Une chronique sur le site "HebdoFrance.com" pour le roman de Céline Estelle "Fractales de l'inoppiné"
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Pendant une douzaine d’années, elle a recueilli les histoires des autres, en tant que journaliste-reporter, puis comme rédactrice en chef. Aujourd’hui, c’est à travers ses romans singuliers et ses guides de développement personnel originaux qu’elle poursuit sa quête : « Saisir ce qui se joue derrière les apparences ». Romancière, sophrologue et praticienne en relation d’aide, installée à Vichy, Céline Estelle explore les territoires où l’intime frôle l’Universel. Dans ses livres, l’amour côtoie le deuil, les blessures sont des rituels de pouvoir, et les personnages, hypersensibles, avancent entre doutes, espoir et un réel « besoin de sens ». Oui, les livres de Céline Estelle échappent à toutes les catégories habituelles ! À la fois ancrés dans l’expérience humaine et ouverts à tous les mystères de la Conscience, ils invitent moins à « lire » qu’à Ressentir. Son nouveau roman, Fractales de l’Inopiné, une épopée entre monde terrestre et mondes astraux, vient de paraître, chez Chloé des Lys.
Bonjour Céline. Quel objet de votre bureau contient secrètement tout votre nouveau livre, Fractales de l’Inopiné, un roman imaginaire de 386 pages ?
Bonjour. Je savais que cette entrevue me réserverait des surprises… J’aime le thème des objets car certains ont véritablement une âme. Pour vous répondre, je pense notamment à cette petite machine à écrire rouge, rétro, que m’a offerte mon mari. Il est comme ça : j’ai toujours rêvé d’un homme qui offre des antiquités plutôt que des objets tendance souvent vite oubliés. Je ne m’entends pas avec les gens très superficiels, soucieux de se plier aux tendances et aux lieux à la mode. Pour notre premier anniversaire, il m’a offert une boîte à bijoux musicale des années 1920, surmontée d’une mandoline, sans connaître mon attirance pour ce type d’objets réellement chargés d’histoire et sans savoir que j’étais aussi compositrice et parolière. Et pour notre premier Noël, un camée de 1900 à l’effigie de Joséphine de Beauharnais, sans savoir que j’avais étudié, au lycée, dans ce qui fut sa demeure, à Noisy-le-Grand… Les coïncidences sont éclairantes disons. Cette machine à écrire a, elle aussi, une âme particulière. C’est un objet rétro, très mignon, presque vivant, en tout cas il a son caractère. Tous ceux qui le voient dans mon cabinet s’exclament : « Comme elle est mignonne !», et oui elle est inspirante ! Je ne l’utilise pas au quotidien, l’ordinateur reste plus pratique sans aucun doute mais elle m’a profondément inspirée. Elle m’a également confortée dans ce statut étrange d’auteur. L’auteur est celui qui a toujours un besoin impérieux de recommencer, de reprendre, de réécrire pour se sentir exister, vibrer et, d’une certaine manière, « validé ». Quand je regarde ma petite machine à écrire rouge, je sais que si j’ai une mission de passeuse (aider les gens à franchir des caps et des étapes) j’ai aussi une véritable mission d’autrice depuis toute petite. J’ai lu le livre « Lullaby » de Le Clézio, au CE1, et c’est là que je me suis dit que je voulais écrire un jour. Quand je vois la petite machine à écrire rouge, je me dis : « Je dois corriger mon prochain livre et avancer ». Je ne suis pas en quête de validation et la validation est vraiment l’ennemi que nous combattons avec mes clients, en sophrologie et en coaching. Je me sens profondément à ma place dans l’écriture car j’ai écrit mes premiers livres vers 14-15 ans. Pour moi l’écriture c’est la maison ! Mon souffle vital… Mais c’est vrai que lorsqu’un livre est paru, après la promo, tout reste à refaire, c’est ainsi, c’est parfois frustrant. Et c’est à cet instant que ma petite machine à écrire me fait de l’œil… On la retrouve d’ailleurs, presque telle quelle, à la fin de mon roman, à travers la petite machine à écrire rouge héritée de Mildred, dans la maison des Cascades de Yosemite, pour ceux qui ont lu ou liront mon livre. Mon héroïne Pauline, elle, commence son écriture sur son ordinateur portable de journaliste, à Maisons-Alfort, avant de finir par écrire son best-seller avec cet objet-ci aux USA.
Quel objet a refusé d’entrer dans votre histoire ?
Fractales de l’Inopiné est un roman qui explore un amour qui ne s’éteint pas avec la mort : un lien invisible, qui est persistant et probablement rassurant… Il relie les vivants à certains de leurs défunts et à ceux qui veillent sur eux, en tout cas depuis l’au-delà. Mais c’est aussi une histoire d’amours très humaines, multiples, parfois même très contradictoires… Pauline a aimé Jacob d’un amour profond, éternel, platonique, une présence qui demeure, structurante, parfois envahissante, mais essentielle à son cheminement intérieur et surtout spirituel. Elle aime aussi Peter, ce Canadien installé à Yosemite, qui chante du Johnny Cash avec un accent spécial, elle l’aime avec une autre intensité, plus incarnée probablement, bien moins volage. Elle est liée également à sa meilleure amie Ingrid, à Madame Zénitude, figure à la fois guide et « disciple », et même au gardien de sa résidence, « le gardien du seuil ». Avec lui, elle partage une complicité nourrie par une passion commune pour la musique et la nonchalance des années 80… C’est un roman où il a une dose énorme d’amour.
Dans cet univers où l’amour prend toutes ses formes et traverse chaque chapitre, il m’apparaît que l’objet le plus étranger à cette histoire pourrait être un objet de pure apparence ou de séduction sociale : une montre hors de prix j’imagine, un costume acheté à crédit, quelque chose qui relève du paraître plutôt que du véritable lien. Un objet très « monde », en décalage total avec cette quête d’amour sincère, essentiel, parfois inconfortable, mais profondément nécessaire à mon héroïne.
Quel objet représente le mieux votre façon d’écrire ?
Lorsque je suis devenue journaliste en 2005, à la suite d’un enchaînement de circonstances assez singulier, puisque j’étudiais alors la théologie tout en travaillant à mi-temps en hôpital, j’ai répondu à une offre d’emploi dans la presse spirituelle. Tout s’est accéléré ensuite. Je me suis offert un coffret de stylos rétro Leica. Je me revois écrire mes premiers articles l’été, allongée dans l’herbe du parc du Moulin brûlé à Maisons-Alfort. Il y avait une simplicité heureuse dans ce moment-là. D’ailleurs, une partie de Fractales de l’inopiné prend racine dans ce même lieu, comme si l’écriture avait continué d’y poindre. Je suis quelqu’un de simple. J’ai tendance à me détacher des objets, à donner facilement ce que je possède, l’encombrement matériel ne m’est jamais nécessaire. Et même vider, trier m’offre un souffle régénérateur… J’aime le minimalisme, mon but ultime… Chaque semaine je prends un grand panier en osier et je fais le tour des étagères, des placards, je donne tout ce qui ne me sert pas, les vêtements et chaussures que je ne mets plus, les livres lus etc. Et pourtant, il existe quelques objets auxquels je reste profondément attachée. Le coffret de stylos de mes débuts, bien sûr, comme une trace mémorielle de mes premières lignes. La petite machine à écrire, témoin silencieux d’un autre rythme d’écriture. L’autoharp que mon mari m’a achetée à Albuquerque, chargée d’un souvenir fort. Mon exemplaire de L’Histoire sans fin, compagnon d’imaginaire. Et ce Book of Nonsense ancien – je peux mourir de rire en le lisant – acheté à Camden, dans lequel s’était glissée une lettre d’amour très drôle, tombée à mes pieds dans le Thalys. J’ignore si le libraire ignorait ou non son existence. Cet écrit a influencé le personnage de Jacob dans Fractales de l’inopiné, car Jacob a un sens de l’humour fin et développé.
Lequel de vos personnages pourrait vivre dans un objet ?
Quel objet symbolise votre rapport au temps ?
Aucun. Je ne m’attache pas aux montres ni aux sabliers. Par contre, chacun de mes voyages lointains constitue pour moi un repère temporel : je sais que nous sommes deux ans après l’Inde, trois mois après l’Utah, six mois avant la Floride, deux semaines avant la Corrèze (rires).
Quel objet aimeriez-vous transmettre à un lecteur ?
Un coquillage gravé à l’année de sa naissance, pour qu’il écoute la mer à l’intérieur, comme mon personnage Véro dans le livre (rires)…
Quels objets devraient être exposés dans un musée consacré à votre imaginaire ?
Des marionnettes du Rajasthan. J’en ai acheté deux, on m’en a offert deux autres – elles fonctionnent en couple – car l’Inde me fascine. Elles ont quelque chose de magique. On se fait tous gentiment avoir avec ça, les étrangers, quand on arrive à Delhi, je pense (rires)…
Quel objet vous ressemble le moins ?
Les sacs et accessoires branchés vus sur tout le monde. Le vélo hollandais pour aller danser la salsa sur les quais de Seine en été (ce cliché est une horreur pour moi même si j’adore la danse). Les jeans hors de prix pour avoir l’air branché alors qu’il y en a à 3 euros à la recyclerie.
Quels objets résument votre vie actuelle ?
Mon agenda noir, très chargé. Mes carnets aussi, où je note toutes mes idées tout au long de la journée. Les bougies dans mon cabinet de sophrologue, j’en fais une consommation excessive pour créer une ambiance à la fois sereine et vacances (fragrances de sable chaud et de monoï, très relaxant)… C’est ma seule dépense pour mon entreprise, avec le papier, bien-sûr. J’ai souvent un panier acheté en vacances pour trimballer mes affaires, je l’utilise généralement de juillet à novembre, avant de stocker des maillots de bain ou des chaussettes à l’intérieur (rires)…
Si vos objets pouvaient parler entre eux lorsque vous quittez la pièce, que diraient-ils de vous ?
S’ils pouvaient parler entre eux lorsque je quitte la pièce, ils diraient probablement :
« Tu as vu, elle parle toute seule… Et elle s’imagine encore que tout ce qui prend moins d’une minute à être rangé doit être fait immédiatement et elle y passe sa journée ! » (rires). J’aime que chaque objet soit à sa place mais j’y passe du temps, oui.
Y a-t-il un objet que vous avez perdu et qui continue pourtant à influencer votre manière d’écrire ou de penser ?
Oui. On m’avait offert un Chappy, une petite moto chromée rouge, lorsque j’avais vingt ans. C’était un véhicule simple, presque joyeux, porteur d’une immense sensation de liberté. Un jour, un ex l’a revendu derrière mon dos, en mon absence, pour se rembourser d’une somme que je lui aurais, selon lui, due… Je l’ai vécu comme un vol ! Je crois d’ailleurs qu’il m’a été impossible d’estimer cette personne par la suite. J’ai dit « Basta, qu’elle se tire ! » (rires)… Je crois profondément que chacun naît avec une âme neutre mais qu’il choisit ensuite la lumière ou l’obscurité. Je me détache toujours des gens qui ne vivent que pour les possessions, qui jugent les autres à l’aune de leurs revenus. J’ai souffert de ma vie différente, une vie d’artiste car ça crée beaucoup de jaloux, qui par ailleurs demeurent totalement ignorants de la difficulté liée de ce style de vie. Certains vous en voudront éternellement de ne pas accepter de vivre dans le même moule qu’eux ou d’avoir la « prétention » de vivre de votre art… Et au-delà de l’objet, cette petite moto est devenue, pour moi, le symbole concret de la cupidité qui abîme quelque chose de plus précieux que la valeur des choses elles-mêmes : la sensibilité, une forme de naïveté précieuse propre à la jeunesse, qui tend à vous faire croire que mêmes les âmes viles seraient gentilles… J’ai aujourd’hui une âme sœur intègre et généreuse. Une Goldwing bleue de 1970 a remplacé le petit Chappy rouge, nous avons parcouru la Nationale 7 avant que je ne sois de nouveau maman. Une autre manière de rouler dans la vie, plus ample, plus partagée, mais avec la même sensation de liberté retrouvée. Mais les objets sont tous remplaçables, bien sûr. Les âmes non ! Les pertes humaines et leurs conséquences constituent un parcours du combattant pour moi. Mais je sais que je finis souvent victorieuse, heureusement. Voici aussi pourquoi je me suis formée par deux fois au deuil pour accompagner mes clients.
Merci, Céline, de vous être prêtée au jeu de cette interview décalée ! Vous nous donnez le mot de la fin ?
Je crois qu’il vaut toujours mieux aimer, rire, apprendre, évoluer et recommencer que de s’attacher aux choses, maisons, motos, gadgets ou objets de mode. En général, il est bon de ne pas trop s’y accrocher. La vie terrestre est traversée par l’impermanence, et c’est peut-être cela qu’il faut apprendre à regarder en face. Triste celui qui, par exemple, choisit son partenaire pour son argent ou son statut ! C’est une façon détournée de rater sa vie comme il faut je crois…
Nos véritables forces ne se révèlent pas seulement quand tout va bien, mais surtout lorsque tout se complique, lorsqu’il pleut, lorsque le confort disparaît. C’est souvent dans ces moments-là que l’on grandit, que l’on s’expand réellement. Et si tout cela a un sens, c’est peut-être bien celui-là : apprendre à traverser le temps, les époques, tout en restant fidèle à soi-même. Et c’est aussi le combat de mon héroïne, Pauline, dans le livre Fractales de l’inopiné.
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