Concours 2 texte 7

Publié le par christine brunet /aloys

Et Fibonacci dans tout ça ?

 

— Tu dors pas et alors ? J’m’en balance à fond de tes insomniiiiies ! Compte les moutons, connard ! Tout l’monde connaît ce truc-là quand même ! Sauf tes vioques ! Pour eux les chiffres et les lettres c’est du chinois carabistouillé ! Compte les moutons, j’te dis, p’tit intello d’mon cul !

  Tout s’éclaircit ce jour-là. La phrase incisive de sa daronne résonna en lui, comme ça, d’un seul coup.  Quattro Septouille décida alors, afin de contrer ses insomnies, de compter. Compter, compter, compter. Bien vite, les moutons ne suffirent plus. Les chiffres devinrent pour lui une réelle obsession. D’après lui, c’étaient les chiffres qui s’offraient à lui chaque nuit, les chiffres le houspillaient pour être mis à jour et … être comptés ! Une histoire de dingue !

  Lorsque ces gentils moutons commençaient à sautiller, Quattro comptaient leurs sauts. Puis son regard zoomait sur un mouton en particulier, le cinquième du troupeau, par exemple. Combien de kilos de laine sur ce mouton ? Et ses globules ? Combien de globules rouges dans le corps entier d’un mouton et celui-là en particulier ? Combien de globules blancs ? Combien de secondes ce mouton mâchouillait-il une brindille avant de l’avaler ? En combien de temps la brindille serait-elle digérée ? Et chaque nuit, c’était le même scénario. Ou presque. La situation devînt critique lorsque Quattro compta les brindilles de la prairie. Et ensuite les arbustes qui bordaient la prairie. Combien de feuilles sur chaque arbuste ?

  Durant la journée, les chiffres se bousculaient dans sa tête. Une force insurmontable le poussait à compter, compter toujours plus. Quattro Septouille se mit à compter ses pas. Treize pas de la cuisine jusqu’à la salle de bain et vingt-deux pas pour atteindre la porte de sa chambre. Dans la rue, il comptait les briques de chaque maison. Il comptait de plus en plus vite. Il avait l’impression qu’à travers ces chiffres, il cherchait quelque chose d’inattendu. Il essaya toutes sortes de formules, chercha même des suites de Fibonacci dans tout ce qui l’entourait : les fleurs en plastique, les coquilles hélicospirales des escargots ramenés par son daron avant la cuisson (des gastéropodes), etc.

  Le matin d’un premier septembre, à la deux-centième gouttes de pluie, il bouscula une meuf.

— Désolé, excusez-moi, je suis distrait … , Quattro Septouille !

— Ce n’est pas grave, je suis distraite également …, Sixtine Seize !

— Sixtine Seize … Seize … Un plus six égalent sept. Comme moi, Septouille ! lâcha-t-il tout enchiffré.

— Oui mais … Sixtine et Quattro égalent dix donc un. Qu’allons-nous faire de ce un ? s’enquit-elle, tout à coup déchiffrée.  

— Un plus sept plus sept égalent quinze. Un plus cinq égalent six …

Et un six à l’envers, c’est un neuf ! Et un œuf, c’est un enfant ! Oh le destin, quand même !

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