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Jean-Philippe Querton nous parle de son nouveau livre "La méthadone m'a tué"

Publié le par aloys

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Chers Ami(e)s,

 

Je crois que certains d’entre vous ont entendu parler d’un livre sur lequel je travaille depuis un certain temps, un livre intitulé « La méthadone m’a tué ».


Je plante le décor.


En 2007, je suis contacté par Giovanna, une personne du Forem qui me raconte l’histoire dramatique de son fils de 21 ans, décédé d’une overdose de méthadone alors qu’il n’est pas toxicomane.


Cette dame, en totale souffrance cherche à assumer son deuil en réhabilitant son fils dans sa dignité. En effet, à l’époque, les médias font leur une de ce fait-divers dramatique en titrant « Mort d’un toxicomane ».


Malheureusement, dans son combat, elle se heurte à un médecin bien connu et, manifestement bien protégé qui ne sera jamais condamné pour l’erreur qu’il commet en prescrivant ce produit qui s’avère mortel pour une personne non-héroïnomane !


À l’époque, elle souhaite me rencontrer parce qu’elle est persuadée qu’un livre pourrait contribuer à la faire avancer sur le chemin d’une certaine forme de guérison.


C’est ainsi qu’un lien s’est tissé entre elle et moi.


Nous avons mis des mots sur sa douleur et écrit ce livre qui fut refusé par la plupart des éditeurs parce qu’il mettait en cause une personne bien connue.


Nous n’avons pas voulu faire le procès de ce toubib, mais réfléchir à la souffrance d’une mère…

 

Il s’agit d’une belle aventure qui se concrétise enfin, puisque début mars, le livre sortira de presse…

 

Parce que c’est aussi un livre sur l’écoute, j’avais envie de vous en parler.

Parce que la raison d’être de ce témoignage, c’est d’être lu…

 

Amitiés et à bientôt.


 

Jean-Philippe

  

Plus d'infos sur http://jeanphilippequerton.e-monsite.com/


 
   

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Jean-Claude Texier : un extrait de L'élitiste

Publié le par aloys

P1070295Roméo de Rivera, proviseur socialiste imprégné de marxisme, grand admirateur de Staline, vient d'être nommé en zone sensible de la banlieue parisienne.  
 

"...Il terminait son septennat lorsqu'il fut remarqué, lors du Congrès de Rennes en 1990, par un personnage influent qui lui assura sa nomination à Champfleury, sur la rive gauche de la Marne, en face de Saint-Sauveur.

 

   Là, il dut mettre son orgueil en berne. Comme il l'avait appréhendé, il trouva un endroit dévasté par les voyous des cités avoisinantes. De nombreux enfants d'immigrés  y côtoyaient les rebuts des autres lycées. Le manque de crédit, la pauvreté, la hantise du chômage, le racisme et la violence avaient créé un climat peu propice aux études. Le seul espoir de promotion était de franchir cette rivière, se faire admettre à Edith Cavell où se formaient les élites. Alors il entendit pour la première fois, prononcé avec respect et admiration, le nom de Charvache. On parlait d'un modèle de proviseur, d'un chef-d'oeuvre de lycée, avec ce mélange d'envie et de dédain propre à tous ceux qui désirent secrètement ce qu'ils ne peuvent avoir. Roméo se sentait leur frère, lui qui était loin de pouvoir prétendre à autre chose que le lycée poubelle dont il avait hérité. 

 

   Imaginez un architecte qui se serait trompé de commande et aurait livré les plans d'une aérogare affectés à la construction d'une école en haut d'une colline, et vous aurez une idée du bâtiment dont Roméo prit possession cette année-là. Une forme circulaire, un plafond bas tout noir, des couloirs gris, tous semblables, aussi larges que des rues où des foules de voyageurs auraient pu débarquer, où l'on tournait en rond en se perdant aisément faute de repères, où les portes des salles se confondaient avec les parois uniformes. Un labyrinthe inextricable où même les habitués s'égaraient étourdiment, des corridors interchangeables, rigoureusement identiques, comme pour induire les usagers en erreur, si bien qu'y entrer, c'était déjà perdre son temps. L'ensemble était si laid, si mal conçu, si cauchemardesque, que même les vandales avaient renoncé à écrire dessus, le jugeant sans doute indigne de porter leur empreinte. On aurait pu y tourner un film d'horreur en faisant l'économie d'un décorateur ; il éveillait un tel désir de fuir que l'on y cherchait instinctivement le comptoir d'une compagnie aérienne où une belle hôtesse vous inviterait à des voyages enchanteurs pour oublier les lieux. Hélas, la seule hôtesse se trouvait à l'entrée, enfermée dans une cage de fer doublée de vitres incassables. Elle actionnait un portillon, après que l'on eu décliné son identité par l'interphone. Lorsqu'on s'adressait directement à elle, seul un minuscule guichet permettait d'entendre sa voix, tant elle était protégée du bruit et de la violence. Des caméras vidéos lorgnaient les clôtures entourant le terrain vague qui tenait lieu de jardin. D'autres vous épiaient à l'intérieur, dissimulées dans le noir du plafond, où les rayons obliques du soleil matinal allumaient leur oeil sinistre. La drogue ignoble avait trouvé là une terre d'élection. Telle était l'aérogare Maurice Barrès, une Colline Peu Inspirée, aux dires des lettrés.

 

   Un personnel aussi moche agrémentait l'établissement. Une adjointe rousse échevelée, affolée, criarde, toujours à bout de nerfs, des employés administratifs désabusés, dépassés, démoralisés par des confrontations constantes. Deux secrétaires si mal fagotées qu'on les aurait confondues avec la clientèle dépenaillée, ébouriffée, ahurie, de traîne-savates loqueteux, au dos courbé de vieillards, qui allaient de travers, comme ivres, dans le dédale des couloirs. Emprisonnée par les portes coupe-feu, stagnait une odeur persistante de moisi que les brefs courants d'air ne parvenaient pas à chasser. Une désorganisation complète à tous les échelons choqua son esprit rationnel. On se chamaillait dans chaque bureau, on se renvoyait des tâches et des jurons en gueulant :

"Ca ne me regarde pas ! Faites votre boulot, nom de Dieu !"

 

   Le bureau de son adjointe était séparé du sien par tout un couloir circulaire. On y faisait d'interminables allées et venues, on y parcourait des kilomètres inutiles, un épuisant marathon quotidien où l'on trimbalait des piles de documents sur des chariots brinquebalants. Des dossiers s'empilaient pêle-mêle sur des pupitres en guise de tables, on semblait partout à la recherche de quelque chose d'introuvable, en proie à une rogne hargneuse. Le premier jour, l'adjointe ne répondit pas à ses demandes réitérées d'ouvrir sa porte : pour avoir la paix, elle s'était renfermée à clef. Le lendemain, il eut bien envie d'en faire autant. Une flopée de mécontents s'alignait devant son bureau pour présenter leurs doléances. Il écouta les plaintes et revendications, prit des notes, et renvoya tout le monde avec le remède miracle dont les politiques font si ample usage : des promesses."   

 

 


Elke Texier

champsromanesques.over-blog.com

 

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Hugues Draye : Un extrait de "Chemin faisant..."

Publié le par aloys.over-blog.com

H.draye

LISLES-MARTINS

1

J'aurai marché dans la forêt depuis une heure ou deux. Les arbres auront défilé les uns après les autres. Un coucher de soleil aura transpercé les branches.

Je n'entendrai pas les oiseaux. Ma tête sera encombrée d'une musique, d'un souvenir ou d'un projet. Les sentiers tortueux se succéderont et je verrai en chacun la réplique du précédent.

Je me demanderai, en apercevant les bouleaux, si les feuilles qui s'en détachent meurent à l'instant où elles quittent leur branche maternelle ou à la seconde précise où elles atteignent – et touchent – le  sol.

J'entendrai un coup de feu. J'imaginerai les chasseurs - ou les assassins - au loin. Je tournerai la tête vers les buissons. Je croirai reconnaître la casquette du Champenois, ce héros gaumais.

Je frissonnerai.

Je poursuivrai ma route.

2

"Combien de temps avez-vous marché dans la forêt, monsieur?"

"Je n'en sais rien, docteur"

Oui, la visite médicale aura commencé. On établira mon dossier. Je passerai sur la balance. Je serai ensuite prié d'attendre dans un box voisin. Et je créerai mon suspense.

Cinq minutes. Dix minutes. Un quart d'heure.

 Et le diagnostic tombera.

"Je ne dois plus vous apprendre, mon cher patient, que la pensée n'existe pas. Vous savez que les flashs qui passent dans notre cerveau à longueur de journée ne sont pas vraiment l'expression de notre volonté, que des planètes existant réellement dans le cosmos nous envoient journellement, grâce à un système de satellites, des photos ou des extraits de leur vie. Depuis quelques mois, je voyais des oranges bleues partout. Je me suis donné la peine, en tant que médecin, d'analyser scientifiquement cette chimère. Le résultat fut concluant : les fruits, soi-disant imaginaires vu leur couleur, se trouvent et existent matériellement sur Wivin, un astéroïde situé à trois milliards de kilomètres en diagonale de la couche atmosphérique. Il se pourrait - nous l'avons calculé - que certaines planètes, au cours des vingt prochaines années qui vont arriver, entrent en collision"

"Où voulez-vous en venir ?"

"Nous désirerions, afin d'éviter ce phénomène, parachuter des hommes sur place. Vos prises de sang et votre potentiel urinaire ont démontré, cellule après cellule, que vous étiez l’homme de la situation. On va vous envoyer là-bas. Vous allez découvrir vos rêves en chair et en os. Juste le temps d'une piqûre"

Et … je me laisserai faire.

 

3

Lisles-Martins.

Ainsi, le panneau - qui indiquait Liège-Guillemins dans la réalité - aura changé de nom lors de l'arrivée du train. Comme dans mes rêves.

Je jetterai mon ticket dans la poubelle du quai, j'arpenterai la salle des pas perdus, je consulterai les tableaux horaires et je raserai les murs. Comme dans la réalité.

Mon amie, ma Dulcinée, pour me surprendre, déposera sa main sur ma nuque. Un journal siégera dans la poche droite de son manteau. Elle mangera un bâton de chocolat. Elle laissera vagabonder sa main droite sur les boutons de nacre de son chemisier rouge. Elle claquera des dents et je verrai un soleil. Comme dans les rêves où je la rencontre. Nous traverserons le boulevard, main dans la main. Nous nous attarderons devant les magasins. L'herbe du parc sera rouge. Et mon amie regardera droit devant elle. Je ne connaîtrai toujours pas son prénom.

"Sœur Marie-Claire a téléphoné, mon chéri", dira-t-elle, comme ça, par hasard.

Je me rappellerai, moi qui connais mes scénarios amoureux par cœur, de ma première rencontre avec ma blonde dans une bibliothèque tenue par une religieuse.

"Ont-ils réparé la télé ?", demanderai-je encore. En me souvenant des fameux parasites devant l'image témoin de notre première rencontre.

Elle me tendra ses lèvres. Elle m'embrassera. Je m'évanouirai.

4

Visite médicale à nouveau.

"Que s'est-il passé, docteur ?"

      "On vous a sauvé à temps. Votre muse de Lisles-Martins détenait des pouvoirs paranormaux. Son fluide naturel allait provoquer des dégâts au niveau de votre attraction mutuelle. En un regard, vous seriez devenu aveugle ou paralytique. Un sérum doit être conçu pour lutter contre ce fléau. En attendant, vous rejoindrez le royaume des morts qui s'allume dans vos songes …"

Et le médecin plantera le thermomètre dans le creux de ma cuisse. Je n'aurai pas le temps de placer un mot.

5

Je voyagerai en dirigeable.

J'aurai le cafard.

La gare de Lisles-Martins et le fantôme de ma muse envahiront déjà mes souvenirs.

Dehors, les nuages voileront le hublot. Le ballon perdra de l’altitude. Le baromètre en aura pris un coup.

Pendant ce temps, à l'intérieur du dirigeable, je tournerai en rond dans un décor japonais. Une marmite en cuivre jouera du tambour au plafond. Des infirmiers - portant une civière - feront les cent pas. Oui, j'aurai atterri dans le royaume des morts de mon imagination. Je consulterai un plan. J'aboutirai au second étage. A la chambre 923.

Simon Jacob, apiculteur célèbre décédé depuis une quinzaine d'années, fera une sieste dans son pavillon. Il aura le regard pensif d'une statue de Rodin. Je serai intimidé. Je ferai quelques pas en avant. Ensuite, je reculerai.

Une fois de plus, je réaliserai que, contrairement à mes idéaux, la mort n'embellit rien, la mort n'efface rien, la mort existe essentiellement dans la tête, les humains gardent leur dimension et que les idoles n'existent pas.

6

Evidemment, je serai de retour sur terre.

Evidemment, j'aurai à nouveau droit à une visite médicale.

Qu'y apprendrai-je encore ?

"Mon cher patient, vous étiez sur le point de fondre. Je dois vous administrer une dose plus forte. J'ai lu, dans votre dossier, les références concernant vos rêves avec une panthère qui vous avale. Si mes renseignements sont exacts, il y a, dans le ventre de l'animal, un lit. La bête s'échappe du zoo, court dans le désert et rejoint un cirque. Je vais vous projeter en ces eaux-là"

"Retournerai-je bientôt à Lisles-Martins ?"

Je n'entendrai pas la réponse, bien sûr. Je m'évanouirai avant, bien sûr.

7

Le zoo d'Anvers aura fermé ses grilles. Les touristes auront déserté le grand jardin digne d'un dessin animé de Walt Disney. Les jardiniers seront partis à la cantine.

Et je serai encore là. Par hasard.

Derrière une maison blanche de type espagnol, deux panthères dormiront.

Je m'accroupirai. Je me faufilerai jusqu'à la queue des félins.

Je rêverai encore de Lisles-Martins. Je rêverai encore de ma muse. En vain.

La peur du gardien du zoo me glacera les os. Le radeau, situé dans mes rêves à l'extrême-droite du tuyau d'arrosage, aura été déplacé ; les traces blanches en témoigneront.

Le mâle sortira de son sommeil. Je me prendrai pour un homme invisible (ou un passe-muraille). Je sourirai. Je me rappellerai d'un médecin, dans une autre galaxie, prêt à me sauver en cas de danger. L'animal aura le temps de faire trois pas dans ma direction, de m'adresser un clin d'œil et de tourner … à droite.

 

 

 

 

8

L'animal n'aura pas le temps, comme prévu, comme dans mes rêves, de m'avaler. Je n'aurai pas le lpoisir de m'installer, de me coucher, de me draper et de dormir dans le lit de son ventre.

Je ne retournerai pas à la visite médicale. Mon médecin-fantôme se sera évaporé avec ses seringues et son sérum.

Je me retrouverai dans la forêt. Comme au point de départ. Je m'apercevrai, le plus simplement du monde, que je n'avais jamais quitté cette forêt. J'aurai pensé intensément et le rêve aura fait le reste.

Je ne rejoindrai pas Lisles-Martins. Je ne retrouverai pas ma muse. Mon envolée aura vécu son cours. Je ne me retournerai pas. J'accélérerai le pas.

Les marécages me paraîtront magiques. Les bûcherons, pour une fois, frôleront les divines apparitions. Les cyclistes de passage deviendront mes frères. Un ruisseau coulera dans mes veines. Je joindrai mes mains. Je regarderai en l'air.

Je deviendrai amoureux de la réalité.

Je rejoindrai une autre muse.

Je te rejoindrai.

Je te rejoindrai ... comme toujours.

Luttre, 14 juillet 2004, 22 heures,

juste avant de partir en vacances avec toi

 

Hugues Draye  huguesdraye.over-blog.com

 

 

 

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Danièle Deyde vous propose deux extraits de son livre 'histoire en paroles'

Publié le par aloys.over-blog.com

9782874594793_1_75.JPG   « Histoire en paroles » est un premier roman.

Trois personnes d’une même famille prennent, tour à tour, la parole pour raconter leur histoire, chacun avec ses mots. Ce sont : Mickaël, le fils de quinze ans, Jacqueline, la grand-Tête deydémère, puis Cendrine, la mère qui tentent de briser le silence qui a pesé sur leur vie. Mais des non-dits, des mots impossibles à prononcer continuent à hanter le présent.

 

 

Extraits :

 

Mickaël :

 « Ma mère, ya qu’avec elle que j’aime bien être et, pourtant, qu’est ce que je lui en fais baver ! Souvent, je lui réponds n’importe comment, je refuse de lui obéir et elle peut pas faire grand-chose vu que maintenant je suis plus grand qu’elle. Quelquefois, elle a été convoquée au collège à cause de ma conduite. Elle dit qu’elle en a marre de signer des mots sur mon carnet, d’être considérée comme une mauvaise mère qui s’occupe mal de son fils ; ça, ça me fait mal quand elle le dit parce que c’est pas vrai. C’est pas sa faute à elle, elle fait de son mieux, mais moi je peux pas faire autrement. Parfois, quand même, on s’entend bien : je mets la table pour lui faire plaisir, on mange et je fais la vaisselle. Je lui dis : « Maman, reste assise, repose-toi ; aujourd’hui, c’est moi qui travaille. » Elle sourit, elle est heureuse, et moi, ça me fait du bien. »

 

Cendrine :

« Parfois, je me sens coupable de l’avoir mis au monde, mais je sais que cela ne sert à rien et que ma culpabilité ne l’aide pas. Alors, j’essaie de faire face, ici et maintenant, pour lui offrir une vie meilleure avec tout l’amour dont je suis capable ; j’essaie de rattraper le temps perdu et mes erreurs. Je fais de mon mieux, mais je ne peux pas tout. Je voudrais être une bonne mère. C’est difficile, mais je désire être au moins une mère aimante ; ce que la mienne n’a pas su être. Je voudrais tellement que, plus tard, Mica n’ait pas de rancune envers moi, qu’il n’éprouve pas cette haine que je ressens vis-à-vis de ma propre mère, celle que je ne peux même plus appeler « maman », celle qui n’a jamais été présente quand j’avais besoin d’elle, celle qui n’a jamais pu voir, ni entendre la petite fille, puis l’adolescente que j’étais. »

 

 

Danièle Deyde

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Hugues Draye : Moins quatre, sûr'ment...

Publié le par christine brunet /aloys

H.draye

  
Moins quatre, sûr'ment.
 
Ceux qui s'occupent du chauffage adéquat, dans les trains, ont, paraît-il, tout au plus, trois types de fringues pour l'année. Leurs vêt'ments d'hiver, c'est encore à leurs charges, à leurs frais.
 
Les livreurs de mazout bénéficient de la saison.
 
Et ...
 
Je n'ai toujours pas écrit à Karine ... comme je me l'étais promis.
 
C'était son anniversaire, sam'di dernier. Le "27 novembre", je ne peux mal de l'oublier, de passer au dessus ... pas plus que l'an dernier.
 
J'avais décidé, pour la circonstance, du type de papier en couleurs que j'utilis'rais. Du type de marqueur noir (et fin), aussi.
 
Et du texte que je réécrirais, sur la seconde feuille.
Un texte qui est dev'nu une chanson, d'ailleurs ...
 
"Elle est à toi, cette église en déroute
Ils sont à toi, ces gosses qui s'y battent
Ils sont à toi, ces travaux sur la route
Il est à toi, ce portail sur la droite ..."
 
"Il est à toi, ce coq sur le clocher
Il est à toi, Saint-Antoine dans le coin
Elles sont à toi, ces images sculptées
Elle est à toi, la crypte un peu plus loin ..."
 
"Elle est à toi, cette église en octobre
Elle est à toi, cette chambre à côté
Ils sont à toi, ces fabuleux désordres
Il est à toi, cet abribus tout près ..."
 
Dès le lundi précédant le fameux, le fabuleux sam'di ...
Mon plan d'écriture, mon plan ... d'amour était clair, dans ma tête.
 
En attendant ...
 
Je pouvais largement attendre jusque jeudi, pour mettre mon plan en action.
Je pouvais utiliser les jours précédents pour mettre de l'argent de côté, me démerder avec mes économies. Logique : on était en fin d'mois.
 
Et "jeudi" est arrivé.
 
J'ai terminé, ce jour-là, mon boulot à ... quatre heures et d'mie. Le temps de rentrer, de prendre un bain et de ne pas négliger non plus mon intention d'aller jouer dans l'métro, entre 18 et 20 heures. Non, le temps ne "s'élasticifie" pas !
 
Dix-sept heures trente.
 
Après avoir, quand même, géré "bien" mes états d'fatigue, le temps du bain et le reste ...
 
Je me retrouve sur la PLace Saint-Pierre. J'attends le tram.
Sans oublier, sans perdre de vue ...
La "belle lettre" que j'ai prévu d'envoyer (on est sentimental ou on ne l'est pas).
 
Il me faut encore ... des timbres.
Il me faut encore ... l'env'loppe A4.
Il me faut encore ... ach'ter le marqueur noir (fin).
Il me faut encore ... ach'ter les deux feuilles en couleur.
 
Concrèt'ment :
Ca va : y a une papet'rie dans une rue voisine.
Ca va : à la librairie, sur la place, on vend sûr'ment des timbres.
 
Mais ...
Je suis fatigué, harrassé. Traverser la place pour aller jusqu'à la papet'rie, ç'est trop. Mon sixième sens s'allume : le jeu en vaut-il la chandelle ?
 
Quant aux timbres ...
 
On les vend partout par dix (aux guichets, aux points "post"). Le timbre le moins cher ne revient pas à moins de 0, 60 euros (et quelques).
Je ne m'en tire donc pas à moins de 6 ou 7 euros.
 
Je me ravise. Et le tram va arriver.
 
6 ou 7 euros ... plus le prix du marqueur, celui de l'enveloppe, des feuilles !
Quelle prise de tête !
 
Dans ma poche, il me reste ... 10 euros.
Si je les garde ...
Je peux déjà me débrouiller avec eux, demain, rien que pour ... bouffer.
Et ...
Les 4, 5 euros (maximum) que je peux gagner, sur deux heures de manche, au métro, c'est du bonus.
 
Après tout ...
Je peux "GSMer" chez Karine sam'di.
Après tout ...
Non, je n'ai pas envie de "GSMer". Si je l'ai au bout du fil, je risque de rester sans voix, je risque d'espérer, d'attendre qu'elle me propose un rendez-vous fixe, un certain jour, à une certaine heure. Mais ... soyons réalistes : ça ne se pass'ra pas, elle n'est plus dans le même trip, trop d'éléments me le confirment, je ne suis pas con, et elle peut très bien (en toute "gentillesse", en toute "amitié"), me dire des mots, des choses que je n'ai pas envie d'entendre.
Après tout ...
Je peux lui envoyer un SMS, sam'di.
Après tout ...
Non, je renonce au SMS.
J'aurais trop mal si elle n'y répondait pas (ce qui est plus que probable).
Ou ...
J'aurais trop mal si elle me répondait par une formule polie, laconique, diplomatique, du style : "Merci beaucoup, Hugues, pour le SMS" ... sans plus. Elle qui, durant des mois, à une certaine époque, m'écrivait des lettres de vingt-cinq pages, n'attendait jamais plus de cinq minutes pour répondre à mes appels. Non, le contraste est (encore) trop fort.
Après tout ...
Je peux lui écrire la s'maine prochaine ..
 
En attendant ...
 
Des jours ont passé ... avec leur flot de bonnes nouvelles.
 
J'écrirai peut-être demain. Ou ... après-demain. Ou ... la s'maine prochaine. Ou ... jamais.
 
Le deuil opère-t-il ? L'avarice est-elle bonne conseillère ?
 
Mon coeur, quant à lui, garde sa part de fidélité. Et j'en suis fier.

Hugues Draye
huguesdraye.over-blog.com
 
 

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A la Une !!!

Publié le par christine brunet /aloys

H.draye
Journal de bord, jeudi 25 novembre 2010

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas, sur tous les points, sur tous les fronts, même au boulot.

Hier, c'était la grosse débandade. Aujourd'hui, c'est léger.

Je devrais me réjouir. Même sans presser le pas, aujourd'hui, j'aurai terminé, au boulot, plus ou moins dans les temps requis, je reprendrai "à l'aise" le tram, sitôt rentré à la maison je prendrai mon bain, je lav'rai mes tifs (comme tous les vendredis), je prépar'rai mes bagages et je m'envol'rai ... direction : La Louvière.

Si je prends l'train vers 18 heures, j'ai encore le temps d'envoyer un SMS à Miche, qui viendra me chercher et m'emm'ner, à Haine-saint-Pierre, à la gare-musée, où notre concert "Georges Chelon" a lieu.

Tout ça, je le sais. Y a pas d'raison que ça se déroule plus mal que d'habitude.

Mais ... je m'en fous. Je suis vanné, lessivé.

Hier, je n'ai pas terminé l'boulot avant ... 16 heures 30. Et je n'ai pas chômé, bien entendu.

Faut dire, déjà ...

Le jeudi est "grosso modo", si j'établis mes propres "statistiques", la journée la plus chargée.

D'abord ...

En plus du courrier, nous avons, déjà chaque jour, des abonn'ments à classer ("Le Vif L'Express", "Le Ligueur", "En marche", "Le Soir magazine" ...), jusque là rien d'anormal, ça fait partie de la "routine" du boulot.

Mais ...

Le jeudi, on a, dans nos abonn'ments, le "Deze Week in Brussel", un hebdomadaire culturel néerlandophone (bien fichu) renseignant (dans les deux langues du pays) les derniers films sortis à Bruxelles.

Il se fait que ...

Vu la qualité de l'hebdomadaire, pas mal de clients s'y abonnent (60, 70, 80, même plus ... ça dépend des tournées). Donc : ça se répercute (déjà) sur la quantité du courrier.

De plus ...

Cet hebdomadaire est épais et plastifié.

Et même si l'épaisseur est moins flagrante depuis quelque temps ...

Quand on assemble cet hebdomadaire avec le courrier ordinaire (qui commence, lui aussi à augmenter, décembre approche), ça double le volume.

Et il faut (encore) s'arranger pour disposer tout ça dans le caddy (à trois étages, maint'nant), dont les réserves ne sont quand même pas inépuisables.

Ce n'est pas tout.

Tout le monde sait que, depuis que "la poste"  tend vers la privatisation (elle s'appelle"b post", maint'nant), les facteurs distribuent le courrier et ... les publicités (les "toutes boîtes", pour reprendre un terme approprié).

Le motif officiel : la poste a perdu une partie de son monopole d'il y a quelques années.

Oui, par exemple, les quotidiens ("La Libre Belgique", "La Meuse", "La Lanterne" ...), avant, c'étaient les facteurs qui les distribuaient ... y compris le sam'di. Maint'nant, des sociétés privées ont pris l'relai.

Donc, il faut meubler, combler les trous.

 

Donc ...

La poste accepte des partenariats avec des sociétés privées qui les paient, afin que les facteurs distribuent (aussi) les pubs.

Théoriqu'ment, ça rétablit l'équilibre.

Pratiqu'ment ...

Ca augmente, à n'en plus finir, la quantité du travail, le temps de travail.

Et on est sensé accomplir ce travail dans le même laps de temps.

Et ça donne ... des surmenages, des dépressions ...

 

Revenons à notre jeudi.

Jour où, en plus du "Deze Week in Brussel", qui, on l'a vu, double la mise, il y a aussi les "toutes boîtes" pour "Lidl" à mettre dans les boîtes (le lundi, c'est pour "Aldi"). 

Encore du volume en plus !

 

Un résultat, parmi tant d'autres, sur le terrain :

On n'est pas forcément capables de tout emporter dans son caddy et on doit parfois, à certains endroits, le jeudi, effectuer plusieurs trajets, ce qui se répercute dans le temps.

 

Ce n'est pas tout.

 

On doit prendre, avec nous, en tournée, des recommandés et des colis.

 

Et si nos tâches "pratiques" s'arrêtaient là ...

 

Mais non ...

On doit aussi "scanner" nos recommandés, nos colis.

Une fois sur deux (mes collègues ne me contrediront pas), les machines tombent en panne, déconnent.

Et on n'a pas le droit, même si on est en r'tard, de r'commencer un second "scan" sur une autre machine. Les "quotas" doivent tomber juste.

On est tenu d'app'ler un "teamleader" (belle langue française, réagis, s'il-te-plaît !)

 

Quand, pris dans tout ce tourbillon ...

Quand ça vous tombe dessus ...

Et que ...

Vous avez du mal à comprendre comment fonctionne la machine ...

Qu'il n'y a personne pour vous aider ...

Que les "teamleaders" sont eux-mêmes occupés durant un temps qui n'en finit pas ...

Que le seul "teamleader" à peu près disponible vous écoute à moitié, vous reçoit en soupirant (avec l'air de vous dire : "vous ne savez pas vous en occuper vous-même ?") ...

 

Quand, au même moment, le creux commence à vous tenailler ...

 

Quand les "quatre" heures précédentes (depuis l'instant où on est entré dans l'bureau) qu'on a passé à trier du courrier sur sa place, sans s'arrêter, sans souffler, sans respirer ... avec trois bacs entiers de p'tites lettres et cinq-six bacs de grandes (et plus encore, chez d'autres collègues) ...

 

Bon, ça donne une idée du tableau !

 

Parfois, j'arrive à la moitié du tri, certains matins (avant que la tournée ne démarre), et, pris par l'essoufflement, une sieste sera déjà appropriée.

 

Maint'nant, parlons de la tournée ...

 

Il faut encore l'accomplir, celle-là, et ... jusqu'au bout.

Allez, Hugues, creuse !

Je suis sensé l'accomplir (c'est indiqué dans un classeur) en deux (ou trois) heures trente.

Pour être rentable ...

Parmi les moyens conv'nus, pour y parvenir ...

Par exemple ...

On établit une moyenne, un temps "relatif" correspondant au temps que l'on met global'ment à chaque boîte aux lettres où on s'attarde (8 s'condes ?).

On établit aussi un temps "relatif" lié à la distance de la tournée (la mienne ne fait pas moins de 4 kilomètres), au nombre de boîtes aux lettres (j'en ai plus de 900) ...

Oui, si on survole ...

Oui, si on marche d'un bon pas ("relatif", lui aussi) ...

Tout ça, ça tient la route !

 

Mais ...

Entre la théorie et la pratique ...

Y a souvent un monde !

 

Au bout de deux heures de marche, je me sens incapable d'avancer au rythme du début. On a eu le temps de rencontrer des gens, de se farcir des boîtes aux lettres "abracadabrantes", de grimper des côtes tout en tirant son caddy (et quand on est asthmatique, c'est pas gagné). Et ... les réflexes s'émoussent (surtout quand on se donne encore la peine d'effectuer son travail consciencieus'ment, de ne pas le bâcler, de respecter "encore" sa clientèle ... qui n'est pas non plus de poux repos).

 

Oui, bien sûr ...

Quand je reviens d'un congé ...

Certains facteurs "remplaçants" qui ont effectué ma tournée me disent : "Je la fais plus vite que toi !", "Moi, je la termine à onze heures !"

Grand bien leur fasse !

 

J'entends volontiers : "Je propose un café à mon facteur, mais maint'nant, il me dit non, parce qu'il n'a pas l'temps".

OK.

En ce qui me concerne ...

Je n'y arrive toujours pas, à c'là.

Je dirais même plus : le temps que je m'octroie, encore, en tournée, quand on m'offre un café (au risque de prolonger l'temps), me réajuste, me redonne des ailes, me donne même des solutions pour affronter certains problèmes avec certains clients.

 

Tiens, sur la tournée d'hier, un autre évén'ment (incident ?) me revient en mémoire.

 

Ca se passait vers la fin. Oui, vers 15 heures 30. Je devais théoriqu'ment avoir fini depuis une heure. Mais non, c'était, une fois d'plus, pas possible. Et j'avais encore trois bouts d'rue (énormes, quand même) à assurer.

Mon GSM sonne.

Je lis sur l'écran : "Numéro privé appelle".

J'ai le réflexe de vouloir répondre. L'appel vient du boulot. Ils s'inquiètent, probablement. Non, ils veulent savoir à quelle heure je vais rentrer. Evidemment. Tant que le dernier facteur n'a pas franchi la grille de la poste, remis ses r'commandés, le chef ne peut pas fermer le bâtiment, ni mettre l'alarme.

"Numéro privé appelle"

Ce principe me met hors de moi.

"Numéro privé appelle"

Et s'il s'agissait d'un appel anonyme !

Non, stop !

Et j'ai fait le choix délibéré de ne pas répondre.

 

Non, mais quoi ?

 

Si, maint'nant, un appel anonyme venait perturber le temps que je dois encore prendre pour terminer ma tournée !

Si, maint'nant, à cause de ça, je tombais dans l'cirage, je "pettais" un câble !

Déjà, avec tous les réflexes émoussés au bout de "quatre heures" de marche !

 

Raison de plus pour me centrer sur le minimum d'énergie qui me reste, peut-être, encore.

 

Soyons réalistes ...

Mes clients, qui habitent sur des lieux situés à la fin de mon parcours, avec lesquels j'entretiens de chouettes contacts, n'ont pas non plus à payer les pots cassés de mes soucis, de mes angoisses, de mes états d'fatigue.

Ils méritent aussi d'être bien servis.

Et je mets un point d'honneur, en fin de tournée, chaussée d'Ixelles, trottoir de droite, numéros pairs, à enfoncer convenablement les lettres dans les boîtes, malgré leur diamètre "relatif" (et non règlementaire), leur trottoir rempli de bosses (mon caddy a souvent valsé sur le sol).

 

Midi moins l'quart.

 

Un chat s'est posé au d'ssus d'un radiateur.

 

 

Hugues Draye

huguesdraye.over-blog.com

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Laurent Dumortier et Onirique

 

l.dumortier.png

 

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=39344032&sms_ss=facebook&at_xt=4d496f6fc35f14ba%2C0

 

 

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      Ils et elles y seront...............

 


Marie-Ange Gonzales LunessencesExposition du 1er février au 5 mars 2011

à Corbarieu dans le Tarn et Garonne
Vernissage le samedi 12 février
 
Exposition de photo montages à partir de photographies réelles personnelles.
Cette expo est la deuxième que je fais, mais j'y ajoute aujourd'hui des photographies naturelles (sans montage).
lunessences.unblog.fr
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nadine groenecke

Je dédicacerai Trop-plein lors du :

 

 4ème salon lorrain de Villers-les-Nancy (54600) le 13 mars 2011

 

de 10 H à 18 H 

dans les salons du château de Mme de Graffigny 

Invité d'honneur : l'écrivain Gaston-Paul EFFA 

 

Ce même jour, à 11 H 30, me sera remis le Prix Victor Hugo 

 

 

et aussi lors de la :

 

12ème édition de "A la table d'un écrivain" le 20 mars 2011

 

à la Maison de la Crouée de Saint-Maurice-sous-les-côtes (55210)

 


http://nadinegroenecke-auteur.over-blog.com/

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ILS SONT A L'HONNEUR !

Carine-Laure Desguin dans le journal "Charleroi essentiel", Laurent dumortier et Carine-Laure Desguin dans "AURA" !

Charleroi-essentiel-fev-2011.jpgAURA-69--Dumortier-L.jpgAURA---69.jpg

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Barbara Flamand: 3ème partie : "Le génie et la peintre des labyrinthes", extrait de la nouvelle "Le tragique destin de l'agent de police P.I.12"

Publié le par christine brunet /aloys

3ème partie : "Le génie et la peintre des labyrinthes"
extrait de la nouvelle "Le tragique destin de l'agen t de police P.I.12"

Pierre-Louis Rapcorps n'était pas entré dans la police par vocation. Adolescent, il ne se sentait pas l'âme d'un gardien de la cité et de la propriété. A vrai dire, il ne se sentait d'âme, ni pour ceci, ni pour cela. Peut-être ne se sentait-il pas d'âme du tout ? Il n'éprouvait que le vague désir de gagner son pain le moins durement possible. Après avoir tâté de divers métiers, aide-maçon, magasinier, éboueur... il ne se trouvait toujours, à 23 ans, aucune inclination particulière.
 

Après son mariage avec une caissière de supermarché, Martine Delcourt, dite Tina, il décida, pour accomplir dignement sa fonction d'époux et de futur chef de famille, de s'engager dans la police, seul corps de métier, disait-il, qui ne possède jamais assez de bras, de cerveaux et d'honnêteté. En fait d'honnêteté, Pierre-Louis Rapcorps pouvait se prévaloir du minimum : il n'avait ni volé, ni tué. Ses bras pouvaient rendre de bons services et, comme tous les humains, il était censé jouir d'un cerveau.
 

Sanglé dans son uniforme, Pierre-Louis Rapcorps devenu P.I.12 par son matricule, se sentit extraordinairement bien dans sa peau. Il comprit qu'il avait trouvé sa place et qu'il n'avait qu'une chose à faire, donner libre cours au sens du devoir et de l'autorité que sa nouvelle carrière venait de lui révéler.
 

Parmi ses missions de confiance : constats d'infraction aux propriétaires des chiens crottant dans les squares ou aux propriétaires de véhicules garés dans un lieu de stationnement interdit, il s'en trouvait une qui le comblait d'aise, qui le portait même à une jubilation intense : le relevé d'identité d'hommes à peau bistre et cheveux noirs crépus.

Pour ce faire, P.I.12 avait sa manière. Arrivé au niveau de l'individu, il le dépassait lentement en lui jetant un regard oblique ; quand il parvenait à une distance de deux ou trois mètres devant « son homme » et que celui-ci se mettait à croire naïvement qu'il échappait au contrôle policier, P.I.12 faisait volte-face, marchait droit sur sa proie en la fixant dans les yeux et ordonnait : « Papiers ! ». L'autre, farfouillait dans sa poche, baissait le front, présentant ainsi à P.I.12 sa tignasse noire et crépue, cette tignasse qui, justement, mettait P.I.12 dans tous ses états.
– Au poste ! hurlait-il.
– Pourquoi ?
– Fais pas l' con! Tu l' sais mieux qu' moi, chacal ! Et P.I.12 hurlait de plus belle.

Cette appellation de chacal distinguait P.I.12 de ses collègues qui criaient plus communément « Bougnoul ! ». P.I.12 était très fier de son interpellation originale qui affirmait sa culture. Petit garçon, Pierre-Louis Rapcorps avait adoré les histoires de jungle. Le mot chacal qu'il y avait trouvé résonnait toujours à ses oreilles comme l'expression d'une animalité cruelle et fourbe. Dans ce mot, se cachait une mystérieuse menace, innomée, indéfinie et pourtant réelle.
Barbara Flamand

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Patrick Benoit se présente...

Publié le par aloys.over-blog.com

tete-patrick-benoit.JPGIdentité

 

Patrick (= prénom) et Benoit (= nom avec un point sur le « i » et non un accent)

 

De moi-même

 

Tantôt publicitaire comme consultant en marketing et communication, tantôt enseignant comme passeur de modestes connaissances et expériences, j’écris sous mon nom réel, car je considère qu’un auteur n'est pas une star qui a besoin de gardes du corps. Il a juste besoin de garde-fous pour ne pas se faire intoxiquer par les lettres.

 

En effet, écrire est une faiblesse : je n'ai pas eu le courage ni la force d'y résister. J'écris aussi parce que je ne sais ni peindre, ni dessiner, ni sculpter, ni jouer d'un instrument de musique. Cela reste une souffrance salvatrice. J'avance des mots l'un derrière l'autre pour construire un sens sans en chercher.

 

De mon livre

 

J'ai écrit ce premier texte entre avril 1987 et décembre 1989, à la sortie de mes études en philologie romane. Je n'ai pas pu résister aux mots. Ils m'ont aliéné avec jouissance, fait souffrir dans la félicité. En fin d'écriture, ce fut un véritable orgasme.

 

Titre : Je, tu, il. Genre hermaphrodite où les mots s'enchaînent et se multiplient pour écrire une histoire de lettres. Ni masculin, ni féminin, juste une illusion d'avoir écrit quelque chose pour donner l'illusion au lecteur d'avoir lu quelque part.

 

De mon écriture

 

L’autocritique est un genre trop dangereux pour moi. Pour en parler, je préfère donc laisser la parole à deux personnes à qui j’avais osé demander une lecture en fin d’écriture, soit en 1990. Pour info, la critique d’André Schmitz se retrouvera très probablement sur la quatrième de couverture.

 

« Je vous ai lu avec intérêt. Et je me suis laissé prendre au jeu de votre récit. Je me suis mis « dedans » (non piégé, mais consentant). Votre écriture n’a pas besoin d’appréciations ; elle contient sa propre « vision » et sa propre « folie » qui justifie bien des choses. Laissez-la vivre son aventure. Laissez votre « fiction » créer ses propres fictions, se prolonger en fiction pour le lecteur, lequel devient peut-être votre personnage, ou celui qui se présente pour mettre en page (et être mis en page). Car elle est tellement libre , votre écriture, et libératrice. Cette quête du livre à écrire qui s’écrit, cette dérive-en-ville (ville de pierres, ville de mots) possède ironie, sens de la dérision, rendu par un style alerte, léger, souple. Illusionniste, l’écrivain ? Peut-être ! Illusion, l’écriture ? Pourquoi pas ! En tous cas, on se surprend à applaudir, en sachant que cette dérive ludique en prend à son aise ! Je, tu, il : avec eux, j’ai passé un bon moment, vraiment. »

André Schmitz, poète

 

« Façade après façade, je me suis amusé, dans cette préhistoire d’un roman à paraître, à poursuivre la révélation d’une écriture photogénétique. »

Alain Wathy, journaliste

 

 

PATRICK BENOIT

 

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Réflexions tout à trac de Claude Colson: Le voyage

Publié le par aloys.over-blog.com

claude-colson-copie-2.jpgTreize heures.


On roule depuis une heure et demie. Le TGV traverse au grand ralenti une gare importante. J’ignore totalement où je suis, je n’ai pas eu la curiosité de m’intéresser par avance au parcours. Vaguement curieux, pour tuer le temps, je guette les panneaux indicateurs. Ah ! enfin en voilà un : P...Un choc ! Le passé resurgit. Gare de P… Quatre ans et demi déjà. Je n’y étais pas revenu depuis.


On ne remonte pas le temps si ce n’est en rêve, et encore ! Le train a maintenant oublié P… Moi, j’ai été un instant rattrapé par le passé. Brièvement.


Le trajet est très long, impression de monotonie.


Petit assoupissement post-prandial.


Quatorze heures. Le train fonce toujours. Je suis assis à l’inverse du sens de la marche. Par la large baie je regarde et découvre sous un autre aspect ces morceaux de France qui défilent. Dans les roux de l’automne, ce sont campagnes, vallons et bois plaisants, sous un ciel à son bas encore couleur d’été. Plus haut s’accumulent des ouates en dégradé, du gris cendre au marron foncé. Je n’avais d’abord pas aperçu ces menaces farouches, si hautes qu’elles se font oublier.


Elles resteront menaces car – déjà plus loin – le convoi a retrouvé un soleil plus pâle par endroits. La lumière faiblit. Le TGV est entré en saison.


Une heure plus tard. C’est effectivement, à présent, la grisaille et la pluie. Elle vient frapper la vitre comme du grésil et cela m’a tiré de ma lecture. C’est sans doute local car revoici un ciel tout bleu et ensoleillé. Pourtant, dessous, la nature est restée en automne.


La tuile du midi, sans son  éclat, est dépourvue de la gaieté qui, dans mon esprit, lui est consubstantielle.


Trop tôt parlé car, deux minutes après, elle a retrouvé ses feux, sous un soleil d’orage indécis.


Les façades blanches de maisons serrées là-bas sur la hauteur ont comme un air breton.
Quatre heures que je suis dans ce train lancé à vive allure : la France est vaste.
Les gens, pourtant très proches, ne se parlent pas ou, s’ils se connaissent, très peu. Les heures s’entassent, nombre de passagers s’assoupissent. Je « fatigue» moi aussi et laisse errer mes yeux : des collines roussissantes, quelques ifs ou cyprès – je ne sais – puis, plus loin, soudain sur un éperon une croix austère contre le ciel sombre engendre le frisson. Bientôt les douces arcades d’un pont enjambent une rivière. Presque à l’horizon quelques maisons forment le collier d’ un clocher : le spectacle est infini.


Seize heures : soleil aveuglant.
 
   En une demi-journée j’aurai traversé les régions, les climats et presque les saisons. ! Merveille de la technique et également… cadeau de mon agenda.

 

Claude Colson

claude-colson.monsite-orange.fr

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Prologue de Nid de Vipères... Christine Brunet

Publié le par christine brunet /aloys

Couverture-Nid-page-1.jpg

 

 

Hallucinations

 

 

Il rentra en taxi chez lui, prit une douche et s'allongea pensivement dans le hamac installé sur la terrasse de son chalet. Il avait pensé, un moment, se mettre à la recherche de la fille aux yeux bleus qu'il avait entraperçue quelques heures plus tôt mais il y avait renoncé : elle ne représentait que le visage de son fantasme. Il ferma les paupières et rappela l'image devant ses yeux... Impossible... Déjà son drôle de rêve s'effaçait comme tous les rêves... Il se concentra sur le souvenir lointain, en vain... Il se rassit et agacé, se prit la tête entre les mains et se laissa aller au désespoir de la perte. Peut-être que quelques verres de whisky...


Il se rallongea, hésitant, et s'endormit enfin.

 

Une douce caresse sur sa joue barbue le tira avec un gémissement de son sommeil lourd. Il ouvrit les yeux et découvrit le regard de son fantasme penché sur lui, visiblement baigné d'inquiétude. Il s'assit d'un bond, sans croire à ce retour et faillit tomber tant il fit tanguer la toile suspendue. Elle sourit en le stabilisant, le front plissé.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda-t-elle d'une voix intriguée.

 

Assis sur le bord du filet, elle hésita un instant et lui prit la main à sa portée.

- C'est toi ? Vraiment ?

- Bien sûr, lui répondit-elle avec douceur. Ton appel m'a surprise... Après tout ce temps... 


Il passa outre la dernière remarque.

- Est-ce que tu es vraie ?


En constatant sa surprise, il ajouta :

... Je veux dire... Est-ce que ceci est la réalité ou... un autre rêve... 


Elle leva un sourcil.

- Nils, pourquoi m'avoir rappelée après toutes ces années de silence ?

 

Totalement perdu, il porta la main à ses lèvres et baisa un à un les longs doigts brûlants.

- Je ne sais plus où est la réalité et où est le rêve... Il y a quelques jours, ton nom était celui d’un homme, et...


Il se tut soudain, suspicieux. Et s'il était en fait sous le coup d'une drogue quelconque, prisonnier, victime d'une machination perfide pour le faire parler ? Le procédé n'était pas nouveau. Lui-même était passé maître en manipulation mentale... Il contempla la main qu'il tenait toujours avec une drôle d'impression dans la gorge. Un coup, il était chez lui, un coup chez elle... Ses yeux se fixèrent sur ses doigts à lui puis sur le visage de la femme à ses côtés et le paysage derrière. Il blêmit, serra les mâchoires et se rallongea.

- Nils... Dis-moi ce qui ne va pas...

- Je... Je ne sais plus qui je suis... Je... murmura-t-il d'une voix faible. Je ne comprends plus... Je... Aide-moi...


Il ferma les yeux, sa tête se déporta mollement sur le côté. Il relâcha la pression sur la main qu'il tenait toujours. Elle la lui retira sans qu'il tente de la retenir. 


Des bruits tout près : on approchait, on l'observait...

- Alors, qu'est-ce qu'on fait ? chuchota une voix féminine, celle qui lui parlait sans relâche dans ses rêves. Ça fait des jours qu'il nous balade en nous racontant des inepties sur Oswald.

- C'est un agent surentraîné, voilà tout... remarqua une voix d'homme, celle que, dans son fantasme, il avait attribuée à son équipier, John. Il ne dira jamais où est le second carnet...

- S'il le sait… On est allé avec lui plus loin qu'avec n'importe qui... Et il a joué le jeu... Il nous l'aurait avoué s’il savait quoi que ce soit...

- Encore quelques doses et...

- Son cerveau ne tiendra pas le choc... Regarde ce qui est arrivé à son chef de section... Déjà, tout s’emmêle, le vrai et le faux... Non... Notre seule chance, c'est de le ramener chez lui et de le mettre sous surveillance. S'il sait quelque chose ou s’il est impliqué, il se découvrira forcément. Dans le cas contraire, on trouvera bien une autre piste à creuser... L'un ou l'autre de ces anciens collègues, par exemple... Le fameux Mac dont il nous a parlé... 


Un bref silence suivit tandis que le cobaye, toujours immobile, tous ses muscles parfaitement relâchés, ne perdait pas une miette de la conversation.

- Je vais en référer à Meyers... Peut-être exigera-t-il son élimination... En attendant, il ne doit pas émerger...


Son corps sous contrôle total, il ralentit son rythme cardiaque lentement mais inexorablement : il devait à tout prix éviter une autre injection et reprendre en mains le cours des événements.

- Je ne crois pas que ça soit utile... Regarde le tracé...

- C'est pas la première fois que le cœur flanche... Mais cette fois, peut-être... Qu'est-ce que tu en dis ?

- Laissons-le mourir... De toute façon, il ne nous est plus d'aucune utilité... 


Le cœur s'arrêta et les électrodes fixées sur la poitrine nue lancèrent leur signal continu repris par un sifflement d'alerte. Les doigts virils appuyèrent sur la carotide puis retirèrent les électrodes sans ménagement... Il en avait partout, sur les bras, les jambes, les testicules, le visage et le crâne.


S'il n'avait pas été aussi bien entraîné, il se serait trahi lors du retrait des aiguilles implantées à même le cerveau. On l'enferma dans un sac plastique. Son cœur reprit très lentement ses battements tandis que la respiration restait contrôlée pour optimiser la maigre réserve d'air. On le transportait dans un hélicoptère... Il entendait distinctement le bruit sourd les pales...


Ean MacLeod, son chef de section, était mort, sans doute sous la torture... Même chose pour son équipier. De quoi se souvenait-il, au juste ? De la mission de sous-marin auprès de Nicolas Oswald, une grosse légume de la côte Est des Etats Unis, a priori en cheville avec les Triades chinoises. Des mecs qui leur étaient tombés dessus dans le parking souterrain de leur hôtel. Ensuite, que s'était-il donc passé ?


Il sentit qu'on empoignait le sac... Et on le balançait dans le vide... Un choc rude qui le sonna quelques instants puis une descente lente... Il était dans l’eau... Sa prison de plastique lestée. Déjà le liquide suintait dans la poche non hermétique. Son cœur retrouva un rythme normal. Il se força à attendre encore quelques secondes puis chercha l'ouverture... Une fermeture Eclair qu'il parvint à faire coulisser en retenant sa respiration. Il passa à l'extérieur et chercha des réponses sur sa situation exacte. Il était peut-être en pleine mer à plusieurs mètres de profondeur. Au-dessus, aucune trace de bateau ou d'agitation de surface. Souhaitant que ses ravisseurs n'aient pas demandé leur reste, il remonta et creva la surface avec un vrai soulagement, en manque d'air.


Il regarda autour de lui, surpris. Il était au milieu d'un vaste lac volcanique, sans doute le plus profond du coin. Transis, il se secoua et nagea jusqu'à un accès plat à une centaine de mètres. Il se hissa tant bien que mal sur le basalte en grimaçant sous les coups de griffes de la roche dans sa chair nue.


Epuisé par les efforts successifs, il perdit connaissance quelques instants et ce sont les rayons brûlants du soleil qui le ramenèrent à la vie. Il se mit tant bien que mal sur ses pieds et dut s'accrocher à une branche couverte d'épines pour ne pas tomber. Les blessures infligées le ramenèrent tout à fait à la réalité. Il contempla sa main couverte de sang puis regarda autour de lui et se mit à marcher. Les roches tranchantes lui tailladaient la plante des pieds. Mais qu'importait ? La douleur lui rappelait qu'il était vivant et avait, selon toute vraisemblance, échappé à ses tortionnaires.


Il grimpa les contreforts du volcan et s'enfonça dans une jungle inextricable. Il devait être sur une île tropicale sans pouvoir se figurer laquelle. A la nuit tombée, il s'assit enfin sur une pierre, incapable de faire un pas de plus... Un petit répit pour faire le point : de quoi se souvenait-il ? Pas de grand-chose, a priori... Son vrai nom... Sheridan... Son métier...Médecin et agent infiltré attaché au MI6, pour l’heure sous les ordres exclusifs de Meyers. Et c'était lui qui avait ordonné l'interrogatoire... Il serra les dents : pourquoi ? Avaient-ils découverts le but véritable de sa mission, ses enjeux ? D’après les bribes de conversations, sans doute pas, heureusement. Quant aux dossiers, il ne se souvenait plus... Tout comme des circonstances de son enlèvement. Le black-out total... Il jura en silence et tenta de penser à la suite. A priori, ils le croyaient mort, un atout évident sinon décisif.


Maintenant, sans vêtement, ni papiers, ni arme, il ne pourrait pas aller bien loin. Pourtant, mieux valait qu'il disparaisse pour de bon, qu’il quitte cette île pour un ailleurs lointain, plus sûr... Peut-être qu'en embarquant clandestinement sur un cargo ou, ni vu ni connu, sur un voilier battant pavillon étranger... Ensuite, à l’abri, il chercherait un moyen pour reprendre sa mission et utiliser au mieux les informations qu’il avait déjà.


D'abord, les fringues... Il se remit sur ses pieds et reprit sa marche sans y voir grand-chose mais persuadé qu'il tomberait nécessairement sur une habitation. De fait, le jour était sur le point de se lever lorsqu'il déboucha sur une zone déboisée. Une cabane en bois passablement déglinguée en occupait une toute petite portion. Portes et volets étaient clos. Pas de chien... Une vieille guimbarde d'origine américaine finissait de rouiller devant et du linge battait mollement sur une corde. L’œil aux aguets, il traversa l'espace à découvert, contempla le linge en lambeaux, inutilisable, puis sur le capot du véhicule, une combinaison trouée, raide de graisse qu'il enfila avec déplaisir. Trop petite, les manches trop courtes et les jambes aux genoux, il avait l'air d'un clown mais c'était toujours mieux que rien.


Il s'éloigna rapidement et s'engagea sur le chemin de terre qui le conduisit jusqu'à un parking en bout d'une petite route goudronnée. Trois véhicules y étaient garés : une conduite intérieure grise couverte de boue, un 4x4 grand luxe et un autre plus modeste sans capote. A l'arrière de celui-ci, du matériel de camping, une glacière et un sac de nourriture. Alentour, tout était calme. Il ouvrit la portière puis la boîte à gants et y découvrit un contrat de location au nom d'une société hawaïenne établie pour une certaine Aloys Seigner, 28 ans, de nationalité française. Il fronça les sourcils, passablement interloqué puis sourit : la chance était avec lui, cette fois…


Du bruit... Il referma précipitamment le compartiment, sauta à l'arrière en se couvrant de la bâche. Il était plus que temps... Des éclats de rire approchaient.

- Sympa, cette excursion, s'exclama une voix féminine claire en français. J'ai une de ces faims... Pas vous, les filles ?

- Tu l'as dit, surenchérit une autre, plus chantante, légèrement plus grave. Vous avez vu dans quel état nous sommes ! Pour la fête de ce soir, nous allons avoir du mal à nous refaire une beauté... Nicole, tu as prévenu les garçons ?

- Tu parles ! On a rendez-vous à minuit, au Palace... Ça va être chaud... Alie, tu viens avec nous, n’est-ce pas ?

- Désolée, les filles, mais ce sera sans moi...

- Tu es désespérante, tu le sais, ça ! On fait tout ce qu'on peut pour te changer les idées et toi, tu rumines encore...

- Lâchez-moi un peu, vous voulez... De toute façon, je repars... J'ai besoin d'un peu de tranquillité.

- Tu reprends la mer ?

- Je recommence à bosser dans un mois, je vous rappelle... J'ai envie d'en profiter encore un peu...

- T'es pas marrante... se plaignit la dénommée Nicole.

- Sûr, mais profitez-en bien...

 

Quelques bruits signalèrent au témoin fortuit qu'elles s'embrassaient et la fille monta dans le 4x4. Deux minutes plus tard, ils roulaient sur l'asphalte en direction du port. Si elle prenait la mer, c'était là, sans doute, une autre opportunité à saisir.

 

Le soleil avait largement passé le zénith lorsque la voiture s'arrêta. A l'odeur d'iode et au claquement des haubans, ils étaient au port. La fille descendit et commença à décharger. Dès qu'elle s'éloigna suffisamment, il souleva légèrement la bâche pour se rendre compte de la situation : ils étaient en bout de ponton, le voilier sans doute amarré dans la zone des mouillages temporaires. Le gros des passants restait éloigné de l'endroit à l'écart des bars et des restaurants. Pour le moment, personne...


Il se glissa hors de son abri puis hors de la voiture en restant courbé pour ne pas se faire remarquer. Un coup d’œil vers la femme…. Elle montait sur le pont d'un voilier blanc en bois… puis disparut par l'écoutille. C'est le moment qu'il choisit pour se glisser à l'eau et rejoindre la chaîne d'ancrage. En haut, elle redescendait sur le quai, déchargeait la glacière et le matériel d'escalade. De l'endroit où il se trouvait, il pouvait la regarder tout à loisir : grande, mince, des formes élégantes, la chevelure ondulée châtain clair aux épaules, un visage agréable, une peau dorée, de grands yeux d'un marron très lumineux, les lèvres bien ourlées, à l'évidence métissée, elle était plus que jolie.


Un homme s'approcha d'elle, visiblement le loueur. A cet instant, elle lui tournait le dos, et le bonhomme ne s'occupait que du 4x4 et de son état général. Il en profita pour se glisser par l'amarre jusque sur le pont. D'habitude très en forme, il aurait accompli cette formalité sans même y penser mais cette fois, l'estomac vide, les plaies à vif, tout son être endolori par les perfusions et les électrodes, il eut bien du mal à atteindre le pont en bois.


Haletant, la tête dans le coton, il se dévêtit pour ne laisser aucune trace d'eau sur le bois sec puis se traîna vers l'écoutille, se glissa à l'intérieur et chercha des yeux un endroit où se cacher. Une sorte de petit coffre vide à l'avant aménagé sous des coussins, c'est tout ce qu'il trouva alors qu'au-dessus, les pas feutrés de la propriétaire résonnaient un peu.


Plié en quatre dans l'espace confiné, il ne bougea plus, le cœur battant. Elle posa quelque chose au-dessus, sur la banquette puis ressortit. Par acquit de conscience, il pesa sur le couvercle du coffre sans parvenir à l'ouvrir. Il était bloqué dans cette minuscule prison de bois sans nourriture ni eau et si peu d'air... Pris au piège comme un rat dans une ratière.


Un bruit sourd retentit : elle levait l'ancre. Le moteur gronda et il sentit le bateau glisser sur l'eau. Plus rapidement qu'il ne s'y attendait, il ressentit le ressac de la mer au milieu des craquements de la coque sous la contrainte du vent.


La fatigue, le manque d'air, la faim et le roulis eurent raison de lui et il s'évanouit.

 

 

Photo-Christine-Brunet-NB.pngChristine Brunet,

Nid de vipères, Ed. Chloé des Lys ©

ISBN : 978-2-87459-531-8

 

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