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Le parachute oublié, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

Petites et grandes histoires

 

 

LE PARAPLUIE OUBLIÉ

 

 

Pourquoi la météo était-elle aussi mauvaise ce jour-là ? Pourquoi Pierre, mon propriétaire, avait-il  décidé de me prendre, moi son vieux parapluie, alors que depuis des mois, il ne faisait plus confiance qu'à son duffel-coat ?

 

Pourquoi surtout m'a-t-il pris pour aller voir Brigitte ?

 

Vous ne connaissez pas Brigitte ? Je vous explique… Brigitte, 1m70, soixante deux kilos, des mensurations à rendre jalouse une danseuse du Crazy Horse et un sourire ravageur. Brigitte une amie de vingt ans de Marie, la femme de Pierre !

 

Sitôt sur le seuil, Pierre m'a donc ouvert et s'est soigneusement abrité des hallebardes que le ciel faisait tomber. Heureusement, Brigitte habitait le même quartier et quelques minutes plus tard, je me retrouvais tout dégoulinant dans le porte-parapluie de la belle.

 

De là, je pouvais entendre, je pouvais deviner…

 

Les mots doux, le bruit des baisers, les cris de plaisir et même les grincements du lit !

 

Brigitte et Pierre, Pierre et Brigitte, un couple d'amoureux comme on n'en voit plus guère qu'au cinéma… Deux heures après, le soleil brillait, la rue était sèche et Pierre quittait les lieux en m'oubliant !

 

J'ai crié, j'ai appelé, en vain ! C'est vrai qu'un parapluie n'a guère la voix qui porte surtout quand il se trouve à l'écart.

 

Pierre parti, Brigitte a rejoint le salon et a décroché le téléphone… L'après-midi s'annonçait mouvementée puisque Marie venait prendre le thé chez Brigitte et que les nuages s'amoncelaient dans le ciel, signe d'orage imminent.

 

"Laissez-moi partir. Je veux sortir. Je ne veux pas voir ça !"

 

Je suis sûr que cette histoire finira mal ! Marie est bien capable de me casser sur le dos de son coquin de mari !

 

 

Louis Delville

 

http://louis-quenpensez-vous.blogspot.be/

delvilletete

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Ecriture. Instant T, un extrait de "Naissance" d'Alexandra Coenraets

Publié le par christine brunet /aloys

 

naissancerv

 

18 janvier 2014. 13h.

Mes doigts trépignent, mes doigts s'échauffent.

Mes doigts se lancent à l'assaut d'un texte dont ils ne connaissent pas la teneur, et encore moins l'issue.

Mes doigts font bruyamment crépiter les touches du clavier, gicler des mots sur l’écran, mes doigts envoient des lettres se figer les unes après les autres sur la page blanche virtuelle, qu’ensuite elles malaxent et triturent pour lui donner vie, qu’elles couvrent et découvrent pour lui donner forme.

Et force.

Puis sens.

De leurs extrémités en action, mes doigts tentent de faire jaillir l’émotion.

Mes doigts s’énervent, se contractent, s’agitent de plus belle et, furieux, déversent en Times New Roman 12, leurs flots de colère, prisonniers qu’ils sont de la peur de mal faire. Déplaire. De ne pas en faire. Assez. Bientôt j’oublie de respirer, remarque l’erreur, la rectifie, et j’expire, j’expire, j’expire encore.

Je laisse. La vague. De colère. Passer.

Je m’arrête. Parce qu’un air sort de ma radio et me capte aussitôt, parvient à mes oreilles, oui j’entends à présent cet air que j’adore, de Sanson, Véronique, et dont je ne connais pas le nom. Un nom de nulle part, probablement. Un instant plus tard, la voix qui comble de son talent le vide entre deux chansons, m’apprendra que c’est « Bernard’s song », le titre que religieusement j’écoute, les doigts immobiles, cernés de notes de musique auxquelles ils ne peuvent résister. Envoûtant.

Revigorés, mes doigts à nouveau tentent que la fusion tête-cœur-doigts-écran ait lieu, et renvoie au lecteur une parcelle du plaisir qu’il y a d’écrire lorsque la magie opère. Un accouchement. Dans la douleur aussi. Et la douceur, aussi, de contempler ces caractères qui s’alignent un à un, comme une banderole qu’on déroulerait d'un geste naturel. L’écran prend vie et s’anime de voir qu’en son sein, s’entame une danse fluide qui m’enveloppe d’un voile apaisant, et les phrases que j'ai fait naître me laissent habiter leur bulle ouatée.

Mes doigts s’enivrent de ces mots qui s’écrivent en temps réel, et me propulsent d’un coup au cœur d’un univers bleu nuit obscur, et pourtant si pur, où je me plais à flotter, délicieusement légère, prise en apesanteur, et volontairement passagère, d’un convoi qui m’entraîne, sous la mer.

En eau profonde. Dans un endroit où le trouble s’insinue et m’invite à dévoiler quelques recoins inexplorés de mon être. Là, j’explore une terre apparemment vierge de présence humaine, une terre qui renferme pourtant la vie, qu’elle enferme encore. Trop. Et quand, sous

mes pieds, la terre se fissure et que, de la brèche ainsi créée, jaillissent d’autres émotions, d’autres sensations, au vu d'être apprivoisées, il reste, malgré moi, dans l’ombre, une hésitation.

Mes doigts continuent de frapper, eux, sans hésiter. Du haut-parleur, s’échappe maintenant la voix rude et rauque d’Arno, aux accents bruts de décoffrage, ancrés dans la terre de Flandre, vaguement teintés d’embruns ostendais, et je découvre qu’il a repris Julio Iglesias, dont la voix latine serait davantage haut perchée dans les nuages. J'entends qu'ils sont deux, maintenant, à nous chanter, nous, « les femmes », de leur point de vue d’homme, ce « pauvre diable », paraît-il, dont ils content désarrois et autres errements de l'amour, chacun dans leur inimitable style.

Et je souris.

 

 

Alexandra Coenraets

http://quandilnaitdusens.wordpress.com/

“Naissance”, roman, paru chez Chloé des Lys, mai 2013.

 

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Camille Delnoy nous propose un texte poétique...

Publié le par christine brunet /aloys

Ce siècle a commencé par une maladie née au temps des proto cavernicoles : le territoire, l’espace vital. En d’autres termes, comme disent les insectitiens, le nationalisme !

Sorte d’herpès névrotique qui gratte l’individu observé, du néocortex (raisonnement spatial) à la vessie (raisonnement urinaire), ce qui a pour effet de le voir pisser tel un chien, un loup, du réverbère le plus proche à l’arbre le plus éloigné, tout en faisant de grands discours creux mais ô combien scéniques.

Le grégaire suit et lève la pa… jambe.

Paraît que c’est une question d’odeur. Il n’y a donc pas de races, il y a juste une touche phéromonale. Bien sûr, il est beaucoup plus évolué que ces canidés, quoique…

Côté longues dents, il est « trop » souvent pas triste.

Mais comment donc, justifie-t-il son dû territorial sur un grain de sable se déplaçant autour du soleil, autre grain de sable, juste un peu plus chaud, à près de 29,8 km/s ?

Une langue ?

Une donnation mythologique ?

 

Un gène qui le dérange au plus profond de son inconscient collectif et qu’il ne parvient pas à maîtriser ?

Ou plus simplement la fragrance et l’appétence innée du sang ?

Rien de plus !

 

Me serais-je donc trompé d’adresse ?

 

Camille Delnoy

Esquisses de ratures

Camille Delnoy nous propose un texte poétique...

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Carine-Laure Desguin fait son show !

Publié le par christine brunet /aloys

Carine-Laure Desguin fait son show !

 

— Allô, Carine-Laure ?

— Oui…

— C’est Sophie !

— Ah ! Sophie ! Je t’écoute !

— Ben voilà, avec des jeunes de la Joc, on nage ! Pas dans une piscine, eh non, en plein dans un atelier d’écriture…

— Et pas de bouée…

— Eh non, pas de bouée…Il y a deux groupes et dans un des deux groupes, il y a des tonnes d’idées mais elles ne scotchent pas sur le papier, pas d’atterrissage ! Tu ne saurais pas passer par là… ?

— Possible, possible…Tu m’en dis un peu plus, Sophie ?

Bla bla bla bla bla bla…

Sophie, je lui fais confiance. Une fille super. Objective, la tête sur les épaules. C’est Sophie qui organise les expos de La Braise (rue Zénobe Gramme, 29, à Charleroi) et croyez-moi, ça c’est de l’organisation ! Merci Sophie car grâce à toi, j’ai exposé mes textes en décembre 2011 !

Ce matin, un atelier d’écriture avec Thomas, Emilie, Pierrot et Xavier. Trois heures remplies de beaux échanges et des idées, c’est vrai, il y en avaient ! Ça giclait de partout ! Nous en avons attrapées quelques unes au vol et plops, scotchées sur le papier…

Le thème ? Ben bande de petits curieux ! Je ne peux rien dire ! Chuuuut ! Il s’agit d’un conte ! Ou plutôt, d’un anti-conte ! Vous voyez ? Et moi, une fois que j’ai su que c’était un truc un peu anar, un peu anti….J’ai bondi à pieds joints !

Merci à Emilie, Xavier, Pierrot et Thomas ! J’ai appris pas mal de trucs ce matin ! Rendez-vous est fixé et d’ici quelques semaines, le texte sera finalisé et ….diffusé !

— Et à part tout cela, Carine-Laure, quoi de neuf? Une séance de dédicace à la bibliothèque de Thuin le samedi 14 juin entre 10h et 13h....Et l'adaptation théâtrale de Rue Baraka....Tu recherches une troupe, un théâtre...Mais encore?

— Tout est ici!


 

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-a-part-tout-ca-carine-laure-quoi-de-neuf-122722335.html

Carine-Laure Desguin fait son show !Carine-Laure Desguin fait son show !

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Alexandra Coenraets nous propose l'avant-propos de son roman "Naissance"

Publié le par christine brunet /aloys

 

naissancerv.jpg

 

Avant-propos

 

 

 

 

J’écris.

Par une soirée de printemps, j’écris.

J’insiste parce que ceci a son importance, tant cette démarche m’implique plus que je ne l’aurais pensé.

Je m’arrête et relis les deux premiers paragraphes du récit dont j’ai entamé l’écriture en avril 2006. Je contemple les phrases qui s’enchaînent et racontent le début d’une histoire. Je les admire, l’air béat.

Et réalise à quel point je suis fière de moi et du chemin parcouru depuis le jour où j’ai décidé de donner vie à Laurence.Et même depuis plus longtemps encore. Depuis le jour où j’ai voulu comprendre pourquoi tant d’angoisses m’empêchaient d’exister.

Un étrange sentiment envahit mon être, alors que je vois apparaître les mots sur l’écran.

C’est une immense satisfaction.

 

Les notes de Coldplay et sa chanson « In my place », que la radio diffuse, résonnent en moi comme une permission à enfin prendre ce que la vie me donne.

 

“In my place, in my place

Were lines that I couldn't change

I was lost, oh yeah

I was lost, I was lost

Crossed lines I shouldn't have crossed

I was lost, oh yeah”1

 

J’étais perdue, je ne le suis plus. Le travail n’est pas fini mais beaucoup a été fait. Je ressens une forme de sérénité, que je veux faire grandir en moi.

 

Laissez-moi vous raconter l’histoire de Laurence pour pouvoir, en filigrane, vous transmettre une partie de la mienne.

 

Cette histoire a tout d’une quête de vérité.

 

Cette histoire a tout d’une quête d’identité.

 

L’écriture de ce livre m’a aidée à naître à moi-même.

 

Elle fut une aide précieuse dans ma reconstruction. J’ai pu cracher sur le papier les émotions tapies au plus profond de moi.

 

Grâce à Laurence, je me dévoile. A travers elle, je livre des ressentis qui me sont propres.

Grâce à elle également, je me préserve un jardin secret.

 

Ainsi mon vécu et le sien s’entremêlent. Fiction et réalité se mélangent, et si, tantôt je flotte au-dessus du réel, tantôt j’y plonge avec acuité, c’est que sans cette distance, la mise en mots n’aurait pas été possible autrement que fragmentée.

 

Utiliser la forme romancée, c’est une catharsis.

 

Le « je » qui révèle l’indicible dans ce qu’il a de plus intime, n’est envisageable que parce qu’il existe en alternance avec le « elle », qui lui tend la main et l’accompagne en douceur sur le chemin de la libération. Le « je » concrétise ma propre implication dans l’expérience extrême que j’ai vécue, ce qui rend son usage constant tout à fait insupportable. Autrement dit, c’est en passant par l’imaginaire que je suis arrivée à dénoncer un vécu réel.

 

Et puis, en miroir, il y a le « il », omniprésent, obsédant.

 

Ensuite, je fais appel à une auteure pour éclairer mes ressentis de manière plus scientifique.

 

Pourquoi cela ? Parce que j’ai besoin d’un soutien pour soulager quelque peu l’angoisse de ne pas être crue.

 

Terrifiante angoisse !

 

Dans ce livre, je dénonce à ma manière le tabou des tabous et je raconte les étapes qui m’ont permis de me « rassembler ».

 

Ne vous fiez pas aux apparences, le tabou est là, partout il est là, il s’infiltre dans les interstices entre les mots, insaisissable.

 

Je voudrais transmettre la vie retrouvée.

 

Le plaisir retrouvé.

 

Parce qu’à travers ce récit de naissance, il naît du sens. Merci à mon amie Sylvie pour cet heureux parallèle !

 

Et j’ajoute que ce sont aussi les sens qui naissent.

 

Si l’aventure vous tente, découvrez l’univers de Laurence.

 

 

(c) Alexandra Coenraets - Naissance,

Ed. Chloé des Lys, 2013

 http://quandilnaitdusens.wordpress.com/

 

 

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Un extrait du nouveau livre de Jean Destree, "Faux éloge de ?"

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

http://www.bandbsa.be/contes3/tilleulparc.jpg

 

 

 

 

 

Faux éloge de ?

 

Extrait

 

 

La réflexion de Jean-Robert provoque instantanément un éclat de rire. Le prof devient rouge, balbutie des mots incompréhensibles et finit par éclater.

 

Bertrand dehors! J'en ai assez de vos stupidités. Allez chez le proviseur. Je vous retiens pour le prochain conseil de classe.

 

"Voilà comment on stoppe le progrès de l'humanité, murmure Jean-Robert en sortant sous les rires de ses condisciples.

 

Le proviseur est un brave homme, peu enclin à donner de la férule. Lui aussi, tout en faisant son travail avec application, sait qu'il n'est jamais à l'abri d'une défaillance. Il soigne avec tendresse sa petite santé et s'arrange pour ne jamais dépasser ses limites. Plus il avance en âge, plus il rapproche ces limites de ses envies. Il attend la retraite. Il a d'ailleurs déjà préparé tout son attirail de pêche. C'est qu'il aime taquiner la truite, notre Monsieur le Proviseur.

 

Jean-Robert, lui, n'aime pas la pêche. Et encore moins la chasse. Il n'a jamais apprécié les sports violents et tuer un animal, que ce soit à l'aide d'un hameçon de huit ou un plomb de douze lui donne l'impression de porter atteinte à la vie. Il n'écrase ni les araignées, ni les moustiques, ni les fourmis. Il laisse ce soin à sa mère qui - héritage des lointains ancêtres - a toujours eu une sainte frayeur de ces petites bestioles qui piquent. Elles n'ont pourtant rien d'un phallus même si leur petit dard  grossi cinquante fois au microscope ressemble à s'y méprendre à l'organe de la mâle reproduction. Comme tous les dards, d'ailleurs!

 

       - Alors, garnement! fustige le proviseur d'une voix qu'il voudrait en colère. Encore un problème avec ce vieil archéologue de Couturier? Peut-on savoir de quoi il t'accuse aujourd'hui? Ne me dis pas que tu as une fois de plus contesté la réalité de ses découvertes en Égypte?

- Non.

- C'est quoi? Les fusillés du Chemin des Dames? La bombe atomique? La Saint-Barthélémy?

- Pis que cela! annonce doucement Jean-Robert en baissant les yeux pour cacher son envie de rire.

- Diable! Qu'as-tu donc dit de si grave?

Je lui ai parlé du lit.

Ah bon! Dis-moi tout.

 

Et Jean-Robert de narrer sa dernière passe-d'armes avec son prof d'histoire. A mesure qu'il raconte, le rouge du plaisir lui monte aux joues. Il guette la réaction du proviseur. Celui-ci se contente de sourire, lui tape sur l'épaule.

 

Tu comprends que je ne puis laisser passer une telle chose. Tu as ridiculisé ton professeur devant tes condisciples. C'est un manque de respect. Ce n'est pas parce qu'il est vieux et presque gâteux mais parce qu'on se doit de respecter l'homme même si l'on n'est pas d'accord avec ce qu'il fait et ce qu'il dit. Tu vas rentrer en classe et lui présenter tes excuses et tu viendras jeudi passer ton après-midi ici. Tu m'écriras un texte sur la paresse.

Bien Monsieur le Proviseur, mais...

Il n'y a pas de mais. Au revoir, Jean-Robert.

 

 

 

Jean Destree

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Edmée de Xhavée nous propose une nouvelle extraite de son prochain recueil, Les promesses de demain

Publié le par christine brunet /aloys

Edmée de Xhavée nous propose une nouvelle extraite de son prochain recueil, Les promesses de demain

Extrait de « Une invitation chez le Marquis de Montbuzard », une des nouvelles du recueil à paraître bientôt « Les promesses de demain » Edmée De Xhavée

Ça ne peut être qu’elle.

Ces yeux de ce gris particulier, un gris de galet pâle moucheté de vert, et puis ces longs cils noirs très recourbés malgré la chevelure qui, dans son enfance, était d’un blond mielleux, et aujourd’hui hésite entre le gris et le brun sans éclat. Et encore ces sourcils à l’arc audacieux, d’une belle teinte bronze, et si expressifs sur sa peau si blanche.

Une poupée. Un ange. C’était tout au moins ce que sa grand-mère affirmait d’elle alors.

Lui, il savait qu’elle tenait plus d’un Lucifer. Elle savait qu’il savait, mais consciente de sa toute puissance, elle se contentait de poser sur lui ces effrayantes pupilles aux teintes de marécage, avec une fixité caprine qui lui lacérait silencieusement les entrailles.

Aujourd’hui, c’est une femme dans la soixantaine au visage méfiant, encore belle mais dont tous les gestes crient une solitude abhorrée. Depuis son arrivée, chaque matin, elle pénétrait dans la salle à manger de l’hôtel pour son petit-déjeuner, d’un pas à la rapidité étudiée, offrant sourires et salutations de grande dame aux autres pensionnaires. Une fois assise à sa table, elle lançait une ou deux phrases à tout qui avait la malchance de croiser son regard. « Le vent est tombé pendant la nuit, c’est une chance ! » « Avez-vous encore eu des moustiques dans votre chambre ? » « Oh ! Vous avez de belles cartes postales… elles viennent de la réception ? ». On lui répondait au plus court, et elle émiettait son petit pain en regardant par la fenêtre, comme enlevée par la beauté de la vue mais, il le percevait bien, noyée dans une solitude insupportable qu’elle ne s’expliquait pas.

Elle devait penser que les autres avaient de la chance, et elle de la malchance. Que c’était injuste.

Elle ne pouvait le reconnaître. Si elle avait entendu son nom, il était trop courant pour qu’elle l’ait remarqué. Et elle n’accordait aucune attention à un vieillard lent et silencieux, qui s’installait à la fenêtre ensoleillée avec Les pensées de Sénèque comme lecture, et sortait pour une promenade le long de la plage à 17 h. Comment aurait-elle vu, dans ces traits plissés par les ans, le jeune homme à la chevelure luisante de brillantine, souple comme un léopard, qu’il avait été alors ? Il l’avait amusée une fois en sautant du premier étage dans le jardin, se ramassant avec un cumulet athlétique. Mais lorsqu’il avait grimpé au sommet du pommier dénudé à la fin de l’automne, et marché les bras étendus sur une haute branche pour plonger au sol, elle avait eu un regard haineux et avait crié « Mamouuuuuuu ! Noël casse tout le pommier ! » car au passage il avait arraché quelques branchettes. Elle n’avait que 5 ou 6 ans alors, mais déjà la jalousie devant ce qu’elle ne pouvait accomplir la rendait venimeuse. Il avait compris qu’elle était une ennemie, et l’avait évitée avec soin. Il avait alors besoin, oui, besoin, de cet emploi de factotum.

Il est abasourdi de l’intensité de la colère qu’il ressent, si longtemps après, et que le hasard a exhumée. Il la hait. C’est une évidence qui le parcourt, comme une décharge électrique.

edmeedexhavee.wordpress.com

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Parutions aux Editions Chloé des LysParutions aux Editions Chloé des LysParutions aux Editions Chloé des Lys

Parutions aux Editions Chloé des Lys

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En avril... Sur notre blog et ailleurs !

Publié le par christine brunet /aloys

 

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ANNONCE !

 

Bonjour à toutes et à tous,

Le salon des auteurs de la Maison des Artistes aura lieu les 17 et 18 mai au Waux-Hall en plein centre de Nivelles en même temps que le salon de Printemps des peintres.  Un concours pictural agrémentera le salon, les peintres produiront un tableau en relation avec l’écriture.  Si vous êtes auteur et souhaitez exposer vos livres, je vous demande de nous en faire part le plus rapidement possible par email, nous vous ferons parvenir une fiche d’inscription à nous renvoyer par email ou par la poste.

Amicalement, pour Sylviane,

Ghislaine

 *    

desguin

 

Carine-Laure Desguin et "Charleroi, ville des mots"

 

 

— Qui voilà ! Carine-Laure Desguin ! P’tite mine ma fille ! Alors, parle-moi de « Charleroi, ville des mots » ! Tu as participé à l’événement, comme je te connais…www.lesmots-charleroi.com



— Salut, Christine Brunet http://www.christine-brunet.com/ ! Tu as deviné, j’ai donné de ma sueur !



— Tout de suite, les grands mots…Allez, raconte un peu. Enlève ta veste, tu as l’air de mourir de chaud !

— Ben non, justement, je crève de froid !

— Hum, raconte quand même…

— Je reviens de la bibliothèque de l’U.T., l’événement se termine et ma dose d’émotion, je l’ai encore reçue en pleine …face !

 

— Tu nous expliques ou tu attends encore un peu, juste pour nous faire saliver…

— Oh la la, j’ai entendu mes mots qui résonnaient dans l’auditorium de ce grand bâtiment et ils s’éparpillaient sous les notes de « Pays de Charleroi », un très beau moment. Cette compagnie « Arts Nomades », une bande de comédiens, de vrais acteurs. Les habitants de la ville ont déposé des mots, des mots et encore des mots et tous ces mots sont affichés depuis une semaine sur les façades, dans les arbres, partout ! Et cet après-midi, tous ces mots, en chansons…

— Contente alors ?

— Non, peut-être ? Et pour t’embêter, je continue le déroulement du week-end…à l’envers…. ! Donc, tous ces mots en écho dans l’auditorium de l’U.T., c’était voici quelques minutes ! Je revenais tout droit d’une séance de dédicaces, à la bibliothèque Marguerite Yourcenar !

— Un dimanche ?

— Oui ! Une manière comme une autre de découvrir reelax un très bel endroit…Nous étions trois auteurs autour de ce comptoir de dédicace.

— Trois ?

— Ayi Hillah, Marcelle Pâques et Carine-Laure Desguin !

— Bien ! Je vois les photos ! Les lecteurs étaient au rendez-vous !

— Oui ! Télésambre, notre tv locale était présente également et l’interview sera diffusée bientôt !

— Télésambre ? Pour la séance de dédicaces ?

— Oh, il y avait aussi une expo de photos et de textes, dans la salle du Bourgeon ! « Charleroi, ville des mots », cela ne se passe pas uniquement dans le centre ! Inspirées par les photos de Dominique Prime, des photos de sable et de lumière, de vagues et d’océan, Sandra Dulier et moi avons écrit chacune une quinzaine de textes !

http://sandradulier.blogspot.be/

http://www.bourgeon.be/bourgeon.be/BIENVENUE.html

 

http://www.lallatrite.overblog.com



— Intéressant, un partenariat…

— Oui, et quel partenariat ! L’Académie de Musique, des Arts et de la Parole de Marchienne-au-Pont (aca.marchienne@gmail.com) a donné de son temps et de son talent…La directrice, Bernadette Weyers, a tout orchestré…Le spectacle du vendredi soir, un régal. Une bonne dizaine de musiciens et Marc Labye, leur chef d’orchestre, des enfants pour déclamer les poésies…Une heure d’émotion car lorsqu’on est auteur et que l’on entend des enfants qui déclament vos textes, comment pourrait-on ne pas fondre ?

— Pas facile Carine-Laure de déclamer tes textes…

— Les enfants sont des magiciens ! Bravo à Marie Beguin, Antoine Mal et Giulia Mannarino ! Ils ont mis en mouvement huit de mes textes et pour moi, ce fut comme un cadeau ! Je pense que Sandra Dulier a ressenti la même chose que moi lorsqu’elle a entendu les siens.

— Et les photos dans tout ça, perdues ?

— Pffff, ne dis pas des sottises ! Pendant le spectacle, Dominique Prime était aux commandes du projecteur et les photos défilaient au fur et à mesure des textes et des musiques…

— Un véritable son et lumière…

— Moqueuse, Christine Brunet…

— Un peu comme toi, Carine-Laure Desguin ! Cite-moi le nom de tes textes, ça m’intéresse…

— Attends, je zieute le programme concocté par Bernadette Weyers…Ah, voilà…Marie Beguin, Antoine Mal et Giulia Mannarino ont déclamé huit textes… . « Petit », « L’enfant aux yeux de ciel », « Le ballon rouge », « Deux bouteilles à la mer », « Les sept lettres du soleil », « Les pas d’un inconnu », « Y’a des jours comme ça », « Rien de plus beau »…

— Je lis dans le programme  « Dans le port d’Amsterdam »…C’est du plagiat ?

— Tu rigoles ou quoi ? Non ! A l’accordéon, Jos Barrale et au chant, Michelle Didelez. Ils ont interprété d’une façon magistrale cette chanson de Brel ! Une réussite ! Et de plus, la salle du Bourgeon offre une acoustique grandiose !

— Carine-Laure, tes impressions ?

— Oh, comme ça, de tout cœur j’espère que la poésie accompagnera ces enfants tout au long de leurs chemins, c’est le plus important pour moi, la poésie. Que Marie, Antoine et Giulia puisent dans la poésie toute l’énergie nécessaire pour réaliser tous leurs rêves…

— Ce sont tes derniers mots pour « Charleroi, ville des mots » ?

— Oui ! Que Marie Beguin, Antoine Mal et Giulia Mannarino puisent dans la poésie toute l’énergie nécessaire pour réaliser tous leurs rêves…

— A part tout ça, Carine-Laure?

http://carinelauredesguin.over-blog.com/article-a-part-tout-ca-carine-laure-quoi-de-neuf-122722335.html

 

*

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Rappel pour la revue "Les petits papiers de Chloé

 

> Le concours de Chloé : concours de Haïkus. A remettre le 30 avril dernier délai. Votes dès le début du mois de mai.

 

> La phrase de Chloé " Nous aurons le destin que nous aurons mérité" A. Einstein

 

600 caractères, ponctuation comprise. A remettre avant le 31 mai 2014.

*

Auteur à l'honneur !

 

Louis Delville

Carine-Laure Desguin

Henri Puffet

Laurent Dumortier/ Anne-Sophie Malice

Laurence De Troyer

Micheline Boland

Edmée de Xhavée

Victor Lebuis

Christian Van Moer

Bob Boutique :Commandant Danovsky

Emilie Decamp

Philippe Wolfenberg

Claude Colson

Nadine Groenecke

Camille Delnoy

Patrick Decamps

Michel Westrade

 


 


 


 

 

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Henri Puffet nous propose un extrait de son roman "La mise entre parenthèses"

Publié le par christine brunet /aloys

9782874597572 1 75

 

 

   Le lendemain, vendredi, j’avais à nouveau le feu sacré. Le monde recommençait chaque matin. Petit déjeuner continental et copieux face à l’infini de la mer, calme sous le bleu pâle du ciel. Au seuil du jour neuf comme devant une page blanche et vierge. En paix, j’essayais d’entamer chaque jour en le remplissant de signes positifs et intéressants, libre d’inquiétude. Je n’oubliais pas qu’il était si facile, et si dommage, de gâcher une journée parce qu’elle avait mal commencé, tel un début de page chargé de ratures et de gribouillis.

   Jusque 2 heures, sur la route 1, j’ai conduit entre l’océan et de hauts massifs mangés par les nuages. Ciel flou. Blanc gris, presque incolore. Côte désertique. Dénuement total. Tout était superbement dépouillé, sable et caillasse. Pas un brin d’herbe, pas un arbuste. Aucun signe de vie, hormis le tournoiement des vautours, planant dans les courants d’air devant les parois des montagnes. Que mangeaient-ils dans ce royaume de pierre ? J’étais sur l’écorce nue de la terre, au bord des vagues vertes et bleues qui répandaient leur écume sur les rivages vides, roulant vers rien du tout.  De loin en loin, balises rappelant la précarité de la vie humaine, de mini monuments funéraires, faits de bric et de broc, ponctuaient les endroits d’anciens accidents mortels.

   Michilla. Un infime bled de cabanes posées des deux côtés d’une de ces infinies lignes droites dans l’hébétude, entre mer et désert, entre le bleu et l’ocre. Des épiceries microscopiques, des gargotes minuscules servant de restaurants pour camionneurs. Je suis entré dans l’une d’elles acheter des bouteilles d’eau. Un gamin suivait un match de football à la télévision. J’avais l’impression de me trouver sur une planète aussi bizarroïde que celles décrites par le Petit Prince de Saint-Exupéry. Par place, les sables du désert s’aventuraient jusqu’aux vagues. Ou bien était-ce le sable des plages qui avait colonisé l’intérieur des terres ? Mais le plus souvent, le rivage s’accolait à des falaises brunes, à des chaos de blocs fantastiques sur lesquels les rouleaux éclataient en geysers d’écume. J’étais en Bretagne. J’étais au Sahara. J’étais dans les fjords de Norvège quand les aplombs se faisaient vertigineux, de pur roc, et que la route sinuait, modeste et humble, au pied de leurs perspectives aériennes. On y voyait, à mi-pente, de vagues nuages fatigués qui semblaient n’avoir plus la force nécessaire pour grimper plus haut, comme des alpinistes vaincus.

   A Tocopilla, quittant la côte, je me suis hissé le long de la route 24 jusqu’au plateau central. Le ciel est soudain devenu bleu, tous les nuages effacés comme de la buée sur une vitre. Le désert le plus aride de la planète, paraît-il. J’avoue que cela m’a fait de l’effet. J’étais sur le trait noir de la route, rectiligne dans le jaune et le gris, sous l’azur. A l’horizon, infiniment loin, je voyais se profiler en dents de scie de ternes montagnes, et, sur la platitude vide, un long train, lourd et lent, laborieuse larve rampant dans un décor lunaire.

 

   Au bout d’une heure, j’ai atteint Maria Elena, un bled paumé collé sur du néant. J’y suis entré faire un tour. Une bourgade d’ouvriers. A proximité, une mine exhalait un nuage opaque de poussière brune, si dense qu’on aurait juré qu’un volcan plat vomissait ses scories. J’ai pénétré dans une petite épicerie. Encore. Acheter n’importe quoi, une boisson, trois pommes, un chocolat. C’est ainsi que je prenais la température des endroits où j’allais. Les gens étaient gentils. Dehors, sonnaient les vagues échos d’une fanfare en train de répéter dans une sorte de salle municipale. Dérision.

 

Henri Puffet

La mise entre parenthèses

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Laurence De Troyer nous propse un extrait de son roman, Couleurs d'ailleurs

Publié le par christine brunet /aloys

 

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Il fait -15°C dehors, il en faisait 9 il y a deux jours. Je comprends mieux à présent lorsque les Québécois me parlent de climat variable. C’est d’ailleurs ce qui confère à cette région la spécialité du sirop d’érable.

Ce matin, je serai chargée de la mission de la  tire sur la neige. Cette nouveauté se déroule en plusieurs étapes. Il faut tout d’abord égaliser le niveau des auges à neige en grattant l’ancienne neige durcie et en y ajoutant de la neige fraiche, puis la lisser avec un patin de bois. Pleine de bonnes intentions, je lustrerai la neige afin que pas un flocon ne vienne dénaturer mon œuvre. Clément en rira à cœur joie !

Vient ensuite la préparation de la tire proprement dite. Je fais donc chauffer le sirop d’érable jusqu’à 236°F, pas plus, pas moins. Cette température le transforme en tire. Il faut ensuite transvaser le précieux liquide dans une gigantesque cuillère métallique munie de trois becs verseurs.

Me voilà donc par -10°C en train de faire couler la tire sur la neige pour rassasier des dizaines de Québécois qui attendent autour de moi, leur bâton de bois à la main.

 

Dès que la tire refroidit légèrement et durcit, ils l’enroulent comme un bonbon autour du bâtonnet. Je me devais de tenter l’expérience, c’est tout simplement délicieux. Les cristaux de glace fondent sur la langue en même temps que ce bonbon artisanal encore chaud.

 

Laurence De Troyer

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