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Un extrait du nouveau roman de Gauthier Hiernaux : La Novolitza

Publié le par aloys.over-blog.com

gauthier hiernaux2Le bruit de ses pas résonnait dans la ville au même rythme que les battements de son cœur.

Elle redoutait cette journée depuis bien longtemps mais se faisait un point d’honneur de ne rien laisser paraître au pachyderme qui la suivait pesamment.

C’est pourquoi, avant de se prendre le chemin du Castel, elle avait décidé d’emprunter celui des écoliers. La jeune femme avait contraint son chaperon à un détour par les luxueux quartiers résidentiels du haut de la cité.

En cette première semaine des Mellianes – la plus belle saison de l’année selonhttp://grandeuretdecadence.files.wordpress.com/2011/01/novolitza_couverture.jpg?w=225&h=300 elle – Isadora profitait de la fête de la Lune rousse dédiée à la Déesse Mella pour se balader dans les rues presque désertes. Le ciel était d’un bleu éclatant et le soleil, pour une fois cette saison, ne jouait pas sa vierge effarouchée. Le curieux duo venait d’emprunter une allée boisée que surplombaient de magnifiques demeures. La dernière, légèrement en retrait par rapport aux autres, était surmontée d’une gigantesque serre dont chaque carreau réfléchissait les rayons de l’astre. Elle ne manquait jamais de détailler les sculptures qui l’entouraient quand ses promenades la conduisaient à proximité.

On f’rait p’têt mieux d’y aller, M’zelle Isadora.

La voix rauque du gros Balazs ne parvint pas à troubler le charme de cet instant. Isadora tentait d’ignorer ses interventions depuis leur départ mais elle concevait de plus en plus de mal à semer la réalité. Elle avait retardé au maximum l’instant fatidique mais bientôt, elle ne pourrait plus reculer.

Elle chassa ses sombres pensées et se focalisa sur le dessiné des cheminées. Celles-ci semblaient avoir été recouvertes de fines lignes de couleurs et partaient vers les cieux avec une grâce infinie. Tout en se demandant qui pouvait habiter cette demeure, Isadora se rapprocha d’un portail accablé sous la masse luxuriante de ronces et de fougères que l’Esdo de maison avait omis de couper depuis ce qui semblait être des décennies. Le jardin, ce qu’elle pouvait en voir en fait, était envahi d’herbes hautes, pourtant, la propriété n’était guère abandonnée. Elle repéra un mince filet de fumée s’échappant paresseusement d’une des cheminées et il lui sembla apercevoir une silhouette dans la serre.

Sur une étiquette lavée par les pluies, on lisait le nom suivant :

 

A. PIERR

MAITRE-SCULPTEUR DE L’EMPIRE.

 

Isadora n’avait jamais entendu parler d’un quelconque Pierr mais elle ne fréquentait guère les salons et les clients du Soleil de Minuit ne se rendaient pas chez Rudi K pour converser. Madame Lucques, sa préceptrice, prétendait que les mâles se confiaient généralement sur l’oreiller mais, en deux ans d’apprentissage, Isadora n’avait pas eu l’ombre d’un aveu digne de ce nom. (Peut-être que si en fait, mais elle avait pris l’habitude de ne pas écouter ceux qui venaient déverser leur foutre sur ses fesses ou son visage). A présent qu’elle s’apprêtait à donner son corps  pour de l’argent (« louer » serait un terme plus exact néanmoins), elle se demandait quel serait le sujet abordé par ce premier client.

On f’rait p’têt mieux d’y aller, M’zelle Isadora.

La voix plaintive du gros Balazs résonna désagréablement à ses oreilles. Elle lâcha un long soupir comme ses épaules s’affaissaient.

Accorde-moi encore quelques instants, s’il te plaît, fit-elle en mettant dans sa demande toute la chaleur dont elle était capable.

On lui avait dit qu’elle avait une jolie voix. Madame Lucques était certaine que d’aucuns la demanderaient expressément, au mieux pour qu’elle leur glisse quelques mots salaces de son timbre rauque pendant qu’elle donnait du poignet.

Grande, blonde, les yeux verts, Isadora n’avait pas la silhouette recherchée par les amateurs de chair en cette fin de 1er siècle de la Nouvelle Ere. La mode était aux rousses diaphanes qui avaient succédé aux petites au cheveu sombre et au teint bistre. Des filles comme Ania surnommée « Le Tison », pur produit des Terres de Feu ou Eliette « aux longs doigts » étaient davantage prisées dans ce milieu car leur poitrine aurait pu arrêter le galop de plus d’un valeureux cheval de combat. Isadora prétendait posséder les seins d’une honnête fille ; ni trop gros, ni trop menus. Elle ne voulait pas finir comme Babi, une ancienne collègue qui avait valsé par-dessus le parapet d’un pont, emportée par sa légendaire fierté mammaire. Isadora était dotée d’autres atouts, notamment celui d’être la fille du patron.

Pourtant, ce vieux salopard de Rudi K. l’envoyait chez le Qaeder Ivarcelli, le plus haut personnage militaire de la Région de Lütsza. Les filles n’aimaient pas trop le Qaeder – même Eliette qui ne crachait jamais dans la soupe – mais aucune d’entre elles n’avait réussi à mettre le doigt sur le problème. Igor Ivarcelli était un Grand d’Empire qui, à quarante ans, n’avait pas encore trouvé une matrone avec qui partager sa vie. On le disait intime avec la famille de l’Imperator car il avait ses entrées au Saint-Siège mais nul ne savait avec exactitude ce qu’il y trafiquait. Les rumeurs couraient bon train mais il y avait certainement une grosse part de jalousie dans ces médisances. Il participait activement à la reconstruction de l’Empire ; on lui devait notamment le temple de Lyncee (une construction magnifique qui trônait sur la Place de la Victoire de Varaždin). Si elle avait eu davantage de culture, Isadora aurait su que les plans du bâtiment religieux avaient été dressés par Alan Pierr, le propriétaire de la villa qui l’avait tant séduite.

Mais pour l’heure, la perspective de se retrouver seule avec un noble au passé nébuleux lui donnait froid dans le dos.

Elle tira sur son écharpe pour protéger la totalité de son long cou et repositionna correctement son bonnet. Par décret, les prostituées étaient contraintes de porter un signe qui les distinguait des honnêtes matrones. La justice avait opté pour une mèche de couleur criarde qui ne laissait aucun doute sur leur condition. Celle d’Isadora était, pour l’heure, soigneusement cachée sous le bonnet qu’elle avait emprunté à Alda, la fille dont elle s’était rapprochée ces dernières saisons. Issa n’avait pas honte de son métier, elle désirait simplement flâner sans être dérangée par les regards concupiscents des mâles. Mais si elle était contrôlée par les dragons, son employeur risquait d’être mis à l’amende. Néanmoins, elle s’en fichait comme de sa première culotte : le patron du Soleil de Minuit ne pouvait exercer sa tyrannie sur elle comme il le faisait sur les autres filles.

Depuis qu’elle était revenue de la pension un peu spéciale de Madame Lucques où elle avait appris les diverses formes qu’elle pouvait donner au plaisir, Rudi K. avait été transfiguré. Il ne lui avait jamais témoigné beaucoup d’affection alors qu’elle était encore enfant mais à présent qu’il voyait en cette belle plante une source de revenus supplémentaire et peu onéreuse, il traitait sa fille davantage comme une employée de luxe que comme une esclave-domestique. Rudi K. n’avait conçu aucun regret d’avoir mis sa fille unique en location mais, avec les années, voyant ce qu’elle était devenue, il avait regretté de n’avoir attendu et tenté de la marier. Qui n’aurait  voulu de la belle Isadora Krawzeek à la lignée certes sulfureuse mais à l’avenir radieux pour celui qui l’aurait possédée ? Ces années à la pension de Madame Lucques n’avaient cependant pas rebuté Isadora. Elle en gardait même d’excellents souvenirs. Les filles de madame Lucques étudiant divers domaines – tournant naturellement autour de la sexualité – dont les intitulés étaient aussi étonnants que leur contenu intéressant. Mme Lucques se faisait un point d’honneur à dispenser chaque heure de formation, avec un professionnalisme digne des meilleurs Frères Scolastiques. La douairière distribuait ses conseils avisés avec la même prodigalité qu’un religieux, ses conseils et ses sermons.

Mais davantage que le reste, Isadora appréciait l’ambiance qui régnait dans la maison. Les filles, étonnamment peu nombreuses alors que ce métier était, selon le dicton, le plus vieux du monde, s’entendaient à merveille et se gardaient bien de se livrer une guerre comme leurs cousins mâles et puissants des Grand et Petit-Hôtels. La jeune femme en apprit la raison plusieurs années après son arrivée dans la place. Les services de Mme Lucques coûtaient une véritable petite fortune car, outre l’enseignement, on offrait aux pensionnaires le gîte et le couvert. Mme Lucques avait la chance d’avoir aux fourneaux une certaine Mademoiselle Sonia, une ancienne gagneuse qui portait les vestiges de sa beauté comme une écharpe autour du col. Sa cuisine était divine, même si elle prenait un malin plaisir à éliminer la moindre particule de légume de ses plats. Résolument carnivore, la patronne de l’établissement ne concevait pas qu’on pût brouter quand on devait gagner des formes. Mme Lucques avait dû en manger plus que de raison car elle débordait littéralement de toutes les malheureuses chaises sur lesquelles elle posait son séant.

Isadora concevait beaucoup d’affection pour cette ancienne fille de joie, le monde glauque dans lequel son père l’avait glissée n’était pas celui que lui présentait Mme Lucques. Elle avait davantage l’impression de suivre un apprentissage au même titre que les jeunes gens de sexe masculin. Elle devenait le maître-peintre de la chair, le révérend-architecte du corps, le Scolastique des émotions. On lui apprenait à satisfaire tous les désirs, à répondre à toutes les demandes mais avant tout, à faire le vide dans son esprit. Des séances de relaxation étaient prévues avant chaque cours pratique car Mme Lucques prétendait que ces vides de l’esprit étaient salutaires. Une fille qui prenait conscience du corps adipeux qui la besognait avait toutes les chances de tenter de l’éjecter. La chose était évidemment à proscrire car le client concevrait beaucoup de réticences à revenir dans l’établissement.

Isadora avait patiemment écouté et appris les leçons de son enseignante et s’était juré de pratiquer tous les conseils qu’on lui avait dispensés.

Elle avait quitté la maison de Mme Lucques avec ce qui ressemblait à une certification en poche. Elle n’avait aucune légalité mais elle pouvait compter sur son vieux père pour tenter de la mettre à profit.

 

Gauthier Hiernaux

La Novolitza

 

grandeuretdecadence.wordpress.com

 

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Jean-Philippe Querton nous parle de son nouveau livre "La méthadone m'a tué"

Publié le par aloys

 http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:c7Xy0siilgPexM:http://www.meurs.be/images/publiques/Jean-Philippe_Querton.jpg
Chers Ami(e)s,

 

Je crois que certains d’entre vous ont entendu parler d’un livre sur lequel je travaille depuis un certain temps, un livre intitulé « La méthadone m’a tué ».


Je plante le décor.


En 2007, je suis contacté par Giovanna, une personne du Forem qui me raconte l’histoire dramatique de son fils de 21 ans, décédé d’une overdose de méthadone alors qu’il n’est pas toxicomane.


Cette dame, en totale souffrance cherche à assumer son deuil en réhabilitant son fils dans sa dignité. En effet, à l’époque, les médias font leur une de ce fait-divers dramatique en titrant « Mort d’un toxicomane ».


Malheureusement, dans son combat, elle se heurte à un médecin bien connu et, manifestement bien protégé qui ne sera jamais condamné pour l’erreur qu’il commet en prescrivant ce produit qui s’avère mortel pour une personne non-héroïnomane !


À l’époque, elle souhaite me rencontrer parce qu’elle est persuadée qu’un livre pourrait contribuer à la faire avancer sur le chemin d’une certaine forme de guérison.


C’est ainsi qu’un lien s’est tissé entre elle et moi.


Nous avons mis des mots sur sa douleur et écrit ce livre qui fut refusé par la plupart des éditeurs parce qu’il mettait en cause une personne bien connue.


Nous n’avons pas voulu faire le procès de ce toubib, mais réfléchir à la souffrance d’une mère…

 

Il s’agit d’une belle aventure qui se concrétise enfin, puisque début mars, le livre sortira de presse…

 

Parce que c’est aussi un livre sur l’écoute, j’avais envie de vous en parler.

Parce que la raison d’être de ce témoignage, c’est d’être lu…

 

Amitiés et à bientôt.


 

Jean-Philippe

  

Plus d'infos sur http://jeanphilippequerton.e-monsite.com/


 
   

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Jean-Claude Texier : un extrait de L'élitiste

Publié le par aloys

P1070295Roméo de Rivera, proviseur socialiste imprégné de marxisme, grand admirateur de Staline, vient d'être nommé en zone sensible de la banlieue parisienne.  
 

"...Il terminait son septennat lorsqu'il fut remarqué, lors du Congrès de Rennes en 1990, par un personnage influent qui lui assura sa nomination à Champfleury, sur la rive gauche de la Marne, en face de Saint-Sauveur.

 

   Là, il dut mettre son orgueil en berne. Comme il l'avait appréhendé, il trouva un endroit dévasté par les voyous des cités avoisinantes. De nombreux enfants d'immigrés  y côtoyaient les rebuts des autres lycées. Le manque de crédit, la pauvreté, la hantise du chômage, le racisme et la violence avaient créé un climat peu propice aux études. Le seul espoir de promotion était de franchir cette rivière, se faire admettre à Edith Cavell où se formaient les élites. Alors il entendit pour la première fois, prononcé avec respect et admiration, le nom de Charvache. On parlait d'un modèle de proviseur, d'un chef-d'oeuvre de lycée, avec ce mélange d'envie et de dédain propre à tous ceux qui désirent secrètement ce qu'ils ne peuvent avoir. Roméo se sentait leur frère, lui qui était loin de pouvoir prétendre à autre chose que le lycée poubelle dont il avait hérité. 

 

   Imaginez un architecte qui se serait trompé de commande et aurait livré les plans d'une aérogare affectés à la construction d'une école en haut d'une colline, et vous aurez une idée du bâtiment dont Roméo prit possession cette année-là. Une forme circulaire, un plafond bas tout noir, des couloirs gris, tous semblables, aussi larges que des rues où des foules de voyageurs auraient pu débarquer, où l'on tournait en rond en se perdant aisément faute de repères, où les portes des salles se confondaient avec les parois uniformes. Un labyrinthe inextricable où même les habitués s'égaraient étourdiment, des corridors interchangeables, rigoureusement identiques, comme pour induire les usagers en erreur, si bien qu'y entrer, c'était déjà perdre son temps. L'ensemble était si laid, si mal conçu, si cauchemardesque, que même les vandales avaient renoncé à écrire dessus, le jugeant sans doute indigne de porter leur empreinte. On aurait pu y tourner un film d'horreur en faisant l'économie d'un décorateur ; il éveillait un tel désir de fuir que l'on y cherchait instinctivement le comptoir d'une compagnie aérienne où une belle hôtesse vous inviterait à des voyages enchanteurs pour oublier les lieux. Hélas, la seule hôtesse se trouvait à l'entrée, enfermée dans une cage de fer doublée de vitres incassables. Elle actionnait un portillon, après que l'on eu décliné son identité par l'interphone. Lorsqu'on s'adressait directement à elle, seul un minuscule guichet permettait d'entendre sa voix, tant elle était protégée du bruit et de la violence. Des caméras vidéos lorgnaient les clôtures entourant le terrain vague qui tenait lieu de jardin. D'autres vous épiaient à l'intérieur, dissimulées dans le noir du plafond, où les rayons obliques du soleil matinal allumaient leur oeil sinistre. La drogue ignoble avait trouvé là une terre d'élection. Telle était l'aérogare Maurice Barrès, une Colline Peu Inspirée, aux dires des lettrés.

 

   Un personnel aussi moche agrémentait l'établissement. Une adjointe rousse échevelée, affolée, criarde, toujours à bout de nerfs, des employés administratifs désabusés, dépassés, démoralisés par des confrontations constantes. Deux secrétaires si mal fagotées qu'on les aurait confondues avec la clientèle dépenaillée, ébouriffée, ahurie, de traîne-savates loqueteux, au dos courbé de vieillards, qui allaient de travers, comme ivres, dans le dédale des couloirs. Emprisonnée par les portes coupe-feu, stagnait une odeur persistante de moisi que les brefs courants d'air ne parvenaient pas à chasser. Une désorganisation complète à tous les échelons choqua son esprit rationnel. On se chamaillait dans chaque bureau, on se renvoyait des tâches et des jurons en gueulant :

"Ca ne me regarde pas ! Faites votre boulot, nom de Dieu !"

 

   Le bureau de son adjointe était séparé du sien par tout un couloir circulaire. On y faisait d'interminables allées et venues, on y parcourait des kilomètres inutiles, un épuisant marathon quotidien où l'on trimbalait des piles de documents sur des chariots brinquebalants. Des dossiers s'empilaient pêle-mêle sur des pupitres en guise de tables, on semblait partout à la recherche de quelque chose d'introuvable, en proie à une rogne hargneuse. Le premier jour, l'adjointe ne répondit pas à ses demandes réitérées d'ouvrir sa porte : pour avoir la paix, elle s'était renfermée à clef. Le lendemain, il eut bien envie d'en faire autant. Une flopée de mécontents s'alignait devant son bureau pour présenter leurs doléances. Il écouta les plaintes et revendications, prit des notes, et renvoya tout le monde avec le remède miracle dont les politiques font si ample usage : des promesses."   

 

 


Elke Texier

champsromanesques.over-blog.com

 

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Hugues Draye : Un extrait de "Chemin faisant..."

Publié le par aloys.over-blog.com

H.draye

LISLES-MARTINS

1

J'aurai marché dans la forêt depuis une heure ou deux. Les arbres auront défilé les uns après les autres. Un coucher de soleil aura transpercé les branches.

Je n'entendrai pas les oiseaux. Ma tête sera encombrée d'une musique, d'un souvenir ou d'un projet. Les sentiers tortueux se succéderont et je verrai en chacun la réplique du précédent.

Je me demanderai, en apercevant les bouleaux, si les feuilles qui s'en détachent meurent à l'instant où elles quittent leur branche maternelle ou à la seconde précise où elles atteignent – et touchent – le  sol.

J'entendrai un coup de feu. J'imaginerai les chasseurs - ou les assassins - au loin. Je tournerai la tête vers les buissons. Je croirai reconnaître la casquette du Champenois, ce héros gaumais.

Je frissonnerai.

Je poursuivrai ma route.

2

"Combien de temps avez-vous marché dans la forêt, monsieur?"

"Je n'en sais rien, docteur"

Oui, la visite médicale aura commencé. On établira mon dossier. Je passerai sur la balance. Je serai ensuite prié d'attendre dans un box voisin. Et je créerai mon suspense.

Cinq minutes. Dix minutes. Un quart d'heure.

 Et le diagnostic tombera.

"Je ne dois plus vous apprendre, mon cher patient, que la pensée n'existe pas. Vous savez que les flashs qui passent dans notre cerveau à longueur de journée ne sont pas vraiment l'expression de notre volonté, que des planètes existant réellement dans le cosmos nous envoient journellement, grâce à un système de satellites, des photos ou des extraits de leur vie. Depuis quelques mois, je voyais des oranges bleues partout. Je me suis donné la peine, en tant que médecin, d'analyser scientifiquement cette chimère. Le résultat fut concluant : les fruits, soi-disant imaginaires vu leur couleur, se trouvent et existent matériellement sur Wivin, un astéroïde situé à trois milliards de kilomètres en diagonale de la couche atmosphérique. Il se pourrait - nous l'avons calculé - que certaines planètes, au cours des vingt prochaines années qui vont arriver, entrent en collision"

"Où voulez-vous en venir ?"

"Nous désirerions, afin d'éviter ce phénomène, parachuter des hommes sur place. Vos prises de sang et votre potentiel urinaire ont démontré, cellule après cellule, que vous étiez l’homme de la situation. On va vous envoyer là-bas. Vous allez découvrir vos rêves en chair et en os. Juste le temps d'une piqûre"

Et … je me laisserai faire.

 

3

Lisles-Martins.

Ainsi, le panneau - qui indiquait Liège-Guillemins dans la réalité - aura changé de nom lors de l'arrivée du train. Comme dans mes rêves.

Je jetterai mon ticket dans la poubelle du quai, j'arpenterai la salle des pas perdus, je consulterai les tableaux horaires et je raserai les murs. Comme dans la réalité.

Mon amie, ma Dulcinée, pour me surprendre, déposera sa main sur ma nuque. Un journal siégera dans la poche droite de son manteau. Elle mangera un bâton de chocolat. Elle laissera vagabonder sa main droite sur les boutons de nacre de son chemisier rouge. Elle claquera des dents et je verrai un soleil. Comme dans les rêves où je la rencontre. Nous traverserons le boulevard, main dans la main. Nous nous attarderons devant les magasins. L'herbe du parc sera rouge. Et mon amie regardera droit devant elle. Je ne connaîtrai toujours pas son prénom.

"Sœur Marie-Claire a téléphoné, mon chéri", dira-t-elle, comme ça, par hasard.

Je me rappellerai, moi qui connais mes scénarios amoureux par cœur, de ma première rencontre avec ma blonde dans une bibliothèque tenue par une religieuse.

"Ont-ils réparé la télé ?", demanderai-je encore. En me souvenant des fameux parasites devant l'image témoin de notre première rencontre.

Elle me tendra ses lèvres. Elle m'embrassera. Je m'évanouirai.

4

Visite médicale à nouveau.

"Que s'est-il passé, docteur ?"

      "On vous a sauvé à temps. Votre muse de Lisles-Martins détenait des pouvoirs paranormaux. Son fluide naturel allait provoquer des dégâts au niveau de votre attraction mutuelle. En un regard, vous seriez devenu aveugle ou paralytique. Un sérum doit être conçu pour lutter contre ce fléau. En attendant, vous rejoindrez le royaume des morts qui s'allume dans vos songes …"

Et le médecin plantera le thermomètre dans le creux de ma cuisse. Je n'aurai pas le temps de placer un mot.

5

Je voyagerai en dirigeable.

J'aurai le cafard.

La gare de Lisles-Martins et le fantôme de ma muse envahiront déjà mes souvenirs.

Dehors, les nuages voileront le hublot. Le ballon perdra de l’altitude. Le baromètre en aura pris un coup.

Pendant ce temps, à l'intérieur du dirigeable, je tournerai en rond dans un décor japonais. Une marmite en cuivre jouera du tambour au plafond. Des infirmiers - portant une civière - feront les cent pas. Oui, j'aurai atterri dans le royaume des morts de mon imagination. Je consulterai un plan. J'aboutirai au second étage. A la chambre 923.

Simon Jacob, apiculteur célèbre décédé depuis une quinzaine d'années, fera une sieste dans son pavillon. Il aura le regard pensif d'une statue de Rodin. Je serai intimidé. Je ferai quelques pas en avant. Ensuite, je reculerai.

Une fois de plus, je réaliserai que, contrairement à mes idéaux, la mort n'embellit rien, la mort n'efface rien, la mort existe essentiellement dans la tête, les humains gardent leur dimension et que les idoles n'existent pas.

6

Evidemment, je serai de retour sur terre.

Evidemment, j'aurai à nouveau droit à une visite médicale.

Qu'y apprendrai-je encore ?

"Mon cher patient, vous étiez sur le point de fondre. Je dois vous administrer une dose plus forte. J'ai lu, dans votre dossier, les références concernant vos rêves avec une panthère qui vous avale. Si mes renseignements sont exacts, il y a, dans le ventre de l'animal, un lit. La bête s'échappe du zoo, court dans le désert et rejoint un cirque. Je vais vous projeter en ces eaux-là"

"Retournerai-je bientôt à Lisles-Martins ?"

Je n'entendrai pas la réponse, bien sûr. Je m'évanouirai avant, bien sûr.

7

Le zoo d'Anvers aura fermé ses grilles. Les touristes auront déserté le grand jardin digne d'un dessin animé de Walt Disney. Les jardiniers seront partis à la cantine.

Et je serai encore là. Par hasard.

Derrière une maison blanche de type espagnol, deux panthères dormiront.

Je m'accroupirai. Je me faufilerai jusqu'à la queue des félins.

Je rêverai encore de Lisles-Martins. Je rêverai encore de ma muse. En vain.

La peur du gardien du zoo me glacera les os. Le radeau, situé dans mes rêves à l'extrême-droite du tuyau d'arrosage, aura été déplacé ; les traces blanches en témoigneront.

Le mâle sortira de son sommeil. Je me prendrai pour un homme invisible (ou un passe-muraille). Je sourirai. Je me rappellerai d'un médecin, dans une autre galaxie, prêt à me sauver en cas de danger. L'animal aura le temps de faire trois pas dans ma direction, de m'adresser un clin d'œil et de tourner … à droite.

 

 

 

 

8

L'animal n'aura pas le temps, comme prévu, comme dans mes rêves, de m'avaler. Je n'aurai pas le lpoisir de m'installer, de me coucher, de me draper et de dormir dans le lit de son ventre.

Je ne retournerai pas à la visite médicale. Mon médecin-fantôme se sera évaporé avec ses seringues et son sérum.

Je me retrouverai dans la forêt. Comme au point de départ. Je m'apercevrai, le plus simplement du monde, que je n'avais jamais quitté cette forêt. J'aurai pensé intensément et le rêve aura fait le reste.

Je ne rejoindrai pas Lisles-Martins. Je ne retrouverai pas ma muse. Mon envolée aura vécu son cours. Je ne me retournerai pas. J'accélérerai le pas.

Les marécages me paraîtront magiques. Les bûcherons, pour une fois, frôleront les divines apparitions. Les cyclistes de passage deviendront mes frères. Un ruisseau coulera dans mes veines. Je joindrai mes mains. Je regarderai en l'air.

Je deviendrai amoureux de la réalité.

Je rejoindrai une autre muse.

Je te rejoindrai.

Je te rejoindrai ... comme toujours.

Luttre, 14 juillet 2004, 22 heures,

juste avant de partir en vacances avec toi

 

Hugues Draye  huguesdraye.over-blog.com

 

 

 

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Danièle Deyde vous propose deux extraits de son livre 'histoire en paroles'

Publié le par aloys.over-blog.com

9782874594793_1_75.JPG   « Histoire en paroles » est un premier roman.

Trois personnes d’une même famille prennent, tour à tour, la parole pour raconter leur histoire, chacun avec ses mots. Ce sont : Mickaël, le fils de quinze ans, Jacqueline, la grand-Tête deydémère, puis Cendrine, la mère qui tentent de briser le silence qui a pesé sur leur vie. Mais des non-dits, des mots impossibles à prononcer continuent à hanter le présent.

 

 

Extraits :

 

Mickaël :

 « Ma mère, ya qu’avec elle que j’aime bien être et, pourtant, qu’est ce que je lui en fais baver ! Souvent, je lui réponds n’importe comment, je refuse de lui obéir et elle peut pas faire grand-chose vu que maintenant je suis plus grand qu’elle. Quelquefois, elle a été convoquée au collège à cause de ma conduite. Elle dit qu’elle en a marre de signer des mots sur mon carnet, d’être considérée comme une mauvaise mère qui s’occupe mal de son fils ; ça, ça me fait mal quand elle le dit parce que c’est pas vrai. C’est pas sa faute à elle, elle fait de son mieux, mais moi je peux pas faire autrement. Parfois, quand même, on s’entend bien : je mets la table pour lui faire plaisir, on mange et je fais la vaisselle. Je lui dis : « Maman, reste assise, repose-toi ; aujourd’hui, c’est moi qui travaille. » Elle sourit, elle est heureuse, et moi, ça me fait du bien. »

 

Cendrine :

« Parfois, je me sens coupable de l’avoir mis au monde, mais je sais que cela ne sert à rien et que ma culpabilité ne l’aide pas. Alors, j’essaie de faire face, ici et maintenant, pour lui offrir une vie meilleure avec tout l’amour dont je suis capable ; j’essaie de rattraper le temps perdu et mes erreurs. Je fais de mon mieux, mais je ne peux pas tout. Je voudrais être une bonne mère. C’est difficile, mais je désire être au moins une mère aimante ; ce que la mienne n’a pas su être. Je voudrais tellement que, plus tard, Mica n’ait pas de rancune envers moi, qu’il n’éprouve pas cette haine que je ressens vis-à-vis de ma propre mère, celle que je ne peux même plus appeler « maman », celle qui n’a jamais été présente quand j’avais besoin d’elle, celle qui n’a jamais pu voir, ni entendre la petite fille, puis l’adolescente que j’étais. »

 

 

Danièle Deyde

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Hugues Draye : Moins quatre, sûr'ment...

Publié le par christine brunet /aloys

H.draye

  
Moins quatre, sûr'ment.
 
Ceux qui s'occupent du chauffage adéquat, dans les trains, ont, paraît-il, tout au plus, trois types de fringues pour l'année. Leurs vêt'ments d'hiver, c'est encore à leurs charges, à leurs frais.
 
Les livreurs de mazout bénéficient de la saison.
 
Et ...
 
Je n'ai toujours pas écrit à Karine ... comme je me l'étais promis.
 
C'était son anniversaire, sam'di dernier. Le "27 novembre", je ne peux mal de l'oublier, de passer au dessus ... pas plus que l'an dernier.
 
J'avais décidé, pour la circonstance, du type de papier en couleurs que j'utilis'rais. Du type de marqueur noir (et fin), aussi.
 
Et du texte que je réécrirais, sur la seconde feuille.
Un texte qui est dev'nu une chanson, d'ailleurs ...
 
"Elle est à toi, cette église en déroute
Ils sont à toi, ces gosses qui s'y battent
Ils sont à toi, ces travaux sur la route
Il est à toi, ce portail sur la droite ..."
 
"Il est à toi, ce coq sur le clocher
Il est à toi, Saint-Antoine dans le coin
Elles sont à toi, ces images sculptées
Elle est à toi, la crypte un peu plus loin ..."
 
"Elle est à toi, cette église en octobre
Elle est à toi, cette chambre à côté
Ils sont à toi, ces fabuleux désordres
Il est à toi, cet abribus tout près ..."
 
Dès le lundi précédant le fameux, le fabuleux sam'di ...
Mon plan d'écriture, mon plan ... d'amour était clair, dans ma tête.
 
En attendant ...
 
Je pouvais largement attendre jusque jeudi, pour mettre mon plan en action.
Je pouvais utiliser les jours précédents pour mettre de l'argent de côté, me démerder avec mes économies. Logique : on était en fin d'mois.
 
Et "jeudi" est arrivé.
 
J'ai terminé, ce jour-là, mon boulot à ... quatre heures et d'mie. Le temps de rentrer, de prendre un bain et de ne pas négliger non plus mon intention d'aller jouer dans l'métro, entre 18 et 20 heures. Non, le temps ne "s'élasticifie" pas !
 
Dix-sept heures trente.
 
Après avoir, quand même, géré "bien" mes états d'fatigue, le temps du bain et le reste ...
 
Je me retrouve sur la PLace Saint-Pierre. J'attends le tram.
Sans oublier, sans perdre de vue ...
La "belle lettre" que j'ai prévu d'envoyer (on est sentimental ou on ne l'est pas).
 
Il me faut encore ... des timbres.
Il me faut encore ... l'env'loppe A4.
Il me faut encore ... ach'ter le marqueur noir (fin).
Il me faut encore ... ach'ter les deux feuilles en couleur.
 
Concrèt'ment :
Ca va : y a une papet'rie dans une rue voisine.
Ca va : à la librairie, sur la place, on vend sûr'ment des timbres.
 
Mais ...
Je suis fatigué, harrassé. Traverser la place pour aller jusqu'à la papet'rie, ç'est trop. Mon sixième sens s'allume : le jeu en vaut-il la chandelle ?
 
Quant aux timbres ...
 
On les vend partout par dix (aux guichets, aux points "post"). Le timbre le moins cher ne revient pas à moins de 0, 60 euros (et quelques).
Je ne m'en tire donc pas à moins de 6 ou 7 euros.
 
Je me ravise. Et le tram va arriver.
 
6 ou 7 euros ... plus le prix du marqueur, celui de l'enveloppe, des feuilles !
Quelle prise de tête !
 
Dans ma poche, il me reste ... 10 euros.
Si je les garde ...
Je peux déjà me débrouiller avec eux, demain, rien que pour ... bouffer.
Et ...
Les 4, 5 euros (maximum) que je peux gagner, sur deux heures de manche, au métro, c'est du bonus.
 
Après tout ...
Je peux "GSMer" chez Karine sam'di.
Après tout ...
Non, je n'ai pas envie de "GSMer". Si je l'ai au bout du fil, je risque de rester sans voix, je risque d'espérer, d'attendre qu'elle me propose un rendez-vous fixe, un certain jour, à une certaine heure. Mais ... soyons réalistes : ça ne se pass'ra pas, elle n'est plus dans le même trip, trop d'éléments me le confirment, je ne suis pas con, et elle peut très bien (en toute "gentillesse", en toute "amitié"), me dire des mots, des choses que je n'ai pas envie d'entendre.
Après tout ...
Je peux lui envoyer un SMS, sam'di.
Après tout ...
Non, je renonce au SMS.
J'aurais trop mal si elle n'y répondait pas (ce qui est plus que probable).
Ou ...
J'aurais trop mal si elle me répondait par une formule polie, laconique, diplomatique, du style : "Merci beaucoup, Hugues, pour le SMS" ... sans plus. Elle qui, durant des mois, à une certaine époque, m'écrivait des lettres de vingt-cinq pages, n'attendait jamais plus de cinq minutes pour répondre à mes appels. Non, le contraste est (encore) trop fort.
Après tout ...
Je peux lui écrire la s'maine prochaine ..
 
En attendant ...
 
Des jours ont passé ... avec leur flot de bonnes nouvelles.
 
J'écrirai peut-être demain. Ou ... après-demain. Ou ... la s'maine prochaine. Ou ... jamais.
 
Le deuil opère-t-il ? L'avarice est-elle bonne conseillère ?
 
Mon coeur, quant à lui, garde sa part de fidélité. Et j'en suis fier.

Hugues Draye
huguesdraye.over-blog.com
 
 

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A la Une !!!

Publié le par christine brunet /aloys

H.draye
Journal de bord, jeudi 25 novembre 2010

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas, sur tous les points, sur tous les fronts, même au boulot.

Hier, c'était la grosse débandade. Aujourd'hui, c'est léger.

Je devrais me réjouir. Même sans presser le pas, aujourd'hui, j'aurai terminé, au boulot, plus ou moins dans les temps requis, je reprendrai "à l'aise" le tram, sitôt rentré à la maison je prendrai mon bain, je lav'rai mes tifs (comme tous les vendredis), je prépar'rai mes bagages et je m'envol'rai ... direction : La Louvière.

Si je prends l'train vers 18 heures, j'ai encore le temps d'envoyer un SMS à Miche, qui viendra me chercher et m'emm'ner, à Haine-saint-Pierre, à la gare-musée, où notre concert "Georges Chelon" a lieu.

Tout ça, je le sais. Y a pas d'raison que ça se déroule plus mal que d'habitude.

Mais ... je m'en fous. Je suis vanné, lessivé.

Hier, je n'ai pas terminé l'boulot avant ... 16 heures 30. Et je n'ai pas chômé, bien entendu.

Faut dire, déjà ...

Le jeudi est "grosso modo", si j'établis mes propres "statistiques", la journée la plus chargée.

D'abord ...

En plus du courrier, nous avons, déjà chaque jour, des abonn'ments à classer ("Le Vif L'Express", "Le Ligueur", "En marche", "Le Soir magazine" ...), jusque là rien d'anormal, ça fait partie de la "routine" du boulot.

Mais ...

Le jeudi, on a, dans nos abonn'ments, le "Deze Week in Brussel", un hebdomadaire culturel néerlandophone (bien fichu) renseignant (dans les deux langues du pays) les derniers films sortis à Bruxelles.

Il se fait que ...

Vu la qualité de l'hebdomadaire, pas mal de clients s'y abonnent (60, 70, 80, même plus ... ça dépend des tournées). Donc : ça se répercute (déjà) sur la quantité du courrier.

De plus ...

Cet hebdomadaire est épais et plastifié.

Et même si l'épaisseur est moins flagrante depuis quelque temps ...

Quand on assemble cet hebdomadaire avec le courrier ordinaire (qui commence, lui aussi à augmenter, décembre approche), ça double le volume.

Et il faut (encore) s'arranger pour disposer tout ça dans le caddy (à trois étages, maint'nant), dont les réserves ne sont quand même pas inépuisables.

Ce n'est pas tout.

Tout le monde sait que, depuis que "la poste"  tend vers la privatisation (elle s'appelle"b post", maint'nant), les facteurs distribuent le courrier et ... les publicités (les "toutes boîtes", pour reprendre un terme approprié).

Le motif officiel : la poste a perdu une partie de son monopole d'il y a quelques années.

Oui, par exemple, les quotidiens ("La Libre Belgique", "La Meuse", "La Lanterne" ...), avant, c'étaient les facteurs qui les distribuaient ... y compris le sam'di. Maint'nant, des sociétés privées ont pris l'relai.

Donc, il faut meubler, combler les trous.

 

Donc ...

La poste accepte des partenariats avec des sociétés privées qui les paient, afin que les facteurs distribuent (aussi) les pubs.

Théoriqu'ment, ça rétablit l'équilibre.

Pratiqu'ment ...

Ca augmente, à n'en plus finir, la quantité du travail, le temps de travail.

Et on est sensé accomplir ce travail dans le même laps de temps.

Et ça donne ... des surmenages, des dépressions ...

 

Revenons à notre jeudi.

Jour où, en plus du "Deze Week in Brussel", qui, on l'a vu, double la mise, il y a aussi les "toutes boîtes" pour "Lidl" à mettre dans les boîtes (le lundi, c'est pour "Aldi"). 

Encore du volume en plus !

 

Un résultat, parmi tant d'autres, sur le terrain :

On n'est pas forcément capables de tout emporter dans son caddy et on doit parfois, à certains endroits, le jeudi, effectuer plusieurs trajets, ce qui se répercute dans le temps.

 

Ce n'est pas tout.

 

On doit prendre, avec nous, en tournée, des recommandés et des colis.

 

Et si nos tâches "pratiques" s'arrêtaient là ...

 

Mais non ...

On doit aussi "scanner" nos recommandés, nos colis.

Une fois sur deux (mes collègues ne me contrediront pas), les machines tombent en panne, déconnent.

Et on n'a pas le droit, même si on est en r'tard, de r'commencer un second "scan" sur une autre machine. Les "quotas" doivent tomber juste.

On est tenu d'app'ler un "teamleader" (belle langue française, réagis, s'il-te-plaît !)

 

Quand, pris dans tout ce tourbillon ...

Quand ça vous tombe dessus ...

Et que ...

Vous avez du mal à comprendre comment fonctionne la machine ...

Qu'il n'y a personne pour vous aider ...

Que les "teamleaders" sont eux-mêmes occupés durant un temps qui n'en finit pas ...

Que le seul "teamleader" à peu près disponible vous écoute à moitié, vous reçoit en soupirant (avec l'air de vous dire : "vous ne savez pas vous en occuper vous-même ?") ...

 

Quand, au même moment, le creux commence à vous tenailler ...

 

Quand les "quatre" heures précédentes (depuis l'instant où on est entré dans l'bureau) qu'on a passé à trier du courrier sur sa place, sans s'arrêter, sans souffler, sans respirer ... avec trois bacs entiers de p'tites lettres et cinq-six bacs de grandes (et plus encore, chez d'autres collègues) ...

 

Bon, ça donne une idée du tableau !

 

Parfois, j'arrive à la moitié du tri, certains matins (avant que la tournée ne démarre), et, pris par l'essoufflement, une sieste sera déjà appropriée.

 

Maint'nant, parlons de la tournée ...

 

Il faut encore l'accomplir, celle-là, et ... jusqu'au bout.

Allez, Hugues, creuse !

Je suis sensé l'accomplir (c'est indiqué dans un classeur) en deux (ou trois) heures trente.

Pour être rentable ...

Parmi les moyens conv'nus, pour y parvenir ...

Par exemple ...

On établit une moyenne, un temps "relatif" correspondant au temps que l'on met global'ment à chaque boîte aux lettres où on s'attarde (8 s'condes ?).

On établit aussi un temps "relatif" lié à la distance de la tournée (la mienne ne fait pas moins de 4 kilomètres), au nombre de boîtes aux lettres (j'en ai plus de 900) ...

Oui, si on survole ...

Oui, si on marche d'un bon pas ("relatif", lui aussi) ...

Tout ça, ça tient la route !

 

Mais ...

Entre la théorie et la pratique ...

Y a souvent un monde !

 

Au bout de deux heures de marche, je me sens incapable d'avancer au rythme du début. On a eu le temps de rencontrer des gens, de se farcir des boîtes aux lettres "abracadabrantes", de grimper des côtes tout en tirant son caddy (et quand on est asthmatique, c'est pas gagné). Et ... les réflexes s'émoussent (surtout quand on se donne encore la peine d'effectuer son travail consciencieus'ment, de ne pas le bâcler, de respecter "encore" sa clientèle ... qui n'est pas non plus de poux repos).

 

Oui, bien sûr ...

Quand je reviens d'un congé ...

Certains facteurs "remplaçants" qui ont effectué ma tournée me disent : "Je la fais plus vite que toi !", "Moi, je la termine à onze heures !"

Grand bien leur fasse !

 

J'entends volontiers : "Je propose un café à mon facteur, mais maint'nant, il me dit non, parce qu'il n'a pas l'temps".

OK.

En ce qui me concerne ...

Je n'y arrive toujours pas, à c'là.

Je dirais même plus : le temps que je m'octroie, encore, en tournée, quand on m'offre un café (au risque de prolonger l'temps), me réajuste, me redonne des ailes, me donne même des solutions pour affronter certains problèmes avec certains clients.

 

Tiens, sur la tournée d'hier, un autre évén'ment (incident ?) me revient en mémoire.

 

Ca se passait vers la fin. Oui, vers 15 heures 30. Je devais théoriqu'ment avoir fini depuis une heure. Mais non, c'était, une fois d'plus, pas possible. Et j'avais encore trois bouts d'rue (énormes, quand même) à assurer.

Mon GSM sonne.

Je lis sur l'écran : "Numéro privé appelle".

J'ai le réflexe de vouloir répondre. L'appel vient du boulot. Ils s'inquiètent, probablement. Non, ils veulent savoir à quelle heure je vais rentrer. Evidemment. Tant que le dernier facteur n'a pas franchi la grille de la poste, remis ses r'commandés, le chef ne peut pas fermer le bâtiment, ni mettre l'alarme.

"Numéro privé appelle"

Ce principe me met hors de moi.

"Numéro privé appelle"

Et s'il s'agissait d'un appel anonyme !

Non, stop !

Et j'ai fait le choix délibéré de ne pas répondre.

 

Non, mais quoi ?

 

Si, maint'nant, un appel anonyme venait perturber le temps que je dois encore prendre pour terminer ma tournée !

Si, maint'nant, à cause de ça, je tombais dans l'cirage, je "pettais" un câble !

Déjà, avec tous les réflexes émoussés au bout de "quatre heures" de marche !

 

Raison de plus pour me centrer sur le minimum d'énergie qui me reste, peut-être, encore.

 

Soyons réalistes ...

Mes clients, qui habitent sur des lieux situés à la fin de mon parcours, avec lesquels j'entretiens de chouettes contacts, n'ont pas non plus à payer les pots cassés de mes soucis, de mes angoisses, de mes états d'fatigue.

Ils méritent aussi d'être bien servis.

Et je mets un point d'honneur, en fin de tournée, chaussée d'Ixelles, trottoir de droite, numéros pairs, à enfoncer convenablement les lettres dans les boîtes, malgré leur diamètre "relatif" (et non règlementaire), leur trottoir rempli de bosses (mon caddy a souvent valsé sur le sol).

 

Midi moins l'quart.

 

Un chat s'est posé au d'ssus d'un radiateur.

 

 

Hugues Draye

huguesdraye.over-blog.com

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Laurent Dumortier et Onirique

 

l.dumortier.png

 

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=39344032&sms_ss=facebook&at_xt=4d496f6fc35f14ba%2C0

 

 

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      Ils et elles y seront...............

 


Marie-Ange Gonzales LunessencesExposition du 1er février au 5 mars 2011

à Corbarieu dans le Tarn et Garonne
Vernissage le samedi 12 février
 
Exposition de photo montages à partir de photographies réelles personnelles.
Cette expo est la deuxième que je fais, mais j'y ajoute aujourd'hui des photographies naturelles (sans montage).
lunessences.unblog.fr
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nadine groenecke

Je dédicacerai Trop-plein lors du :

 

 4ème salon lorrain de Villers-les-Nancy (54600) le 13 mars 2011

 

de 10 H à 18 H 

dans les salons du château de Mme de Graffigny 

Invité d'honneur : l'écrivain Gaston-Paul EFFA 

 

Ce même jour, à 11 H 30, me sera remis le Prix Victor Hugo 

 

 

et aussi lors de la :

 

12ème édition de "A la table d'un écrivain" le 20 mars 2011

 

à la Maison de la Crouée de Saint-Maurice-sous-les-côtes (55210)

 


http://nadinegroenecke-auteur.over-blog.com/

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ILS SONT A L'HONNEUR !

Carine-Laure Desguin dans le journal "Charleroi essentiel", Laurent dumortier et Carine-Laure Desguin dans "AURA" !

Charleroi-essentiel-fev-2011.jpgAURA-69--Dumortier-L.jpgAURA---69.jpg

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Barbara Flamand: 3ème partie : "Le génie et la peintre des labyrinthes", extrait de la nouvelle "Le tragique destin de l'agent de police P.I.12"

Publié le par christine brunet /aloys

3ème partie : "Le génie et la peintre des labyrinthes"
extrait de la nouvelle "Le tragique destin de l'agen t de police P.I.12"

Pierre-Louis Rapcorps n'était pas entré dans la police par vocation. Adolescent, il ne se sentait pas l'âme d'un gardien de la cité et de la propriété. A vrai dire, il ne se sentait d'âme, ni pour ceci, ni pour cela. Peut-être ne se sentait-il pas d'âme du tout ? Il n'éprouvait que le vague désir de gagner son pain le moins durement possible. Après avoir tâté de divers métiers, aide-maçon, magasinier, éboueur... il ne se trouvait toujours, à 23 ans, aucune inclination particulière.
 

Après son mariage avec une caissière de supermarché, Martine Delcourt, dite Tina, il décida, pour accomplir dignement sa fonction d'époux et de futur chef de famille, de s'engager dans la police, seul corps de métier, disait-il, qui ne possède jamais assez de bras, de cerveaux et d'honnêteté. En fait d'honnêteté, Pierre-Louis Rapcorps pouvait se prévaloir du minimum : il n'avait ni volé, ni tué. Ses bras pouvaient rendre de bons services et, comme tous les humains, il était censé jouir d'un cerveau.
 

Sanglé dans son uniforme, Pierre-Louis Rapcorps devenu P.I.12 par son matricule, se sentit extraordinairement bien dans sa peau. Il comprit qu'il avait trouvé sa place et qu'il n'avait qu'une chose à faire, donner libre cours au sens du devoir et de l'autorité que sa nouvelle carrière venait de lui révéler.
 

Parmi ses missions de confiance : constats d'infraction aux propriétaires des chiens crottant dans les squares ou aux propriétaires de véhicules garés dans un lieu de stationnement interdit, il s'en trouvait une qui le comblait d'aise, qui le portait même à une jubilation intense : le relevé d'identité d'hommes à peau bistre et cheveux noirs crépus.

Pour ce faire, P.I.12 avait sa manière. Arrivé au niveau de l'individu, il le dépassait lentement en lui jetant un regard oblique ; quand il parvenait à une distance de deux ou trois mètres devant « son homme » et que celui-ci se mettait à croire naïvement qu'il échappait au contrôle policier, P.I.12 faisait volte-face, marchait droit sur sa proie en la fixant dans les yeux et ordonnait : « Papiers ! ». L'autre, farfouillait dans sa poche, baissait le front, présentant ainsi à P.I.12 sa tignasse noire et crépue, cette tignasse qui, justement, mettait P.I.12 dans tous ses états.
– Au poste ! hurlait-il.
– Pourquoi ?
– Fais pas l' con! Tu l' sais mieux qu' moi, chacal ! Et P.I.12 hurlait de plus belle.

Cette appellation de chacal distinguait P.I.12 de ses collègues qui criaient plus communément « Bougnoul ! ». P.I.12 était très fier de son interpellation originale qui affirmait sa culture. Petit garçon, Pierre-Louis Rapcorps avait adoré les histoires de jungle. Le mot chacal qu'il y avait trouvé résonnait toujours à ses oreilles comme l'expression d'une animalité cruelle et fourbe. Dans ce mot, se cachait une mystérieuse menace, innomée, indéfinie et pourtant réelle.
Barbara Flamand

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Patrick Benoit se présente...

Publié le par aloys.over-blog.com

tete-patrick-benoit.JPGIdentité

 

Patrick (= prénom) et Benoit (= nom avec un point sur le « i » et non un accent)

 

De moi-même

 

Tantôt publicitaire comme consultant en marketing et communication, tantôt enseignant comme passeur de modestes connaissances et expériences, j’écris sous mon nom réel, car je considère qu’un auteur n'est pas une star qui a besoin de gardes du corps. Il a juste besoin de garde-fous pour ne pas se faire intoxiquer par les lettres.

 

En effet, écrire est une faiblesse : je n'ai pas eu le courage ni la force d'y résister. J'écris aussi parce que je ne sais ni peindre, ni dessiner, ni sculpter, ni jouer d'un instrument de musique. Cela reste une souffrance salvatrice. J'avance des mots l'un derrière l'autre pour construire un sens sans en chercher.

 

De mon livre

 

J'ai écrit ce premier texte entre avril 1987 et décembre 1989, à la sortie de mes études en philologie romane. Je n'ai pas pu résister aux mots. Ils m'ont aliéné avec jouissance, fait souffrir dans la félicité. En fin d'écriture, ce fut un véritable orgasme.

 

Titre : Je, tu, il. Genre hermaphrodite où les mots s'enchaînent et se multiplient pour écrire une histoire de lettres. Ni masculin, ni féminin, juste une illusion d'avoir écrit quelque chose pour donner l'illusion au lecteur d'avoir lu quelque part.

 

De mon écriture

 

L’autocritique est un genre trop dangereux pour moi. Pour en parler, je préfère donc laisser la parole à deux personnes à qui j’avais osé demander une lecture en fin d’écriture, soit en 1990. Pour info, la critique d’André Schmitz se retrouvera très probablement sur la quatrième de couverture.

 

« Je vous ai lu avec intérêt. Et je me suis laissé prendre au jeu de votre récit. Je me suis mis « dedans » (non piégé, mais consentant). Votre écriture n’a pas besoin d’appréciations ; elle contient sa propre « vision » et sa propre « folie » qui justifie bien des choses. Laissez-la vivre son aventure. Laissez votre « fiction » créer ses propres fictions, se prolonger en fiction pour le lecteur, lequel devient peut-être votre personnage, ou celui qui se présente pour mettre en page (et être mis en page). Car elle est tellement libre , votre écriture, et libératrice. Cette quête du livre à écrire qui s’écrit, cette dérive-en-ville (ville de pierres, ville de mots) possède ironie, sens de la dérision, rendu par un style alerte, léger, souple. Illusionniste, l’écrivain ? Peut-être ! Illusion, l’écriture ? Pourquoi pas ! En tous cas, on se surprend à applaudir, en sachant que cette dérive ludique en prend à son aise ! Je, tu, il : avec eux, j’ai passé un bon moment, vraiment. »

André Schmitz, poète

 

« Façade après façade, je me suis amusé, dans cette préhistoire d’un roman à paraître, à poursuivre la révélation d’une écriture photogénétique. »

Alain Wathy, journaliste

 

 

PATRICK BENOIT

 

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Réflexions tout à trac de Claude Colson: Le voyage

Publié le par aloys.over-blog.com

claude-colson-copie-2.jpgTreize heures.


On roule depuis une heure et demie. Le TGV traverse au grand ralenti une gare importante. J’ignore totalement où je suis, je n’ai pas eu la curiosité de m’intéresser par avance au parcours. Vaguement curieux, pour tuer le temps, je guette les panneaux indicateurs. Ah ! enfin en voilà un : P...Un choc ! Le passé resurgit. Gare de P… Quatre ans et demi déjà. Je n’y étais pas revenu depuis.


On ne remonte pas le temps si ce n’est en rêve, et encore ! Le train a maintenant oublié P… Moi, j’ai été un instant rattrapé par le passé. Brièvement.


Le trajet est très long, impression de monotonie.


Petit assoupissement post-prandial.


Quatorze heures. Le train fonce toujours. Je suis assis à l’inverse du sens de la marche. Par la large baie je regarde et découvre sous un autre aspect ces morceaux de France qui défilent. Dans les roux de l’automne, ce sont campagnes, vallons et bois plaisants, sous un ciel à son bas encore couleur d’été. Plus haut s’accumulent des ouates en dégradé, du gris cendre au marron foncé. Je n’avais d’abord pas aperçu ces menaces farouches, si hautes qu’elles se font oublier.


Elles resteront menaces car – déjà plus loin – le convoi a retrouvé un soleil plus pâle par endroits. La lumière faiblit. Le TGV est entré en saison.


Une heure plus tard. C’est effectivement, à présent, la grisaille et la pluie. Elle vient frapper la vitre comme du grésil et cela m’a tiré de ma lecture. C’est sans doute local car revoici un ciel tout bleu et ensoleillé. Pourtant, dessous, la nature est restée en automne.


La tuile du midi, sans son  éclat, est dépourvue de la gaieté qui, dans mon esprit, lui est consubstantielle.


Trop tôt parlé car, deux minutes après, elle a retrouvé ses feux, sous un soleil d’orage indécis.


Les façades blanches de maisons serrées là-bas sur la hauteur ont comme un air breton.
Quatre heures que je suis dans ce train lancé à vive allure : la France est vaste.
Les gens, pourtant très proches, ne se parlent pas ou, s’ils se connaissent, très peu. Les heures s’entassent, nombre de passagers s’assoupissent. Je « fatigue» moi aussi et laisse errer mes yeux : des collines roussissantes, quelques ifs ou cyprès – je ne sais – puis, plus loin, soudain sur un éperon une croix austère contre le ciel sombre engendre le frisson. Bientôt les douces arcades d’un pont enjambent une rivière. Presque à l’horizon quelques maisons forment le collier d’ un clocher : le spectacle est infini.


Seize heures : soleil aveuglant.
 
   En une demi-journée j’aurai traversé les régions, les climats et presque les saisons. ! Merveille de la technique et également… cadeau de mon agenda.

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

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