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Un extrait du nouveau roman de Claude Danze, "Ailleurs... autrement..."

Publié le par christine brunet /aloys

 

http://www.bandbsa.be/contes2/danze3.jpg

 

« Ailleurs… autrement… »

Le nouveau roman de Claude Danze : l’extrait

Le chevreuil venait de s’avancer imprudemment sur la route enneigée. Fasciné par les phares qui venaient à sa rencontre à travers les flocons, l’animal stoppa net sa course, huma le vent, s’enfuit sans se retourner. La Ford bordeaux venait de quitter la route pour l’esquiver : le verglas sous l’épaisse couche de neige encore inviolée ne pardonnait aucune incartade au volant, surtout avec une « propulsion ».

La Taunus, cabossée de toutes parts après son embardée entre les arbres, avait fini sa course au fond du ravin dans un large ruisseau glacé. Les deux portières, bloquées entre deux troncs, ne portaient pas à l’optimisme quant aux chances de s’extirper de l’épave.

Le conducteur n’était pas gravement blessé, seulement bien secoué. Jean-Paul avait les pieds et les mollets déjà trempés par l’eau qui montait dans l’habitacle en glougloutant tranquillement. Sa jambe gauche lui faisait mal et il avait une sacrée bosse sur le front. Bientôt, le froid l’envahirait. Il allait peut-être finir gelé dans ce cercueil d’acier, de verre et de similicuir…

Entre le dossier, le volant brisé, le levier de vitesse et le frein à main, il finit par rejoindre la banquette. Il s’arc-bouta des deux pieds contre la vitre arrière, mais craignit de finir étouffé sous l’épaisse couche de neige, de branches et de terre que la voiture avait entraînée et qui envahirait l’habitacle dès que le carreau sauterait. Il reporta dès lors son attention sur les vitres latérales arrières, qui étaient fixes.

La neige tombait, à ne jamais s’arrêter, sur la forêt qui, désormais en sépia, ne tarderait pas à virer au noir et blanc.

***

Au coin de l’âtre, dans le petit salon, Isabella, travaillait depuis plus d’une heure le Prélude n°1 de Villa-Lobos à la guitare. Pause. L’élégant instrument étendu sur le canapé, elle attrapa un gros anorak rouge et sortit voir tomber la neige depuis la terrasse. Au même moment, la Taunus se fracassait entre les arbres, à moins de cent mètres de là. Le klaxon insista une bonne minute avant de s’estomper dans un halo sonore intriguant.

Au mépris des consignes des services secrets et de la Gendarmerie, chargés de sa protection, Isabella enfila ses bottes fourrées et se précipita à travers bois vers la voiture, facile à repérer, malgré les débris amoncelés dans son sillage fou, grâce à ses feux arrière restés allumés. Elle s’arrêta à vingt mètres de la voiture, une berline deux portes méconnaissable, et put enfin identifier les coups sourds qui scandaient sa progression, malgré l’étouffement sonore du sous-bois enneigé : le conducteur frappait des pieds contre l’une des vitres latérales, sans parvenir ni à briser le verre Sekurit ni à la faire sauter entière vers l’extérieur.

Avant de se manifester, elle scruta les alentours entre les troncs à travers les myriades de flocons. Isabella devait rester prudente : des tortionnaires de la camorra, mafia napolitaine qui ne le cédait en rien à sa grande sœur de Sicile en matière de violence et de mépris de la vie, étaient à sa recherche, sur les ordres mêmes de son père, qui n’aurait de cesse d’avoir éliminé la « donneuse », fût-elle sa propre fille. 

 

 

Claude Danze

claude-danze.over-blog.fr

http://www.bandbsa.be/contes3/ailleursautrement.jpg


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Marie-Claire George en invité d'Aloys... un interview particulier...

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

http://www.babelio.com/users/AVT_Marie-Claire-George_6214.jpeg                                                                             http://fdata.over-blog.net/2/68/57/21/avatar-blog-1085559688-tmpphpQzYnHP.jpeg

 

Albert, le personnage principal des deux premiers romans d’Alain Bustin nous parle du premier ROMAN de Marie-Claire George : L’ombre d’Auriel.

 

- Alors Albert, toujours occupé à courir tes montagnes ?

- Oui, l’âge avance mais j’ai encore cette chance.

- Et ton second roman, La course de lumière ?

- Gros, gros carton…

- Et l’écriture ?

- Un super projet est en cours avec une surprise à la clé.

- Tu peux nous en dire un peu plus ?

- Une collaboration avec un photographe parisien de renom…

- Pas beaucoup le temps de lire, alors ?

- Bien au contraire, je lis pas mal pour le moment. Un peu trop même aux dires de la charmante dame qui s’occupe de mon ménage. À chaque fois, elle doit déplacer les six piles de romans qui m’attendent sous la table du salon…

- Récemment, un roman que tu as particulièrement aimé ?

- Oui, une fois de plus, gros coup de cœur pour celui de mon amie Marie-Claire George : L’ombre d’Auriel. C’est son premier roman après son bien sympathique recueil de nouvelles, L’ange gardien.

-  La raison de ce coup de cœur ?

- Une fois de plus, comme dans L’ange gardien, Marie-Claire m’a bluffé !

- Ah bon, pourquoi ?

- Au départ,  je me suis dit : Encore un roman dont l’histoire se déroule pendant la grande guerre… Je n’étais pas très chaud pour le lire car j’ai pas mal lu et vu à ce sujet, et des choses magnifiques comme Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, La chambre des officiers de François Dupeyron, Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick, etc.  Mais Marie-Claire, c’est une amie. Alors, j’ai lu et j’ai…adoré.

- Tu peux préciser ?

- Ce n’est pas du tout un roman de guerre, bien au contraire, c’est une belle et grande histoire d’amour au sens large du terme. Dès le début du roman, il y a cette lettre d’amour… Si belle, bouleversante. Me voilà captivé.  A tel point que je suis rentré à fond dans le roman et qu’ensuite, je ne l’ai plus lâché.

- Et alors ?

- Une bien belle histoire, bien ficelée, évidemment très bien écrite et parfaitement documentée. Mais l’intérêt, c’est que tu remontes avec curiosité dans le temps pour te retrouver dans la peau de cette femme de l’époque, cette Félicie. C’est là que se trouve toute la richesse du roman de Marie-Claire !

-  Explique…

- Dans notre vie à tous, il y a le bien, le mal, les jours de joie et de tristesse, l’aspiration au bonheur vrai, celui qui passe par le partage et le pardon. Félicie, le personnage principal, c’est une cure de jouvence, une leçon de vie, un rappel des vraies valeurs, de celles qui font la lumière d’un parcours.  Cette lecture est d’une telle fraîcheur qu’elle ne peut que te rappeler le sens des vraies valeurs. Félicie, page après page, elle te donne une sacrée leçon. Sans se plaindre, sans gémir, elle est juste dans le don, dans l’amour. Tiens, je suis certain qu’elle devait avoir le sourire de Marie-Claire…

- Une conclusion Albert ?

 - J’espère qu’après la lecture du roman, les lecteurs verront  un peu plus le verre d’eau de leur vie à moitié plein et non pas comme souvent à moitié vide !

- Bien mystérieux, Albert ?

- Non, pas du tout. Le bonheur se trouve là, juste à tes pieds, il suffit de regarder. Pour le dire encore beaucoup mieux, voici une citation de Koan Zen : Ce qui te manque, cherche-le dans ce que tu as !

Merci Félicie, merci Marie-Claire 


Alain Bustin

alainbustin.over-blog.com

 

Marie-Claire George

lesjardinsdulivre.over-blog.com

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La Zone, un texte de Claude Colson

Publié le par christine brunet /aloys

claude colson-copie-2

 

LA ZONE

 

Elle se tenait là, devant cette vision insolite : deux bagnoles cramées dans un quartier sordide, une rue vide aux façades tagguées,
peinturlurées. Ca dégageait une atmosphère presque irréelle.

La laideur, elle pensait.

Oui , la laideur des hommes. Cet aspect particulier mais incontournable de leur être.

Ici, c'était comme si la laideur était objectivée car les "sujets" n'étaient pas là. La rue était déserte.

Elle avait oublié le quartier de banlieue qu'elle venait de traverser, le contexte de ces vies confinées, condamnées au ghetto, l'incapacité
des hommes à mieux se partager les richesses de la terre.

Non, elle ne voyait plus que le produit de ce système, là devant elle : la noirceur du mur et les bagnoles rouillées.

Et elle, ne voyait plus que les hommes tels qu'ils sont et resteront de toute éternité : moches.

Elle n'oublierait plus ces voitures qu'elle apercevait du trottoir opposé dans le cercle déglingué, rouge vif, d'un débris de cabine téléphonique au premier plan de son champ de vision : celle-ci était à jamais dans sa mémoire.

 

Les tigres n'avaient plus qu'à sauter dans le cercle de feu.....

avant la tuerie.

http://claude-colson.monsite-orange.fr

 

Lena C. Colson

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Est-ce que ce monde est sérieux ? de Philippe Leclercq... un extrait...

Publié le par christine brunet /aloys

couverture3

 

Extrait du livre 


Assain frappe, comme un malade, dans le sac. Il décoche des coups de butoir dans cette saucisse obèse qui encaisse mollement. Il la fait tellement balancer, qu’elle gémit par l’anneau métallique qui la fixe au plafond.

Ça décuple son ardeur.

Il s’imagine qu’il cogne Sauveur, qu’il lui éclate sa petite gueule lisse et bien élevée. Les grincements du sac qui oscille deviennent des cris de supplication sous ses poings déchaînés.

Là, il vient de se taper trente minutes de corde 2x360 grammes, quinze minutes de  rameur à 150 watts, vingt minutes de musculation et trente secondes de Waow…

Me demande pas ce que c’est, je sais pas.

J’ai pêché ça sur le net.

Coco, l’entraîneur des boxeurs, le regarde à la dérobade depuis quelque temps. Qu’a-t-il donc à se démener ainsi ?

Son poulain, un déménageur de vingt-neuf ans, trois fois champion de la province, deux fois finaliste du tournoi des Jeunesses Nationalistes et cinq fois gant d’or à la kermesse aux Taureaux, enjambe les cordes et monte à l’instant sur le ring.

Il est beau comme un tracteur propre. Fier comme Artaban. Il semble très content d’être une brute, une plante ou une machine. Il fait rouler ses pectoraux en les contractant tour à tour.

Coco lui glisse deux mots pour le faire patienter. Il se dirige vers Assain, toujours en grande explication avec la vessie en cuir. En arrivant à sa hauteur, il risque de se prendre une droite enroulée destinée au sac.

Oh ! Marc ! Qu’est-ce qui te prend ? T’as trop de jus ce soir ?

L’inspecteur dégoulinant de sueur s’arrête, surpris d’être surpris. Il fait oui du nez, en se mouchant dans son gant.

Ok, j’aime ça. Eh bien, viens sur le ring, Manu a besoin de s’échauffer les poings…

Chouette ! Il en a marre de ce cadavre en couenne, incapable de riposter.

Cinq secondes plus tard, voilà les deux déréglés de la castagne face à face sur le ring. Ils ont enfilé le casque, tout de même.

Totalement inconscient, le flic se met en garde.

Je vais pisser un coup, lance Coco.

Puis, à son poulain.

Ne me l’échine pas trop, hein ?!

Et il disparaît en direction des waters.

Le gars, le Manu, il ne se méfie pas du tout. Pourquoi devrait-il, d’ailleurs ? Le poulet, n’est même pas boxeur.

A sa place, je me méfierais. Ce soir, le poulet est piqué aux hormones, élevé à la haine, aromatisé à la bave de venin de crotale.

Manu commence prudemment. Il lance quelques petits pif paf pas bien méchants. Assain fait un pas de retrait et lui gicle un jab sur la joue. Sans attendre, il plie les genoux, se casse en deux et lui décoche un droit fusé aux côtes flottantes.

Tu vas en baver, Sauveur ! lance-t-il.

Sauveur ? Mais qu’est-ce qu’il raconte, il s’appelle Manu, le gars.

Comme il se redresse pour préciser ce détail, futile, certes, mais identitaire, il se prend un slash du gauche, suivi d’un crochet du droit, ponctué d’un direct swingué à la mâchoire.

Ça va pas, non !

Attention, le champion prend la mouche ! Ça va chier pour le chieur ! Il entre dans le combat, fait la feuille face au prétentieux.

Mais Assain est intouchable, aujourd’hui. Un extraterrestre ! Le flic se figure, dans sa hargne héritée d’une journée de merde, qu’il est face au Médiateur Fédéral. Il va enfin pouvoir se libérer des multiples frustrations engrangées à son contact. Il n’a qu’une idée en tête : trouver une entrée dans la garde de son adversaire, lui bousiller les narines, tout en se réservant une sortie en cas de réplique.

Il se met à gesticuler du buste, comme Mike Tison, en avançant finement. D’un coup fulgurant, il lui décoche un uppercut du gauche qui lui décolle la sueur des cheveux, puis finit du droit avec un swing nucléaire au nez, qui explose sous le gant.

Bordel, Manu, qu’est-ce que tu fous ?

C’est Coco, de retour des chiottes.

Il n’en revient pas de voir son poulain à genoux, pisser le sang par les narines. Il est fou, ce type, il lui a esquinté son champion !

Assain est debout, en garde, fier d’avoir terrassé le champion de pacotille.

Il entend à peine les récriminations de l’entraîneur. Rien à foutre ! Il se glisse sous les cordes, sort du ring.

Ah ! Ça fait du bien !

Sans écouter les jérémiades de l’un et les imprécations de l’autre, il se dirige vers les douches.

« Ouf ! Ça va mieux, maintenant ! »

 

Il est déjà lavé, habillé et prêt à partir, que Coco est toujours en train de soigner le pauvre Manu, avec moult coton-tiges, pommade et glaçons…

Il est bien.

Soulagé.

Faut pas l’emmerder, Rhésus ! Quand il perd les deux, trois neurones qui lui donnent figure humaine, il devient une bête, une machine à démolir.

Vivement qu’il rentre chez lui !

Sa petite femme l’attend, toujours prête à lui éplucher la carotte, à l’accueillir généreusement entre ses jambes galbées. Il accélère…

Rien de tel qu’une bonne femme à la maison, à demeure. Toujours sous la main. Dès qu’il pointe le capot de la Mégane dans la rue, elle reconnaît le moteur et commence à se préparer. Rhésus adore la trouver à la cuisine, occupée à préparer le repas. Invariablement, elle a les fesses à l’air sous son tablier. Il doit à peine en écarter les pans pour glisser son boa brûlant entre les deux globes chauds.

Quel pied !

Ce qui l’excite le plus, c’est qu’elle continue de travailler, comme s’il n’était pas là. Il en fait ce qu’il veut, elle est à son service, comme une employée de maison, depuis des années.

Depuis des années…

Il la voit encore, la première fois qu’il l’a amenée chez lui. Il a dû tout lui apprendre. Elle ne parlait presque pas. Maintenant non plus, d’ailleurs.

Depuis, elle ne l’a jamais quitté.

Elle n’a pas intérêt.

 

Philippe Leclercq

Photo couverture leclerc

 

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Le retard, une nouvelle de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

boland photo

 

LE RETARD

 

Il s'appelait Sébastien, il avait douze ans et commençait son cycle secondaire. Tous les samedis matin, il venait à la maison. Mon fils Thierry, qui étudiait l'orthophonie, l'avait rencontré chez les scouts. Thierry avait été affolé par le niveau d'orthographe du gamin et s'était proposé pour lui donner quelques cours.

 

Ce samedi-là, Sébastien arriva à l'avance. Thierry qui était parti acheter du pain chez un boulanger situé à l'autre bout de la ville, n'était toujours pas de retour. Le trajet ne devait normalement pas prendre plus de vingt minutes au total mais je reçus un SMS : "Bouchon. Accident sur périphérique. Préviens Seb"

 

Hélas, Sébastien était là et bien là ! Assis dans la cuisine, il se tortillait sur sa chaise en me regardant repasser des chemises. Je dis : "Thierry sera en retard. Il y a un problème sur la route. Tu veux un livre pour passer le temps ?"

 

Sébastien me dévisagea : "Oh non. Ma mère me dit toujours de lire mais je n'aime pas lire. Je vais rentrer chez moi. Tout ça ne sert à rien. Mon année, elle est ratée de toute façon."

 

Je dis : "Rien n'est joué."

 

"Oh si. Maman et Papa le disent. Personne n'y croit…"

 

Tout le désespoir que je devinais au-delà des mots, me poussa à abandonner mon travail et à m'asseoir près de lui. D'abord, je l'écoutai. Il n'exprimait que son impuissance face à la machine scolaire. Puis je tentai de lui remonter le moral. Mais quels mots utiliser face à toute cette détresse ?

 

Finalement, pour lui changer les idées, je me décidai à préparer un gâteau. Il cassa les œufs, pesa la farine et le sucre. Oui, j'agis simplement avec lui comme je l'avais fait avec Thierry et ma fille. Tout en mélangeant les ingrédients, nous parlions de choses et d'autres. Le chat dormait dans son panier, la radio nous enrobait d'un léger fond musical.

 

Vaille que vaille, il avait écrit la recette demandant mon avis quant à l'orthographe de tel ou tel mot. À chacun de ses doutes, j'avais répondu par les vieux trucs que j'utilisais jadis pour m'y retrouver parmi les règles. Le résultat final fut moins catastrophique que prévu. Je le félicitai de bon cœur. Et comme Thierry se faisait toujours attendre, Sébastien était rentré chez lui, plus heureux qu'il n'était arrivé. Déterminé à confectionner un gâteau quatre quarts avec sa mère.

 

 

Micheline Boland

http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/ http://micheline-ecrit.blogspot.com/

M Boland Nouvelles à fleur de peau

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Un extrait de L'Elitiste, de Jean-Claude Texier

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

elitiste

 

UN EXTRAIT DE L’ELITISTE

 

Récité et mimé par Jean-Claude Texier sur YouTube yt.cl.nr/A2PV1RrGEgU.webloc

 

Roméo de Rivera, proviseur du lycée Édith Cavell dans une banlieue chic de la région parisienne, est entré en conflit avec la belle l’infirmière scolaire résidente. Son fils Félix, surnommé Le Chat en raison des moustaches dont il s’affuble durant les cours, a résolu de la venger.

 

Le lendemain, dans l’ascenseur réservé au personnel résident, Roméo fit la sinistre découverte d’un graffiti menaçant, l’esquisse d’une tête de chat moustachu avec ces mots en majuscules :

LE CHAT SAIT TOUT, VOIT TOUT ! LE CHAT EST PARTOUT !

En guise de signature, une griffure à quatre traits courbes avait éraflé la peinture.

Il sortait furieux de l’ascenseur quand il se trouva nez à nez avec un autre avertissement, sur le mur à gauche :

ROMEO, LE CHAT AURA TA PEAU !

Il entra en coup de vent dans son secrétariat et sans saluer Mlle Dombasle qui venait d’arriver lui lança :

« Convoquez-moi Félix Pervanche, Seconde E, tout de suite à mon bureau.

— Oui, Monsieur le Proviseur, l’élève sera averti dès que les surveillants seront là.

— Ils devraient déjà être là, il est huit heures moins dix, dit-il impatiemment. Cherchez-en un et prévenez-le. Avertissez Desforges d’effacer d’urgence les graffitis dans l’ascenseur.

— Oui, Monsieur le Proviseur. Tout de suite Monsieur le Proviseur. Cela va aller, Monsieur le Proviseur. »

Cette dernière phrase, dite avec finesse, d’une voix douce, était la formule qu’utilisait la première secrétaire lorsqu’elle pressentait la venue d’un orage. Elle visait à calmer les nerfs à vif de son chef et ménager son humeur dépressive en affirmant que la journée se passerait bien.

Elle trouva Pablo, un jeune Portugais, qui mettait en ordre son bureau dans la salle de Régine Putois, et l’envoya aussitôt à la recherche de Félix.

La sonnerie venait de retentir lorsqu’il atteignit la salle 22O, au deuxième étage. La classe était devant la porte, prête à entrer en cours d’anglais à l’arrivée de Mme Simone Etourneau, surnommée « En voiture Simone ! » en raison de son addiction aux sorties théâtrales en autocar. Il aborda un garçon mâchant du chewing-gum, nonchalamment adossé au mur.

« Félix, le proviseur te demande à son bureau immédiatement. »

L’autre ramassa en maugréant son sac couvert de gribouillis illisibles.

« Qu’est-ce qui’m veut encore c’con là ?

— Soyez respectueux, s’il vous plait, et dépêchez-vous ! »

Il s’éloigna en traînant les pieds. Arrivé à proximité des toilettes, une odeur d’urine lui rappela que Roméo privilégiait le nettoyage des classes et des bureaux à partir de sept heures, ce qui repoussait celui des sanitaires à 1O heures, moment où chacun en avait le plus besoin. Comme guidé par cette odeur, il bifurqua vers l’entrée où s’affairait une femme de ménage, et alla jeter dans la poubelle du fond deux objets de son sac. Puis, comme à contrecœur, il prit le chemin du hall, sans se hâter. Le concierge, toujours à l’affût derrière sa vitre, le regarda curieusement passer, pressentant quelque incident.

Il atteignait la grande porte du bureau du proviseur lorsqu’elle s’ouvrit brusquement et Roméo, le visage de marbre, l’invita à entrer. Debout au milieu du tapis à arabesques, il l’admonesta vertement.

« Alors, monsieur Pervanche, on recommence à faire des siennes, on dégrade les murs, on écrit des graffitis insultants à mon égard dans l’ascenseur ? »

Une colère mal contenue perçait dans ses paroles. Il le sentait prêt à éclater d’un instant à l’autre, ce qui n’était pas sans lui plaire, car il aimait faire enrager l’autorité.

Il ouvrit de grands yeux, avec la feinte surprise d’un garnement dès longtemps exercé à esquiver les remontrances sous le masque de l’innocence.

« Moi M’sieur ? Mais j’ai rien fait, M’sieur, j’vous jure. »

Roméo le toisa comme un boxeur mesurant l’envergure de l’adversaire qu’il se prépare à mettre K.O.

« Tu n’as rien fait, hein ? Viens avec moi ! »

Et il l’entraîna vers l’ascenseur, où il lui montra les signes du passage du Chat.

Roméo le toisa comme un boxeur mesurant l’envergure de l’adversaire qu’il se prépare à mettre K.O.

« Tu n’as rien fait, hein ? Viens avec moi ! »

Et il l’entraîna vers l’ascenseur, où il lui montra les signes du passage du Chat.

« Et ça, ce n’est pas toi qui l’a fait, peut-être ? »

Sa voix se faisait plus menaçante.

« Non, m’sieur, c’est pas moi. J’fais pas d’graffitis.

— Ah non ? Et ça, ce n’est pas toi non plus qui l’a fait ? »

Et il lui montra l’écriture sur son sac.

« Ça oui, M’sieur, pour décorer. Mais vous voyez bien, j’écris jamais en majuscules !

— Ne joue pas au plus malin avec moi ! Ouvre-moi ce sac ! »

Il étala sur le sol ses cahiers et ses livres, dont celui d’anglais, VOICES, était orné d’un décor baroque tracé à la plume, sa trousse de toile, noire de dessins et de numéros de téléphone, des gommes et des crayons, un effaceur, une règle en fer qu’il laissait tomber à des moments choisis des cours, un téléphone

portable bleu, cadeau d’anniversaire de sa mère, des tablettes de chewing-gum, des porte-clefs, un tube de rouge à lèvres, offert par une admiratrice, une fausse moustache dont les poils rigides s’étalaient en éventail.

Roméo s’en empara.

« Et ça, fit-il triomphalement, « c’est pas ton chat favori, peut-être ?

— Oh ça m’sieur, c’est pas méchant, » rétorqua l’autre sans se démonter, « c’est pour faire marrer les copains, j’suis pas l’seul à rigoler, y’en a qu’ont des faux nez, des fausses lunettes, des faux dentiers… »

Roméo l’interrompit brutalement.

« Ça suffit ! Où est la fourchette ? »

Il joua l’étonné.

« La fourchette ? Quelle fourchette ?

— Celle que tu utilises pour faire le coup de griffe, et le marqueur indélébile qui va avec. Car c’est bien toi, tu le reconnais, qui as fait cette trace sur le mur, et ces graffitis dans l’ascenseur ? »

Félix tomba des nues.

« Moi ? Mais pourquoi moi ? J’sais même pas d’quoi vous parlez. D’abord, j’prends jamais l’ascenseur. Ça m’donne le vertige. J’vais plus vite à pied. »

Quand Roméo vit qu’il n’en tirerait rien, il le ramena dans son bureau, le fit asseoir devant lui.

« Puisque tu ne reconnais pas l’évidence, je suis obligé de faire un rapport sur ces incidents, y compris les graffitis de la salle 1O9, sur lesquels j’étais prêt à passer l’éponge… »

Se rendant compte, après coup, qu’il avait été drôle par inadvertance, il se rattrapa de justesse :

« Si l’on peut dire ! Mais je ne donne pas cher de ta peau si tu ne reviens pas sur tes déclarations. Et je plains ta maman. »

En cela, il était sincère. Roméo éprouvait toujours une vague pitié pour les futures victimes qui avaient osé le défier. Pourtant, l’idée qu’il pourrait mieux toucher la mère en perdant le fils, lui plaisait et amenait sur ses lèvres un fin sourire démentant ses paroles.

Copyrights, Editions Chloé des Lys 2012

 

Jean-Claude Texier récite et mime ce passage de L’Elitiste sur YouTube. yt.cl.nr/A2PV1RrGEgU.webloc

 

P1070295

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Est-ce que ce monde est sérieux ? de Philippe Leclercq... un extrait...

Publié le par christine brunet /aloys

 

couverture3

 

Extrait du livre 

 

Il pousse la porte, se glisse sur le palier comme on se jette dans la gueule du loup.

Déjà, l’immeuble vit. Il entend des bruits de voix, des pas. Des gémissements réguliers lui indiquent que sa vieille voisine est encore bien verte pour la saison.

Il descend lentement l’escalier, presque à reculons. Bon sang ! Que fait-il là ? Quelle mouche l’a donc piqué ?

Il croise quelques personnes aux étages inférieurs. Des blacks, des jaunes. Des exclus de la vie au grand jour, comme lui. Une jeune beur allégée sort d’une douche improvisée, une serviette autour des reins, les seins nus.

 

Personne ne lui prête attention. Est-ce que quelqu’un le voit, seulement ?

Dans sa poche, son flingue se rappelle à lui à chaque enjambée. Ça lui donne du courage.

 

Dans la rue, la chaleur est malsaine.

Il fait plus chaud dehors que dedans.

La nuit tire ses dernières cartouches devant la déferlante de lumière qui s’annonce à l’horizon.

Quelques voitures passent. Un camion termine sa tournée des poubelles.

Il avance en rasant les murs. Il se traîne plus qu’il ne marche. A chaque réverbère, son ombre le dépasse. Il la voit gesticuler comme un pantin devant lui, animée de gestes saccadés et désordonnés.

A trois reprises, l’arme tombe de sa poche. A trois reprises, il la ramasse péniblement. Comme un marathonien perclus de crampes qui doit relacer sa chaussure.

Où va-t-il ? Il ne le sait pas. Il se laisse faire, invoquant son étoile. Confiant dans tous les rayonnements, dans toutes les ondes qui l’ont sorti de l’impasse il y a quelques heures, il avance.

C’est beau, la foi.

Peu à peu, les rues changent. Les trottoirs sont plus réguliers, plus propres. Il quitte la zone pour des quartiers mieux fréquentés.

Déjà, il n’en peut plus. Son corps se rebiffe.

Il ne tiendra plus longtemps.

Il pousse une porte sur sa droite, se retrouve dans le hall d’entrée d’un immeuble.

Ce sera celui-ci. Pas le choix.

Il regarde autour de lui. Il n’y a qu’une dizaine de boîtes aux lettres au mur, pas beaucoup plus. C’est juste ce qu’il lui faut.

Comment faire pour franchir la deuxième porte vers la cage d’escalier, vers l’ascenseur ? Il considère le parlophone. Devra-t-il sonner au hasard en espérant qu’on lui ouvre ?

Un début d’agacement le saisit. Il n’aime pas devoir réfléchir, ça l’épuise, ça court-circuite ses neurones et provoque des troubles de l’activité électrique du cerveau.

Déjà qu’il n’a pas besoin de ça pour être perturbé.

Heureusement – si je puis dire – quelqu’un se présente à la porte intérieure. Un jeune adolescent hirsute, le casque sur les oreilles, le MP3 à la ceinture. Tellement enfermé dans son monde qu’il ne s’aperçoit pas que quelqu’un s’est glissé à l’intérieur.

 

Alea jacta est !

Sa vae chium dans le ventilum.

 

Il avance dans le couloir encore éclairé. Tout est propre et neuf. Un autre monde. Tant mieux : il n’aura pas à flinguer des compagnons d’infortune.

L’ascenseur est encore éclairé, en stand-by au rez-de-chaussée.

Tout à coup, une porte s’ouvre cinq étages plus haut. Une voix de femme prononce quelques mots.

Mahfouz ! Dépêche-toi, il est l’heure.

On l’entend faire quelques pas. Elle appelle l’ascenseur.

L’occasion est trop belle. Dans un effort douloureux, il se jette en avant. In extremis, il arrive à se glisser juste avant que les portes ne se referment. Il se dit :

« Quel étage ? »

Et voilà qu’il quitte la terre ferme.

Alors ?

Les chiffres dansent.

Tout se mélange.

Il est en tête-à-tête avec un ange…

 

Il a déjà son arme au poing. Il se surprend à penser :

Cinquième étage…

Quand l’ascenseur s’arrête.

Tout à coup, la femme est à un mètre de lui. Elle ne s’est pas encore aperçue de sa présence, elle regarde en arrière.

Mahfouz ! Allez, bonhomme ! Je dois encore te déposer chez Nicole ce matin…

 

Elle ne le déposera nulle part.

 

Il tend le bras, pointant le canon à soixante centimètres de cette tête de mère pressée par le temps.

Tout va alors très vite.

Le gamin arrive enfin, empêtré dans les sangles de son cartable, une tartine de choco coincée entre les dents. D’un mouvement du pied, il ferme la porte derrière lui, puis lève les yeux vers sa mère.

C’est là qu’il voit la scène.

La tartine lui échappe, un cri d’effroi sort de sa bouche pâteuse…

Le coup part.

Les murs du cinquième sont repeints en rouge.

Par projection.

Le corps de la femme s’écroule lourdement sur le sol.

Le gosse hurle encore. Il hurlera toujours…

 

Mahfouz, ça veut dire « Qui est sous la vigilance et la sauvegarde de Dieu ».

Il y a des matins, comme ça, où même le Tout-Puissant a du mal à se réveiller.

 

 

Philippe Leclercq

Photo couverture leclerc

 

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Alexandra Coenraets nous propose un extrait de "Naissance"

Publié le par christine brunet /aloys

 

coenraetstete

 

Laurence gambergeait en vain, elle le savait. Les réponses viendraient d’elles-mêmes en temps voulu. Chaque étape avait son importance, le moindre geste, le moindre mot avait un sens. Comme la scène qui venait de se dérouler.

 

La lenteur de leur rapprochement augmentait la sensualité de leurs échanges.

 

Le soir, étendue dans son lit, les yeux mi-clos, elle se repassa le film de la journée. « Un jour parfait, ni bon, ni mauvais, juste un jour parfait. », chantait Calogero. Oui c’était cela.

 

Pourquoi voulait-elle alors toujours plus ?

 

Cette insatisfaction perpétuelle l’épuisait. Fataliste à force de constater la fréquence de ce sentiment autour d’elle, Laurence trouva une forme de réconfort à penser que c’était la loi du genre humain.

 

Au moins n’était-elle pas seule. Au moins, était-elle humaine.

 

HUMAINE.

 

J’aime que le bouddhisme nous apprenne autre chose. La saveur de l’instant présent, la satisfaction de se sentir présente, de se sentir, de se vivre, de se sentir vivre et vivante.

 

Elle eut hâte de trouver le sommeil.

 

Laurence éteignit, se glissa lentement sous la couette, laissant le tissu effleurer légèrement sa peau. Elle frissonna de ressentir pleinement le contact de l’édredon sur elle et s’en éloigna brusquement. La sensation était trop douloureuse.

 

Elle trembla et se recroquevilla sur le bord du lit. Elle écouta son souffle durant de longues secondes, dans la retenue de ses émotions, puis fut happée par le réel dans toute son acuité et envahie d’une tristesse infinie.

 

Alexandra Coenraets

naissancer

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Les petits carnets, un texte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

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LES PETITS CARNETS

 

Tous le mercredis vers onze heures, elle venait à la librairie. Elle jetait toujours un coup d'œil aux petits carnets avant d'acheter le magazine féminin auquel elle était fidèle. Parfois, elle faisait un commentaire au sujet du sommaire comme si elle avait voulu me convaincre de lire l'un ou l'autre article. Avant de sortir du magasin, elle allait voir les stylos. Il lui arriva d'en choisir un, le plus cher, de revenir au comptoir pour le payer et de demander un emballage cadeau : "C'est pour moi mais j'aime m'offrir de jolies choses", commenta-t-elle. Une autre fois, en plus du magazine, elle acheta une boîte en bois vernis. Sans qu'elle n'ait rien dit de particulier, je fis un emballage cadeau. Elle était jeune, rousse et belle mais son regard d'un vert délavé me semblait bien mélancolique.

Ma fille, qui l'avait juste croisée à maintes reprises, la trouva chaque fois occupée à caresser des carnets ou des stylos. Elle me dit qu’elle la trouvait fort bizarre. Elle l'avait vue choisir des fruits et des légumes à la supérette après les avoir secoués comme des maracas. Elle l'avait entendue parler aux pigeons de la place. "T'as remarqué, elle touche à tout dans la boutique. Heureusement que c'est une cliente régulière sans quoi j'interviendrais et perdrais mon amabilité !", avait-elle conclu.

 

Ce mercredi-là, la jeune femme chercha vainement son porte-monnaie. Après avoir fouillé dans son sac et ses poches, elle me dit tout embarrassée : "Je n'ai pas un sou sur moi. Il n'y a que le mercredi que je peux faire mes courses. Vous voulez bien garder la revue jusqu'à la semaine prochaine ?" Je répondis en souriant : "Emportez-la. La maison vous fera crédit jusque là." Elle répondit : "Et si j'avais un empêchement ?" "Alors ce sera pour le mercredi suivant. Je vous connais, n'est-ce pas ?" "Mon nom est Natacha Meyer", répondit-elle.

 

Le temps passa. La jeune femme s'acquitta de son dû.

 

Un peu avant la rentrée scolaire, ma fille décida de démarquer des carnets et de mettre en valeur la nouvelle collection sur l'étagère située à quelques pas du comptoir.

 

Natacha prit tout le stock de carnets démodés ou défraîchis ainsi que les plus précieux parmi la nouvelle collection. Jamais encore, un client n'avait fait tant d'achats à la fois.

 

Un mercredi, elle m'entendit parler avec un client de la mort de mon vieux chat. J'avais les larmes aux yeux, le geste hésitant. Lorsque vint son tour, elle sortit de son sac un carnet à la couverture bleue, elle me le tendit : "C'est un carnet de deuil " me dit-elle. "Notez-y tout ce qui concerne votre chat. Écrire, cela peut faire du bien."

 

Un peu avant Noël, Natacha fut renversée sur le passage pour piétons devant la librairie. L'automobiliste avait été ébloui par le soleil. Il avait freiné trop tard. Les crissements de pneus et les cris de passants m'attirèrent hors du magasin. Je vis alors que quantité de petits carnets s'étaient échappés du grand sac de Natacha. Je lus quelques titres calligraphiés à l'encre noire : "Carnet de bonnes idées", "Carnet de citations", Carnet de chagrins", "Carnet de sourires".

 

Natacha survécut à l'accident mais mit de nombreux mois à se rétablir. J'allai la visiter à l'hôpital puis chez elle, dans son studio. Jusqu'à ce qu'elle put revenir au magasin, je lui portai régulièrement son magasine favori.

 

Micheline Boland

http://homeusers.brutele.be/bolandecrits/ http://micheline-ecrit.blogspot.com/

M Boland Le magasin de contes

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La proie, un texte de Marcel BARAFFE !

Publié le par christine brunet /aloys

 

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La proie

L’homme remonta le col de son vêtement, regarda l’heure à sa montre et alla chercher au fond de ses poches l’abri qui protégerait ses doigts du froid vif de la nuit. Il avait plu toute la journée. Une éclaircie, cependant, au moment où le soleil se couchait avait déchiré le ciel et quelques rayons échappés étaient allés se noyer dans la mer, laissant sur les vagues des traces vineuses. Puis les averses étaient revenues, plus violentes encore. L’homme suivit un moment le jeu des reflets glissant sur l’asphalte mouillé. Quelques voitures s’engagèrent, entraînées par le mouvement giratoire du rond-point. Il les observa, sans réagir. Il était trop tôt encore. Il fit quelques pas, sans s’éloigner, revenant à chaque fois au pied du grand pin qui lui accordait un abri bien improbable. Il eut une pensée fugace pour son lit. Il en chassa l’image de son esprit. Le moment était proche et il sentit une légère excitation le saisir. Il savait que son attente ne serait pas vaine et il s’était donné pour objectif de faire encore mieux que les fois précédentes. Lorsqu’au loin, il aperçut la trajectoire incertaine de deux phares se dirigeant vers lui, il ne put réprimer un ricanement de plaisir qui illumina sa face des mauvais coups. Il fit signe à son complice resté à l’abri dans la voiture. Apporte l’alcootest et le carnet à souches, lui cria-t-il, voilà le premier ! J’vais leur en foutre moi des soirées Beaujolais nouveau entre amis.  

 

Marcel Baraffe

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