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L'une ou... l'autre rive, de Danièle Deydé : un extrait

Publié le par christine brunet /aloys

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Cette nuit, les deux amies ont peu dormi, et voilà que le jour n’est plus très loin.

- C’est l’heure, murmure Samia.

- Je suis prête, répond Adèle à voix basse. Elle laisse planer un silence, puis elle ajoute : « Je te confie tous les cahiers que j’ai écrits ici. Tu m’y retrouveras.

Elle pose un regard de tendresse sur celle qu’elle abandonne derrière elle, l’enlace et la serre avec fougue sur son cœur.

- Je ne t’oublierai jamais, répond Samia. Je garderai précieusement ces carnets pour toujours. Toi aussi pense à moi.

- Tu le sais bien que je ne t’oublierai pas ! Est-ce que j’ai, un jour, arrêté de songer à Choline ? Ce sera pareil pour toi… Tu vas me manquer !

Adèle secoue la tête comme pour chasser des regrets.

- Allons, reprend-elle, il faut que j’y aille, il est temps. Je t’écrirai chez Aïcha dès que possible et j’espère te donner une adresse à laquelle tu pourras me répondre.

Elle embrasse son amie encore une fois, elle se lève et, furtivement, se glisse dans la ruelle obscure. Samia referme la porte avec précaution, s’allonge sur sa couche et se laisse aller à son immense chagrin.  

 

 

Danièle Deydé

L'une ou... l'autre rive

 

 

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Le bonheur est dans le conte... un autre extrait à découvrir !

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Extrait deuxième partie :

Rosette et son ombre

Il était une fois derrière chez moi une ferme où vivaient les deux meilleures amies du monde, Jeannette et Rosette.

La partie n’était pas gagnée d’avance car il faut vous dire que Rosette n’était pas facile à vivre. C’était une jeune fille rousse à fière allure qui n’aimait pas se faire marcher sur les pieds.

Je vais vous raconter les faits, tels qu’ils se sont déroulés, c’est une histoire ô combien insolite !

Rosette est arrivée par un beau matin printanier en compagnie de quelques membres de sa famille : ses deux sœurs jumelles, son cousin Dédé le meneur (comme on le surnommait) qui parlait fort tout le temps, entraînant derrière lui deux cousines à l’aspect imposant qui déployaient beaucoup d’efforts pour l’imiter. Ces trois derniers n’aimaient pas les visiteurs, même les gens de passage qu’ils repoussaient avec véhémence. Cependant, Dédé avait une bonne dose d’affection pour ses proches à qui il avait fait la promesse de les protéger toute sa vie car il possédait un fort esprit de famille.

Loulou s’était rapidement joint à eux venant de je ne sais où, beau garçon et assez coureur.

Ce beau gosse ne pensait qu’à courtiser Rosette et ses deux sœurs rousses qu’il jugeait tout à fait à son goût et dépensait une grande partie de son énergie à vouloir les séduire. En contrepartie, elles avaient instauré une règle qui consistait à manger les premières, lui laissant le soin de finir les plats. Cela les amusait beaucoup.

Des mois paisibles coulèrent ainsi et la vie en communauté entre jeunes gens se passait sans trop d’anicroches. Jusqu’au jour où, par

un matin d’été, sans prévenir quiconque Dédé et les deux cousines sautèrent dans un camion, on ne les revit jamais. Je me suis laissé dire qu’ils étaient las des remarques et mesquineries incessantes de Rosette.

Cependant la vie continua tranquillement jusqu’à ce fameux après-midi où…

 

 

 

Anne-Marie Jarret-Musso

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Deux nouvelles de Micheline Boland, aujourd'hui !!!

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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LE LAPIN AUX PRUNEAUX

 

C'est à huit ans que j'ai pris conscience des charmes et de l'utilité du mensonge. Maman avait invité mon grand-père à l'occasion de son anniversaire. Elle avait cuisiné un lapin aux pruneaux et mon grand-père, un sourire aux lèvres, le jugea : "Franchement pas terrible." Maman avait pourtant mis tout son cœur pour préparer un plat goûteux et voilà que celui qu'elle fêtait ne l'appréciait pas du tout, pire il semblait s'en moquer. Papa eut beau protester que le lapin était excellent, Mamy eut beau dire qu'il y avait juste un peu trop d'oignons à son goût, à l'heure du dessert je retrouvai ma mère en larmes dans la cuisine.

 

Je posai mes petites mains sur les siennes. C'était un si gros chagrin, une si grosse déception chez un adulte que je me sentais démunie. J'en voulais à mon grand-père même si moi aussi je trouvais que la préparation n'était "pas terrible".

 

Cela me renvoyait, à ma propre détresse, à un devoir que j'avais calligraphié avec soin et qui fut mal noté par mon institutrice. Mentir ou se taire, voilà ce qu'aurait dû faire bon-papa pour épargner sa belle-fille.

 

Ce jour-là, j'appris qu'il est des mensonges salutaires.

 

Mon jugement n'est après tout qu'un jugement parmi d'autres. Alors il m'arrive de dire "délicieux", "joli", "magnifique" quand je pense "mauvais", "moche", "banal". Épargner mes proches, n'est-il pas plus utile que de blesser leur ego ?


**************

 

 

UN TUNNEL

 

Depuis qu'il a entamé ses études secondaires, Jérôme empruntait deux fois par jour, le tunnel qui passait sous les rails du chemin de fer et permettait de gagner rapidement le centre ville. Il s'en disait des choses à propos du tunnel : on racontait qu'une jeune fille y avait été violée, qu'un joueur de basket y avait été délesté de son portefeuille, qu'un gamin y avait été enlevé, que des gens y étaient régulièrement agressés. Jérôme, qui était plutôt peureux, était sûrement au courant de ces rumeurs mais il continuait à emprunter seul le tunnel.

 

Un jour d'hiver, alors que le soleil s'était déjà couché et qu'il rentrait chez lui après avoir suivi un cours de rattrapage, Jérôme fut abordé par un SDF. Il était seul au beau milieu du tunnel et le bonhomme, qui dégageait une forte odeur de remugle, l'avait surpris en lui touchant l'épaule. "Tu n'aurais pas une petite pièce ? C'est pour manger…"

 

Cette scène, Jérôme se l'était imaginée des dizaines de fois. Oh bien sûr, ce n'était pas un SDF mais plutôt un jeune aux allures de punk qu'il se représentait dans les scènes les plus noires de son cinéma intérieur mais que changeait au fond l'aspect de l'agresseur ?

 

Jérôme avait à peine eu le temps de voir les yeux noirs de l'homme. Il avait couru, couru tellement vite jusqu'à l'autre bout du tunnel, il y avait mis toute son énergie. Il n'avait pas vu l'obstacle : une vieille dame qui traînait un caddie. La vieille avait eu un bras fracturé et Jérôme s'en était tiré avec une grosse bosse.

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

boland photo


 


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Le bonheur est dans le conte... Une présentation d'Anne-Marie Jarret-Musso

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Ouvrez ce recueil et vous y trouverez dans la première partie quatre contes philosophiques constitués de personnages qui ont comme seul fil conducteur la quête du bonheur.

Fata, la drôle de fée leur indiquera à sa manière le chemin jalonné de pièges. Seuls ceux qui les auront surmontés y parviendront.

La deuxième partie contient 2 récits inspirés de faits réels qui ont chacun leur particularité, mais ne dévoilons rien.

L’ensemble de ce recueil étant accessible à tout public, on pourra y voir deux aspects d’interprétation.

Les enfants retiendront des histoires extraordinaires rassemblant des personnages attachants orchestrés par Fata la drôle de fée.

Quant à vous chers lecteurs :

A travers la simplicité de ces textes, vous pourrez lire en filigrane mes réflexions sur la vie.

Un peu comme des messages mis dans des bouteilles jetées à la mer, puissiez-vous les retrouver ?

A lire et à méditer.

De 7 à 77 ans.

(Textes adaptés à une lecture à voix haute)

Extrait première partie :

Le mur

Dans une contrée voisine vivait paisiblement un peuple en harmonie avec son environnement. Toutes les classes de la société y étaient représentées mais la plupart travaillaient dans la fabrique de biscuits implantée près du village depuis dix ans.

Un matin, un étrange magasin s’installa, à la devanture clinquante et à l’enseigne scintillante qui arborait des lettres de toutes les couleurs :

« Marchand de bonheurs », tel était son nom. Aussitôt tous les villageois s’y ruèrent...

Dès qu’on pénétrait dans cet antre singulier, on y trouvait une jeune fille, coiffée d’une longue chevelure brune, à l’allure d’une fée. Non loin d’elle, posé sur une étagère, on devinait un bâton qui ressemblait à une baguette, avec à son bout quelque chose qui rappelait une étoile.

Derrière elle, un immense mur martelé de deux rangées de portes se dressait majestueusement. A chaque extrémité, un escalier grimpait jusqu’à une coursive divisant le mur en deux étages, de telle sorte que l’on pouvait monter d’un côté et descendre de l’autre, facilitant ainsi le flux des visiteurs. Sur chaque porte figurait le nom de l’objet désiré et chacune d’elle représentait sa valeur.

De cette façon, sur les portes recouvertes de bronze, on pouvait lire « téléphone portable » « vélo » ou « téléviseur ». Sur les portes argentées, on lisait « séjour hôtel » « ordinateur » ou « moto ». Sur les portes dorées à l’or fin était gravé « voiture » « cuisine intégrée » ou « voyage » etc etc.

La jeune fille accueillit la clientèle avec un large sourire et lança d’une voix claire et distincte :

— Approchez mes amis. Pour dix euros seulement, vous pouvez acquérir l’objet de vos rêves en franchissant l’une de ces portes. Mais attention, faites-en bon usage. Vous ne pourrez revenir que deux fois, si vous n’obtenez pas satisfaction.

Elle prit le bâton et désigna d’un mouvement de bras gracieux l’ensemble du mur.

Soudain, face au comptoir une longue file d’attente se forma. Les uns plongèrent leurs mains dans les poches de pantalon pour en retirer un billet ou des pièces, les autres s’adressèrent à leurs voisins pour solliciter une avance et tous prirent leur mal en patience car cela valait vraiment la peine d’attendre.

Bien évidemment, les portes dorées à l’or fin étaient les plus convoitées.

Celles en argent attiraient déjà bien moins de monde, quant à celles en bronze, seuls les moins intéressés ou les plus pressés osaient les franchir, sachant qu’ils pourraient revenir plus tard pour les meilleurs gains.

Dès que la foule eut franchi toutes les portes, Fata la jeune fille compta avec un léger sourire l’argent de la recette, verrouilla sa caisse, ferma la boutique, et rentra chez elle la conscience tranquille. Le lendemain, elle ne revint pas, sachant pertinemment que personne ne remettrait les pieds dans son magasin avant trois jours, car il n’est pas facile d’avouer son insatisfaction. « Après tout pour dix euros, on ne va pas se plaindre » entendit-elle dans la foule.

Trois jours passèrent et…

 

Anne-Marie Jarret-Musso

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Jean-Claude Slyper se présente à nouveau et nous propose un extrait de sa nouvelle, La toise

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Je suis né à Paris en 1953, j’ai fait de la musique de 1977 à 1984, puis je suis devenu correcteur de presse pour gagner mon pain, je le suis toujours.

Je ne dirais pas que mon univers est infini, rien ne l’est, mais il est assez vaste pour aller de la musique, évidemment, à la littérature, bien sûr, en passant par le cinéma, la peinture, l’architecture, les sciences humaines, l’anthropologie, l’archéologie, l’histoire, la géographie. Les voyages me charment même si je n’en fais pas souvent, l’avion ne m’attire guère, je préfère le bateau : quelques jours sur les mers peuvent être épatants, surtout quand on croise des baleines comme ça m’est arrivé, sans prévenir, au large de l’Irlande.

 

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 La Toise, extrait 

Parfois, une conversation s’impose sans que l’on sache très bien pourquoi et comment. Ainsi, aujourd’hui, Bichel et ses collègues évoquent leur taille. C’est un drôle de sujet de conversation, passionnant, captivant, dont on peut bien se demander pourquoi nuls autres qu’eux s’y intéressent. Ç’a commencé à peine la porte de la crêperie franchie, pour quelque idiotie, Maurice, l’un des deux collègues, l’autre avançant le patronyme de Besace. Personne ne le croit, mais, dans l’impossibilité de lui en trouver un autre, tout le monde l’appelle ainsi, Besace ou La Besace, ça dépend de son état post-libations. En tout cas, c’est Maurice qui a attaqué le premier, à propos d’un problème de taille. Maurice a toujours des problèmes de taille insolubles : ainsi, la serveuse blonde à qui il fait les yeux doux depuis des semaines doit bien mesurer un mètre soixante-dix puisque lui-même mesure un mètre soixante-douze et la dépasse d’une petite mèche de cheveux. Sur quoi, La Besace – ce jour-là, il s’est rempli la panse – éclate d’un rire sarcastique : non mais qu’est-ce qu’y faut pas entendre, toi, un mètre soixante-douze, mais tu erres dans l’espace de tes illusions – il ne peut pas s’empêcher de faire des phrases idiotes, La Besace –, toi, un mètre soixante-douze, impossible mon cher ! Moi-même, qui te rends a few centimètres – de plus, il se targue de parler étranger, il appelle ça son polyglottisme naturel et instinctif –, je me hisse jusqu’à un mètre soixante-quatorze, il est donc parfaitement inimaginable que toi, un géant par rapport à moi, mesures un mètre soixante-douze ! Tu dois réviser ton jugement et penser plutôt à, au moins, un mètre soixante-seize !

 

Quoi ! Quoi ! Bichel n’en croit pas ses oreilles. Il court derrière ses deux compagnons : Quoi ! Quoi ! Et moi ? Hé, attendez ! Et moi, quoi ?

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Le Grand Vaisseau qui va à Manissa, un extrait !

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Un matin, alors que Mathilde était partie à la messe et que Georges était déjà au travail, on sonna à la porte. Cathy descendit ouvrir, non sans avoir jeté un coup d’œil dans le judas. Un homme, la soixantaine avancée, les cheveux très blancs, portant des lunettes d’écaille dévoilant une forte myopie, se tenait seul sur le pas de la porte, attendant patiemment.

Cathy ouvrit et aperçut, garée en face de la maison, une limousine noire occupée par deux hommes qui ne les quittaient pas du regard. Elle remarqua alors, fixée au revers du veston du visiteur, la petite croix en métal que portent habituellement les prêtres en civil. Elle le reconnut : le cardinal Bertrand De Maïol.

Cathy fit un signe de tête pour signaler qu’elle avait compris et recula de quelques pas, l’invitant à entrer.

— Bonjour, ma fille, lui dit-il d’un ton affable en passant la porte, le visage fendu d’un large sourire opussien.

— Je ne suis pas votre fille, répondit Cathy glaciale en allant s’asseoir. Je m’appelle Catherine Desmarais et c’est mademoiselle Desmarais pour vous, s’il vous plaît !

Secoué par cette réponse plutôt franche, le cardinal avait conservé un instant sous son regard surpris le sourire complètement figé.

— Bien, bien... comme tu voudr... euh, comme vous voudrez, ma f... euh, mademoiselle.

— Vous avez mon pendentif ? demanda-t-elle sans l’inviter à s’asseoir.

— Cet objet est en lieu sûr, répondit De Maïol. J’aimerais que nous en parlions, justement. Puis-je m’asseoir ?

— Pourquoi ? demanda-t-elle caustique. Votre cilice vous démange ?

— Je n’en porte pas, et si j’en portais un, cela reviendrait au même, que je fusse assis ou non. Mais je resterai debout, si vous craignez que mon postérieur ne souille vos coussins.

Cathy s’adoucit.

— C’est bon, dit-elle en lui désignant un fauteuil. Prenez place. De quel droit conservez-vous mon pendentif ?

— De quel droit pensez-vous qu’il vous appartient ?

Cathy se leva d’un bond.

— Vous êtes sacrément culotté, tout de même ! Moi, je sais d’où il vient ! Et uniquement parce que vous ne le savez pas, vous décidez qu’il ne peut m’appartenir !

— Attendez, lui dit le cardinal, plus conciliant. Après expertise, il s’est avéré que cet objet est pur à cent pour cent. Ce qui, en fait, est impossible, sauf pour un synthétique... Or, il ne l’est pas. Et il n’existe pas, il n’a jamais été extrait des entrailles de notre planète un rubis pur à cent pour cent, sans inclusion, sans défaut comme celui-là et qui, en outre, ne se salit pas. Il a été observé au microscope électronique, balayé au scanner, a subi de nombreux tests effectués par des experts en joaillerie. Sa pureté et sa valeur sont telles, qu’à côté de lui, le plus gros rubis du monde, actuellement incrusté dans la couronne de saint Wenceslas, passe pour de la verroterie. J’aimerais entendre l’histoire que vous avez racontée au commissaire Berger, la semaine dernière.

— Celui qu’ils m’ont montré là-bas est un faux, enchaîna Cathy.

— Belle observation pour une néophyte. C’est nous qui l’avons conçu.

— Je l’ai supposé.

— Simple mesure de sécurité.

— Vous les avez bernés, plutôt !

— Allons, racontez-moi votre histoire. S’il vous plaît.

— Sans mon pendentif, vous manquerez de détails.

— Pourquoi, ça ?

— Quand je le porte à mon cou et que je le serre dans ma main, tous les événements vécus me reviennent en mémoire comme si je voyais un film ; je pourrais même répéter tout ce que j’y ai entendu en détail. Sans le pendentif, les souvenirs sont moins précis.

— Je m’en contenterai... pour l’instant.

 

François UCEDO

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Jean Destrée nous propose le début de son nouveau roman, Faux Eloge de ?

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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Faux éloge de ?

(Jean Destrée)

 

I

 

- Jean-Robert! Jean-Robert!

 

Une voix légèrement criarde s'élève du bas de l'escalier. Pas de réponse.

 Jean-Robert! Allons! Il est l'heure!

 

Toujours pas de réponse. La voix s'élève d'un ton, grimpe les marches, entre en coup de vent dans la chambre encore plongée dans la pénombre du jour naissant.

 

- Et alors! Fainéant! Il est l'heure! Tu vas être en retard à l'école!

 

Un grognement sort timidement de la couette.

 

- Hein! Déjà! Je viens seulement de m'endormir!

Une main ferme tire sur la couette, découvre le dormeur qui ouvre péniblement un œil, maugrée, s'étire avec un soupir.

- Maman! Quelle heure est-il?

- Six heures et demie.

- Je t'ai déjà dit de m'éveiller à sept heures.

- Et tu seras en retard comme d'habitude. Allez! Ouste! Sors de là!

 

La mère ouvre brutalement la tenture et sort en claquant la porte. La lumière entre dans la chambre. Jean-Robert, ébloui, ferme les yeux, se retourne et rabat la couette sur son visage. Puis il s'assied sur le lit, regarde autour de lui, sort un pied, puis le second, les pose lentement sur le sol et décide enfin de se mettre debout. Il bâille bruyamment.

 

- Tu n'es guère poli. Tu pourrais au moins mettre la main devant la bouche et faire moins de bruit.

 

On est pourtant bien, là-dedans, murmure-t-il en jetant un regard de regret vers ce lit encore chaud de son sommeil. Enfin, il faut bien accepter de quitter ce bien-être. Ah! On y est si bien. Pourquoi n'a-t-on jamais pensé à ériger une statue à l'inventeur du lit. Quel bienfaiteur de l'humanité, que cet inconnu, perdu sans doute dans l'évolution de l'homme. Il faudra que je demande à mon prof d'histoire. On devrait étudier avec soin l'évolution de ce merveilleux mode de vie qu'est le lit.

 

Perdu dans ses réflexions, Jean-Robert fait sa toilette, s'habille et descend.

- Il n'est que sept heures moins dix. Qu'est-ce que je vais ficher ici jusqu'à sept heures et demie.

- Tu n'as qu'à revoir tes leçons et vérifier si tu as bien toutes tes affaires pour tes cours.

- Ouais, mais avant, je vais manger.

- Ne va pas encore t'empiffrer de tartines. La digestion provoque l'endormissement.

- Oui mais on dit aussi "qui dort dîne". Donc pour faire des économies, il vaut mieux resté couché. Pas vrai?

- Tais-toi! Tu ne dis que des sottises. Tu es exaspérant avec tes réflexions. Je finirai par croire que tu es paresseux.

- Je ne sais pas. En tout cas, c'est toi qui m'a fait. Avec papa, bien sûr, car jusqu'à preuve du contraire les enfants ne se font pas tout seuls.

 

Voilà, chaque matin, c'est le même scénario. Jean-Robert se prélasse dans son lit tandis que sa mère, qui est une brave femme et une bonne ménagère, s'échine depuis des années à faire comprendre à son gamin que la fortune sourit à ceux qui se lèvent tôt.

 

- Ah oui! Si c'était vrai, ma mère serait milliardaire, rétorque-t-il avec un petit sourire ironique. Et papa aussi.

 

« Quel bonheur si vous aviez raison. Milliardaire! A ce compte-là, j'accepterais volontiers de me lever de temps en temps à minuit. Peut-être que cela vaudrait un milliard de plus. Non? De toutes manières, je ne crois pas aux proverbes. Pas plus que je ne crois en un être supérieur qui aurait, dit-on créé l'homme à son image et l'aurait - horreur!! - forcé à travailler pour gagner son pain. Les légendes ont toujours bonne presse. Les mauvais conseils aussi. Les gens qui les donnent sont-ils plus courageux que moi? Du moins, ils veulent me le faire accroire »., pense-t-il.

 

- Tu es vraiment un mauvais sujet. Paresseux, mécréant. On dirait que tu le fais exprès.

 

Jean-Robert ne répond pas. Les discussions oiseuses l'épuisent. Cela ne sert à rien d'étirer le débat avec une mère qui, malgré sa gentillesse et son amour,  ne comprendra jamais rien à l'idéal de son fils. Il se lève, prend son cartable et part pour le lycée. Encore une journée de perdue. A moins que...


 

Jean Destrée

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Le chien, un texte de Micheline Boland

Publié le par christine brunet /aloys

 

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LE CHIEN

 

Maria était une femme secrète. Quand elle avait acheté un petit bungalow près de chez moi, elle avait déjà près de quatre-vingts ans. Maria saluait les voisins mais se gardait bien d'amorcer la moindre conversation. Même un " Quelle belle journée !" prononcé d'un ton joyeux après lui avoir dit bonjour, ne l'encourageait pas à s'épancher un peu.

 

Un jour pourtant, elle sonna à toutes les portes de la rue. "Fanfan a disparu. Vous ne l'auriez pas vu ?" Au fil des jours, Maria insista. Elle colla des affichettes sur les montants des panneaux de signalisation, sur la barrière de son jardin, sur chaque poteau de la rue. "Cherche bichon maltais, répondant au nom de Fanfan. Bonne récompense. S'adresser chez Maria Monari".

 

Maria était comme folle. Elle arpentait des heures la rue appelant régulièrement "Fanfan", apostrophait les passants. Cela faisait près d'une semaine que le chien avait disparu, je la sentais désemparée et lui proposai d'entrer à la maison pour se confier à propos de cette perte qui l'obsédait. À peine assise, elle me parla de Fanfan que Raoul, son mari, lui avait offert quelques mois avant son décès. Raoul venait d'être victime d'un premier infarctus et s'attendait au pire. Il lui avait dit : "On ne sait pas ce qui peut arriver. Un animal, ça aide à supporter la solitude." Cela faisait seize ans que le chien lui tenait compagnie, seize ans qu'elle lui parlait comme à un ami. Et puis, elle avait reçu la visite de son fils et Fanfan s'était fait la belle. Elle ne s'expliquait pas cette disparition.

 

J'osais à peine parler. Que dire ? Que faire ? Comment être sûre de ne pas blesser Maria en lui proposant de l'accompagner à la SPA pour remplacer l'animal disparu ? Comment lui dire que je m'étais informée au sujet de l'espérance de vie de son compagnon ? Je me suis tue mais Maria a pris l'habitude de venir me voir. Elle gardait l'espoir de retrouver Fanfan, croyait même l'avoir aperçu lors d'un reportage télévisé ainsi que sur la place du Marché, le jour de la brocante.

 

Le temps qui passait la laissait meurtrie ! Même si ça devenait de moins en moins fréquent, il lui arrivait encore de faire les cent pas dans la rue en appelant "Fanfan, Fanfan".

 

Un après-midi, je gardais Mathilde, ma petite-fille, lorsque Maria vint chez moi. Elle vit Chipie le chien en peluche blanche de Mathilde et s'exclama : "Oh Fanfan." Je n'eus pas le loisir de dire un mot ou de faire un geste, déjà Maria emportait le jouet avec elle.

 

À partir de ce jour-là, Maria ne quitta quasiment plus la peluche. Elle la serrait contre elle lorsqu'elle allait faire des courses, se rendait dans son jardin ou chez moi. Je n'osai faire aucune remarque.

 

Un matin, on a retrouvé Maria morte dans son lit, Fanfan à ses côtés. On n'a pas osé les séparer et on les a déposés ensemble dans le cercueil.

 

 

Micheline Boland

micheline-ecrit.blogspot.com

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Un nouveau prix pour Carine-Laure Desguin... avec "The end"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

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Un grand merci à tous les organisateurs du centre culturel de Braives-Burdinnes. Chaque année, un concours de nouvelles est organisé. Depuis quinze ans ! Cette année, mon texte « The end » est sélectionné! Waouwh!

Le thème a inspiré pas mal de participants car avouez que "Silence, on tourne", ça peut déclencher de sérieux coups de manivelle dans les neurones. Qui n'a rêvé d'un rôle dans un film? Je m'voyais déjà....

Et je viens de passer une superbe journée. Un troisième prix, ce n'est pas si mal. De nombreux participants, cent quarante-quatre si je me souviens bien. Dans la catégorie des adolescents et des plus jeunes, les textes étaient fameux, croyez-moi. 

 

Et, cerise sur le gâteau, trois auteurs étaient invités pour une séance de8-juin-2013--Marneffe-011.JPG dédicaces. Dont moi. Re-waouwh!

 

De belles rencontres donc, des avis que l'on se partage. Avec Régine Espreux, Bernadette Michaux...

 

Bravo encore aux organisateurs! Dans la salle de cette petite école, de très belles affiches de cinéma, des caméras. Tout un décor qui nous rappelait le monde cinématographique. Les premiers prix de chaque catégorie ont même reçu un fauteuil imprimé à leur nom. Vous savez, ce fameux fauteuil noir.

Comment? Guillaume Canet était-il là? 

Hum, je ne réponds pas.  Na. 

 

Voici les photos et le texte. Prenez du plaisir à lire "The end" jusqu'à la dernière ligne. Car moi-même, j'ai bien aimé l'écrire, ce texte. Et il m'a bien surpris, ce Clément Roekeart! Et vous?

 

8 juin 2013, Marneffe 010




                                                                  The end

 

— Clément Roekaert ! Mon pauvre garçon ! Dix-sept ans et vous êtes nul en tout, hormis dans un seul sport, celui de la drague, auprès de toutes ces minettes écervelées. Ça, je vous l’accorde. Forcément, avec votre dégaine de vedette ! Si j’avais un conseil à vous donner, je vous dirais de quitter les cours généraux…Mis à part dans l’industrie du cinéma, je ne vois pas dans quel domaine vous pourriez vous investir…

Voilà un énoncé clair et précis. Pour une fois, les propositions de ce vieux con me collaient à la peau. Ce vieux con, monsieur Lixon, prof de math et titulaire ! Ce jour-là, je me suis juré de lui entasser jusqu’à l’étouffement total ces paroles dégradantes, car le jour qu’il avait lâché ce morceau, cette espèce de tête de nœud aux yeux globuleux de grenouille, toute la classe s’était foutue de ma gueule. Je savais que je passais pour le roi des cons, mais entendre résonner ces vérités me restait en travers de la gorge. Vraiment.

Et ma gueule, parlons-en ! Ce soir-là, j’ai déambulé dans les rues de la ville et chaque vitrine de magasin me renvoyait l’image d’un gars qui avait une gueule à se pavaner devant les caméras. Car soit dit en passant, le septième art était le seul truc qui m’intéressait. Depuis que j’étais gosse, je rêvais de devenir une vedette de cinéma. Une star. Et ma mère ne me le cachait pas, il y avait dans mon regard quelque chose d’Alain Delon. Vous savez, ce type parti de rien ou de si peu de chose….Comme moi, en quelque sorte. Perso, j’aurais préféré ressembler à Léonardo Di Caprio ou Brad Pitt ou Tom Cruise, des gars de notre décennie mais le destin en a décidé autrement. Que le destin se débrouille à présent !

Alors, le cerveau allumé par les propos du vieux con et prêt à prendre une revanche, j’ai visionné tous les films de cet Alain Delon. J’ai étudié sa gestuelle, sa façon de lancer son regard félin et de l’accrocher sur la toile afin de ne jamais tomber dans l’oubli, sa démarche, cette brutalité qui sommeille en lui et qui se réveille au moindre bruit de porte, cette rapidité à dégainer, et cette soif de vivre qui vous éclabousse à chaque fin de phrase. J’ai passé des heures devant le miroir. J’avais tout ce qu’il fallait, la silhouette à la fois mince et musclée, les yeux bleus presque transparents, et même certaines intonations, au niveau de la voix.  

— Une coupe de cheveux comme Alain Delon ? Me demanda Dan, mon coiffeur. Tu rétrogrades mon vieux ! Soit ! C’est vrai que plus je te regarde, plus quelque chose de ce type émane de toi, je sais pas trop quoi, le regard sans doute…

 

Et toc ! En voilà encore un qui ne démentait pas les propos de ma mère ! Ah, ma mère, comme elle était heureuse à en baver de constater jour après jour l’allure de son fiston. Je brossais les cours, et elle s’en foutait complètement. Elle était persuadée que je deviendrais une très grande vedette de cinéma et déjà, elle annonçait autour d’elle mon arrivée au festival de Cannes au bras de Marion Cotillard ou de Mélanie Doutey, selon les disponibilités de l’une et de l’autre. Bien sûr, devant ses copines, elle en remettait une couche, inventant ma participation à des films imaginaires. « Oh, en ce moment, il tourne dans un long métrage, dans les rues de Bruxelles, je ne le vois presque plus à la maison ! Il loge sur place, vous comprenez…Et lorsqu’il revient, il me raconte des choses incroyables, les petites histoires intimes entre acteurs, vous savez, un peu comme dans la nuit américaine…, quand Jacqueline Bisset ou Nathalie Baye et bla bla bla et bla bla bla… »

Tout cela me confortait et de jour en jour, j’étais persuadé que je ne me trompais pas, que  mon destin était là et que, dans quelques années, j’aurais mon étoile sur les trottoirs de Hollywood.

Les filles étaient bien plus folles de mon corps depuis qu’elles voyaient en moi l’assurance et l’arrogance d’un futur très grand acteur. Faut dire que je les bassinais grave avec toutes sortes d’histoires du genre de celles de ma mère. Alors, ça en jetait.

Toute la journée, je me repassais les films de ce beau salaud. Dans Trois hommes à abattre, il était magistral ! Ah, conduire cette bagnole à toute allure ….Et cette lutte, entre les vagues ! Cette façon de boire la tasse, de plonger, de se débattre comme un Dieu et enfin de sortir de l’eau, avant de s’écrouler sur la plage. Et  L’homme pressé, vous vous souvenez ? Moi c’est la fin que je préfère, lorsqu’Alain —puisqu’on est presque pote lui et moi je me permets des familiarités— se paie cette crise cardiaque juste avant d’aller voir sa gonzesse, à la maternité. Vous avez remarqué comme il mourait bien dans ses films ? Magistral ! Quelles chutes !  

Et c’est qu’il a poussé la chansonnette aussi, le bougre. Alors, le samedi soir, je me payais quelques karaokés et je fredonnais « Comme au cinéma ». Vous auriez vu ça, toutes ces nanas qui gloussaient et se tortillaient lorsque je balançais le micro ! Putain ! Toutes ces filles en délire qui me demandaient des autographes, ça me confortait dans mes ambitions. Je ne me trompais pas, je devais persévérer. Car moi ce que je voulais, c’était me retrouver à l’affiche, tout en haut de l’affiche, avec mon nom en lettres capitales.

Un matin, je fumais une cigarette à la façon d’Alain dans Le toubib, j’étais concentré et je venais de visionner au moins dix fois cette scène. Je ne voulais rien perdre, j’étudiais tous ses gestes, rien ne m’échappait. Je me fondais dans ces petits gestes nerveux, presque électrisés.

— Alain !

— Oui, m’man !

Faut savoir que depuis que j’ambitionnais, ma mère m’appelait Alain. Ça m’aidait vachement.

— Descend et viens lire le journal ! Un casting sur Bruxelles ! Pour le remake de Deux hommes dans la ville ! La chance de ta vie, mon grand !

Quatre à quatre j’ai dévalé les escaliers et une fois arrivé auprès de ma mère, je me suis passé la main sur les cheveux et j’ai allumé une cigarette, l’air décontracté et sûr de moi.

Ma mère n’en revenait pas.

— Oh ! Comme c’est troublant ! s’écria-t-elle, la bouche en accent circonflexe et les yeux écarquillés.

Je lui décrochai un sourire à la façon de…et lus sur la page mise en évidence le paragraphe qu’elle venait de souligner.

« Casting / On recherche des débutants, jeunes et moins jeunes, masculins et féminins, pour le tournage du remake de Deux hommes dans la ville/ Premières auditions ce samedi entre 10H et 20H, dans la grande salle du cinéma Galerie, Galerie de la reine, 26 à 1000 Bruxelles.»

Ma mère et moi avons sauté de joie car nous savions que c’était du tout cuit. J’allais l’entendre enfin cette fameuse phrase : « silence, on tourne ! »

 

Ce matin-là, un peloton d’une centaine de personnes gesticulait dans un très long corridor. Une nana super canon nous a donnés des fiches que nous devions remplir et bla bla bla et bla bla bla. Ensuite elle a séparé les sujets masculins des sujets féminins et les gonzesses sont allées se coltiner d’autres papelards dans la salle juste à côté.

Après une trentaine de minutes, la nana est revenue et, tout en s’excitant sur son gsm, elle nous distribuait des numéros et murmurait des phrases que nous ne comprenions même pas.

Ses grands yeux de biche ont croisé les miens et à ce moment précis, j’ai compris que les choses se goupilleraient pour le mieux. On parlerait de moi, c’est certain. Je le voulais et je le sentais jusqu’au plus profond de mes tripes. Je voulais ce rôle, je le voulais, bordel. Gino Strabliggi, j’étais certain que j’endosserais ce nom. On n’allait quand même pas me fourguer le rôle de l’éducateur, non ! Ni celui de ce policier…comment s’appelait-il déjà ? Zut, je ne me souviens plus. Qu’importe !

— Numéro dix !

Gloups, c’était moi. Je suis rentré dans cette salle de cinéma et les premières rangées étaient occupées par les membres du jury. Impressionnant.

— Vous savez pour quel rôle vous êtes auditionné ? me demanda un chauve avec une voix d’eunuque.

— Oui, pour endosser le rôle de Gino Strabliggi ! je lui répondis du tac au tac et plein d’audace.

— Vous êtes certain de ce que vous dites ?

— Oui, avec la gueule que j’ai, je ne vais quand même pas me coltiner le rôle de Germain Cazeneuve ou celui de ce policier….

J’ai lâché ça avec de l’arrogance dans la voix et un petit sourire moqueur sur le coin des lèvres.

— Bingo monsieur…monsieur Clément Roekaert !

— C’est bien ça mais je désire changer de nom, prendre un pseudonyme. Vous savez, les vedettes prennent un pseudo.

— Soit, soit….Vous connaissez ce film, Deux hommes dans la ville ?

— Et comment ! Un de mes films préférés ! Quelle classe cet Alain Delon ! Un rôle qui lui collait à la peau. Une merveille de film !

— Vous souvenez-vous de cette scène ? Le policier rend visite à la fiancée de Gino et Gino arrive. Une dispute. Gino frappe si fort sur le flic qu’il le tue. Vous vous souvenez ?

— Et comment ! Rien que d’y penser, je sens la rage qui me monte. Je revois Gino. Il plaque au sol ce con de flic et cogne sa tronche sur le sol des dizaines de fois. Gino était habité par une telle rage, une rage invincible…

— Vous sentez-vous habité par cette rage ?

— Et comment !

— Faites rentrer le numéro onze, il fera le rôle du flic, c’est sans importance qu’il soit grand ou petit, ce qui nous intéresse pour le moment, c’est le rôle de Gino.

Mon cœur battait si fort que je sentais mon sang affluer à mes tempes. Je sentais la rage qui m’habitait. Bordel, quelle revanche ! La presse parlerait de moi !

L’eunuque a discuté avec les autres types du jury et puis a lancé :

— Allez-y, improvisez !

Le flic a pris un air saisi, a balbutié je-ne-sais-plus-trop-quoi et en un rien de temps, je l’ai plaqué au sol. Dans ma tête, tout était clair, je revoyais cette scène avec une grande clarté. Je voyais même la petite table à côté de laquelle le flic était étendu et j’entendais ma fiancée qui disait « Arrête Gino, arrête, tu vas le tuer. »

A califourchon sur le ventre du flic, je prenais sa tronche entre mes deux mains et je frappais de toutes mes forces, je claquais sa tête et du sang frais rougissait mes mains.

« Arrête Gino arrête », me répétait ma fiancée. Ma vue se brouillait, de la sueur me piquait les yeux. Je continuais, je n’arrêtais pas.

Dans le jury, j’entendais des voix qui criaient  « Ce type est formidable, c’est magistral ! Quelle gueule ! La première scène d’une star ! »

Alors, j’ai continué à claquer la tête du flic de plus en plus fort. Il me rappelait quelqu’un. Plus je cognais et plus me revenait en mémoire les paroles de monsieur Lixon. Et ce flic, là, sous mes coups…Sa tronche, bordel, sa tronche. Une tête de nœud aux yeux globuleux de grenouille. Alors j’ai cogné. Encore et encore.

Je me suis relevé, j’ai regardé les uns après les autres chaque membre du jury.

— Ce type ne méritait pas de vivre, une espèce de tête de nœud aux yeux globuleux de grenouille…Ces yeux-la me rappelaient ceux de quelqu’un…que j’ai détesté…

Devant moi, les visages affichaient un air médusé. Un silence blanc planait dans la salle.

Alors j’ai dit :

— Je savais qu’on parlerait de moi, un jour ! Rideaux !  

Ensuite, j’ai baissé le torse, j’ai levé la tête et j’ai transpercé de mon regard bleu piscine chacun des membres du jury.

Et puis, en souriant, j’ai salué la salle. 


 Carine-Laure Desguin

carinelauredesguin.over-blog.com

enfantsjardinr



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Louis Delville nous propose un texte...

Publié le par christine brunet /aloys

noelouis

 

LE QUATUOR DE SYDNEY

 

 

 

 

Extrait de la une du Sydney Courrier - Journal d'opinion créé en 1848.

 

Sydney, le samedi 31 juillet 1920.

 

Tout le monde se souvient de la tournée triomphale du quatuor de Sydney. Ces quatre excellents musiciens avaient fait apprécier leur art aux quatre coins de la planète passant de Moscou à Paris, de Londres à New York sans oublier un concert inoubliable à Tokyo devant toute la famille impériale.

 

Les quatre musiciens ont malheureusement constaté la disparition de leurs instruments. Ils avaient pourtant été embarqués sur le paquebot "Atlantique" à Liverpool avec leur propriétaire. A leur arrivée dans la mère patrie, malgré des recherches minutieuses, il n'a pas été possible de les retrouver.

 

Évidemment, les artistes sont désemparés et ont lancé un appel dans les journaux anglais et sud-africains. Rappelons que le paquebot avait fait escale en Afrique du sud et que c'est probablement lors des deux jours dans le port de Durban que les quatre instruments ont été dérobés.

 

En attendant, Henry Hirsham (violoncelle), Christian Keevil (alto), William et Louis O'Brien (violons) sont réduits au chômage. Ils étaient revenus en Australie pour donner un concert d'hommage à la mémoire de Max Bruch, compositeur allemand décédé récemment à l'âge de 82 ans.

 

Que vont devenir nos ambassadeurs de la musique classique ? Quel avenir y-a-t-il encore pour ces quatre artistes privés de leur outil de travail qui avaient porté haut la bannière de notre grand pays ?

 

En dernière minute, nous venons d'apprendre par une indiscrétion que les membres du quatuor ont reçu une proposition d'engagement de la Scala de Milan pour accompagner une jeune cantatrice promise à un grand avenir, Mademoiselle Bianca Castafiore, une grande spécialiste de Gounod.

 

Louis Delville

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

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