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Rayan Zowsky nous propose une nouvelle : " Tel un phénix"

Publié le par christine brunet /aloys

Tel un phénix

 

Je m’effondre sur l’une des chaises du Réverbère. Comme le cours a été éprouvant ! Cela fait maintenant deux mois que je fréquente le conservatoire de Senvy. Je croyais pourtant que le théâtre allait me faire du bien, des gens me l’ont confirmé. Mais je n’y arrive pas.

- Coucou, Rayan.

C’est Amy, la patronne du café.

- Salut, Amy. Un café, s’il te plaît.

- Je te l’offre.

- Mais…

- Je te l’offre. J’insiste.

- D’accord. Merci à toi.

Il ne faut pas demander quelle tête je dois tirer...

J’ignore pourquoi, mais ces dernières années, je n’arrive plus à parler convenablement. Soit je bégaie, soit j’articule mal ou soit je ne parle pas assez fort. J’arrive même à mélanger tout cela en même temps. Je dois me rendre à l’évidence, je ne suis pas du tout fait pour l’art dramatique. Ni pour l’art de la parole. Pourtant, ma professeure est vraiment très chouette. Mais je dois me rendre à l’évidence, je ne suis pas doué. Je n’ai plus du tout envie de continuer. Ma décision est prise, je lui écrirai ce soir. Vive les messages (électroniques)…

Amy me sert mon café, je lui réponds par un sourire forcé. Quant à elle, son sourire est on ne peut plus vrai. Qu’est-ce que je l’envie…

Après avoir ouvert la capsule de lait et versé ce dernier dans la tasse, je vois deux jeunes femmes qui s’installent à la table d’à côté.

- Il faut absolument que je le te le montre !

L’une d’elles attrape son sac à main et en sort quelque chose… un livre. Mon cœur s’accélère, je reconnaîtrais ce bouquin entre mille… Elle le tend à son amie.

- « Les histoires de Monsieur Zowski ». Intéressant, dit-elle en le prenant.

- Ce sont des nouvelles très courtes, mais remplies d’émotions. J’ai vraiment adoré. C’est pourquoi je voudrais te le prêter.

- Eh bien… Je le commencerai ce soir. Merci, Chloé !

Une grande et douce chaleur envahit mon cœur. J’ai l’impression d’être un immense et magnifique oiseau qui renaît de ses cendres…

Je le sens parfaitement, ce grand sourire qui se dessine sur mon visage...

 

Rayan Zowski

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Rayan Zowski nous propose une nouvelle : "Le refuge"

Publié le par christine brunet /aloys

Le refuge

Jouvre les yeux. Comme il fait sombre...

Malgré lobscurité, je peux nettement voir la pièce dans laquelle je me trouve... cest ma chambre. Ma chambre de chez Maman.

Hier soir, je ne voulais pas du tout rentrer chez moi. J’étais dévoré par un sentiment, un sentiment qui me colle depuis longtemps, depuis trop longtemps. Me rendre dans ce studio avec ce mal aurait été une très mauvaise idée. Jai même envie de dire, cela aura été une idée dangereuse. Très dangereuse... Heureusement que Maman est présente. Elle la toujours été...

Jattrape mon smartphone sur la table de nuit, il est quatre heures du matin. Je commence à avoir faim, très faim...

Je nai pas du tout envie de "chiper" à manger. Maman a parfois un peu de mal... Je pense alors à la boulangerie, celle située pas très loin de la maison et qui ouvre justement à quatre heures, le week-end. Nous sommes dimanche, aujourdhui... Maman adore les pains au chocolat... Je décide de me lever, le temps de mhabiller, daller faire un tour au petit coin et de préparer mon sac à dos...

Je suis prêt. Javance vers la porte du hall dentrée... quand je la remarque, la photo. Une photographie de nous quatre, dans un cadre accroché au mur : Maman, mon frère, moi et Eiji, notre chat. Ce dernier est dans les bras de Maman. Je ne peux men empêcher, je souris...

Tout à coup, je ressens comme un grand coup de fatigue. En effet, le sommeil commence à me (re)gagner. Je décide alors de rejoindre le salon, je m’écroule dans le canapé.

...

Une nouvelle semaine commence.

Je suis confortablement installé à une table du "Elvis", toujours celle près de la fenêtre. Cest important pour moi de pouvoir avoir vue sur le monde...

- Tas entendu, hier matin ?

Je me retourne, deux hommes discutent au comptoir.

- De quoi parles-tu ?

- Hier matin, quelquun sest fait agressé dans le quartier Est.

- Merde...

- Il y a des fois où je pense vraiment à quitter Anvy. Cette ville craint vraiment !

Le quartier Est... La boulangerie... La photo...

 

Rayan Zowski

 

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Carine-Laure Desguin nous propose une nouvelle SF : "Demain est déjà là"

Publié le par christine brunet /aloys

Demain est déjà là

 

 

M5659 et moi on lui a promis au vieux E0101, j’entends encore la voix rassurante de mon pote :

— E0101, ne vous inquiétez pas, on fera de notre mieux, on prendra bien soin de tout ça. Entre nous trois, c’est convenu comme ça depuis notre première rencontre. Souvenez-vous, B1761 et moi, on avait réussi à franchir la ligne. Et c’est ici que … enfin vous connaissez la suite. Cette cachette, là, sous nos pieds, c’est notre secret. Sans vous, E0101, B1761 et moi ne serions que deux pauvres petits idiots, des marionnettes à la merci de ce, de ce foutu… vous savez quoi. De notre passé, nous ne soupçonnerions rien du tout. Et déjà, ce mot, passé, en aurions eu connaissance ? Tellement de mots disparus, tombés dans les oubliettes ! Je dirais même plus, passés à tabac volontairement ! Pour nous empêcher de penser ! Pas vrai, B1761 ?

Et moi de répondre :

— Bien sûr E0101, on vous doit bien ça. Vous nous avez appris tant de choses de la vie d’avant, la vie de ceux d’avant je veux dire, quand il y avait des familles avec des grands-parents qui jouaient aux cartes avec leurs petits-enfants, des vacances à la mer, à la montagne, des boulevards avec des voitures qui klaxonnaient, des musées de toutes sortes, des théâtres, des écoles, des universités, des bibliothèques où des centaines de livres étaient mis à disposition de tous, et tout ça.  De toute façon vous êtes encore ici pour très longtemps, croyez-nous E0101, croyez-nous.  

E0101 nous a regardés l’un après l’autre avec une profonde intensité. Jusqu’au fond de ses yeux, on ne lisait que des certitudes, aucun questionnement. Après quelques secondes, il s’est ressaisi et nous a dit :

— Je le sais moi que mon temps ici est presque terminé. La nuit, des ombres indescriptibles circulent tout autour de moi dans une espèce de danse macabre. Elles me narguent. Elles savent que je connais la traduction d’un tel cirque, je connais leur langage sournois et vicieux. Ce ne sont pas que des ombres, soit, ce sont des agglomérats d’une matière bien vivante. Elles représentent des avertissements de la Milice, voilà tout, une espèce d’avant-garde. C’est qu’ils ont tous les plans, ceux-là. Tout est permis dans ce monde de fous. Un vieux type comme moi qui vit seul dans un hangar de misère, en dehors de toutes les lignes, ça doit disparaître, ça fait tache. Je ne comprends même pas comment les harcèlements n’ont pas été plus fréquents, plus violents, vu ma résistance à leur système. Ces salauds font peut-être des expériences sur ma personne à mon propre insu. C’est à n’y rien comprendre.

M5659 et moi, on a rassuré E0101 de notre mieux. Nous ne croyions pas trop à l’espoir de voir encore pendant des lunes notre vieil ami. Peut-être des référents de la Milice nous suivaient jusqu’ici et restaient silencieux. C’était parfois leur stratégie. Attendre, ne pas réagir des fois que la semaine suivante, la pêche serait meilleure. L’un ou l’autre référent décrocherait un statut plus confortable pour avoir dénoncé un fait relatif au monde d’avant, ce hangar par exemple, ce hangar et tout ce qu’il contient. Ce jour-là, E0101 nous a montré quelque chose de plus fabuleux encore.

— Vous avez le temps, les enfants ? J’aime bien de vous appeler « les enfants ». Et vous savez pourquoi, a-t-il ajouté, d’un air résigné.

— Oh que oui, a répondu M5659, nous avons le temps. Nos référents ne rentrent que très tard ce soir. C’est comme ça tous les lundis. Par précaution, on fera un saut jusqu’au pavillon, histoire d’encoder nos empreintes et puis zou, retour ici. Pas vrai, B1761?

D’un large sourire j’ai acquiescé. Je n’ai pas voulu saper l’enthousiasme de M5659, mais lui comme moi nous le savions, nous étions pucés. Cela faisait partie du Programme. Un jour ou l’autre, des référents débarqueraient chez E0101. Ces invasions d’ombres nocturnes dont notre ami était victime n’étaient que les prémices d’un grand saut vers le néant. Cependant, E0101 avait raison, comment son petit manège n’a-t-il pas été démantelé plus tôt ? Ils savent tout sur chaque individu. Nous avons toujours supposé que nous étions le sujet d’un Programme dans le Programme.

Tous les lundis soir, notre pavillon était sans surveillance physique. Une stratégie du Programme. Mais nous, on y croyait, à cette liberté. Alors on s’inventait des parents qui nous réprimanderaient à la moindre incartade, des gâteaux d’anniversaire avec dessus des bougies multicolores, des parcs avec des étangs et des cygnes qui se bécotent, des instits qui nous balanceraient des punitions, et tout ça. Parce que quelque part, on la connaissait la vie d’avant, elle vivait encore en nous. Parfois, nous ressentions des sentiments étranges, des flashs nous aveuglaient et des images défilaient devant nos yeux. Programme ?

Un lundi soir, nous avions tenté d’ouvrir le pavillon des machines 6D, histoire de découvrir des trucs et des machins, on savait pas trop quoi. Une fois les codes mis à jour, nous avions été comme paralysés.  Nous en étions certains, cela faisait partie du Programme. Les référents se permettaient tout. Tout.

Ensuite, E0101 nous a fait un clin d’œil qui signifiait « allez go les gars » et il a commencé à déplacer une armoire de la cuisine, celle plus basse que les autres et la seule à ne posséder aucun tiroir. M5659 et moi, on l’a aidé, ce n’était pas la première fois que nous prêtions mains fortes à notre vieil ami.  

— Je me demanderai toujours pourquoi ces déglingués n’ont jamais incendié tout ça, nous a lâché E0101 un peu essoufflé par l’effort, tout en calant l’armoire contre le mur et en actionnant une poignée qui se situait juste à côté d’un des pieds de ce meuble. Sûrement qu’ils savent et qu’ils ont un plan, a-t-il continué en soulevant la trappe qui s’ouvrait et nous laissait voir un escalier aux marches incertaines qui nous mènerait vers la grande cave que M5659 et moi nous connaissions déjà. À chaque fois que nous descendions cet escalier, nous étions envahis d’un sentiment indescriptible, c’était une émotion qui nous prenait à la gorge et qui nous paralysait presque.

— Ouf, les lampes fonctionnent encore, dit M5659, soulagé. C’est fantastique ici ! À chaque fois je suis émerveillé. Pas vrai B1761 ?

— Je n’ai même pas de mot, j’ai répondu, avec des trémolos dans la voix.

Émerveillé, oui, je l’étais. Ces étagères de livres sur chacun des quatre murs de la cave, c’était, à notre époque, hallucinant. Sûr que la Milice connaissait ce trésor. Peut-être quelqu’un couvrait-il ce trésor ?

— Aujourd’hui est un grand jour, annonça E01001, vous ne devinerez jamais ce que je vous ai caché …

M5659 et moi, nous étions stupéfaits. Déjà cette cave et tous ces livres de toutes sortes … des livres pour enfants, des romans policiers, pfff, tellement de livres !

— Que pourriez-vous encore nous dévoiler de plus fabuleux ? demanda M5659 avec une grande curiosité.

C’est alors que notre vieil ami fit glisser les étagères du mur intitulé « littérature française ». C’étaient des livres un peu décatis mais tous d’auteurs très célèbres comme Marguerite Duras, Jean Giono, Annie Ernaux, Albert Camus, Louis Aragon, André Breton, etc. Et derrière cette étagère-là s’ouvrait une autre cave, toute aussi grande.

— Voilà ! a lâché E0101, tout fier, en jetant un regard circulaire sur cet inestimable trésor.

M5659 et moi, nous étions ébahis. Nous n’avions jamais vu de livres si anciens. Entre autres, la collection complète des livres de Jules Verne  et des dictionnaires édités sur un papier rarissime à vous couper le souffle ! C’était incroyable ! M5659 a repris ses esprits plus vite que moi et a demandé :

— Oh mais comment donc avez-vous …. ?

La suite de la question, M5659 n’a pas eu le temps de la poser. Car soudain, une explosion nous cloua tous les trois sur place. Et puis ensuite, plus rien.

 

Ce matin-là, je distribuais les copies. Comme à mon habitude, je n’ai pas manqué d’encourager l’un ou l’autre de mes élèves. Arrivée à la hauteur de Bart, je lui ai souri sans trop m’attarder. J’ai toujours pensé que ce gamin avait quelque chose de spécial, quelque chose que je ne pouvais déterminer. Je n’ai pu m’empêcher de le féliciter :

— Bravo à toi, Bart, quelle imagination ! Serais-tu d’accord de nous écrire une suite pour cette histoire fantastique ?

— Merci, madame. La suite de l’histoire, c’est ici et maintenant, m’a-t-il répondu d’une voix neutre, sans le moindre sentiment d’exaltation. Et au sujet de mon imagination, vous savez, elle est nulle.

— Nulle ? Allons, Bart, tu peux être fier de ton texte, ne joue pas les modestes ! lui ai-je répliqué sans aucune hésitation. Et ce que Bart m’a lâché par la suite m’a renversée. Renversée, je répète, je n’ai pas d’autre mot.

— Madame, je ne joue pas. B1761, c’est moi. Je viens d’une zone lointaine, très lointaine, un espace inter-dimensionnel qui est … votre futur. Je suis un éclaireur et je vous le demande, protégez les livres. Bâtissez des bunkers, mettez-y tous les livres que vous pouvez. Des livres de science, des dictionnaires, des livres pour enfants, des livres de poésie, tous les livres sans exception. Racontez des histoires aux enfants afin qu’eux-mêmes les racontent à leurs enfants. Protégez les livres, s’il vous plaît madame, protégez les livres.

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com/

 

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Rayan Zowsky nous propose une nouvelle : "L'homme au casque"

Publié le par christine brunet /aloys

 

L’homme au casque

 

Je pus entrer juste avant que les portes ne se referment. Ouf ! Je repris mon souffle. « Je suis trop vieux pour ces conneries », comme disait l’autre. Même si je n’ai que 34 ans.

J’entrai dans la voiture et m’installai sur un siège près de la fenêtre. Bien entendu, le siège devait être dans le sens de la conduite. Tous ces éléments me sont essentiels, j’aime prendre le train.

A travers la vitre, je regardais les paysages campagnards. Et comme d’habitude, cela me procurait un bien fou...

J’entendis alors des bruits derrière moi. Des bruits de pas. Je me retournai… et n’en crus pas mes yeux. Un homme s’installa devant moi. Un homme… avec un casque de moto sur la tête ! Je pris le « Métro » posé sur la petite table et fis mine de le lire. Je dois avouer que j’étais loin d’être à l’aise…

- Monsieur...

Une voix féminine. Pas de réaction. Ni de moi. Ni de l’homme au casque.

- Monsieur !

Je me retournai, une dame âgée. A côté d’elle était assis un petit garçon (d’environ 3/4 ans).

- Oui, madame ? répondit l’homme au casque.

- Vous faites peur à mon petit fils.

- Eh bien, si cela vous dérange, madame, changez de voiture. Je ne bougerai pas.

La vieille dame ne put cacher son indignation. Elle prit l’enfant dans ses bras, se leva et quitta la voiture.

- J’ai horreur des gens qui veulent s’imposer…

Je hochai timidement la tête.

- J’espère ne pas vous ennuyer…

- Non, rassurez-vous. Disons que, sans vouloir vous offenser, ce n’est pas tous les jours que je rencontre un homme casqué dans un train.

- C’est pas faux. Non, en fait, c’est vrai. Vous prenez souvent le train ?

- Souvent. J’aime voyager à travers le pays. Et aussi…

- Aussi… ?

- Pour l’inspiration.

- Oh… Voilà qui est très intéressant…

- Dans la vie, j’écris. Principalement des histoires courtes.

- Des nouvelles, donc.

- Oui, je viens de là.

- Et quel genre d’histoires écrivez-vous ? Monsieur... ?

- Van Kasteel. Erik Van Kasteel.

- Enchanté, monsieur Van Kasteel.

- Merci. Pourrais-je également savoir votre nom ?

- Désolé, mais je préfère garder l’anonymat.

- Aucun souci, je respecte.

- Merci de votre compréhension. Et donc, quel genre d’histoires écrivez-vous ?

- Des histoires sentimentales. Mon premier recueil devrait sortir en cette fin d’année.

- Intéressant. Très intéressant… Sans vouloir être indiscret, pourquoi écrivez-vous des histoires d’amour ?

- Eh bien…

« Nous arrivons bientôt à Liège. » annonça le conducteur.

- Je suis vraiment désolé, mais je dois y aller.

- Allez-y, monsieur Van Kasteel. Volez ! Volez de vos grandes et belles ailes !

Je souris et me leva.

- Vous reverrais-je un jour dans ce train ? Ou bien dans un autre ?

- Je ne pense pas, monsieur Van Kasteel. Mais très sincèrement, je suis heureux de vous avoir rencontré. Même si c’était bref.

- Moi de même. Portez-vous bien.

- Merci. Portez-vous bien, également.

J’appuyai sur le bouton, la porte s’ouvrit.

- Monsieur Van Kasteel ?

Je me retournai.

- Ne perdez pas espoir…

Je ne pus trahir mon étonnement. Je hochai quand même une nouvelle fois la tête. Et je quittai la voiture.

---

La nouvelle année venait de débuter. Et déjà, je reçus quelques bons retours de mon recueil. J’avais vraiment le sentiment d’avoir accompli quelque chose. Mais quelque chose d’autre s’était réalisé. Quelque chose que quelqu’un m’avait prédit.

J’écrivais dans mon bureau. On pouvait très bien entendre les touches du clavier. Apparemment, j’étais très inspiré...

Je sentis un baiser sur ma joue. Une main se posa sur mon cœur.

- Tu viens...

Je levai les yeux vers les tiens. Qu’est-ce que t’es belle…

- Oui, j’arrive. Juste le temps de regarder mes e-mails.

- D’accord...

Tu me redéposas un baiser sur la joue et quitta la pièce.

Je regardais donc ma boîte électronique. J’avais reçu un nouveau message, un seul. Je l’ouvris.

« J’aime beaucoup ce que vous apporte votre inspiration. Continuez à voler, monsieur Van Kasteel… ».

Rayan Zowsky

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Micheline boland nous propose une nouvelle "Sourire"

Publié le par christine brunet /aloys

SOURIRE

 

Il n'avait rien de précis en tête, mais il voulait surtout éviter d'être de nouveau enveloppé par ces perspectives angoissantes qui s'étaient imposées à lui durant son rêve de la dernière nuit. Il ne voulait plus que l'actualité lui pourrisse à ce point l'existence, entache ses petits bonheurs jusque dans ses rêves. Il ne voulait plus être cet homme qui durant le rêve infernal courrait de magasin en magasin pour faire des provisions sensées devenir bien utiles si le conflit venait à s'étendre comme le prévoyaient les journaux dans son étrange cauchemar. Il avait depuis toujours les guerres et leurs conséquences en horreur. Jamais, il n'avait joué avec des soldats de plomb comme ses cousins. Pourtant, il se demandait si cette guerre qui durait depuis trois ans et dont on parlait tant, avait touché son subconscient davantage qu'il n'avait pu l'imaginer.

 

Depuis deux semaines, il était seul. Ses parents étaient partis pour de longues, si longues vacances. Cette absence avait-elle pu avoir un tel effet sur sa vie, se questionna-t-il. Il regarda le jardin. Il respira calmement. II s'étira. Puis il se répéta : " Prends les choses du bon côté. Mange ce que tu aimes. Parfume-toi. Souris. Souris pour attirer les personnes tristounettes, les petits vieux, tes élèves, les passants. Habille-toi de bleu, ajoute des touches rouges et blanches. Bannis le gris et le noir. Sois bienveillant, sois généreux. Cueille des jonquilles, offre-les à la préfète, à la secrétaire. Cela leur fera un bien fou. Mets l'accent sur les progrès de tes élèves plutôt que sur leurs erreurs. Souris. Oui, souris !"

 

Il n'avait rien de précis en tête, mais il aurait voulu être celui qui aplanissait les choses dans son petit univers de professeur. Il se prépara un grand café et un sandwich garni de gruyère et de roquette. Rien que des saveurs qu'il appréciait beaucoup. Il prit ensuite sa douche puis revêtit son costume bleu marine et une chemise bleue. Il vaporisa sur ses vêtements de l'eau de toilette aux effluves de lavande. Il ne cueillit pas de jonquille, mais glissa une boîte de bouchées au chocolat dans son cartable. Il les offrirait lors d'une pause dans la salle des profs. Il se mettait ainsi en condition favorable pour faire face à sa journée.

 

Il roula prudemment, il se gara sur le parking de la supérette à quelques centaines de mètres du lycée. Il marcha vers l'établissement, souriant et décontracté. "Monsieur Gérard est amoureux !", entendit-il, quand il passa dans le couloir principal. Il ne sut pas qui avait tenu ces propos, mais continua de sourire. Ainsi, mes pensées ont un réel impact sur mon apparence, conclut-il pour se rassurer.

Il termina chaque heure de cours en demandant aux élèves de noter sur une feuille vierge une phrase positive inspirée par un grand auteur et il les invita à compléter cette feuille au fil de la semaine. Ce n'était pas un devoir. C'était juste un conseil qu'il leur donnait pour appréhender plus positivement leur quotidien.

Hélas, les mauvais rêves étaient revenus ! Ils n'étaient pas toujours liés aux conséquences éventuelles d'une guerre à l'autre bout de l'Europe ou sur un autre continent, ils étaient parfois en rapport avec la violence urbaine, des trafics de drogues, des effets du dérèglement climatique.  Chaque matin, il employait le même antidote et se répétait : " Prends les choses du bon côté. Mange ce que tu aimes. Parfume-toi. Profite des rayons du soleil aussi bien que des brises légères. Souris. Oui, souris. Habille-toi de couleurs vives.  Bannis les couleurs ternes. Sois bienveillant, sois généreux. Contemple le beau plutôt que le laid. Vis à fond la magie de l'instant présent. »

   

Il décida d'éviter de regarder les journaux télévisés, de lire des articles de presse concernant des événements fâcheux. Il écoutait du Mozart et du Vivaldi. Il faisait un jogging en rentrant du lycée avant même de corriger les travaux de ses élèves et de préparer le matériel nécessaire pour le lendemain. Il jardinait un peu, faisait un peu le ménage, fréquentait à l'occasion le supermarché. Bien entendu, ses parents étaient toujours en vacances. Ils profitaient de leur récente retraite pour vivre de nombreuses semaines d'affilée au Maroc, là où ils avaient acheté une belle propriété avec des membres de la famille, les deux frères aînés de sa mère et leurs épouses. Ses parents lui adressaient de rares courriels et de rares coups de fil. Quant à lui, il évitait de les importuner.

 

Il continua de sourire de plus belle durant les conseils de classe, durant la plupart des cours, durant les récréations et les heures de fourche, en rue, en jardinant, en s'entretenant avec des voisins ou des commerçants, en prenant un café ou un repas avec des connaissances. Sourire était son remède pour se rendre plus heureux et tenter d'éloigner les mauvais rêves. Quand il souriait, il n'était plus seul, il attirait des regards. On semblait apprécier le contentement perçu dans ses yeux, sur ses joues et sur sa bouche. On entamait volontiers une conversation avec lui. Son charme de jeune trentenaire opérait. Il plaisait.

 

Un jour, il n'y eut plus de mauvais rêves. Ce jour-là était le lendemain du jour où il la rencontra. Elle était près de l'entrée du square proche du lycée, elle faisait en quelque sorte la manche, mais ne demandait pas d'argent, elle demandait juste qu'on offre du temps pour mettre sur pied une école de devoirs dans le quartier. Elle, c'était Marie-Thérèse une de ses anciennes institutrices. Ils allèrent boire un café ensemble et il choisit d'offrir au minimum une heure trente par semaine de travail bénévole, le mardi. C'est ainsi qu'il revit Sophie, ancienne élève de Marie-Thérèse, ancienne camarade de classe. C'est ainsi qu'il trouva l'amour, mais ceci c'est une autre histoire. 

 

Micheline Boland

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Rayan Zowski nous propose une nouvelle : "Le plus beau jour de ma vie"

Publié le par christine brunet /aloys

Le plus beau jour de ma vie

 

Le ciel est bien gris en ce dimanche matin. La pluie est aussi au rendez-vous. Pourtant, nous sommes au mois de mai.

Dans le parc communal, un homme se promène. Il tient un parapluie dans la main droite. Le jour vient de se lever, il aime profiter de la matinée, surtout celle du dimanche. Depuis son enfance, il le sait, les dimanches matins possèdent une atmosphère très spéciale. Pour lui, c’est le meilleur moment du week-end.

L’homme continue de marcher… et l’aperçoit, le kiosque. Il ne sait pourquoi, mais il ressent l’envie de s’en approcher. Comme s’il avait été envoûté...

L’homme se trouve juste en bas des escaliers. Il n’y a personne dans le parc. Et la pluie continue de tomber. L’homme pose un pied sur la première marche, le second sur la deuxième…

Arrivé à l’intérieur, l’homme aperçoit une silhouette. Elle est toute blanche. Et il lui semble la connaître.

La silhouette s’approche de lui. L’homme n’a pas peur. Au contraire, il ressent en lui une certaine flamme, un certain bonheur…

L’homme et la silhouette sont face à face. Elle lève lentement les mains… et enlève son voile. L’homme sourit, évidemment que c’est toi… Il s’approche d’elle et ferme les yeux, ses lèvres sont tellement douces…

L’homme rouvre les yeux. Elle n’est pas là. Elle n’est plus là. Elle s’est envolée. Depuis six ans déjà. La flamme s’est éteinte, le bonheur a disparu. L’homme lève les yeux vers le ciel, la pluie est toujours aussi violente…

L’homme est prêt à quitter le parc. Il se retourne, le kiosque est toujours présent. Toi par contre, qu’est-ce que tu me manques...

Je rêvais tellement de ce jour. Je rêvais tellement de ce jour… avec toi.

 

 

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Carine-laure Desguin nous propose une nouvelle : "Il n'est jamais trop tard"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Il n’est jamais trop tard

 

  Brandon Glowski n’est pas dupe. S’il parle de ce courrier anonyme à son boss, le commissaire Marc Eggermont, celui-ci lui rira au nez :

  • Alors Glowski, ce courrier n’est pas sérieux, secouez-vous ! Une vioque a clampsé voici dix mois dans un EHPAD de merde, vous recevez un courrier anonyme, la vioque aurait été assassinée par la directrice et vous, Glowski, vous foncez ! Mon pauvre vieux, ça pue une vengeance entre nanas ce truc-là !

  Et malgré tout, l’inspecteur Glowski démarre l’enquête. Trente-cinq ans qu’il épluche des dossiers et qu’il mène des enquêtes. Le flair, il l’a en lui. Ce courrier anonyme, il ressent au plus profond de lui-même que ce n’est pas une embrouille. Glowski approche à grands pas de la pension. Alors les vieux, faut pas les toucher. Ils ont déjà morflé un max lors de cette foutue pandémie, les pauvres. 

  Dès le lendemain matin, il se rend seul dans l’EHPAD concerné, « La route fleurie ». Il a peu d’éléments : le nom de la supposée victime, le nom de la personne incriminée. S’il foire le truc … il n’ose même pas envisager ce scénario.

  À l’accueil de « La route fleurie », la secrétaire demande à Brandon Glowski de patienter quelques instants, la directrice madame Diane Ninzoli arrive dans quelques minutes. Il en profite pour jeter un regard circulaire sur ce hall d’entrée. Une dizaine de fauteuils, une TV grand écran suspendue au mur, des rayonnages de livres, un distributeur de boissons. Soudain, une voix féminine l’interpelle sur un ton déterminé :

  •  Monsieur Glowski ? Mon bureau est juste là, deuxième porte à votre droite.
  •  Merci de m’accorder quelques instants, madame Ninzoli.
  •  C’est pour une inscription ? demande Diane Ninzoli.
  •  Pas vraiment, non. Il s’agit de madame Claire Dutilleux. Vous vous souvenez ?
  •  Claire Dutilleux ? Cette dame est décédée voici …
  •  Dix mois. Je suis inspecteur de police. Nous ouvrons le dossier au sujet du décès supposé suspect de madame Dutilleux. Suite à une plainte anonyme.
  •  Une plainte anonyme ? répète Diane Ninzoli, abasourdie. Madame Dutilleux a été retrouvée morte en fin de soirée, le médecin n’a rien trouvé de suspect. C’était un décès inopiné. Aucun membre du personnel n’avait relevé au cours de la journée un symptôme particulier. Il n’y a eu aucun manquement, continue Diane Ninzoli, tout en essayant de camoufler son émotion.
  •  Dans ce cas tout est parfait. Mon enquête sera vite bouclée. Pourriez-vous me signaler le nom de l’infirmière responsable du service ce soir-là ?
  •  Oui, bien sûr … C’était Delphine Sobry. Peu de temps plus tard elle a opté pour travailler de jour. À présent, elle est secrétaire et s’occupe aussi de l’accueil. Justement elle est de service.
  •  Je pourrais poser quelques questions à madame Sobry, des questions de routine, rassurez-vous.
  •  Je ne vois pas ce que madame Sobry pourrait apporter à votre enquête !
  •  Je l’ignore également. Je désire cependant écouter cette dame, insiste Glowski. En privé, continue-t-il, ironique.

  Diane Ninzoli, l’air dépité, sort de son bureau et, arrivée à l’accueil signale à Delphine Sobry que l’inspecteur désire lui poser quelques questions.

  • Et n’oubliez pas que ce n’est pas moi qui vais rester à l’accueil à votre place, ne faites pas traîner l’histoire. Madame Dutilleux ne ressuscitera pas ! Prenez le deck avec vous, vous pouvez et répondre aux questions de ce fouille-merde et répondre au téléphone en même temps, ce n’est pas interdit !
  •  Bien madame Ninzoli.

  Delphine Sobry se rend dans le bureau de la directrice, là où l’attend Brandon Glowski déjà installé devant l’ordinateur.

  • Madame Sobry bonjour, je vous en prie, dit Glowski en invitant Delphine Sobry à prendre place devant lui. Voilà, je vous explique. L’an dernier, vous étiez infirmière et un soir où vous étiez de service vous avez constaté le décès de madame Claire Dutilleux. Il se fait que j’ai reçu une lettre anonyme stipulant que ce décès était en fait un meurtre. Tout simplement, si j’ose dire. Je suis ici pour essayer de comprendre et, si possible, isoler une piste sérieuse. Cette lettre anonyme, j’y crois. À présent, je vous écoute.

Delphine Sobry reste silencieuse quelques secondes. Et soudain, elle lâche :

  •  La lettre anonyme, c’est moi. Je n’en pouvais plus de garder pour moi tout cela, c’était trop lourd.
  • C’est clash, merci ! Mais je dois avoir des preuves, vous comprenez, tout cela est très grave, on parle ici d’un meurtre. Si vous voulez, notre premier entretien pourrait se dérouler en dehors de ces murs ?
  •  Merci, je préfère rester ici. C’est ici que je peux vous aider à trouver les premières preuves.
  •  Déterminée !
  •  J’aimais beaucoup madame Dutilleux. Cette dame ne méritait pas ça, vraiment pas.
  •  Eh bien dans ce cas, je vous écoute.

Delphine Sobry rassemble ses esprits, regarde en direction de l’ordinateur et puis débite sans aucune hésitation :

  • La chambre de Madame Dutilleux se situait dans l’unité « les uns les autres ». C’est une unité fermée destinée aux résidents fugueurs, ou bien des résidents qui présentent de graves troubles cognitifs. Il n’y a que 12 résidents dans cette unité qui est je vous le répète strictement fermée. À partir de 20 heures, plus aucune visite n'est permise. C’était le vendredi 17 mai et j’étais de garde toute cette semaine-là. Madame Dutilleux était comme d’habitude, presqu’endormie lors de mon premier passage vers 20 heures 45. Mes collègues du soir n’avaient relevé aucune observation particulière. Et, vers minuit, lors de mon second passage, j’ai constaté le décès.
  •  C’est quand même habituel un décès inopiné dans une résidence pour personnes âgées, malades le plus souvent …
  •  Oui, mais j’ai de suite remarqué que la couverture était repliée et que le pantalon du pyjama était baissé et …
  •  Lors de son décès madame Dutilleux a peut-être ressenti des douleurs et elle aurait bougé …
  •  Lors de la toilette mortuaire j’ai constaté un peu de sang séché au niveau de l’abdomen et aussi un hématome. Cela m’a de suite paru suspect. Alors je me suis souvenue que la directrice était passée par ce service peu après 20 heures.
  •  C’était son habitude ?
  •  Non, justement. J’étais occupée dans une chambre voisine de celle de madame Dutilleux. Et je suis persuadée que la directrice sortait de sa chambre. Il m’a semblé entendre du bruit, comme un gémissement. Je vous le répète, c’est un service fermé. Pour ouvrir la porte, il faut badger et donc via l’ordinateur qui se trouve entre nous, on peut vérifier qui a badgé et quand …
  •  Dites, vous enquêtez à ma place …
  •  Oh mais promis c’est la dernière fois !
  •  Continuez …
  •  Donc, la directrice aurait injecté une dose létale d’un médicament par voie sous-cutanée, là où j’ai vu les gouttes de sang et l’hématome. Par exemple plusieurs ampoules de morphine …
  •  Ok mais les ampoules de morphine sont comptabilisées. Non ?
  •  Justement. À cette période il y a eu un stuut au sujet d’ampoules de morphine. Vous pouvez vérifier. La directrice aurait très bien pu subtiliser une ou deux boîtes de morphine car lors d’un décès, les boîtes non utilisées sont restituées à la pharmacie et le bac qui contient les médicaments se trouve dans le bureau de la directrice par sécurité …
  •  Magnifique !
  •  Madame Dutilleux n’avait aucune famille et après son décès, la directrice a dépensé des tunes et des tunes, elle faisait valser son pognon et s’en vantait à tout le monde. Vous avez vu la Porsche garée là devant ?
  •  Oui mais si madame Dutilleux n’avait pas de famille et était incapable de gérer, elle était sous administration provisoire et …
  •  J’ai tout vérifié dans le dossier. Son administrateur était un avocat du nom de Sébastien Ninzoli, le frère de notre chère directrice ! 
  •  Parfait ! L’ordinateur prouvera que madame Ninzoli a badgé deux fois ce soir-là, pour rentrer et sortir du service « les uns les autres ». Votre déposition sera enregistrée. Je vous dis merci et à très bientôt.

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

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Carine-Laure Desguin nous propose son texte pour la revue AURA 128 dont le thème était LE SILENCE, Madame Sigmund Woody s'inquiète

Publié le par christine brunet /aloys

 

Madame Sigmund Woody s’inquiète

 

  •  Madame Belle ! Encore une embrouille ? Le sort s’acharne sur vous ! 
  •  Inspecteur Sidonin, je suis à bout, vraiment.
  •  Madame Belle, c’est votre époux qui est médecin, pas moi. De plus, il est psychiatre, le nec plus ultra de la médecine. C’est qu’il guérit les âmes, cet illustre Sigmund Woody !
  •  Eh bien c’est de Sigmund dont je voudrais vous parler. Mon époux m’inquiète.
  •  Je ne compte plus le nombre de fois que vous êtes venue vous asseoir là, devant moi, et que vous m’avez confié que votre époux vous inquiétait. Que de tourments pour un seul homme ! Et si vous …
  •  Oh Inspecteur, je n’y pense même pas. Et puis, Sigmund et moi vivons dans un château, un si beau château. J’y tiens tellement à ce château !
  •  Je comprends … Eh bien je vous écoute, madame Belle. Un cadavre dans les caves de votre château ? Des lettres de menace ? Une odeur nauséabonde qui remonterait des oubliettes ?
  •  Pire que tout cela, Inspecteur. Le comportement de Sigmund est de plus en plus étrange.
  •  Il est psychiatre …
  •  Il manigance quelque chose, Inspecteur. J’observe son manège depuis deux semaines au moins.
  •  Continuez madame Belle, je vous écoute.
  •  Il me pose des questions bizarres. Par exemple, il m’a demandé si dans la salle d’attente, les patients se parlaient. Comme si j’avais le temps d’écouter tout ça !
  •  Mais encore …
  •  Sigmund a installé dans une des chambres, celle au- dessus de la salle d’attente, une espèce de laboratoire.
  •  Des alambics remplis de drogues ? Et ça bouillonne de temps en temps ?
  •  Non ! Justement ! L’autre jour, par curiosité, je suis entrée dans son labo et ce que j’ai découvert m’a consternée.
  •  Oui ?
  •  Des ordinateurs reliés les uns aux autres, des entrelacs de fils électriques, des cassettes d’un autre âge mélangées avec des clés USB de toutes les grandeurs, des casques munis d’écouteurs, des imprimantes 3D, et j’en passe !
  •  La caverne d’Ali baba mais sans Ali Baba …
  •  Vous semblez vous moquer de la situation, Inspecteur. Pas moi. Moi, je tremble. Sigmund prépare quelque chose de pas net. Je suis morte de peur.
  •  Pas une seule petite fiole contenant de la bave de crapaud ? Ou celle d’un dragon, pourquoi pas ? Nous sommes à Mons et la fête du Doudou s’annonce, c’est pour bientôt.
  •  Inspecteur !
  •  Et à part cette chambre remplie de tout ce brol, rien d’autre ? Madame Belle ? Un changement de comportement ?
  •  Pas vraiment. Sigmund me pose des questions insolites, je vous l’ai déjà dit.
  •  Ah oui, des questions du genre … rappelez-moi ça …
  •  Sigmund m’a demandé si dans la salle d’attente, les patients se parlaient. Ah oui, il m’a dit aussi, Il vaudrait mieux que les patients se taisent … et si on mettait une affiche avec en lettres capitales le mot « silence ».
  •  Ah oui, c’est étrange quand même. Mais depuis toutes ces années à écouter ses patients, il en a peut-être ras-le-bol ? Ou alors il préfère le silence total dans la salle d’attente afin que les patients ne s’expriment que devant lui ?
  •  Oh non, Inspecteur, non. Ras-le-bol de ses patients ? Sigmund aime trop l’argent !
  •  Ouais … Donc si je résume, les patients doivent la boucler dans la salle d’attente et dans une des chambres du château s’amoncellent des ordinateurs à gogo et tout le matos d’un informaticien de génie qui chercherait une formule magique pour … là, mystère !
  •  Oui, c’est bien ça. Ah oui, j’oubliais. Sigmund a transpercé le mur entre la salle d’attente et cette chambre qui contient tout ce matériel de fou. La chambre en question se trouve juste au-dessus de la salle d’attente.
  •  Donc il prémédite quelque chose.
  •  Mais je me tuuuue à vous expliquer cette supposition, Inspecteur !
  •  Oui, madame Belle, oui. Et rien d’autre ne vous vient à l’esprit ? Des lectures inhabituelles ? D’autres questions que celles citées ? Réfléchissez bien, le moindre indice pourrait m’aider.
  •  Sigmund parle souvent d’argent. Parfois il ressemble comme deux gouttes d’eau à Louis de Funès devant son or dans le film dont j’ai oublié le nom …
  •  La folie des grandeurs.
  •  Oui, c’est bien ça, merci Inspecteur. Ah cet amour de l’argent … Inspecteur, quelque chose me revient !
  •  Oui, madame Belle ?
  •  Sigmund m’a dit l’autre matin, Le silence est d’or, ma belle, le silence est d’or !
  •  Le silence est d’or, un très vieil adage.
  •  Inspecteur, Sigmund est un psychiatre renommé, un génie.
  •  Oui …
  •  Pensez-vous qu’il serait occupé à expérimenter …
  •  Oui, madame Belle ?
  •  Sigmund pourrait-il selon vous, Inspecteur, enregistrer le silence et, abracadabra, via les ordinateurs et une imprimante 3D transformer le silence en or ? Inspecteur ? Inspecteur ?

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

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Rayan Zowski nous propose un texte "Un sourire"

Publié le par christine brunet /aloys

Un sourire

 

Hier en fin après-midi, nous rentrions des cours. On parlait de notre journée, du prochain week-end, de nos projets, de nos rêves…

Hier en fin d’après-midi, nous nous sommes arrêtés devant chez toi. Tu m’as dit : « à demain. Et prends soin de toi ». Je t’ai répondu par un sourire. Un sourire qui cache quelque chose.

Hier en fin d’après-midi, je suis rentré à la maison. Je suis directement monté dans ma chambre.

Hier en fin d’après-midi, je me suis allongé sur mon lit. J’avais beau regarder le plafond, mais c’est un visage que je voyais… ton visage.

Hier soir, je me suis posé une question, celle qui me revient chaque soirée, comment suis-je arrivé à tomber amoureux de toi ? Je croyais pourtant que je n’aimais que les filles à forte poitrine, aux longs cheveux blonds et aux yeux bleus. Ta poitrine est petite, tes cheveux sont courts et roux. Et tes yeux sont verts. Mais j’ai l’impression qu’ils brillent. Ils brillent comme l’émeraude…

La nuit dernière, j’ai tout le temps pensé à toi. Émotionnellement. Et physiquement. Une petite voix m’a alors murmuré : « Faudrait peut-être lui dire. Ou alors faudrait peut-être lui faire comprendre... ». J’ai réfléchis, réfléchis et réfléchis. J’ai peur de te perdre, tu es ma seule amie. Mais je dois me l’avouer, je ne désire qu’une seule et unique chose… c’est d’être avec toi.

Ce matin, je me suis dépêché. J’ai à peine mangé. Mais j’ai tellement hâte de te revoir… Il n’y a plus aucun doute, de toi je suis…

Ce matin, le soleil se lève. Tu sors de chez toi. Tu viens vers moi. Tu me dit : « Bonjour. Comment vas-tu ? »

Je te réponds par un sourire. Un sourire… qui cache quelque chose.

 

Rayan Zowski

 

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Rayan Zowski nous propose une courte nouvelle "Ma collègue"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Ma collègue

 

J’attends l’ascenseur. Le week-end est arrivé. Je ne sais pas si je dois en être heureux, ou l’inverse.

J’entends des pas. Je regarde à ma gauche, c’est Bella, l’une de mes collègues.

- Des choses prévues pour ce week-end, Kyle ?

- Pas vraiment… En fait, pour être franc, j’ai peur qu’il soit un peu long… Et toi ?

- Rien de spécial, non plus. Encore un week-end « séries télé »…

 

J’ai envie de continuer la conversation, mais je n’ose pas. Quelle genre de série doit-elle bien regarder ? J’aimerais savoir… Bella, après tout, elle est sympa. J’admets aussi qu’elle porte bien son prénom, elle est vraiment très mignonne…

- Bella ?

- Oui, Kyle ?

 

J’essaie… Mais non, ça ne veut pas.

- Non, rien. Désolé.

- Pas de soucis…

- Merci, tu es gentille.

 

Bella m’offre un sourire. C’est une belle petite victoire. Les portes de l’ascenseur s’ouvrent…

J’appuie sur le « 0 ». Il y a huit étages. L’ascenseur commence à descendre… ce dernier s’arrête brusquement.

- Merde ! J’appelle les secours.

 

Bella m’attrape la main. Je la regarde, surpris.

- Ce ne sera pas nécessaire… me dit-elle en déboutonnant son chemisier...

 

Rayan Zowski

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