Texte 4 du concours

Publié le par christine brunet /aloys

 

Un futur rêvé

 

  Mémé me serra dans ses bras, me reprocha mon manque de rondeurs et se félicita de m’avoir concocté un copieux repas !  Comme toujours, sa cuisine m’avait laissé le ventre plein et le cerveau noyé dans la béatitude.  Je lui promis de revenir dans quinze jours et m’en allai en lui faisant des signes de la main.  Je suivis le chemin habituel et lorsque le sentier forma une fourche, je pris le chemin qui devait m’éloigner du cœur de la forêt.  Le sous-bois vibrait de vie et je laissai courir mon imagination en avisant quelques champignons qui pointaient leurs jolis chapeaux parmi l’émeraude des mousses et des fougères.  Des akènes aux plumets blancs, comme de petites fées auréolées de lumière, jouaient à cache-cache parmi les troncs écailleux des arbres.  Des oiseaux pépiaient dans les frondaisons et je me pris à siffloter.  Les rayons du soleil s’infiltrant dans la canopée créaient sous mes pas une mosaïque mouvante, qui s’élargit alors que l’orée approchait.  Au-delà, champs et vergers formaient un patchwork coloré que je me plus à contempler un instant avant de continuer mon chemin.

  Bientôt, je parvins à la station T-transport, une petite tourelle au joli toit pointu et au charme désuet devant laquelle patientait une vielle dame.  Elle me sourit et pointa du doigt une portion du magnifique rosier qui grimpait à l’assaut de la tour de pierre.  Parmi les velouteux pétales un verdier faisait son nid. Je rendis son sourire à la vielle dame et lui souhaitai une bonne journée alors qu’elle pénétrait dans la tour.  Rapidement, je glissai ma carte de destination sous le lecteur : une coquette boîte aux lettres assortie au décor.  Quelques instants plus tard, je pénétrai dans la tourelle et sentis le léger picotement de la translation parcourir ma peau alors qu’elle m’emportait vers la ville.

  Sous son dôme à l’architecture ultramoderne, chef d’œuvre de Merlin Primus, le terminal de T-port-Centre accueillit mon arrivée dans un joyeux brouhaha de conversations.  Je quittai le plot d’arrivée et me dirigeai vers la sortie.  Comme souvent, lorsque je revenais de la charmante campagne où vivait ma mamie, je trouvai remarquable de ne pas me sentir oppressé par la ville.  J’observai ses bâtiments, tout en hauteur mais suffisamment espacés pour laisser la lumière envahir ses trottoirs, leurs formes, parfois fort originales, et leurs nombreuses terrasses déversant des flots de verdure, entourer les nombreux parcs qui l’émaillaient, comme autant d’oasis, ou encore les carrés de jardins fleuris entretenu avec amour par quelque main verte.  Je continuai mon chemin et m’arrêtai en bordure de trottoir alors que passait le tram à propulsion magnétique.  Il ralentit et je pus apercevoir mon amie Lison me faire de grands signes depuis sa place.  Je fis de même tandis que le tram reprenait de la vitesse et s’éloignait.  Je traversai la rue en même temps qu’un groupe d’étudiants et me dirigeai vers les bureaux de mon journal non pas pour m’y rendre, alors que cette journée n’appartenait qu’à moi, mais poussé par la curiosité qu’avait éveillé l’installation, juste en face, d’un synthétiseur de nourriture.  L’idée n’était pas neuve et la ville avait déjà vu ce genre d’initiative être mise en place, mais cette fois, l’appareil profitait des dernières évolutions de l’I.A. ce qui le rendait plus intuitif et efficace que les versions précédentes.

  Dès que ma curiosité fut assouvie, je repris ma balade à travers des rues d’une propreté irréprochable, dans une ville où les décibels avaient baissé en même temps que la pollution et je me demandai ce qui serait advenu de l’humanité si les modules à fusion nucléaire n’avaient pas vu le jour.  Il avait fallu que l’Homme crapahute dangereusement au bord du gouffre pour prendre enfin conscience de ce qui était important, révise ses priorités et gagne en maturité.  Oh, les conflits n'avaient pas cessé du jour au lendemain et, de temps en temps, quelque individu aimant s’écouter parler tentait encore d’imposer sa seule volonté, comme ce petit dictateur qui venait de décéder de mort naturelle dans la résidence où il était assigné depuis plusieurs années… depuis que ceux qui l’avaient élu s’étaient rendu compte de leur erreur.

  Je le savais, l’humanité ne serait jamais parfaite, le monde ne serait jamais parfait et bien des problèmes devraient encore être résolus, mais c’est confiant que je rentrai chez moi.

Publié dans Textes

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P
Je note ici la beauté du style...
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M
Un joli texte plein de charme.
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E
Enfin une vision onirique et qui ne donne pas de frissons :) C'est poétique et doux...
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P
Ah, ben voilà un futur plus encouageant! <br /> Et un texte bien poétique!
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C
Espoir, espoir.
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A
Si seulement... !
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