus la nuit des époux routiniers pour s'exprimer.

C'était une période étrange. Un jour, j'ai acheté en même temps que mon quotidien, une revue pornographique. Nous l'avons feuilletée côte à côte. Jamais, je n'ai ressenti avec autant de vigueur à quel point, Thérèse était à la fois ma femme et ma propriété. A la pensée qu'elle pourrait accueillir un autre homme dans son lit, la rage me soulevait la poitrine. J'avais envie de la tuer.

La plupart du temps, c'est elle qui décidait du jour et de l'heure où nous faisions l'amour. On eut dit, tant elle y mettait d'invention, qu'à chaque fois elle se livrait à une expérience. J'avais le sentiment de devenir un objet sexuel qu'elle découvrait avec surprise.

- Thérèse, tu ne penses pas.…

Je ne savais pas comment le dire, et elle, elle me regardait comme si j'étais un étranger qui s'efforçait de lui faire des propositions inconvenantes.

Un jour, alors qu'à moitié nue elle m'avait poussé sur le lit mais qu'elle s'était refusée à moi au moment où je m'étendais sur elle, je me suis écartée en l'insultant.

- Tu agis comme une pute. Ou comme une folle, et moi, j'en ai assez.

Elle s'est mise à pleurer.

Je crois que je l'ai violée ce jour-là, et c'est elle qui ne voulait plus que je m'écarte.

Durant la nuit, j'ai à peine pu dormir, je me répétais: elle est malade, elle est malade, il faut l'obliger à consulter un médecin. En même temps, je me demandais pourquoi ?

Je me persuadais que son comportement était identique à celui que j'avais connu durant de nombreuses années. Un peu de distraction, des mots qu'on oublie, des propos curieux qui sont comme la marque d'un esprit original. Sinon que les moments d'absence, s'ils n'étaient pas très longs, étaient plus nombreux.

Je me disais qu'un peu d'organisation, un peu de vigilance de ma part, l'amour que je luis portais, aboutiraient à rendre notre vie aussi naturelle que possible. Je me disais que chez de nombreux couples, ce qui me paraissait hors de la normalité convenue était le lot quotidien depuis toujours, et n'étonnait personne. Ou faisait leur charme.

La nuit, ou dès que j'avais envie d'elle, ce n'était pas nécessairement la nuit, nous nous livrions à ce que j'aurais appelé, il y a peu de temps encore et avec envie probablement, des débordements sexuels. Si elle s'y refusa d'abord, c'est elle ensuite qui avait les gestes et les exigences qu'on espère parfois de sa maîtresse. Je n'avais qu'à commander, et elle obéissait.

 

 

 

Il m'arrivait de le ressentir lorsque j'étais au bureau, et c'est comme un jeune époux surpris de sa propre exaltation que je rentrais chez moi.

Une nouvelle vie s'offrait à nous. Je ne pouvais plus me passer de Thérèse. Il n'y a pas si longtemps, je me demandais si la routine n'était pas en train de ronger

notre union, et s'il ne valait pas mieux dès lors songer à refaire ma vie avec une autre.

Aujourd'hui, je comprends le sens de ces mots qui me faisaient sourire: je l'ai dans la peau.

Thérèse est morte sans s'en rendre compte. Elle a eu un léger soubresaut, puis elle s'est raidie. Durant des jours entiers, je ne suis pas sorti de chez moi. J'étais prostré et je pleurais. J'espérais que si je m'efforçais de pleurer et de rester sans bouger, moi aussi je deviendrais fou

Le soir, je téléphonais à mon père qui était veuf et seul depuis vingt ans. Je ne pense pas qu'il ait eu une maitresse de tout son veuvage. Est-ce qu'il aimait sa femme à ce point.

Lorsque le voisin de mon père m'a appelé pour me dire que mon père perdait la raison, j'en ai été heureux. Chez moi, désormais, chacun d'entre nous poursuivait le monologue qui lui tenait à cœur sans que l'autre n'en soit surpris. Nous nous parlions, et comme dans la vie réelle sans doute, mais sans hypocrisie ou faux semblant, il n'était pas nécessaire de nous écouter. Il parlait de lui, de sa femme, je ne suis pas sûr qu'il avait conscience qu’elle avait été ma mère.

Il la dépeignait avec amour, souvent il répétait qu'elle était belle. Ou bien il m'interrogeait sur Thérèse, et Thérèse avait la vie que je lui inventais au travers de mes réponses. Etait-ce de l'invention?

Quant aux nuits, elles étaient consacrées aux tortures que je m'infligeais jusqu'à l'apaisement de mon corps.

Et qui reprenaient jusqu'à ce que je sombre dans le sommeil.

Thérèse était née le 14 septembre. Le jour de son anniversaire, j’ai débouché une bouteille de champagne et j'ai demandé à mon père s'il voulait que je l'aide à se lever. Son regard était plus vif qu'à l'habitude.

- Est-ce que Thérèse est là?

- Thérèse est morte, papa.

- J'ai quelque chose à lui dire.

Mon père dépérissait. Je savais qu'il n'avait plus longtemps à vivre. Je ne sais pas si j'appréhendais sa mort ou si je la souhaitais. Je ne comprenais pas qu'un vieillard puisse vivre plus longtemps qu'un être jeune qui est censé avoir une longue vie devant lui pour accomplir, plus tard sans doute, ce qu'il n'avait pas eu le temps d'accomplir durant sa jeunesse. En réalité, je lui reprochais la mort de Thérèse qu'il aurait pu échanger contre la sienne.

- Thérèse est morte, papa. Tu entends, elle est morte.

J'ai répété:

- Elle est morte, morte.

J'ai dû le faire entrer à l'hôpital où, m'a-t-on dit, il attendrait sans souffrir la fin qui était proche. Il disposait d'une chambre pour lui seul, et une infirmière le veillait constamment. C'était une jeune femme attentive, et d'une santé triomphante.

Ce soir-là, le médecin m'avait fait savoir que mon père ne passerait probablement pas la nuit, et j'ai décidé de veiller à ses côtés. Je lui serrais le poignet pour lui

transmettre les flux de ma propre vie, et J'avais la sensation qu'il en avait conscience.

- C'est la fin.

L'infirmière était penchée au dessus de lui. A travers sa blouse de nylon, je distinguais son corps. Je ne sais pas si c'était l'atmosphère de cette chambre, la lumière mate qui venait du mur et marquait d'ombres nos visages, l'odeur de désinfectant, et la présence de ce cadavre qui avait été mon père, mais je voyais sa lourde poitrine à peine dissimulée par un mince soutien, ses cuisses pleines et serrées, et j'avais envie de la toucher. Elle m'a regardé un moment, peut-être qu'elle attendait quelque chose, j'ai pensé à Thérèse, puis elle s'est écartée en disant:

-Il est mort.

 

 

Maurice Stencel

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Un texte de Bob Boutique : écrire pour ne rien dire

Publié le par christine brunet /aloys

 

 bobclin

Ecrire pour ne rien dire…

 

Faut pas croire ! Ecrire pour ne rien dire, mais alors là… rien du tout, n’est pas à la portée du premier venu. Bon, c’est vrai qu’écrire des lettres comme ça au hasard, a, e, p,  x… ce n’est pas « dire » puisqu’on ne les prononce pas !

 

A voir. Quand on tapote sur son clavier, on parle en même temps dans sa tête, donc on ‘dit’, même si c’est à voix basse. J’ai fait l’essai. Impossible d’écrire n’importe quoi sans le prononcer en même temps.

 

Ou alors, on ferme les yeux et on tape au hasard… fgkejgogjsof… là je n’ai rien dit. Exact. J’ai vu en pensée mes doigts sautiller sur le clavier mais sans songer à quoi que ce soit.

 

Mais !

 

Peut-on appeler ça écrire ?

 

Surement pas. Ecrire c’est aligner des lettres qui créent des mots, qui eux-mêmes forment des phrases et même si cela ne veut rien dire pour le lecteur néophyte, cela aura toujours une signification cachée. Car ces mots viennent du subconscient et traduisent une émotion, un état de fait, une impression…

 

Prenons un exemple : j’écris au hasard… « bite », « couille », « vagin », « nichon », « téton » , « cul »… je suis certain qu’ un psy y trouvera sans problème de quoi épiloguer et décrètera avec raison que  j’ai dit quelque chose sans m’en rendre compte.

 

Ne me demandez pas quoi. J’ai bien une petite idée ( et vous aussi sans doute ) mais seul un psy le saura, médicalement parlant , et comme il n’est pas là…  D’autant moins que je n’ai pas de psy, ce que certains trouveront peut-être inquiétant ?

 

J’ai bien eu un confesseur ( il  y a très très longtemps ) mais c’était sans intérêt car je pouvais lui avouer n’importe quoi, que je m’étais masturbé, que j’avais volé un chocolat dans le tiroir de mon copain  de pension ou que j’avais eu des relations sexuelles avec ma mère, il me condamnait invariablement à deux ave et trois pater !

 

Hé là, est-ce que je viens de dire quelque chose ?

 

A mon avis oui. J’ai donc raté mon expérience : écrire une page complète sans rien dire.

 

Je suis nul.

 

Je m’en veux, pouvez pas savoir.

 

Comme je suis un écrivain raté, incapable dire des choses intéressantes, je m’étais dit comme ça… que je pourrais peut-être au moins réussir à écrire une page complète pour ne rien dire et là… me démarquer de la piétaille des bons auteurs, grands ou petits (en général les femmes sont un peu plus petites).

 

Même là…

 

Bon, je vais me lancer dans la poésie. Ca me fera les pieds !

 

 

Bob Boutique

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Premier chapitre "les rendez-vous de Marissa" de Claude Danze, partie 2

Publié le par christine brunet /aloys

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Louxor : le complot II

 

 

 

Vint la nuit.

 

Au dîner maussade, Marissa ne parut pas, malgré l’insistance de Saadia, qui d’autorité avait par ailleurs renvoyé Nic à son assiette dès sa première tentative d’intervention. Il regarda Belaid d’un air interrogateur, les sourcils et les mains en points d’interrogation, comme les Arabes. Après le repas silencieux, le couple d’intendants regagna son appartement du rez-de-chaussée et Nick le salon. Il écarta le rideau. Les calèches surchargées ramenaient les derniers touristes, les amateurs de foot rentraient leurs chaises et leur TV, les joueurs de dominos pliaient bagage, les commerçants fermaient les uns après les autres.

 

Vint le calme de la nuit.

 

Un dernier bateau de croisière, moteur et sirène, troubla le silence, loin au milieu du fleuve. Nick tournait en rond. Il ne s’était plus préoccupé de quiconque depuis sa sortie du coma, après son accident d’avion, bien des années auparavant.

 

Il convoyait de Shannon à Ostende un Cessna Skyhawk privé, dont le pilote était tombé gravement malade en Irlande. Il était en finale quand un vieux cargo africain était passé au-dessus de lui malgré les injonctions de la tour et lui avait coupé la route pour se poser devant son nez. Au touch down, le Cessna, pris dans les turbulences du DC-8, s’écrasa sur le dos, dans un fracas d’étincelles et de métal déchiré. L’appareil n’avait pas pris feu. L’habitacle avait résisté au choc.

 

Nick fut extrait des débris avec un bel hématome sous-dural qui le laissa dans le coma pendant près de deux ans. A son réveil, il était paralysé des jambes et sa femme était rentrée en France depuis des mois sans donner d’adresse ni de nouvelles. Atterrissage en catastrophe sur la piste 26 de la vie, pensait-il quelquefois.

 

Quand il eut récupéré, la Flying, pour laquelle il travaillait déjà, ne l’avait pas licencié. On lui avait fabriqué sur mesure ce poste à Louxor, parce qu’il adorait l’Egypte et qu’il ne voulait pas rester à ne rien faire. Il avait la responsabilité de la Pilot’s Villa de Louxor.

 

En traversant le palier, il faillit frapper à la porte de Marissa mais se ravisa, alla se coucher. Il l’aimait bien, cette gamine, d’habitude si complice avec lui. Qu’est-ce qu’ils avaient déjà pu rigoler, avec les autres membres d’équipage, avec Saadia et Belaid… Mais aussi à eux deux, quand les autres préféraient le Sheraton et sa piscine à l’ambiance familiale de la Villa.

 

Il dormit un peu mais l’image de Marissa pleurant s’imposait à lui. Il se leva, passa un short et une chemise et gratta à la porte de la jeune femme, suffisamment fort pour qu’elle l’entende, suffisamment doucement pour la laisser dormir au cas où…

 

Il n’y tint plus, ouvrit la porte. Elle n’était pas dans son lit. Il la devina en contre-jour, assise par terre, contre le mur, le menton sur les genoux entourés de ses bras.

 

Il s’accroupit près d’elle, lui toucha le bras.

 

« Marissa ?

Mmm…

Tu as froid, ma belle. Mets-toi au lit. Enfile au moins quelque chose de chaud … » 

 

Il lui prit les deux mains, glacées, l’aida à se relever. Il prit un sweater au passage, le lui jeta sur les épaules, lui passa un bras derrière le dos. Elle acheva le mouvement, vint se blottir contre lui, comme un chaton. Ils restèrent un moment silencieux. Il l’emmena vers le divan du salon. Elle ne résista pas, ne dit rien, se serra contre lui de plus belle… Elle vivait peut-être là les cinq plus belles minutes de sa vie.

 

« Vas-y, je t’écoute, ma grande…

Voilà… D’abord, t’arrête de m’appeler « ma grande ». Je suis pas ta fille, et de toute façon, je suis plus petite que toi. »

 

Il craquait une fois de plus pour son français aux négations incomplètes et son accent, à peine plus marqué que celui de Jodie Foster.

 

« Puis, y’a un truc que tu dois savoir… Je voulais pas venir à la Villa ce week-end.

Pourquoi ? T’es pas bien ici avec nous ?

Non ! C’est les autres qui m’ont fait venir quand même, j’avais plus la force de discuter. En fait, quand j’ai commencé à venir, il y a deux ans, je t’ai aimé presque tout de suite...

Non mais, tu m’as vu ? J’ai tantôt vingt-cinq ans de plus que toi… Je suis plutôt déglingué et je pourrais être ton père.

T’arrête avec ça ! T’es pas mon père, t’es pas mon frère. Je t’aime, imbécile…

C’est pour ça que je voulais pas venir, plus jamais, en fait. J’en peux plus que tu sois gentil. Tu es l’homme que j’aime et tu me vois pas. En fait, tu me vois pour la première fois ce soir. Enfin, c’est pas parce qu’il fait noir. Je me comprends…

Heureusement…

Qu’est-ce que tu comptes faire ?

Allumer la lumière et te regarder…

Non ! je suis sûrement moche. J’ai les yeux tout gonflés et une tête pas possible.

Faut savoir ce que tu veux. »

 

Il alluma la lampe sur la table basse.

 

« Allons, écarte les mains et laisse-moi te regarder.

Et qu’est-ce que tu vois ?

Une fille sympa… Bon, elle a peut-être un peu forcé sur les larmes, mais ça va.

Salopard, dit-elle, en le bourrant du coude dans les côtes. Oh, excuse-moi, je t’ai pas fait mal ?

Mais non. Je peux encore supporter ça… Je vois une des filles les plus adorables que je connaisse.

Ah… Et t’en connais beaucoup ?

… Hem, je corrige : je vois la femme la plus adorable que j’ai jamais rencontrée !

Et c’est déjà tout ? »

 

Il l’attira à lui et elle se laissa embrasser sur le coin de la bouche. Elle lui rendit son baiser sur la joue, se ravisa, l’embrassa longuement. Elle vint plus près de lui, il la serra un peu plus fort. Ils savourèrent le silence…

 

On peut ne pas le croire : ils s’endormirent…

 

 

Saadia, toujours vigilante, monta vers minuit, les trouva endormis, enlacés. Le patron, il allait avoir mal au dos au matin. Elle prit une couverture : à Louxor, les nuits sont froides, parfois, l’hiver. Elle alla se recoucher en souriant déjà de la tournure des événements.

 

« Ça marche, » fit-elle à Belaid…

 

 

Les rendez-vous de Marissa

Chapitre 1/2

 

claude-danze.over-blog.fr

 

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Le calendrier, un texte de Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

delvilletete

 

CALENDRIER

Votre univers sur une année : de la neige en janvier aux roses de Noël en décembre.

Et que ça recommence, mais jamais tout à fait pareil.

Quelques impressions fortes, de mois en mois, de saisons en saisons.

 

"Encore une de vite passée !", tel est en général la phrase que l'on entend après le traditionnel "bonne année et bonne santé !"

 

Eh oui, les jours passent, les mois passent et les années aussi.

 

- Tenez, je me souviens comme si c'était hier de ce mois de janvier 1960, les grandes grèves, l'Athénée de Liège fermé et les manifestants dans les rues.

 

- Février ne me laisse jamais trop de souvenir. Il est trop court ce petit mois ! C'est vrai que tous les quatre ans, il essaie de grandir mais cela ne fonctionne pas ! Pourtant février 1980 a compté pour moi, j'étais aux États-Unis pour mon travail et j'ai pu admirer l'efficacité du déneigement américain.

 

- Mars, mois du printemps et du renouveau. Les jardins se réveillent et on commence à penser aux vacances.

 

- Avril 2006, une grande fête pour un grand anniversaire. Quelques jours de bonheur et de joie en bonne compagnie. Ou avril 1958 et l'Expo de Bruxelles.

 

- Mai 68, d'autres manifestants, d'autres grèves, les auditoires enfumés de l'université, les harangues des plus politisés d'entre les étudiants puis un départ vers le nord, la Suède, pour un voyage d'études.

 

- Juin 1974, mon mariage, les préparatifs, que de souvenirs ! Juin 1969, mon entrée dans la vie active.

 

- Juillet 1969, l'homme sur la lune.

 

- Août et ses traditionnelles Rencontres Pédagogiques d'été que je fréquente depuis 2003. Suivant les années, j'y chante, je m'essaie à la mise en scène de théâtre ou je m'initie aux contes (et pas toujours de fée !).

 

- Septembre 1952, mon entrée à l'école primaire, mes premiers mots écrits et la découverte du solfège et de la musique.

 

- Octobre 1957 et le premier Spoutnik, un rêve pour un gamin de onze ans, qui douze ans après travaillera lui aussi dans l'industrie aérospatiale.

 

- Novembre, mois des anniversaires. Ah, ces 11 novembre familiaux, où l'on retrouvait plein de gens qu'on n'avait plus vus depuis un an et quand un d'eux nous avait quitté, on n'attendait jamais longtemps pour qu'il soit remplacé par un bébé !

 

- Décembre, un mois que je n'apprécie guère sauf dans ses premiers jours et le souvenir du Saint-Éloi bien arrosé !

 

C'est promis, désormais je passerai mes années sans trop m'inquiéter de l'avenir et en profitant au maximum des jours heureux !

 

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

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