Concours 3 texte 4

Publié le par christine brunet /aloys

PARFOIS MENTIR      

 

Il aimait parler, se raconter. Quand il prenait son élan, il n’imaginait pas où son inventivité et sa fantaisie allaient le conduire. Lorsqu’il racontait ses petites aventures assez ordinaires, il pouvait tout aussi bien les enjoliver que les dramatiser ou les rendre rocambolesques. Cela dépendait de son humeur, cela était aussi soumis à des éléments du cadre qui se présentait à lui et des réactions de ses interlocuteurs, voire d’une seule personne se trouvant là parfois par hasard. Il s’adaptait si facilement ! Ainsi, une fois, il affirmait qu’il avait été influencé par un fait divers relaté durant une émission de télévision ou qu’il avait été conseillé par un parent ou encore par une amie de la famille, puis une autre fois il prétendait qu’il avait simplement trouvé des conseils dans une revue lue dans la salle d’attente du dentiste ou dans un manuel déniché en bibliothèque. C’est ainsi qu’après avoir rencontré le succès lors d’un concours de dissertation ou d’une épreuve d’improvisation, par exemple, il prétendait avoir fait un rêve prémonitoire riche en rebondissements ou avoir fait la connaissance d’un  auteur ou comédien bien connu qui lui avait prodigué des conseils.

Il avait demandé l’avis d’un prêtre professeur de philosophie au sujet de ses poèmes et avait tenu compte des remarques faites, mais comme ses parents étaient athées, il n’était pas de bon ton de l’avouer ! Il mentait donc chaque fois qu’il évoquait la chose. Tantôt il avait été livré à lui-même, avait trouvé des moyens judicieux de procéder grâce à  des notes de cours ou dans un système de stratégies personnelles comme le jeu de pile ou face qui ne le décevait que rarement.

On n’est jamais complet quand on évoque ses souvenirs ou bien on se laisse envahir malgré soi par son inventivité ainsi que par les histoires des autres, se disait-il. On se plie aux circonstances, on arrive à justifier l’absence de ses parents à un goûter d’anniversaire en prétextant une migraine de dernière minute, un voyage pour lequel ils remplaçaient un couple d’amis appelés au chevet d’une vieille parente ayant fait un accident cardiaque ou encore une simple panne de voiture. Oui, il lui arrivait de mentir pour ne pas blesser, attrister, décevoir. 

Il admirait ce garçon belge rencontré dans un club de vacances qui affirmait que ses arrière-grands-parents avaient gagné l’Europe de l’ouest pour des raisons politiques et non pour des raisons économiques liées aux accords du charbon. Il avait appris les vraies motivations beaucoup plus tard, lorsqu’ils s’étaient revus dans un autre village de vacances et que la mère de ce garçon avait innocemment raconté l’histoire familiale en évoquant la pauvreté de ses parents ainsi qu’une petite maison possédée en Italie. N’y avait-il pas là un certain panache à relier l’histoire aux opinions et à la carrière politique d’un membre de sa famille plutôt qu’au dénuement ?

A qui n’était-il pas arrivé d’enjoliver une anecdote pour s’attirer la sympathie, apitoyer, séduire, se consoler d’un échec ? Il faisait comme tant d’autres, il était un caméléon…

Quand on découvrait l’un de ses bobards, il riait, il avouait son souci de ne pas dévoiler un secret et de ne dénoncer personne. « L’important c’est de ne pas  trahir quelqu’un pour une bonne ou une mauvaise raison », confessait-il.

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