"Laura", une nouvelle signée Rayan Zowski

Publié le par christine brunet /aloys

Laura

 

La porte s’ouvrit.

- Salut, Mamie. Je peux entrer ?

- Quelle question... Entre vite, tu vas attraper froid...

 

Mamie déposa la théière.

- Ton préféré, pomme/cannelle.

- Merci, Mamie...

 

Nous bûmes toutes les deux une gorgée.

- Bon... Puis-je te poser la question ?

- Celle où tu me demandes : "Pourquoi as-tu sonné à cette heure-ci ?"

- Bingo.

- Eh bien, je me suis disputée avec lui.

- Avec Papa ?

- Ouais, mon père...

 

Mamie but une seconde gorgée.

- Je suis désolée, Mamie. Je n’ai pas envie de te raconter. Tout ce que je peux te dire, c’est qu’il me saoûle...

 

Mamie me regardait... Elle but la dernière gorgée.

- Comme tu veux.

 

Mamie regarda l’horloge du salon.

- Excuse-moi, il est très tard. Je vais me reposer dans les bras de Morphée... Belle nuit, Laura.

- Merci, Mamie. Belle nuit à toi, aussi...

 

Mamie m’offrit un sourire. Elle se leva et se dirigea vers l’escalier.

- Il ne m’a jamais prise dans ses bras...

 

Mamie se retourna.

- Et le départ de Maman n’est pas une excuse, rajoutai-je.

 

Mamie ne dit rien. Elle se retourna et monta se coucher.

 

J’ouvris les yeux. Apparemment, je m’étais endormie. Je me levai du canapé afin de boire une autre tasse de thé... quand je la vis sur la table, la cassette vidéo. Pourquoi Mamie avait-elle... La curiosité me piqua tout de suite. Je l’attrapai, allumai la télévision ainsi que le lecteur K7 et l’insérai. Quel message pouvait-elle bien vouloir me transmettre ?

L’image apparut. Une petite bande de jeunes hommes était installée sur un comptoir.

- Eh, Géry ! Chante-nous une petite chanson !

 

La caméra se tourna vers un homme. Il était grand et costaud. Je le reconnus tout de suite. Il souriait timidement. Il hésitait...

- Allez, Géry ! Pour ta petite fille !

 

L’homme prit une grande inspiration... Il souffla. L’homme marcha ensuite vers le centre du café.

L’homme était debout et bien droit. Il ferma les yeux...

- Oh Laura*...

 

Je reçus alors comme un immense choc. Je croyais pourtant que... Je l'écoutais comme jamais je ne l’avais écouté de toute ma jeune vie. Comme... Comme il chantait bien... Je ne pus m’en empêcher, les larmes commencèrent à couler...

 

La porte s’ouvrit. Il n’était pas du tout étonné de me revoir.

- Tu m’as toujours dit que tu avais horreur de Johnny Hallyday...

 

Ses yeux exprimaient la surprise. Il était gêné, mais ne dit toujours rien.

Papa s’approcha alors tout doucement de moi... et me prit dans ses bras.

 

Rayan Zowski

* Laura (Johnny Hallyday)

Publié dans Textes

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C
Les non-dits (les non-gestes aussi) capitulent toujours quand ils s'infiltrent dans une chason. Merci pour ce moment d'émotion, Rayan. @ Rayan, je pensais te voir hier au carnaval de Tournai :D
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E
C'est charmant, vraiment !
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P
Jolie histoire!
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A
Une très jolie nouvelle ! Merci Rayan pour ce rayon de soleil 🌞alors que, chez moi, la neige fait son grand retour❄️🥶
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M
Une nouvelle très touchante. Bravo.
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P
Emouvant ! Merci Rayan.
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