Elisabeth Chancel nous propose un extrait du prologue de son très prochain roman "Les libérateurs"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Avez-vous déjà emprunté un sentier forestier dans l'obscurité la plus totale ? Si, la journée, les murmures de la forêt peuvent être apaisants, la nuit, ils sont des plus angoissants. Tout s'obscurcit et cette noirceur contamine bientôt votre regard et votre âme. Vous voyez les arbres devenir d'inquiétants géants aux bras interminables. Vous prenez alors conscience de pénétrer dans un royaume inconnu et mystérieux où se tapissent les puissances des ténèbres.

Elle ne voyait pas tout cela et, même si elle avait pu le voir, elle y aurait été indifférente. Elle s'ingéniait plutôt à étouffer sa voix intérieure. La cagoule lui ôtait progressivement tous ses repères. (…)

Pourquoi avait-elle ressenti le besoin de vivre une nouvelle expérience ?

(...)

La cagoule lui fut enfin retirée et elle se frotta les paupières pour habituer ses yeux à la lumière, pourtant faible, du lieu. Le trio s'était arrêté dans une clairière baignée d'une étrange lueur jaunâtre qui ne provenait pas de la lune mais de sept flambeaux plantés autour de la scène. La nouvelle venue se pinça discrètement le bras. Un rire moqueur montait en elle mais elle se garda bien de laisser le moindre son franchir ses lèvres. L'air sévère des sept druides qui la fixaient ne l'invitait nullement à la dérision. Vêtus de longues robes blanches et leur visage à demi dissimulé sous une cagoule, les sept personnages, sortis tout droit d'un monde légendaire, se séparèrent en deux groupes pour lui permettre d'avancer jusqu'à un autel. La jeune femme reconnut un dolmen, composé de trois menhirs, cliché des landes bretonnes. Ce qui était un peu moins stéréotypé concernait l'homme qui y était ligoté...

 

Âgé d'une cinquantaine d'années, la barbe fournie et les cheveux brillants, le prisonnier gémissait sous son bâillon. Ses vêtements étaient sales, un peu déchirés, et dégageaient une odeur pestilentielle. Dégoûtée mais pas plus étonnée que cela, la femme détourna le regard et découvrit une table en pierre, deux mètres plus loin, qui présentait plusieurs objets insolites. Elle les observa quelques secondes. Puis, brusquement, un gémissement prolongé ramena son attention vers le prisonnier. Au même moment, la chouette repoussa son hululement sinistre. Le piège se refermait. Elle ne pourrait bientôt plus en sortir. C'était maintenant ou jamais. Alors, elle réalisa qu'elle avait compris bien avant de venir ici, et, aussitôt, elle fit son choix.

 

 

 Elisabeth Chancel

https://www.youtube.com/watch?v=e9Y3YvvERRw

Publié dans Textes

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M
Super ! Cela donne envie d'en savoir davantage.
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C
Merci beaucoup pour votre intérêt !
C
Je suis en train de le lire...
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C
Merci Christine, cela me touche ! et j'ai hâte d'avoir ton retour !
E
Bel extrait et très belle présentation, bravo!
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C
Merci Edmée !
A
Inquiétant et mystérieux ! Cet extrait a tout pour éveiller la curiosité...
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C
Merci Ani ! J'espère que vous aurez l'occasion de le lire :)