« Une vie très douce », d’Amélie Colelli, est, comme l’a si bien dit le comité de lecture CDL : un manuscrit qui prend aux tripes !
Cette histoire dresse le portrait d’une vie, celle de Laure, une jeune mère de deux enfants, que son mari a quittée et qui a vu la douce vie dont elle avait rêvé se briser face à la réalité. Une vie dans un appartement parisien, entourée de voisins et voisines et de quelques amitiés.
Si le tableau exprime un drame, ses différentes couches auscultent la vie de Laure, ses doutes, ses angoisses, ses craintes, observent son entourage, mettent le doigt sur les blessures et analysent les comportements. Une toile au couteau, bouillonnante d’émotions franches ou discrètes, prévenantes ou agressives qui jamais n’abdiquent alors que la solitude reste omniprésente.
Un portrait construit autour de 23 petits chapitres dont chaque intitulé porte le nom d’un personnage (parfois deux) suivi d’une date (mois et année), ce qui permet à l’auteur de présenter de manière originale chaque intervenant, sans pour autant nuire à la fluidité du récit, et de gérer intelligemment la chronologie de l’histoire au profit du lecteur.
Le coup de patte net d’Amélie Colelli cisèle doucement les caractères et au fur et à mesure que le récit s’étoffe, précise les émotions et se charge, face au chaos, d’une force inattendue.
Voilà, je referme Blue Moon, le douzième ouvrage d’Edmée de Xhavée, un recueil de huit nouvelles plutôt noires et presque toutes chabroliennes pour ne pas dire, pour certaines, chabrolesques. Nous retrouvons avec plaisir la plume élégante et, j’ai presqu’envie d’écrire, toute en dentelles de l’auteure vierviétoise. Mais, il y a dans chacune des nouvelles de ce recueil-ci, un « p’tit » quelque chose en plus. Ne serait-ce pas une dose d’humour noir enrobée autour de deux doses d’acidité ?
Huit nouvelles dont je vous offre ici une alléchante (je l’espère) mise en bouche. Lisez et accrochez-vous bien aux bras de votre fauteuil (ceinture de sécurité, casque sur la tête, protège-genoux et protège-coudes, le tout en polypropylène dur à cuire).
Dans Blue Moon, Loïs vient vivre dans la maison de sa grand-mère. Nous revivons les moments tragiques de la vie de la grand-mère et de la mère de Loïs. Et pour elle, Loïs, est-ce vraiment une bonne idée de revenir là ? Qui va-t-elle rencontrer ? Et surtout, quel genre de cerf Marvin a-t-il heurté ?
Dans Un banc pour Mathilde, une histoire de famille, une histoire odieuse. Mathilde n’est jamais revenue (je le demande de suite, cessez de penser à Jacques Brel). Mais avec qui est-elle partie ? Et où ? Et pourquoi n’a-t-elle jamais donné de ses nouvelles ? Oncle Servais et tante Dédelle ne comprennent pas … Mathilde aurait eu un amoureux … Qui était-il, cet amoureux ?
Les funérailles de la Baldracca, la troisième nouvelle. Que s’est-il passé au sein de cette famille piémontaise ? Une piste, Baldracca signifie putain. Chaque année, celle-ci lave des ossements. Oui, elle lave des ossements. L’esprit de famille est sans limite dans ce petit village. Hallucinant.
Dans Noirhomme-Larivière contre Villeneuve, clap de fin, on respire un peu. Enfin, un peu. Car là, chez le notaire, après le décès de François Villeneuve, c’est loin d’être triste mais beaucoup moins sanguinolent. La bassesse humaine, quand même.
La glacière, voilà une nouvelle qui porte bien son nom car l’histoire est … glaçante. Gérald de Saint-Rupestre et son épouse ont quitté leur château pour un home haut de gamme. Ce matin-là, Gérald annonce à son épouse que les nouveaux propriétaires du château viennent de le contacter. Des ossements, probablement humains, ont été découverts dans la glacière de leur ancienne habitation. Madame de Saint-Rupestre blêmit, Qui donc serait allé là ? Et quand ? Alors là, je vous laisse découvrir cette histoire, c’est du grand art ! D’une cruauté magistrale !
Dans Ennui conjugal, on ne s’ennuie pas non plus. C’est la nouvelle que je préfère. J’ai une tendresse particulière pour l’histoire de cette Géraldine. Et ma foi, si elle pense avoir mal agi et provoqué des dégâts à une certaine période de sa vie, elle a fait son possible ici pour éviter d’inutiles soucis (qu’elle a vécus elle-même en son temps) à une voisine.
Lettre d’adieu, l’avant-dernière nouvelle. L’arrivisme mène à tout. À tout. La veuve d’Henry-Pierre est âgée à présent et ce qu’elle vient de lire dans le journal la cloue sur place (au sens figuré hein …). Elle n’a plus aucun doute, aucun. Ces meurtres et « accidents » dont elle vient de prendre connaissance … mais oui, c’est ça ! Elle écrit donc une très longue lettre à un jeune amant qu’elle a côtoyé il y a bien longtemps. Et je vous préviens, ça va chauffer pour lui !
Nous voici déjà à la huitième et dernière nouvelle, Jo, ou la joie de rêver en Tex Avery. Josiane se réinstalle dans son fauteuil. Devant elle, son mari et un couple d’amis, les de la Stalle, des pique-assiettes qu’il est de bon ton de fréquenter, pense Fernand, l’époux de Josiane. Un tableau truculent que je vous laisse admirer.
Huit nouvelles dans lesquelles les personnages, souvent des notables, nous dévoilent tout leur cynisme, leurs petits arrangements médiocres et, d’une certaine façon, leurs secrets de famille. C’est un livre distrayant et bientôt les vacances, pensez-y !
Le Dorset, une grande maison bourgeoise nommée « le château », un splendide jardin, une usine et quelques maisons alentours, tel est le décor principal de « Un été à Abbotsbury » d’Urbain Van Pachterbeke.
Mamy, propriétaire du « château » et de l’usine, demande à son petit-fils, John, de traduire un manuscrit détenu par la famille depuis des générations. Rédigé en latin par un moine du XIIème siècle, il renfermerait un secret embarrassant ! John, qui vient de terminer son doctorat à Oxford, accepte et c’est sur le chemin du « château » qu’il fait la rencontre de Claire, institutrice au village. Entre eux c’est le coup de foudre, mais nombre d’obstacles les poussent à garder cette attirance secrète.
C’est leur histoire qu’Urbain Van Pachterbeke nous raconte. Comme les rapports qu’ils entretiennent avec leurs familles respectives. Ceux de Claire, rigides et sans grande émotion, avec sa mère. Ceux de John, plus ouverts et aimants avec ses parents (un père Anglais et une mère Belge), plus taquins avec son adolescente de sœur, plus complexes avec une Mamy au caractère bien trempé. Parallèlement nous découvrons, grâce à la traduction du manuscrit ancien émaillant les chapitres, une autre histoire où l’amour, sous toutes ses formes, prend là aussi des chemins bien difficiles.
Vous l’avez compris, un roman où l’amour est au cœur des choses, qu’il soit romantique ou autre, sans pour autant tomber dans la mièvrerie. Je reconnais cependant que mon envie de lire ce livre tenait surtout au mystère entourant le fameux manuscrit latin, dont j’aurais préféré qu’il suive une parallèle avec l’histoire vécue par John et Claire, juste pour plus de tension dramatique. Néanmoins, j’avoue avoir été surprise par la tournure prise par ce récit secondaire et n’avoir pas perdu, au fil des pages traduites, l’envie d’en découvrir l’aboutissement. Tout comme découvrir jusqu’où leur histoire allait mener John et Claire. Mais ça, je ne vous le dirai pas, il vous faudra lire le livre pour le découvrir !
Derrière la très belle couverture de « Fractale 1668 » se cache un nouveau thriller pour Christine Brunet et nouvelle histoire palpitante à suivre pour les amateurs du genre. Un thriller où s’entremêlent Histoire et fiction en un mélange détonnant qui vous entraîne au cœur d’une passionnante enquête.
Bien qu’apparemment sans motif, une cascade de disparitions tragiques dans des familles de la haute société attire l’attention de la police. Et lorsque, alors qu’elle travaillait sous couverture, la mort s’abat à son tour sur la propre sœur du nouveau patron d’Europol, ce dernier recours discrètement aux services d’un certain Clovis, un homme de l’ombre impitoyable et efficace. Néanmoins, pour mener à bien sa mission, le mercenaire décide de s’adjoindre un binôme connu dans le milieu du dark web sous le nom de Doragon, une longue silhouette androgyne au look Neo-Tokyo et à l’intelligence redoutable.
De cadavres en découvertes, les deux agents se retrouvent rapidement plongés au cœur d’une intrigue dont les racines prennent source au XVIIème siècle autour d’un objet prompt à attiser les convoitises.
Je ne vous en dirai pas plus, au risque de trahir les secrets d’une histoire méchamment bien ficelée, bien documentée, qui jongle entre réalité historique et fiction complète. Sous la plume toujours inventive de Christine Brunet, les personnages sont bien campés, l’atmosphère inquiétante à souhait et le suspens captivant… jusqu’à la fin ! Le niveau de confiance fluctuant du binôme Neal (Clovis)/Nao (Doragon) ajoute encore à l’intérêt d’une histoire pourtant déjà complexe, y amenant un délicieux grain de sel supplémentaire. Autre petit plaisir, la brève apparition du commissaire Sheridan, personnage bien connu dans l’univers de Christine Brunet.
Un roman qui se suffit à lui-même, mais qui pourrait voir l’un de ses personnages (coup de cœur !) connaître de nouvelles aventures… petit appel du coude, loin de toute subtilité, à l’auteure.
« Fractale 1668 », un thriller à découvrir absolument !
C’est à la suite du trailer élaboré par l’auteur de ce roman que j’ai décidé de lire ce qui semblait, à première vue, être une romance : un homme, François, et une femme, Sophie, fous amoureux, vivent ensemble mais tout se dégrade lentement alors que les soubresauts de la vie sapent les fondations de leur existence.
Elle tombe enceinte, lui est au chômage et ne parvient pas à se projeter dans son rôle de futur père. Ils se séparent dans la douleur : ils ne veulent plus la même chose a priori. Mais quand le destin s’en mêle…
Au fil des pages, le lecteur comprend qu’il ne lit pas de la romance mais s’enfonce au cœur d’un drame. Personnages bien campés, avec leurs faiblesses et leurs côtés sombres. Va-et-vient entre Hardelot et Lille… Détours par Tournai, Boulogne…
Amitiés, amours, calculs, drames personnels, tout y est !
Synopsis : « Ira côtoie les personnages de ce livre dans quatre vies ayant un contexte différent. Toutes ces vies ont en commun l’apprentissage philosophique, le cheminement de l’âme dans l’obscurité et la lumière. Baignés dans le fantastique, les thèmes récurrents sont la quête de la Connaissance, la spiritualité, l’art, la recherche de la sagesse. Tel un halo par-delà le bien et le mal, l’Amour omniprésent dans ce livre fait parfois vaciller une perspective dualiste du monde ».
Compliqué de livrer une chronique après pareil résumé… Mais je vais essayer…
Livia Ov nous propose une réflexion sur l’Amour, la Vie, la Mort, la vie après la mort au travers d’un récit de vie… celui d’Ira, jeune femme hypersensible qui, au travers d’une quête quasi mystique, cherche des réponses aux aléas de sa vie.
Un ouvrage en quatre actes qui conduit le lecteur à cheminer au fil des pensées de l’héroïne, un cheminement intérieur très personnel…
Difficile de résumer ce livre ! Il vous faudra le lire !
Gauthier Hiernaux… Un auteur éclectique aussi à l’aise dans le genre fantastique, dystopique que dans le genre policier. Cette fois, il nous propose un polar à l’ancienne, style Léo Malet ou Georges Simenon. Vous voyez le style ?
Un flic proche de la retraite, atteint d’un cancer, qui fait face, avec son expérience forgée au fil des années, à une affaire complexe qui démarre par un attentat… sujet brûlant d’actualité pour un policier balloté par sa hiérarchie, ses propres problèmes et ses doutes.
Un choc d’ambiance, un choc générationnel même.
Ce roman de 351 pages réserve bien des surprises, que ce soit aux personnages ou aux lecteurs qui suivent les pistes avec curiosité et froncements de sourcils. On cherche, on se dit que… puis non, que celui-là n’est, peut-être, pas si net…
En fait, comment vous dire ? Aucun personnage n’est vraiment clean… net… Tous cachent quelque chose. Lorsqu’on s’est, enfin, forgé une opinion, tout est remis en cause par une découverte, une piste de dernière minute.
« Comme des ombres » porte bien son titre… A découvrir !
Quel nom bizarre… Vous ne trouvez pas ? Donc, ce personnage, Monsieur Qivy, écrit. Il écrit des histoires que nous découvrons au fil des pages. Un but ? Bien entendu… Mais ça, on ne le sait qu’à la fin. Il écrit des histoires courtes, voire très courtes où la nuit et la lumière jouent un rôle indissociable.
Ces mini contes sont ses balades au gré des rues de Tournai où l’obscurité n’est qu’un prétexte pour proposer un voyage plus intime, plus délicat, un chemin lumineux vers l’âme sœur, toujours bienveillante, parfois inatteignable.
Hymne à l’amour et à la réalisation de soi au travers de ces sentiments profonds, ces nouvelles sont à la fois pudiques et lumineuses, servies par une écriture simple, sans fard qui apporte de la pureté au(x) personnage(s) masculin(s) qui est (sont) au centre même si l’épicentre n’est autre, selon moi, qu’ « elle », cet être omnipotent capable de soigner les maux de « il ».
Je vais aller plus loin : « Les histoires de Monsieur Qivy » ne sont qu’une déclaration d’amour, celle d’un homme timide qui a du mal à exprimer ses sentiments et qui a trouvé, en l’écriture, une alliée de poids.