Ani Sedent chronique "Issa Abdoullah" de Pascale Gillet-B
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Lecture, écriture, une passion... Un partage... La littérature dans tous ses états !
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C’est avec intérêt que je me suis immergée dans « La terre de nos ancêtres » de Maryline Parmiggiani. Sa promesse de nous entraîner vers « une plongée dans des secrets de famille où se côtoient l’Histoire de la Belgique et les légendes de l’Irlande » ne pouvait que m’intriguer. D’autant plus que l’auteure elle-même possède des origines belges, un mari italien et deux belles-filles suisses alémaniques qui l’ont, comme ses ancêtres, nous assure-t-elle, également inspirée pour créer ce roman.
L’histoire se passe en 1975. Quelques années plus tôt, Pierre, un petit Wallon de sept ans, a pour la première fois fait la rencontre d’Albert, son grand-père flamand. Une rencontre éblouissante qui va faire de lui le cousin Piet « le petit wallon devenu le plus flamand de toute la côte », pour la plus grande fierté de son Opa. Mais, parmi les oyats des dunes de la mer du nord, alors qu’il atteint ses quinze ans, les secrets de famille commencent à émerger et c’est en compagnie de sa cousine Alida qu’il entame des recherches propres à ouvrir la boîte de Pandore familiale.
Entre Belgique et Irlande, l’auteure vogue sur les vagues de l’Histoire, avec un grand H, pour nous conter l’autre, la petite, celle d’une famille dont les secrets, les non-dits, les jalousies et les promesses extorquées sont au cœur de profonds malaises. Un roman de 219 pages qui se lit aussi facilement que le sable s’écoule de nos doigts et qui m’a permis de découvrir, ou redécouvrir, certains faits liés à l’histoire d’Irlande et de Belgique, en passant par les deux guerres mondiales. Et si, sur le fond, le récit de Maryline Parmiggiani résonne d’émotions dramatiques, le ton reste, la plupart du temps, souvent léger, avec un accent belge certain et un délicieux petit goût de bière… qu’elle soit blonde ou brune !
Alors, bonne lecture… et n'oubliez pas que le savoir faire se déguste avec sagesse !
Ani Sedent
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Si dans « Le Bic et les pierres », l’humaniste Pascale Gillet-B nous contait une histoire née de son imagination, cette fois, l’auteure prête sa plume à Issa Abdoullah, un jeune garçon, bien réel, devenu migrant par la force des choses.
C’est au Tchad, sous un soleil écrasant, entre savane, désert du Sahara et Sahel, qu’Issa Abdoullah vit la vie simple d’un ado de treize ans. Sa famille, comme les autres villageois, vit de son maigre bétail et ses quelques cultures. Il est pourtant un enfant heureux qui participe de son mieux aux tâches quotidiennes et aux différentes fêtes qui émaillent la vie de sa communauté.
C’est toutefois l’une d’entre elle qui va celer le destin du garçon.
En effet, la fête de l’Aïd se profilant, son père envoie Issa faire quelques courses à une vingtaine de kilomètres de son village, à la ville d’Abéché. Le jeune garçon, tout comme son ami Bachar avec qui il fait route, n’atteindra jamais sa destination.
Esclavagisme, humiliations, brutalité, mort de ses compagnons d’infortune, rien ne sera épargné à cet adolescent ! Même lorsque sa seule échappatoire est de s’embarquer sur un de ces misérables rafiots de fortune prêts à défier la Méditerranée et ses pirates. Du Tchad à la Belgique en passant par la Lybie, l’Italie, la France, l’Allemagne, le Danemark et la Suède, Pascale Gillet-B nous livre le voyage qu’Issa n’a jamais demandé à faire. Comble de l’ironie, un retour au Tchad serait pour lui une nouvelle épreuve, un nouveau danger, celui d’être enrôlé de force dans l’armée !
J’avoue, je suis restée sans voix devant ce long périple d’un jeune adolescent enlevé brutalement à sa famille, qui, de charybde en scylla, se retrouve finalement à Liège. J’ai beau, comme tout le monde, être consciente des risques encourus par les migrants lors de leur translation, les conditions de leur regroupement avant le départ et leur traversée de la Méditerranée, décris ici, dépassent tous ce que j’avais imaginé ! Le traitement inhumain ‒ et c’est un euphémisme ‒ auquel les « passeurs » soumettent ces gens est vraiment terrifiant.
Mille heures de conversation avec le résilient Issa sont condensées dans ce récit de Pascale Gillet-B. Si vous désirez découvrir le périple de deux ans de ce jeune adolescent, mineur non accompagné, je vous engage vraiment à soulever la couverture de cette brève biographie romancée… brève, mais dense !
Ani Sedent
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Voilà un livre qui bouscule, secoue, et puis berce et réconforte en final. C’est le premier de l’auteur que je lis, mais il est certain qu’il y en aura d’autre, tant la découverte m’a intéressée.
Plusieurs chapitres commencent par Je ne veux pas l’hiver de ma vie. Défilent alors toutes les feuilles mortes pourrissantes, les courants d’air, les journées sombres, le ralenti impitoyable de la vie qui arrive dans son hiver. Mais que c’est bien énoncé, pensé, exprimé… L’auteur n’a de pitié pour aucun de ces ennemis hivernaux : les mots ou fins de phrases qu’on ne trouve plus, les rides qu’en revanche on trouve trop bien, l’inquiétude à l’idée qu’on a déjà dit ça et qu’on lasse, le suspens lors des contrôles chez le médecin, la conscience que oui, c’est la dernière ligne droite – et combien sera-t-elle droite, d’ailleurs ?, le refus de l’assistance, la crainte des « on a bien dormi ? On a bien mangé ses petites tartines ? Maintenant on va bien prendre son sirop. On a bien bonne mine aujourd’hui ». En regard de cette longue liste pourtant, les souvenirs tendres déferlent. Des vacances, des personnages, des membres de la famille, des anecdotes, conversations, les expressions désuètes et si charmantes.
Suivent les chapitres commençant par Il approche, l’hiver de ma vie. Il faut mettre de l’ordre, regarder les photos, choisir ce qui pourrait plaire ici ou là, ne pas laisser d’incertitudes si possible. Voir le fruit de ses entrailles faire son chemin. Écouter les musiques aimées, fêter des anniversaires. Comparer les points positifs des photos d’autrefois que l’on mettait dans des albums et regardait assis dans le divan, ou celles d’aujourd’hui, immédiates, retouchables et améliorables sur le champs, partagées d’un clic.
Quelques réflexions aussi suivent la phrase Je n’aime pas davantage l’hiver de l’Autre. L’Autre de toute une vie, qui n’entre pas dans son hiver du même pas, et a vécu ses saisons précédentes à sa manière aussi.
Pour arriver à l’apaisante constatation : J’aime l’hiver de ma vie. L’auteur la remercie, cette vie, avec toute la passion et fraicheur qu’elle mérite, et entre de plain-pied dans cet hiver et ses joies, une à la fois.
Un livre profond et très vivant malgré son propos. Un livre qui se lit en semant des émotions variées : nostalgie, amusement, déjà vu, compassion, partage. Un livre courageux aussi, sans aucun doute.
Edmée de Xhavée
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