Carine-Laure Desguin nous propose son texte pour la revue AURA 128 dont le thème était LE SILENCE, Madame Sigmund Woody s'inquiète

Publié le par christine brunet /aloys

 

Madame Sigmund Woody s’inquiète

 

  •  Madame Belle ! Encore une embrouille ? Le sort s’acharne sur vous ! 
  •  Inspecteur Sidonin, je suis à bout, vraiment.
  •  Madame Belle, c’est votre époux qui est médecin, pas moi. De plus, il est psychiatre, le nec plus ultra de la médecine. C’est qu’il guérit les âmes, cet illustre Sigmund Woody !
  •  Eh bien c’est de Sigmund dont je voudrais vous parler. Mon époux m’inquiète.
  •  Je ne compte plus le nombre de fois que vous êtes venue vous asseoir là, devant moi, et que vous m’avez confié que votre époux vous inquiétait. Que de tourments pour un seul homme ! Et si vous …
  •  Oh Inspecteur, je n’y pense même pas. Et puis, Sigmund et moi vivons dans un château, un si beau château. J’y tiens tellement à ce château !
  •  Je comprends … Eh bien je vous écoute, madame Belle. Un cadavre dans les caves de votre château ? Des lettres de menace ? Une odeur nauséabonde qui remonterait des oubliettes ?
  •  Pire que tout cela, Inspecteur. Le comportement de Sigmund est de plus en plus étrange.
  •  Il est psychiatre …
  •  Il manigance quelque chose, Inspecteur. J’observe son manège depuis deux semaines au moins.
  •  Continuez madame Belle, je vous écoute.
  •  Il me pose des questions bizarres. Par exemple, il m’a demandé si dans la salle d’attente, les patients se parlaient. Comme si j’avais le temps d’écouter tout ça !
  •  Mais encore …
  •  Sigmund a installé dans une des chambres, celle au- dessus de la salle d’attente, une espèce de laboratoire.
  •  Des alambics remplis de drogues ? Et ça bouillonne de temps en temps ?
  •  Non ! Justement ! L’autre jour, par curiosité, je suis entrée dans son labo et ce que j’ai découvert m’a consternée.
  •  Oui ?
  •  Des ordinateurs reliés les uns aux autres, des entrelacs de fils électriques, des cassettes d’un autre âge mélangées avec des clés USB de toutes les grandeurs, des casques munis d’écouteurs, des imprimantes 3D, et j’en passe !
  •  La caverne d’Ali baba mais sans Ali Baba …
  •  Vous semblez vous moquer de la situation, Inspecteur. Pas moi. Moi, je tremble. Sigmund prépare quelque chose de pas net. Je suis morte de peur.
  •  Pas une seule petite fiole contenant de la bave de crapaud ? Ou celle d’un dragon, pourquoi pas ? Nous sommes à Mons et la fête du Doudou s’annonce, c’est pour bientôt.
  •  Inspecteur !
  •  Et à part cette chambre remplie de tout ce brol, rien d’autre ? Madame Belle ? Un changement de comportement ?
  •  Pas vraiment. Sigmund me pose des questions insolites, je vous l’ai déjà dit.
  •  Ah oui, des questions du genre … rappelez-moi ça …
  •  Sigmund m’a demandé si dans la salle d’attente, les patients se parlaient. Ah oui, il m’a dit aussi, Il vaudrait mieux que les patients se taisent … et si on mettait une affiche avec en lettres capitales le mot « silence ».
  •  Ah oui, c’est étrange quand même. Mais depuis toutes ces années à écouter ses patients, il en a peut-être ras-le-bol ? Ou alors il préfère le silence total dans la salle d’attente afin que les patients ne s’expriment que devant lui ?
  •  Oh non, Inspecteur, non. Ras-le-bol de ses patients ? Sigmund aime trop l’argent !
  •  Ouais … Donc si je résume, les patients doivent la boucler dans la salle d’attente et dans une des chambres du château s’amoncellent des ordinateurs à gogo et tout le matos d’un informaticien de génie qui chercherait une formule magique pour … là, mystère !
  •  Oui, c’est bien ça. Ah oui, j’oubliais. Sigmund a transpercé le mur entre la salle d’attente et cette chambre qui contient tout ce matériel de fou. La chambre en question se trouve juste au-dessus de la salle d’attente.
  •  Donc il prémédite quelque chose.
  •  Mais je me tuuuue à vous expliquer cette supposition, Inspecteur !
  •  Oui, madame Belle, oui. Et rien d’autre ne vous vient à l’esprit ? Des lectures inhabituelles ? D’autres questions que celles citées ? Réfléchissez bien, le moindre indice pourrait m’aider.
  •  Sigmund parle souvent d’argent. Parfois il ressemble comme deux gouttes d’eau à Louis de Funès devant son or dans le film dont j’ai oublié le nom …
  •  La folie des grandeurs.
  •  Oui, c’est bien ça, merci Inspecteur. Ah cet amour de l’argent … Inspecteur, quelque chose me revient !
  •  Oui, madame Belle ?
  •  Sigmund m’a dit l’autre matin, Le silence est d’or, ma belle, le silence est d’or !
  •  Le silence est d’or, un très vieil adage.
  •  Inspecteur, Sigmund est un psychiatre renommé, un génie.
  •  Oui …
  •  Pensez-vous qu’il serait occupé à expérimenter …
  •  Oui, madame Belle ?
  •  Sigmund pourrait-il selon vous, Inspecteur, enregistrer le silence et, abracadabra, via les ordinateurs et une imprimante 3D transformer le silence en or ? Inspecteur ? Inspecteur ?

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

Publié dans Textes

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Commenter cet article
P
Il y a le surréalisme à la belge et le surréalisme à la Carine-Laure...
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C
Hi hi oui, merci Philippe, j'adore ton humour.
C
Conversation surréaliste et c'est tout bon pour le moral !
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C
L'inami m'engagera bientôt pour écrire de tels textes, ça diminuera les ventes d'anxiolytiques et de tout le barnum. Merci pour ton passage!
P
Deux fois le plaisir de te lire ce matin, ...dans des registres différents ! 😊 Merci!
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C
Il faut multiplier les bêtises :D
M
Super échange verbal ! Bravo, Carine-Laure !
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C
Merci Micheline!
A
Ah ! cette chère Clara Belle et ses folles conversations avec l'inspecteur Sidonin, on ne s'en lasse pas. C'est certain, c'est mon feuilleton préféré !😄
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C
Les prochains dialogues sont savoureux, faudra attendre =D
R
Sympathique cette nouvelle.<br /> <br /> Nicolas Flamel appréciera. :)
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C
Sigmund est peut-être à la recherche de ses travaux, qui sait?