Rayan Zowski nous propose une nouvelle : "Retiens la nuit"

Publié le par christine brunet /aloys

Retiens la nuit

 

Je me souviens encore, c’était un soir de 1983. A l’époque, j’avais 13 ans.

Il devait être aux environs de 23h. Je n’arrivais pas à dormir. C’était très étrange, car d’habitude, la pluie me berçait. On peut dire qu’il pleuvait très fort cette nuit-là. Ce n’était pas non plus le déluge. Disons que c’était « la drache » comme on le dit si bien en Belgique.

Soudain, j’entendis un bruit. Cela venait de dehors. Ma fenêtre donnait sur la rue, plus particulièrement sur la maison de notre voisine, madame Laure. Mamie me disait souvent que la curiosité était un très vilain défaut. Mais ce fut plus fort que moi, j’ouvris ma couverture et me levai.

A travers la fenêtre, je pouvais voir madame Laure. Elle tenait la porte entrouverte, comme si elle attendait quelque chose. A moins que ce ne soit… quelqu’un ?

J’ai toujours bien aimé madame Laure. Parfois, quand elle revenait de la boulangerie, elle m’offrait deux choux à la crème. Elle était vraiment adorable. Par contre, elle évitait de fréquenter les gens du village. Madame Laure n’avait pas de mari. Et elle n’avait pas d’enfant. Je pense qu’elle n’avait pas choisie cette situation. Et pourtant, il y avait toujours des mégères qui lui répétaient : « Si cela continue, tu finiras vieille fille. » Les gens peuvent parfois être méchants. Et donc, idiots.

Une fois, en passant avec Maman devant le café du village, j’ai aperçue madame Laure. Elle était installée seule à une table, un verre de vin rouge à la main. Ses yeux étaient humides. J’ai alors ressenti un grand chagrin. La vie peut parfois vraiment paraître injuste…

Madame Laure attendait toujours. Je m’apprêtai à retourner dans mon lit… quand une grande silhouette arriva dans la rue. Un monsieur, portant un manteau et un chapeau haut de forme. Je pus aussi voir une barbe grise. Quand il arriva devant madame Laure, il retira son chapeau et lui offrit un sourire. Madame Laure répondit de la même façon. Peut-être devait-il avoir une dizaine, voire une quinzaine d’années de plus qu’elle ? Mais après tout, quelle importance ? Madame Laure lui pris doucement la main et l’entraîna à l’intérieur. Un grand sourire se dessina sur mon visage.

Je ne racontai jamais ce que j’avais vu, cette belle nuit. Même pas à Mamie. Je ne voulais pas briser leur amour. A l’époque, c’était mal vu… Les gens peuvent parfois être méchants. Et donc, idiots.

Un jeudi après-midi, je croisais madame Laure avec Maman sur le chemin de la boucherie. Elle m’offrit deux choux à la crème. Je lui répondis par un grand sourire.

Mais je savais qu’au plus profond de son cœur… elle attendait la nuit.

 

Rayan Zowski

Publié dans Textes

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E
Les jolies nuits de Madame Laure... Bien raconté !
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G
Jolie histoire, comme souvent avec Rayan !
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A
Une histoire qui se déguste comme un petit chou à la crème.
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C
Ah ce Rayan nous prend par les sentiments chaque matin, magnifique.
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M
Une belle histoire pour débuter la journée.
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P
Tous les deux jusqu'à la fin du monde...<br /> Ça y est, la chanson trotte dans ma tête !
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