Concours 1, texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

 

La vérité est ailleurs…

Cette phrase résonne aujourd’hui étrangement à mes oreilles.

Retour en arrière de quelques dizaines d’années. Début de soirée. Mon petit frère et moi sommes seuls dans l’appartement plongé dans le noir, histoire de frissonner tout à notre aise. Face à nous, l’écran de la télé, tache claire peinant à dissiper les quelques centimètres de ténèbres qui nous séparent de l’image.

Générique interdit mais tant attendu… « L’espace, frontière de l’infini vers laquelle voyage le vaisseau spatial « Enterprise ». Sa mission : explorer de nouveaux mondes, découvrir de nouvelles vies, d’autres civilisations et au mépris du danger, avancer vers l’inconnu. »

Je frissonne : qu’est-ce que je ne donnerais pas pour vivre l’une de leurs aventures même si, j’en suis certaine, je mourrais de trouille. Mon frère, lui, est accroché à son siège, yeux écarquillés, bouche ouverte.

Mon cœur bondit. Premières images : rien de violent et pourtant… Dès le départ, les héros sont dans une situation critique, intenable. Une pluie de météorites. La navette spatiale s’écrase sur un planétoïde rocheux, désertique, inhospitalier. Aucune forme de vie, que ce soit végétale ou animale. La vie des naufragés s’organise dans un clair-obscur glauque et froid. Soudain un bruit remplit les enceintes, sourd, puissant, un grincement qui nous prend aux tripes… On s’accroche à la chaise. La menace est encore invisible mais s’approche. Les héros se sont mis tant bien que mal à l’abri mais nous deux, dans le noir solitaire de l’appartement… Et puis les premières disparitions… Mes oreilles se dressent à l’affût du moindre chuintement suspect. Je n’ose pas regarder autour de moi pour ne pas paraître faible : je suis l’aînée, je dois être la plus courageuse… Pourtant… J’aimerais tant, à cet instant, abaisser le commutateur et inonder la pièce d’une lumière rassurante. Mais non, pas question ! Je suis forte !

Je souffle lentement et reporte mon attention sur les images. Le bruit reprend de plus belle, me donnant la chair de poule. Mon cœur bat la chamade. J’ai peur ! Mon frère est en apnée, recroquevillé sur son siège. Il tressaille à chaque crissement. Vivement que l’épisode se termine…

Dernière image, enfin. J’éteins la télé. L’obscurité, profonde, trop silencieuse. Je nous entends respirer. Un craquement...

Je dois bouger pour rétablir une clarté rassurante. Oreilles tendues à en être douloureuses, je me lève et, à tâtons, mains devant moi, je longe le mur et appuie sur le va et vient salvateur. Nous clignons des yeux et regardons autour de nous, rassurés. La salle à manger est déserte. Par acquit de conscience, je vérifie le verrou de la porte d’entrée puis observe le long couloir non éclairé qui mène aux chambres. Mieux vaut se coucher avant le retour des parents mais l’interrupteur est tout au bout.

Mon frère attend en lisière de pénombre.

J’avale difficilement ma salive, redresse les épaules et avance en retenant ma respiration vers ce qui me semble soudain être une terre inconnue. Je sens enfin le carré de plastique dans ma paume. Nouvelle zone de sécurité. J’avance le pied… Des bandes statiques en face de moi brouillent l’image de la chambre. La lumière recule, l’obscurité m’absorbe. Un pas en arrière... Les murs vacillent comme sous l’effet d’interférences. Les grincements retentissent dans la maison, plus sourds et menaçants que quelques minutes plus tôt.

Le verrou de la porte d’entrée… Les parasites et les raclements cessent instantanément.

Ce jour-là, vous savez quoi ? J’ai compris que l’aventure avec un grand A avait frappé à ma porte et que je n’avais pas su l’écouter…

Publié dans concours

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
Ah, jolie cette histoire aussi, avec une jolie fin...
Répondre
E
Moi je n'ai pas reconnu l'auteur/e... mais je reviens pas de loin, bien que de vacances, et je les lis tous, alors pas le temps d'en plus, enquêter :D Mais bravo pour ce frisson spatial...
Répondre
P
Moi, je reconnais pas le style ?
Répondre
C
Fûtée, Carine-Laure... Mais tu es sûre de toi ?
Répondre
C
Je pense. Il me semble avoir reconnu le style.
C
J'ai reconnu l'auteur (e?) du texte lalalèèèère.
Répondre
A
C'est le grand pouvoir de la casquette quantique ça !😄
A
Il y aura peut-être une autre occasion et là... en attendant, longue vie et prospérité ! 🖖
Répondre
P
Est-ce qu'on ne passe pas souvent à côté de ce qui pourrait être une grande Aventure?
Répondre
C
Moi j'ai plongé à chaque fois :D
E
J adore la conclusion !
Répondre