Rayan Zowski nous propose une nouvelle : "Love me tender"
/image%2F0995560%2F20260909%2Fob_6a248d_9782390183525-1-75.jpg)
Love me tender
Cela fait maintenant trois ans que monsieur Erox fréquente ma pharmacie. Grand, « costaud » et environ la trentaine, il me demandait toujours la même injection avec un grand sourire. Mais ses yeux mentaient, ou exprimaient plutôt la vérité. Je pouvais voir dans ces derniers une profonde tristesse. Aussi, quand je rentrais du travail en empruntant la rue Royale, je pouvais le voir marcher, la tête basse. Je ne pouvais m’empêcher de ressentir une certaine peine, nous sommes des êtres humains après tout.
C’était un nouveau jour à la pharmacie. Je pense que c’était un samedi matin. Monsieur Erox entra. Cela m’intriguait, je lui avais bien transmis son traitement la veille. Peut-être l’avait-il perdu ?
- Bonjour monsieur, me dit-il en souriant.
Je ne pus cacher ma surprise… la profonde tristesse avait disparu. Je ressentais, comment dire… comme de l’espoir.
- Vous vous sentez bien, monsieur ? me demanda-t-il.
- Oui, excusez-moi. Que puis-je pour vous ?
Il regarda autour de lui. Il n’y avait personne dans la pharmacie. J’avais l’impression qu’il craignait qu’on l’aperçoive en train de commettre un crime.
- Vous auriez des préservatifs ? De taille XL, s’il vous plaît ? J’en ai essayé un de taille classique chez moi. C’est trop pet…
- J’ai ce qui vous faut...
Je rentrais du travail. Comme d’habitude, j’empruntais la rue Royale. C’est alors que je vis une silhouette. Une silhouette que je connaissais bien.
Il marchait la tête bien haute et fière, et ce avec la plus grande assurance du monde. A sa gauche, une jeune femme avançait à ses côtés en lui tenant le bras.
Dans la voiture, la radio diffusait : « Love me tender » d’Elvis Presley. Je ne pus m’empêcher de ressentir une grande joie. Nous sommes des êtres humains, après tout…
Rayan Zowski