Carine-laure Desguin a lu "Blue Moon" d'Edmée de Xhavée
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Voilà, je referme Blue Moon, le douzième ouvrage d’Edmée de Xhavée, un recueil de huit nouvelles plutôt noires et presque toutes chabroliennes pour ne pas dire, pour certaines, chabrolesques. Nous retrouvons avec plaisir la plume élégante et, j’ai presqu’envie d’écrire, toute en dentelles de l’auteure vierviétoise. Mais, il y a dans chacune des nouvelles de ce recueil-ci, un « p’tit » quelque chose en plus. Ne serait-ce pas une dose d’humour noir enrobée autour de deux doses d’acidité ?
Huit nouvelles dont je vous offre ici une alléchante (je l’espère) mise en bouche. Lisez et accrochez-vous bien aux bras de votre fauteuil (ceinture de sécurité, casque sur la tête, protège-genoux et protège-coudes, le tout en polypropylène dur à cuire).
Dans Blue Moon, Loïs vient vivre dans la maison de sa grand-mère. Nous revivons les moments tragiques de la vie de la grand-mère et de la mère de Loïs. Et pour elle, Loïs, est-ce vraiment une bonne idée de revenir là ? Qui va-t-elle rencontrer ? Et surtout, quel genre de cerf Marvin a-t-il heurté ?
Dans Un banc pour Mathilde, une histoire de famille, une histoire odieuse. Mathilde n’est jamais revenue (je le demande de suite, cessez de penser à Jacques Brel). Mais avec qui est-elle partie ? Et où ? Et pourquoi n’a-t-elle jamais donné de ses nouvelles ? Oncle Servais et tante Dédelle ne comprennent pas … Mathilde aurait eu un amoureux … Qui était-il, cet amoureux ?
Les funérailles de la Baldracca, la troisième nouvelle. Que s’est-il passé au sein de cette famille piémontaise ? Une piste, Baldracca signifie putain. Chaque année, celle-ci lave des ossements. Oui, elle lave des ossements. L’esprit de famille est sans limite dans ce petit village. Hallucinant.
Dans Noirhomme-Larivière contre Villeneuve, clap de fin, on respire un peu. Enfin, un peu. Car là, chez le notaire, après le décès de François Villeneuve, c’est loin d’être triste mais beaucoup moins sanguinolent. La bassesse humaine, quand même.
La glacière, voilà une nouvelle qui porte bien son nom car l’histoire est … glaçante. Gérald de Saint-Rupestre et son épouse ont quitté leur château pour un home haut de gamme. Ce matin-là, Gérald annonce à son épouse que les nouveaux propriétaires du château viennent de le contacter. Des ossements, probablement humains, ont été découverts dans la glacière de leur ancienne habitation. Madame de Saint-Rupestre blêmit, Qui donc serait allé là ? Et quand ? Alors là, je vous laisse découvrir cette histoire, c’est du grand art ! D’une cruauté magistrale !
Dans Ennui conjugal, on ne s’ennuie pas non plus. C’est la nouvelle que je préfère. J’ai une tendresse particulière pour l’histoire de cette Géraldine. Et ma foi, si elle pense avoir mal agi et provoqué des dégâts à une certaine période de sa vie, elle a fait son possible ici pour éviter d’inutiles soucis (qu’elle a vécus elle-même en son temps) à une voisine.
Lettre d’adieu, l’avant-dernière nouvelle. L’arrivisme mène à tout. À tout. La veuve d’Henry-Pierre est âgée à présent et ce qu’elle vient de lire dans le journal la cloue sur place (au sens figuré hein …). Elle n’a plus aucun doute, aucun. Ces meurtres et « accidents » dont elle vient de prendre connaissance … mais oui, c’est ça ! Elle écrit donc une très longue lettre à un jeune amant qu’elle a côtoyé il y a bien longtemps. Et je vous préviens, ça va chauffer pour lui !
Nous voici déjà à la huitième et dernière nouvelle, Jo, ou la joie de rêver en Tex Avery. Josiane se réinstalle dans son fauteuil. Devant elle, son mari et un couple d’amis, les de la Stalle, des pique-assiettes qu’il est de bon ton de fréquenter, pense Fernand, l’époux de Josiane. Un tableau truculent que je vous laisse admirer.
Huit nouvelles dans lesquelles les personnages, souvent des notables, nous dévoilent tout leur cynisme, leurs petits arrangements médiocres et, d’une certaine façon, leurs secrets de famille. C’est un livre distrayant et bientôt les vacances, pensez-y !
Carine-Laure Desguin