Concours 4 : Mes bêtises d'enfant. Texte 1
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Une bien drôle de bêtise
Je devais avoir quoi ? Douze ans je crois. Oui, c'est ça, douze ans. J'étais en quatrième secondaire. À l'avance de deux ou trois ans. Et encore, je ralentissais le bazar et simulait. Je jouais au p’tit con, celui qui ne pige rien ou presque. Mais voilà, douze ans et la trigono, l’astronomie, la physique quantique, c’était un jeu d'enfant. Je ne pouvais pas cacher grand-chose de mes surprenantes connaissances, ça pétait aux yeux. Ce lundi-là, la prof de français était sans doute tombée sur sa tête. Elle lança le sujet de rédac de la semaine tout en jetant vers moi un regard perplexe, interrogateur. Que j'avais traduit par, Alors mon Tom, j'attends ton texte avec impatience, je suis curieuse de connaître tes bêtises d'enfant ! Car le thème, vous l'avez deviné, c'était : Mes bêtises d'enfant.
Tout à coup, le trou noir. Aucun souvenir. Et ce terme, enfant. Enfant, c'était de quel âge à quel âge au juste ? Pour nous aiguiller, la prof avait suggéré tout en me lorgnant d'une façon étrange : Allez tourner les pages d'un album-photos ou questionnez, si les idées vous échappent, vos parents et grands-parents. Ou encore des voisins, pourquoi pas ?
J’ai creusé. Rien. Nada. Aucun souvenir d’une quelconque bêtise. Je n’ai jamais déposé un poisson rouge dans le bol de lait du chat, jamais ouvert la cage des perruches, ni même fait griller un chiot dans le micro-ondes. Parce que d’après mes recherches, une bêtise d’enfant, c’était plutôt ce genre de truc. Alors, un soir que les parents étaient absents, j’ai feuilleté des albums-photos. Aucune photo de moi. Des photos des parents, ça oui, de leur jeunesse, de leurs séjours chez les scouts, etc. Mais leurs visages, leurs yeux surtout, comment dire ? tout cela était très bizarre. J’ai pensé que ce n’était pas grave, que toutes les « vraies » photos se trouvaient sur les ordinateurs. Et là encore, aucune photo de moi. Comme si je n’existais pas. J’ai alors fouillé toutes les armoires du grenier et les vieux coffres. Je n’ai trouvé aucun objet qui aurait pu concerner la moindre parcelle de ma petite vie. Rien. Pas même un sac avec des vêtements usés, ou une pile de jeux usagés. Je me suis assis sur un tabouret bancal entre deux malles en bois. Bêtises d’enfant, ces mots me martelaient la tête. J’étais prêt à les inventer, ces bêtises-là. Couper les tresses d’une cousine ? Je n’avais aucune cousine. Dégonfler les pneus du vélo d’un voisin ? Mettre du sucre sur les frites de mon père ? Inventer des bêtises, ça, je peux, mon imagination répond à ma demande. Je pourrais en écrire des mille et des mille. Mais ce serait des mensonges. Je n’ai aucun souvenir de ma petite enfance. Une scène me revient.
Une route, une lettre et deux chiffres. N53. Une voiture. Un homme conduit cette voiture. Une femme est assise à ses côtés. Sur la banquette arrière, c’est moi. L’homme et la femme se parlent. Leur voix est métallique, presqu’irréelle.
- Pourquoi donc avons-nous accepté cette mission, Diégo ?
- C’est notre boulot. Nous avons réfléchi et accepté. Trop tard pour
renoncer. Nous avons dix ans de leur temps pour étudier le comportement de l’enfant.
- L’enfant ? Tu appelles ça un enfant ?
- Oui, Ariane, c’est un enfant, malgré tout. Relis le dossier. Un
humanoïde reste un humanoïde, mais celui-ci est un enfant. Il s’appelle Tom. Désormais, c’est notre fils. Toi et moi, nous avons signé le contrat. Si dans dix ans de leur temps, tout se sera passé nickel, nous resterons tous les trois sur cette planète et nous continuerons cette étude. Dix ans encore. Dix ans de leur temps, Ariane.
- Tom ne se souviendra de rien ?
- C’est le point crucial de cette étude. Cependant, il est l’heure,
recharge-le, Ariane.