Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

auteur mystere

L'auteur mystère n'est autre que Carine-Laure Desguin, l'auteur de Rue Baraka.

Publié le par christine brunet /aloys

 

desguin

 

 

Reviendras-tu ?

 

 

Au bout de la rue, cette lumière jaune des lampes tempête, cette joie, ces appels, ces chants, ces rires, c’est en effet le fleuve. Le Mékong. C’est un village de jonques. C’est le commencement du delta. De la fin du fleuve.

 

Je suis ici depuis mon premier jour, piétinant le bois humide d’un sampan, au milieu des fruits et des légumes du marché flottant. En attente. En attente de quelqu’un. De toi, je crois. De qui d’autre ?

Je te regarde.

 

Autour de moi, j’ai vu des sourires, et une alternance de vitesses et de lenteurs. J’ai grandi comme ça. Sans connaître le reste du monde. J’ignorais jusqu’où, vers quelles villes, vers quels pays, les eaux subtiles du Mékong conduisaient les poissons géants…Je savais qu’il existait des terres et des hommes dessus, quelque part, loin, plus loin. Tu viens de là-bas. On le dit. Je les crois, tous ces gens qui parlent de toi et de tes amis. Vous n’êtes pas les premiers. Sous cette chaleur humide.

Je te regarde.

 

Autour de moi, les hommes, les femmes, les enfants sont sur des planches qui flottent, des petits morceaux de bois qui se laissent vivre et mourir au gré des enfilades de gouttes de pluie. La pluie doit venir, tu comprends. Cette phrase, je l’entends mille fois par jour, la pluie doit venir. Le sort de milliers de familles est suspendu à ces gouttes de pluie. Qui viennent gonfler les eaux du grand fleuve aux couleurs de terres argileuses. Et quand elles rient trop et trop souvent, les eaux du fleuve se gonflent et dévastent toutes ces choses qui nous restent.

Je te regarde.

 

Les miens savent ce que tu cherches. Eux aussi ont cherché. Tu t’agites. Depuis des lunes. Combien au juste ? Dix lunes, vingt lunes, je l’ignore. Tu me parles parfois. Est-ce bien à moi que tu t’adresses ? Est-ce possible ? Je ne te comprends pas. Et toi, comprends-tu le sourire que je te glisse, entre deux murmures du vent ?

Tes gestes, je les connais par cœur, comme une chanson qui ne cesse de tourner dans la tête. Tu arrives tôt, le matin. Tu déposes sur la berge un grand sac de toile noire. Tu l’ouvres, tu plonges la main et tu en ressors une espèce de bouteille de plastique. Tu bois quelques gorgées. Tu observes le ciel, le soleil. Tu souffles des mots à tes amis. Eux aussi ont chacun un grand sac de toile qu’ils déposent tout à côté du tien. Ils traînent derrière eux, outre leur sac, un épais bagage monté sur roulettes, avec dedans des outils métalliques. Il n’y a que toi qui m’intéresses. Je ne sais pas pourquoi. Je me laisse tanguer. Par le fleuve. Par la vie. Personne ne s’occupe de moi, personne ne me voit, je suis transparente. A part toi, qui relèves la tête de temps en temps.  De la berge, tu me vois, assise sur le plancher humide de ce sampan. Et tu me souris. Que vois-tu ? Quel reflet de moi te donnent tes yeux ?

Je te regarde.

 

Je sens soudain des doutes qui m’envahissent, des craintes qui se tortillent, dégoupillant mes poussières d’espoir. Et si le sampan filait ? C’est régulier, un sampan qui s’éloigne, plus loin. Ces marchés n’ont rien de statique. Une semaine par ici, une autre un peu plus loin. De ne plus te voir, de ne plus mesurer tes mouvements, je souffrirais. D’y penser, mon cœur cogne plus vite, je frissonne. Ton visage, c’est mon paysage, mon horizon.

 

 

La nuit, sous ma couverture de laine rouge, les paupières closes, je te cherche. Ton visage est loin, très loin. Je cherche tes traits, tes rides d’hommes, tes manies. Alors, j’aspire être demain. Pour te voir et enfin respirer. Et espérer, aussi.

                                                                                                                  

 

Voilà, nous sommes demain. Nous sommes aujourd’hui. Les rayons du soleil sont en effervescence. Moi aussi. Dans quelques minutes, je le devine, tu seras là.

Tu vois, je ne me trompe pas. Te voilà, au milieu de ce groupe d’hommes. Je ne vois que toi. Pourrais-tu me dire le pourquoi, la raison pour laquelle c’est toi qui a attiré mon regard ?

Ton sourire. C’est ça, ton sourire. Tu as un sourire comme on en voit sur les dessins, dans les livres d’école. Un sourire bon. Et puis cette chemise. Chaque matin, une chemise propre. Vieille, chiffonnée, mais propre. Et puis ton pantalon, une espèce de jeans tout usé, rapiécé avec de multiples morceaux qui ressemblent à des poches. Peut-être que ce sont des poches, après tout. D’ici, on ne voit pas trop bien, tous ces rapiècements. Tu portes une large ceinture, je la devine en cuir. Tu ressembles à ces cow-boys, ceux qui s’acharnaient sur les bandits, pour recevoir les rançons. J’ai souvent vu ces scènes, dans les films américains. Toi aussi, d’une certaine façon, tu cours après les rançons.

Du moins, je l’imagine.

De te voir là, comme un dieu, entre le ciel et le long fleuve,  je ressens quelque chose d’agréable qui me traverse. Avant toi, j’ignorais ces picotements dans ma poitrine, ces rougeurs que je sens monter en moi comme des feux. Mes doigts effleurent mes joues et je les devine colorées, déjà. J’ai conscience de vivre des journées dont je me souviendrai plus tard, quand tu seras reparti, quand je serai restée ici, au milieu de ces bruits, de ces gens, de ces jours difficiles.

Et toi, pendant tout ce temps que les pensées se chamaillent en moi et que mes interrogations s’engloutissent dans les eaux, trouves-tu ce que tu cherches ?

 

Des fleurs de lotus et quelques épices, voilà l’offrande que j’offre chaque matin. Pour toi. Je dépose ces espoirs sur une boîte en carton, tout près de ma couverture rouge. Mon désir, c’est d’allumer quelques bâtonnets d’encens. Mais je ne peux pas. Tu es mon secret. Tu dois le rester.

 

Les gens du village n’ont pas grande amitié envers toi et tes hommes. Juste ce qu’il faut de politesse, sans plus. Les eaux du fleuve appartiennent à tout le monde, pourtant. Et donc ce qu’on y trouve aussi. Je le croyais.

 

Il paraît que le soir, toi et tes hommes, vous descendez dans les bars, vous buvez des alcools, vous prenez des filles de chez madame Liu et vous les emmenez dans vos chambres. Est-ce vrai ? Et toi aussi, serais-tu comme un autre, comme tous les autres ? Je te sais différent. Tes yeux, je le devine, me disent que tu n’es pas comme ça, que tu es doux, toi.

J’entends ta voix, tu viens de crier quelques mots. Tes amis t’entourent. Ils crient aussi. Tous, vous vous mettez à genoux. Je ne te  distingue plus. Tu es un parmi les autres. Un de tes amis lève son bras en agitant quelque chose de souple. Ah, oui, je vois, il vient d’enlever sa chemise et il fait de grands gestes. Il me semble que tous, vous vous réjouissez. Il se passe donc quelque chose d’important, sur les rives du Mékong. Ce matin. L’air est plus léger que d’habitude, il me semble. Ou bien est-ce cette joie que je perçois de vous, qui s’exalterait jusque sur mon visage. Les vents ondulent plus vite dans la bonne humeur, quand on croit aux sourires des étoiles.

 

Vos grands gestes et tous vos cris ameutent les gens des sampans. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend des bruits de réjouissance, ici.

 

 

 

 

Tout à coup, je sens que j’étouffe. Je suffoque. Je ferme les yeux en grimaçant. La peur m’envahit. Mes prières auraient-elles été entendues ? Alors, pourquoi des frissons d’effroi assombrissent-ils mes pensées ?

 

J’ouvre les yeux et devant moi, là où toi et tes amis étaient tout heureux voici quelques secondes, je ne vois plus personne, plus rien, un creux dans le matin. Que les terres humides et vidées de leur trésor, je suppose.

Que ce fleuve me paraît mort, tout maintenant.

 

Le lendemain et le lendemain du lendemain, toi et tes amis n’êtes pas revenus. La journée entière, je regardais, j’attendais, j’espérais. J’avais faim et soif de toi. Je sentais mes membres qui se ramollissaient. Je ne voyais plus les fleurs de lotus, ni les couleurs du ciel, au-dessus du Mékong. Sans toi, je me sentais malade. La fièvre m’envahissait. Je ne regardais presque plus de ce côté-là du fleuve. C’est si vide sans ton visage et tes grands gestes, tous ces mouvements saccadés qui faisaient que tu étais toi. Et que je t’aimais, toi.

 

Et puis hier soir, tu étais là. Seul. Tu n’as pas dit grand-chose, tes yeux parlaient pour toi. A ma famille, tu as donné un petit sac rempli de pépites d’or. Ils ont pris ce troc, en silence.

 

A moi non plus, tu n’as pas dit grand-chose…C’est comme si entre nous s’étaient glissées des réponses, des certitudes, et que durant tous ces jours passés à nous regarder, nous avions fait connaissance. Toi et moi.

 

Ma couverture rouge, je l’ai emportée. J’ai laissé les fleurs de lotus et les épices, sur le tout petit autel devant lequel je déposais toutes mes espérances.

 

Tu m’as souri. Le fleuve a remué plus fort que d’habitude. Un signe, sans doute. Et puis tous les deux, on est partis. Tu avais de l’or, tu m’avais aussi, moi. J’ai levé la tête. Juste pour regarder le ciel.

 

Carine-Laure Desguin

http://carinelauredesguin.over-blog.com/

 

image-1


 

 

 

 

 

( Texte écrit pour un concours ; les premières lignes d’un roman de Marguerite Duras étaient données ; il s’agissait d’imaginer une suite )

 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Qui a écrit cette nouvelle selon vous ???

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

 

 

point d'interrogation

 

 

Reviendras-tu ?

 

 

Au bout de la rue, cette lumière jaune des lampes tempête, cette joie, ces appels, ces chants, ces rires, c’est en effet le fleuve. Le Mékong. C’est un village de jonques. C’est le commencement du delta. De la fin du fleuve.

 

Je suis ici depuis mon premier jour, piétinant le bois humide d’un sampan, au milieu des fruits et des légumes du marché flottant. En attente. En attente de quelqu’un. De toi, je crois. De qui d’autre ?

Je te regarde.

 

Autour de moi, j’ai vu des sourires, et une alternance de vitesses et de lenteurs. J’ai grandi comme ça. Sans connaître le reste du monde. J’ignorais jusqu’où, vers quelles villes, vers quels pays, les eaux subtiles du Mékong conduisaient les poissons géants…Je savais qu’il existait des terres et des hommes dessus, quelque part, loin, plus loin. Tu viens de là-bas. On le dit. Je les crois, tous ces gens qui parlent de toi et de tes amis. Vous n’êtes pas les premiers. Sous cette chaleur humide.

Je te regarde.

 

Autour de moi, les hommes, les femmes, les enfants sont sur des planches qui flottent, des petits morceaux de bois qui se laissent vivre et mourir au gré des enfilades de gouttes de pluie. La pluie doit venir, tu comprends. Cette phrase, je l’entends mille fois par jour, la pluie doit venir. Le sort de milliers de familles est suspendu à ces gouttes de pluie. Qui viennent gonfler les eaux du grand fleuve aux couleurs de terres argileuses. Et quand elles rient trop et trop souvent, les eaux du fleuve se gonflent et dévastent toutes ces choses qui nous restent.

Je te regarde.

 

Les miens savent ce que tu cherches. Eux aussi ont cherché. Tu t’agites. Depuis des lunes. Combien au juste ? Dix lunes, vingt lunes, je l’ignore. Tu me parles parfois. Est-ce bien à moi que tu t’adresses ? Est-ce possible ? Je ne te comprends pas. Et toi, comprends-tu le sourire que je te glisse, entre deux murmures du vent ?

Tes gestes, je les connais par cœur, comme une chanson qui ne cesse de tourner dans la tête. Tu arrives tôt, le matin. Tu déposes sur la berge un grand sac de toile noire. Tu l’ouvres, tu plonges la main et tu en ressors une espèce de bouteille de plastique. Tu bois quelques gorgées. Tu observes le ciel, le soleil. Tu souffles des mots à tes amis. Eux aussi ont chacun un grand sac de toile qu’ils déposent tout à côté du tien. Ils traînent derrière eux, outre leur sac, un épais bagage monté sur roulettes, avec dedans des outils métalliques. Il n’y a que toi qui m’intéresses. Je ne sais pas pourquoi. Je me laisse tanguer. Par le fleuve. Par la vie. Personne ne s’occupe de moi, personne ne me voit, je suis transparente. A part toi, qui relèves la tête de temps en temps.  De la berge, tu me vois, assise sur le plancher humide de ce sampan. Et tu me souris. Que vois-tu ? Quel reflet de moi te donnent tes yeux ?

Je te regarde.

 

Je sens soudain des doutes qui m’envahissent, des craintes qui se tortillent, dégoupillant mes poussières d’espoir. Et si le sampan filait ? C’est régulier, un sampan qui s’éloigne, plus loin. Ces marchés n’ont rien de statique. Une semaine par ici, une autre un peu plus loin. De ne plus te voir, de ne plus mesurer tes mouvements, je souffrirais. D’y penser, mon cœur cogne plus vite, je frissonne. Ton visage, c’est mon paysage, mon horizon.

 

 

La nuit, sous ma couverture de laine rouge, les paupières closes, je te cherche. Ton visage est loin, très loin. Je cherche tes traits, tes rides d’hommes, tes manies. Alors, j’aspire être demain. Pour te voir et enfin respirer. Et espérer, aussi.

                                                                                                                  

 

Voilà, nous sommes demain. Nous sommes aujourd’hui. Les rayons du soleil sont en effervescence. Moi aussi. Dans quelques minutes, je le devine, tu seras là.

Tu vois, je ne me trompe pas. Te voilà, au milieu de ce groupe d’hommes. Je ne vois que toi. Pourrais-tu me dire le pourquoi, la raison pour laquelle c’est toi qui a attiré mon regard ?

Ton sourire. C’est ça, ton sourire. Tu as un sourire comme on en voit sur les dessins, dans les livres d’école. Un sourire bon. Et puis cette chemise. Chaque matin, une chemise propre. Vieille, chiffonnée, mais propre. Et puis ton pantalon, une espèce de jeans tout usé, rapiécé avec de multiples morceaux qui ressemblent à des poches. Peut-être que ce sont des poches, après tout. D’ici, on ne voit pas trop bien, tous ces rapiècements. Tu portes une large ceinture, je la devine en cuir. Tu ressembles à ces cow-boys, ceux qui s’acharnaient sur les bandits, pour recevoir les rançons. J’ai souvent vu ces scènes, dans les films américains. Toi aussi, d’une certaine façon, tu cours après les rançons.

Du moins, je l’imagine.

De te voir là, comme un dieu, entre le ciel et le long fleuve,  je ressens quelque chose d’agréable qui me traverse. Avant toi, j’ignorais ces picotements dans ma poitrine, ces rougeurs que je sens monter en moi comme des feux. Mes doigts effleurent mes joues et je les devine colorées, déjà. J’ai conscience de vivre des journées dont je me souviendrai plus tard, quand tu seras reparti, quand je serai restée ici, au milieu de ces bruits, de ces gens, de ces jours difficiles.

Et toi, pendant tout ce temps que les pensées se chamaillent en moi et que mes interrogations s’engloutissent dans les eaux, trouves-tu ce que tu cherches ?

 

Des fleurs de lotus et quelques épices, voilà l’offrande que j’offre chaque matin. Pour toi. Je dépose ces espoirs sur une boîte en carton, tout près de ma couverture rouge. Mon désir, c’est d’allumer quelques bâtonnets d’encens. Mais je ne peux pas. Tu es mon secret. Tu dois le rester.

 

Les gens du village n’ont pas grande amitié envers toi et tes hommes. Juste ce qu’il faut de politesse, sans plus. Les eaux du fleuve appartiennent à tout le monde, pourtant. Et donc ce qu’on y trouve aussi. Je le croyais.

 

Il paraît que le soir, toi et tes hommes, vous descendez dans les bars, vous buvez des alcools, vous prenez des filles de chez madame Liu et vous les emmenez dans vos chambres. Est-ce vrai ? Et toi aussi, serais-tu comme un autre, comme tous les autres ? Je te sais différent. Tes yeux, je le devine, me disent que tu n’es pas comme ça, que tu es doux, toi.

J’entends ta voix, tu viens de crier quelques mots. Tes amis t’entourent. Ils crient aussi. Tous, vous vous mettez à genoux. Je ne te  distingue plus. Tu es un parmi les autres. Un de tes amis lève son bras en agitant quelque chose de souple. Ah, oui, je vois, il vient d’enlever sa chemise et il fait de grands gestes. Il me semble que tous, vous vous réjouissez. Il se passe donc quelque chose d’important, sur les rives du Mékong. Ce matin. L’air est plus léger que d’habitude, il me semble. Ou bien est-ce cette joie que je perçois de vous, qui s’exalterait jusque sur mon visage. Les vents ondulent plus vite dans la bonne humeur, quand on croit aux sourires des étoiles.

 

Vos grands gestes et tous vos cris ameutent les gens des sampans. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend des bruits de réjouissance, ici.

 

 

 

 

Tout à coup, je sens que j’étouffe. Je suffoque. Je ferme les yeux en grimaçant. La peur m’envahit. Mes prières auraient-elles été entendues ? Alors, pourquoi des frissons d’effroi assombrissent-ils mes pensées ?

 

J’ouvre les yeux et devant moi, là où toi et tes amis étaient tout heureux voici quelques secondes, je ne vois plus personne, plus rien, un creux dans le matin. Que les terres humides et vidées de leur trésor, je suppose.

Que ce fleuve me paraît mort, tout maintenant.

 

Le lendemain et le lendemain du lendemain, toi et tes amis n’êtes pas revenus. La journée entière, je regardais, j’attendais, j’espérais. J’avais faim et soif de toi. Je sentais mes membres qui se ramollissaient. Je ne voyais plus les fleurs de lotus, ni les couleurs du ciel, au-dessus du Mékong. Sans toi, je me sentais malade. La fièvre m’envahissait. Je ne regardais presque plus de ce côté-là du fleuve. C’est si vide sans ton visage et tes grands gestes, tous ces mouvements saccadés qui faisaient que tu étais toi. Et que je t’aimais, toi.

 

Et puis hier soir, tu étais là. Seul. Tu n’as pas dit grand-chose, tes yeux parlaient pour toi. A ma famille, tu as donné un petit sac rempli de pépites d’or. Ils ont pris ce troc, en silence.

 

A moi non plus, tu n’as pas dit grand-chose…C’est comme si entre nous s’étaient glissées des réponses, des certitudes, et que durant tous ces jours passés à nous regarder, nous avions fait connaissance. Toi et moi.

 

Ma couverture rouge, je l’ai emportée. J’ai laissé les fleurs de lotus et les épices, sur le tout petit autel devant lequel je déposais toutes mes espérances.

 

Tu m’as souri. Le fleuve a remué plus fort que d’habitude. Un signe, sans doute. Et puis tous les deux, on est partis. Tu avais de l’or, tu m’avais aussi, moi. J’ai levé la tête. Juste pour regarder le ciel.

 

 

 

 

 


 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Cette nouvelle a été écrite par Silvana Minchella

Publié le par christine brunet /aloys

 

eveil1recto.jpg

 

 

 

CONTE D’HIVER

 

 

Réveillez-vous Seigneur Hiver !

Votre ami Blizzard frappe à la porte de votre château.  Bise l’accompagne, pour vous ramener ici d’un baiser piquant sur vos lèvres gelées.

Venez, Sire, votre règne est arrivé !

La dernière feuille a été emportée par les vents de Dame Automne.

Le sol s’est refermé et est entré en méditation.

Réveillez-vous Seigneur Hiver !

Sortez de vos coffres les neiges immaculées, polissez les glaces, affûtez les vents, convoquez les tempêtes, vérifiez les éclairs, ne laissez rien aux mains de l’incontrôlable Hasard , ce troubadour faiseur de pétards mouillés et de vents qui tournent mal.

Que votre règne soit impitoyable !  Et que jamais ne parviennent à vos royales oreilles les mots offensants :  «  L’hiver est doux cette année ».

 

Prenez, Majesté, les clés que Blizzard a arrachées des mains de votre cousine, la reine Automnia.   Regardez-la s’enfuir épouvantée, dans son carrosse aux couleurs rutilantes…

Les bruits de couloirs glacés vous conteront, Sire, que votre cousine s’est laissée séduire par un bel été indien… écoutez les portes qui claquent vous raconter qu’il y eut plus de soleil que d’ondées, plus de chants d’oiseaux que de bises mouillées…

Ridicule !  dites-vous ?

Il semblerait pourtant, selon mes sources encore vives, que ce fut très apprécié par toutes les créatures vivantes…

Lors de vos inspections des forêts, chaque craquement de bois vous contera les charmants détails de cette idylle , vantera le charme de cet indien qui a embrasé les rousseurs de sa belle…

Non, non, ne me raccompagnez pas, Sire,  je sors ! 

 

Silvana Minchella


 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

L'auteur de cette nouvelle ? Edmée de Xhavée !

Publié le par christine brunet /aloys

 

Edmee-chapeau

 

 

De bons poireaux, ça demande du travail (Edmée – auteur mystère)

 

Il se demandait comment il en était arrivé là… Josiane pelletait furieusement, repoussant cheveux et terre hors de sa bouche avec des pffffft réguliers et humides. Sous le vieux t-shirt taché de café, sa poitrine gesticulait comme si deux bébés chimpanzé y étaient accrochés. Un peu vers le haut, un moulinet vers la gauche, un soubresaut en piqué….

Lui, il tenait le sac poubelle, hébété. Il lui semblait que le contenu commençait déjà  à sentir, et deux mouches tentaient d’y pénétrer afin de pondre une bordée d’œufs qui ne connaîtraient pas la faim. La dernière chose qu’il avait vue était l’avant-bras droit, presque arraché à l’épaule par le travail de sauvage de Josiane, sur lequel la fameuse petite tache en forme de cœur lui avait ramené le souvenir de rires et de lendemains imaginés, couchés sur le lit. Laurette et lui.

Bien sûr, il avait toujours su qu’il ne quitterait pas Josiane. Il ne pouvait pas se le permettre. Laurette savait qu’il était marié. Quand ils évoquaient ces lendemains de bonheur hypothétique ensemble, il jouait à « et si seulement…. ». Sincère, oui. L’amour courait dans ses veines, sa moelle, emplissait son cerveau et les pores de sa peau. Mais il jouait à et si seulement. Et au bout de 5 ans, Laurette avait cessé de réagir à la magie de ces jours futurs encore plus irréels que la licorne. Son voisin de palier, disait-elle,  lui avait réparé le chauffe-eau. Puis lui avait fait avoir, par son boulot, un nouveau téléviseur énorme pour presque rien. Ca avait été suivi d’une caisse de champagne qu’il avait gagnée et qu’il avait partagée avec elle parce que pour lui tout seul…

Il revenait de chez elle de plus en plus abattu. Laurette allait lui fermer sa porte et devenir sourde à ses coups de fil, tout comme l’avaient fait Agathe et Pierina des années plus tôt. Il retrouvait Josiane, ronflant la bouche ouverte, les chimpanzés affalés sous le vieux pyjama déformé, et gardait les yeux ouverts toute la nuit, le cœur battant avec désespoir jusqu’au bout de ses doigts. Au matin, il était gris. Et Josiane se lamentait de ce qu’il ne fichait plus rien.

Elle savait, bien sûr. Ses sentiments et désirs, elle n’en avait cure. Elle trouvait des avantages certains à la situation : il avait cessé de lui pincer les fesses ou de se « réjouir » d’aller au lit ; il ne lui demandait plus d’écouter un poème qu’il lui lisait avec une voix d’acteur ; elle avait bien des soirées de paix pour regarder ses feuilletons favoris. Mariée sans les inconvénients de la compagnie, si on excluait la lessive et le repassage – qu’elle faisait rarement. Mais là… voilà qu’il devenait un problème sérieux.

Elle l’avait affronté. Avait feint la stupeur, la douleur, la rancœur – quoi ! de nouveau ! -  l’envie de suicide, les évanouissements, la crise de nerf, l’apathie, la perte d’appétit. Pour enfin le mettre au pied du mur. Elle ou moi. Et elle savait qu’il entendait clairement « elle et tes frusques et rien d’autre, ou moi et l’affaire familiale de papa ». Tout à fait perdu, la vie au bord d’un précipice, il avait consenti à « essayer de faire comprendre à Laurette petit à petit ». Comment aurait-il pu dire que c’était lui qui avait peur de la perdre depuis quelques mois, sans avoir l’air d’un imbécile en plus ?

Et il n’avait rien osé dire… Tétanisé, il attendait que quelque chose se passe, qui le libèrerait de devoir prendre une décision.

Ses vœux furent exaucés. Josiane avait abordé Laurette au marché, lui avait demandé une explication en tête à tête. « Tes ennuis sont finis ! » avait-elle dit sans ironie au retour. Sur le siège passager, Laurette avait l’air endormie si ce n’était un peu de bave rose qui se mouvait encore lentement sur son menton et un tournevis enfoncé dans la tempe. « Encore un mauvais moment à passer et puis on n’y pensera plus » avait-elle ajouté pendant qu’ils découpaient ce corps qu’il avait tant aimé dans la baignoire, nus pour ne pas salir leurs vêtements. Et il coupait. Sciait, cassait, forçait, tordait… Il ne savait plus penser.

Et puis il avait regardé Josiane qui pelletait avec l’énergie d’une pompe à pétrole dans la plate-bande où on allait bientôt piquer les poireaux comme chaque année, se couvrant de sueur et de terre. Et quand la bêche avait crissé contre ce qu’il pensait être une grosse pierre, il avait vu le sommet d’un crâne qui s’échappait d’un vieux tapis méconnaissable. Son cœur et sa respiration s’étaient unis dans une immobilité affreuse alors que le crâne se tournait lentement vers lui, les dents exhibées dans une joie obscène. Pierina ou Agathe ? Josiane avait levé les yeux vers lui et marmonné entre ses lèvres « Oui… au moins elles nous ont fait les meilleurs poireaux du quartier… autant qu’elles servent à quelque chose ».

Une fois la terre remise en place, il avait fini de penser à jamais. Josiane se cambrait en arrière, lasse et en sueur, les mains terreuses appuyées contre ses reins, et elle lui souriait.

« Allez ! Je te fais un bon café bien fort et demain, tu n’y penseras plus ».

 

 

Edmée de Xhavée

edmee.de.xhavee.over-blog.com

 

http://www.bandbsa.be/contes3/rivieresybilla.jpg


Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Qui est l'auteur de cette nouvelle ? A vous de me le dire...

Publié le par christine brunet /aloys

point d'interrogation

 

 

De bons poireaux, ça demande du travail 

 

Il se demandait comment il en était arrivé là… Josiane pelletait furieusement, repoussant cheveux et terre hors de sa bouche avec des pffffft réguliers et humides. Sous le vieux t-shirt taché de café, sa poitrine gesticulait comme si deux bébés chimpanzé y étaient accrochés. Un peu vers le haut, un moulinet vers la gauche, un soubresaut en piqué….

Lui, il tenait le sac poubelle, hébété. Il lui semblait que le contenu commençait déjà  à sentir, et deux mouches tentaient d’y pénétrer afin de pondre une bordée d’œufs qui ne connaîtraient pas la faim. La dernière chose qu’il avait vue était l’avant-bras droit, presque arraché à l’épaule par le travail de sauvage de Josiane, sur lequel la fameuse petite tache en forme de cœur lui avait ramené le souvenir de rires et de lendemains imaginés, couchés sur le lit. Laurette et lui.

Bien sûr, il avait toujours su qu’il ne quitterait pas Josiane. Il ne pouvait pas se le permettre. Laurette savait qu’il était marié. Quand ils évoquaient ces lendemains de bonheur hypothétique ensemble, il jouait à « et si seulement…. ». Sincère, oui. L’amour courait dans ses veines, sa moelle, emplissait son cerveau et les pores de sa peau. Mais il jouait à et si seulement. Et au bout de 5 ans, Laurette avait cessé de réagir à la magie de ces jours futurs encore plus irréels que la licorne. Son voisin de palier, disait-elle,  lui avait réparé le chauffe-eau. Puis lui avait fait avoir, par son boulot, un nouveau téléviseur énorme pour presque rien. Ca avait été suivi d’une caisse de champagne qu’il avait gagnée et qu’il avait partagée avec elle parce que pour lui tout seul…

Il revenait de chez elle de plus en plus abattu. Laurette allait lui fermer sa porte et devenir sourde à ses coups de fil, tout comme l’avaient fait Agathe et Pierina des années plus tôt. Il retrouvait Josiane, ronflant la bouche ouverte, les chimpanzés affalés sous le vieux pyjama déformé, et gardait les yeux ouverts toute la nuit, le cœur battant avec désespoir jusqu’au bout de ses doigts. Au matin, il était gris. Et Josiane se lamentait de ce qu’il ne fichait plus rien.

Elle savait, bien sûr. Ses sentiments et désirs, elle n’en avait cure. Elle trouvait des avantages certains à la situation : il avait cessé de lui pincer les fesses ou de se « réjouir » d’aller au lit ; il ne lui demandait plus d’écouter un poème qu’il lui lisait avec une voix d’acteur ; elle avait bien des soirées de paix pour regarder ses feuilletons favoris. Mariée sans les inconvénients de la compagnie, si on excluait la lessive et le repassage – qu’elle faisait rarement. Mais là… voilà qu’il devenait un problème sérieux.

Elle l’avait affronté. Avait feint la stupeur, la douleur, la rancœur – quoi ! de nouveau ! -  l’envie de suicide, les évanouissements, la crise de nerf, l’apathie, la perte d’appétit. Pour enfin le mettre au pied du mur. Elle ou moi. Et elle savait qu’il entendait clairement « elle et tes frusques et rien d’autre, ou moi et l’affaire familiale de papa ». Tout à fait perdu, la vie au bord d’un précipice, il avait consenti à « essayer de faire comprendre à Laurette petit à petit ». Comment aurait-il pu dire que c’était lui qui avait peur de la perdre depuis quelques mois, sans avoir l’air d’un imbécile en plus ?

Et il n’avait rien osé dire… Tétanisé, il attendait que quelque chose se passe, qui le libèrerait de devoir prendre une décision.

Ses vœux furent exaucés. Josiane avait abordé Laurette au marché, lui avait demandé une explication en tête à tête. « Tes ennuis sont finis ! » avait-elle dit sans ironie au retour. Sur le siège passager, Laurette avait l’air endormie si ce n’était un peu de bave rose qui se mouvait encore lentement sur son menton et un tournevis enfoncé dans la tempe. « Encore un mauvais moment à passer et puis on n’y pensera plus » avait-elle ajouté pendant qu’ils découpaient ce corps qu’il avait tant aimé dans la baignoire, nus pour ne pas salir leurs vêtements. Et il coupait. Sciait, cassait, forçait, tordait… Il ne savait plus penser.

Et puis il avait regardé Josiane qui pelletait avec l’énergie d’une pompe à pétrole dans la plate-bande où on allait bientôt piquer les poireaux comme chaque année, se couvrant de sueur et de terre. Et quand la bêche avait crissé contre ce qu’il pensait être une grosse pierre, il avait vu le sommet d’un crâne qui s’échappait d’un vieux tapis méconnaissable. Son cœur et sa respiration s’étaient unis dans une immobilité affreuse alors que le crâne se tournait lentement vers lui, les dents exhibées dans une joie obscène. Pierina ou Agathe ? Josiane avait levé les yeux vers lui et marmonné entre ses lèvres « Oui… au moins elles nous ont fait les meilleurs poireaux du quartier… autant qu’elles servent à quelque chose ».

Une fois la terre remise en place, il avait fini de penser à jamais. Josiane se cambrait en arrière, lasse et en sueur, les mains terreuses appuyées contre ses reins, et elle lui souriait.

« Allez ! Je te fais un bon café bien fort et demain, tu n’y penseras plus ».

 

 

Alors ??????? Selon vous ?

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

L'auteur de cette nouvelle est Philippe Desterbecq !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Phil D

 

 

Voici un texte rédigé lors d’un atelier d’écriture.

Le personnage imposé : une femme qui ne veut pas d’enfants ;

La situation : Zut ! J’ai laissé brûler les pommes de terre.

Une journée catastrophique.

 

C'est ma journée catastrophe! Je me lève, je mets un pied par terre ... Enfin, quand je dis par terre, je mets le pied dans quelque chose de mou, d'infâme, ... C'est le chat! Non, je ne mets pas le pied sur le chat mais sur ce qu'il m'a laissé sur la descente de lit, oui, celle que ma belle-mère m'a offerte pour Noël. Je la déteste de toute façon! Je déteste autant cette carpette que celle qui me l'a offerte! Ma belle-mère n'a qu'un mot à la bouche, un seul : ENFANT.

- Vous verrez, quand vous aurez des enfants...

- Bon, dites-moi, vous n'êtes plus si jeunes que ça, les enfants, c'est pour quand?

- Jocelyne, dis-moi, entre femmes on se comprend ... tu peux avoir des enfants? Tu n'es pas ....Parce que mon Jacques, tu sais, les enfants, il les adore et si tu ..., enfin, si tu ne peux ..., tu comprends?

Ben moi, j'aime mon chat. Enfin je l'aimais jusqu'à ce qu'il me laisse ce truc puant sur la carpette.  Cette horreur! Je pourrai enfin la jeter, mais, en attendant, mon pied est plein de ... enfin, pas besoin de vous faire un dessin, vous comprenez.

Je crie :"Sale bête!" ce qui réveille Jacquot qui croit que je m'adresse à lui. Il se relève, je lui montre mon pied ... Savez-vous ce qu'il me dit?

- T'aurais un gosse au lieu d'un chat, t'aurais pas ce truc immonde sur le pied!

- Et toi, tu ne dormirais pas 10 heures par nuit, que je lui réponds. Et toc!

Alors là, il se retourne et il me dit :

- Va te laver, tu pues!

Je l'aurais tué!

- Et puis, mets la carpette dans la machine...

Celle-là, c'est dans la poubelle qu'elle va valser et plus vite qu'il ne le pense!

La journée continue pareille à toutes les autres sauf, qu'en plus, je dois aller chez le vétérinaire. Comme si mes semaines n'étaient pas assez chargées comme ça!

Du retard chez le vétérinaire et j'ai raté "Les Zamours" à la télé! Une journée catastrophique, je vous dis!

Le soir vient. Je prépare le repas pour mon gentil mari et là, pof, je vous le donne dans le mille : les patates sont trop cuites, j'ai laissé brûler la casserole!

Là-dessus, le Jacquot ouvre la porte et me lance comme tous les soirs :

- Chérie, c'est moi.

Je me demande bien qui ça pourrait être d'autre? Le facteur?

- Qu'est-ce qu'on mange ce soir?

- Ta main!

Il n'en revient pas, le Jacquot. Je ne lui ai jamais parlé comme ça. Ce n'est pas le jour, c'est tout!

Je cache la casserole sous l'évier et je lui dis :

- T'as rien oublié?

Lui, avec son air de gorille :

- Ben, j'crois pas ...

- On est le 17 janvier...

- Et alors?

- Et alors, on s'est rencontrés un 17 janvier!

Ce n'est pas vrai. En fait, c'était un 12 mars mais lui, il n'a aucune mémoire.

- Tu pourrais peut-être me payer le resto...

Je lui dis ça avec un tel regard de femme amoureuse, qu'il craque de suite. Amoureuse, je ne le suis plus depuis une décennie mais ça, il ne s'en rend pas compte!

Pour une fois, il ne se fait donc pas prier, un peu gêné d'avoir oublié l'anniversaire de notre rencontre, sans doute. Il sourit - incroyable! je me demande s'il n'en a pas marre de mes plats trop cuits, ben oui, le soir, il y a "Les feux de l'amour à la télé, c'est quand même pas ma faute s'ils passent le feuilleton à l'heure où je mets cuire le souper! - il m'embrasse - je n'en reviens pas - et il me dit :

- Je t'emmène.

On prend la voiture (le resto se trouve quand même à 250m de la maison) - je raterai sans doute "Joséphine, ange gardien", mais je ne dis rien, je sais qu'ils le rediffuseront la semaine prochaine - et on rentre au "Mets Encore". On s'installe à la seule table libre, juste à côté d'une famille nombreuse. Je regarde les gosses et je ne sais pas ce qu'il me prend. J'me mets à chialer. Ces gens rayonnent de bonheur et, moi, je suis terne, ma vie n'a aucun sens, je n'ai pas d'enfants! Je viens seulement de m'en rendre compte après 15 ans de mariage.

Jacques prend le menu, me le tend, me dit : "Qu'est-ce qui te ferait plaisir?"

Sans réfléchir, je lui réponds :

- Un enfant !

Il me regarde avec des yeux grands comme des boules de billard. Il se demande s'il a bien entendu...

- Répète ...

- J'veux un enfant...

- T'en as jamais voulu!

- Y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

- Et le chat?

Voilà tout ce qu'il trouve à dire!

- Quoi le chat? Il pue le chat, il fait des saletés sur la carpette de ta mère et ... il ne remplacera jamais un enfant!

Eh bien, vous me croirez si vous le voulez, on n'a pas commandé, on s'est levés et on est allé le faire ... l'enfant !

J'vous l'dis, une journée catastrophique!

 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Qui est l'auteur de cette nouvelle ? A vous de me le dire...

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

point d'interrogation

 

 

 

Une journée catastrophique.

 

C'est ma journée catastrophe! Je me lève, je mets un pied par terre ... Enfin, quand je dis par terre, je mets le pied dans quelque chose de mou, d'infâme, ... C'est le chat! Non, je ne mets pas le pied sur le chat mais sur ce qu'il m'a laissé sur la descente de lit, oui, celle que ma belle-mère m'a offerte pour Noël. Je la déteste de toute façon! Je déteste autant cette carpette que celle qui me l'a offerte! Ma belle-mère n'a qu'un mot à la bouche, un seul : ENFANT.

- Vous verrez, quand vous aurez des enfants...

- Bon, dites-moi, vous n'êtes plus si jeunes que ça, les enfants, c'est pour quand?

- Jocelyne, dis-moi, entre femmes on se comprend ... tu peux avoir des enfants? Tu n'es pas ....Parce que mon Jacques, tu sais, les enfants, il les adore et si tu ..., enfin, si tu ne peux ..., tu comprends?

Ben moi, j'aime mon chat. Enfin je l'aimais jusqu'à ce qu'il me laisse ce truc puant sur la carpette.  Cette horreur! Je pourrai enfin la jeter, mais, en attendant, mon pied est plein de ... enfin, pas besoin de vous faire un dessin, vous comprenez.

Je crie :"Sale bête!" ce qui réveille Jacquot qui croit que je m'adresse à lui. Il se relève, je lui montre mon pied ... Savez-vous ce qu'il me dit?

- T'aurais un gosse au lieu d'un chat, t'aurais pas ce truc immonde sur le pied!

- Et toi, tu ne dormirais pas 10 heures par nuit, que je lui réponds. Et toc!

Alors là, il se retourne et il me dit :

- Va te laver, tu pues!

Je l'aurais tué!

- Et puis, mets la carpette dans la machine...

Celle-là, c'est dans la poubelle qu'elle va valser et plus vite qu'il ne le pense!

La journée continue pareille à toutes les autres sauf, qu'en plus, je dois aller chez le vétérinaire. Comme si mes semaines n'étaient pas assez chargées comme ça!

Du retard chez le vétérinaire et j'ai raté "Les Zamours" à la télé! Une journée catastrophique, je vous dis!

Le soir vient. Je prépare le repas pour mon gentil mari et là, pof, je vous le donne dans le mille : les patates sont trop cuites, j'ai laissé brûler la casserole!

Là-dessus, le Jacquot ouvre la porte et me lance comme tous les soirs :

- Chérie, c'est moi.

Je me demande bien qui ça pourrait être d'autre? Le facteur?

- Qu'est-ce qu'on mange ce soir?

- Ta main!

Il n'en revient pas, le Jacquot. Je ne lui ai jamais parlé comme ça. Ce n'est pas le jour, c'est tout!

Je cache la casserole sous l'évier et je lui dis :

- T'as rien oublié?

Lui, avec son air de gorille :

- Ben, j'crois pas ...

- On est le 17 janvier...

- Et alors?

- Et alors, on s'est rencontrés un 17 janvier!

Ce n'est pas vrai. En fait, c'était un 12 mars mais lui, il n'a aucune mémoire.

- Tu pourrais peut-être me payer le resto...

Je lui dis ça avec un tel regard de femme amoureuse, qu'il craque de suite. Amoureuse, je ne le suis plus depuis une décennie mais ça, il ne s'en rend pas compte!

Pour une fois, il ne se fait donc pas prier, un peu gêné d'avoir oublié l'anniversaire de notre rencontre, sans doute. Il sourit - incroyable! je me demande s'il n'en a pas marre de mes plats trop cuits, ben oui, le soir, il y a "Les feux de l'amour à la télé, c'est quand même pas ma faute s'ils passent le feuilleton à l'heure où je mets cuire le souper! - il m'embrasse - je n'en reviens pas - et il me dit :

- Je t'emmène.

On prend la voiture (le resto se trouve quand même à 250m de la maison) - je raterai sans doute "Joséphine, ange gardien", mais je ne dis rien, je sais qu'ils le rediffuseront la semaine prochaine - et on rentre au "Mets Encore". On s'installe à la seule table libre, juste à côté d'une famille nombreuse. Je regarde les gosses et je ne sais pas ce qu'il me prend. J'me mets à chialer. Ces gens rayonnent de bonheur et, moi, je suis terne, ma vie n'a aucun sens, je n'ai pas d'enfants! Je viens seulement de m'en rendre compte après 15 ans de mariage.

Jacques prend le menu, me le tend, me dit : "Qu'est-ce qui te ferait plaisir?"

Sans réfléchir, je lui réponds :

- Un enfant !

Il me regarde avec des yeux grands comme des boules de billard. Il se demande s'il a bien entendu...

- Répète ...

- J'veux un enfant...

- T'en as jamais voulu!

- Y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.

- Et le chat?

Voilà tout ce qu'il trouve à dire!

- Quoi le chat? Il pue le chat, il fait des saletés sur la carpette de ta mère et ... il ne remplacera jamais un enfant!

Eh bien, vous me croirez si vous le voulez, on n'a pas commandé, on s'est levés et on est allé le faire ... l'enfant !

J'vous l'dis, une journée catastrophique!

 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

L'auteur mystère n'est autre que Marcelle Pâques !

Publié le par christine brunet /aloys

 
http://www.bandbsa.be/contes2/paquestete.jpg
 Les Aventures de BillyÉtoile
                Billy et Clara
 
 
- Cela suffit maintenant ! Clara, tu dépasses les limites.
Maman crie très fort, elle est toute rouge, mais Clara continue à courir dans la chambre sans vouloir se mettre 
au lit, défiant sa mère du regard.
Tout à coup, c’est le drame, maman s’est emparée du doudou et ouvrant la fenêtre le précipite dehors !
 
Stupeur, Clara est affolée.
- Maman ! Non, mon vieil ours, il fait très froid, en plus le jardin est plongé dans l’obscurité.
- Je veux mon doudou, s’il te plaît, je vais au lit, je serai sage, maman, c’est promis.
 
Clara esquisse son plus joli sourire, celui qui fait craquer les adultes ... mais, cette fois, cela ne marche pas.
Maman est vraiment très fâchée.
 
- Bonne nuit Clara, j’espère que cela te fera réfléchir.
 
La petite fille sanglote.
- C’est affreux ! mon pauvre doudou seul dans le noir.
Tout doucement elle se lève et s’approche de la fenêtre, elle essaie d’apercevoir Billy, mais en vain !
Enfin,  juchée sur une chaise, elle voit sont doudou, il est là, couché dans la neige, si petit...
- C’est pas possible ! je ne vais pas le laisser passer la nuit dehors.
Courageusement Clara descend dans le salon, ses parents se disputent, elle se plante devant eux et attend...
 
- Quoi ! Clara que fais tu encore debout ?
La petite fille se sent bien misérable devant ces adultes en colère, mais il faut sauver Billy.
- Papa, maman, je veux mon doudou.
- Oh ! mais oui, dit papa, où est-t-il ?
- Je l’ai jeté, crie maman, et Clara va aller dormir, elle est punie.
-Mais!
- Tu ne discutes pas !
 
Que faire ,pleurer, taper du pied, ah ! si une bonne fée pouvait l’entendre et lui rendre son doudou...
Ou alors ? Peter Pan, la fenêtre s’ouvre, il entre avec la fée clochette et ils partent ensemble vers le
pays imaginaire en emportant Billy.
 
Oui, mais tout cela c’est des histoires, et maintenant c’est la réalité !
Clara assise sur son lit réfléchit... je veux récupérer mon doudou, mais comment ?
 
Il n’y a plus de bruit dans la maison, les parents se sont couchés.
Alors la petite fille prend sa décision, elle va descendre et sauver son vieil ours.
Furtivement elle quitte sa chambre et descend les escaliers.
Elle a échafaudé un plan : sortir, et reprendre son vieil ours. Voilà, je suis très courageuse, je vais ouvrir la porte et ...
Seulement, voilà la peur la paralyse, elle hésite ... que faire? non, il faut continuer, il y a toute cette neige et puis Polux,Chat
le méchant chat des voisins pourrait s’emparer de Billy et le déchiqueter !
Cette fois j’y vais.
 
La porte s’ouvre facilement et, pieds nus, l’enfant sort et court vers Billy le couvrant de baisers.
- Viens mon ours, nous rentrons.
 
Et là ... c’est le drame ! la porte s’est refermée et on ne peut l’ouvrir de l’extérieur.
- Oh, non je suis toute seule dehors, mais c’est horrible !
Désespérée, Clara se couche près de son ours et pleure si longtemps et si fort... qu’une bonne fée l’entend et
s’apitoie sur son sort.
 
La fée voltige, lumineuse autour de Clara.
- Qui es-tu ? la fée Clochette?
- Non, mais je suis en effet une fée.
- Mais vous n’existez pas !
- Pourtant tu me vois.
- Je te vois mais tu es un rêve !
- Peut-être que si tu le veux vraiment tu peux donner vie à tes rêves.
- Je ne comprend pas, et j’ ai froid, je vais mourir de froid.
- Non, non, regarde ton ours!
Billy ? Billy est maintenant un ours immense et vivant ! La petite fille n’en croit pas ses yeux, il est si chaud, elle
se sent tellement bien près de lui.
 
- Billy, tu es un vrai ours ?
- Oui, et je parle, mais seulement pour une nuit, c’est un cadeau des fées, dors Clara tu es une petite fille très courageuse.
 
Il y a plein d’étoiles dans le ciel, la neige a cessé de tomber, l’ours est doux, rassurant, Clara s’est endormie.
 
Le lendemain les parents de Clara, affolées, cherchent partout leur petite fille...
 
- Je n’aurai pas dû jeter son ours, mais voilà, elle était désobéissante, je voulais lui donner une leçon.
Quelquefois les parents sont fatigués, énervés, c’est normal !
 
Mais où est Clara ? Je l’aime tellement, crie maman... et soudain, elle aperçoit l’enfant couchée dans le jardin près
de son doudou.
Mon Dieu ! elle doit être morte de froid, papa et maman se précipitent et soulève la petite fille, la couvrant de baisers.
Clara s’étire en souriant.
- Mais, tu n’as pas froid ? C’est comme si tu sortais de la couette, comment cela est-t-il possible ?
- C’est l’ours Billy maman, l’ours m’a réchauffée toute la nuit.
 
Papa ramasse l’ours mais il est tout petit, il est à nouveau son doudou.
Vite, nous allons boire un chocolat chaud dit maman, Clara se blottit dans les bras de son père.
Avant de rentrer dans la maison, elle tourne la tête, scrutant le jardin, plus de traces de la fée... pourtant elle sait
qu’elle n’a pas rêvé, elle a vécu une aventure magique.
 
Les adultes ne voudront pas la croire, ils sont tellement occupés, ils ne prennent plus le temps de contempler les
étoiles ou les fleurs, alors, comment pourraient-ils apercevoir les fées ?Étoile
PrincesseÉtoile
 
 Marcelle Pâques

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

Le jeu d'ALOYS : "les aventures de Billy et Clara"

Publié le par christine brunet /aloys

 
point d'interrogation
 Les Aventures de BillyÉtoile
                Billy et Clara
 
 
- Cela suffit maintenant ! Clara, tu dépasses les limites.
Maman crie très fort, elle est toute rouge, mais Clara continue à courir dans la chambre sans vouloir se mettre au lit, défiant sa mère du regard.
Tout à coup, c’est le drame, maman s’est emparée du doudou et ouvrant la fenêtre le précipite dehors !
 
Stupeur, Clara est affolée.
- Maman ! Non, mon vieil ours, il fait très froid, en plus le jardin est plongé dans l’obscurité.
- Je veux mon doudou, s’il te plaît, je vais au lit, je serai sage, maman, c’est promis.
 
Clara esquisse son plus joli sourire, celui qui fait craquer les adultes ... mais, cette fois, cela ne marche pas.
Maman est vraiment très fâchée.
 
- Bonne nuit Clara, j’espère que cela te fera réfléchir.
 
La petite fille sanglote.
- C’est affreux ! mon pauvre doudou seul dans le noir.
Tout doucement elle se lève et s’approche de la fenêtre, elle essaie d’apercevoir Billy, mais en vain !
Enfin,  juchée sur une chaise, elle voit sont doudou, il est là, couché dans la neige, si petit...
- C’est pas possible ! je ne vais pas le laisser passer la nuit dehors.
Courageusement Clara descend dans le salon, ses parents se disputent, elle se plante devant eux et attend...
- Quoi ! Clara que fais tu encore debout ?
La petite fille se sent bien misérable devant ces adultes en colère, mais il faut sauver Billy.
- Papa, maman, je veux mon doudou.
- Oh ! mais oui, dit papa, où est-t-il ?
- Je l’ai jeté, crie maman, et Clara va aller dormir, elle est punie.
-Mais!
- Tu ne discutes pas !
 
Que faire ,pleurer, taper du pied, ah ! si une bonne fée pouvait l’entendre et lui rendre son doudou...
Ou alors ? Peter Pan, la fenêtre s’ouvre, il entre avec la fée clochette et ils partent ensemble vers le
pays imaginaire en emportant Billy.
 
Oui, mais tout cela c’est des histoires, et maintenant c’est la réalité !
Clara assise sur son lit réfléchit... je veux récupérer mon doudou, mais comment ?
 
Il n’y a plus de bruit dans la maison, les parents se sont couchés.
Alors la petite fille prend sa décision, elle va descendre et sauver son vieil ours.
Furtivement elle quitte sa chambre et descend les escaliers.
Elle a échafaudé un plan : sortir, et reprendre son vieil ours. Voilà, je suis très courageuse, je vais ouvrir la porte et ...
Seulement, voilà la peur la paralyse, elle hésite ... que faire? non, il faut continuer, il y a toute cette neige et puis Polux, le méchant chat des voisins pourrait s’emparer de Billy et le déchiqueter !
Cette fois j’y vais.
 
La porte s’ouvre facilement et, pieds nus, l’enfant sort et court vers Billy le couvrant de baisers.
- Viens mon ours, nous rentrons.
 
Et là ... c’est le drame ! la porte s’est refermée et on ne peut l’ouvrir de l’extérieur.
- Oh, non je suis toute seule dehors, mais c’est horrible !
Désespérée, Clara se couche près de son ours et pleure si longtemps et si fort... qu’une bonne fée l’entend et s’apitoie sur son sort.
 
La fée voltige, lumineuse autour de Clara.
- Qui es-tu ? la fée Clochette?
- Non, mais je suis en effet une fée.
- Mais vous n’existez pas !
- Pourtant tu me vois.
- Je te vois mais tu es un rêve !
- Peut-être que si tu le veux vraiment tu peux donner vie à tes rêves.
- Je ne comprend pas, et j’ ai froid, je vais mourir de froid.
- Non, non, regarde ton ours!
Billy ? Billy est maintenant un ours immense et vivant ! La petite fille n’en croit pas ses yeux, il est si chaud, elle se sent tellement bien près de lui. 
- Billy, tu es un vrai ours ?
- Oui, et je parle, mais seulement pour une nuit, c’est un cadeau des fées, dors Clara tu es une petite fille très courageuse.
 
Il y a plein d’étoiles dans le ciel, la neige a cessé de tomber, l’ours est doux, rassurant, Clara s’est endormie.
 
Le lendemain les parents de Clara, affolées, cherchent partout leur petite fille...
 
- Je n’aurai pas dû jeter son ours, mais voilà, elle était désobéissante, je voulais lui donner une leçon.
Quelquefois les parents sont fatigués, énervés, c’est normal !
 
Mais où est Clara ? Je l’aime tellement, crie maman... et soudain, elle aperçoit l’enfant couchée dans le jardin près de son doudou.
Mon Dieu ! elle doit être morte de froid, papa et maman se précipitent et soulève la petite fille, la couvrant de baisers.
Clara s’étire en souriant.
- Mais, tu n’as pas froid ? C’est comme si tu sortais de la couette, comment cela est-t-il possible ?
- C’est l’ours Billy maman, l’ours m’a réchauffée toute la nuit.
 
Papa ramasse l’ours mais il est tout petit, il est à nouveau son doudou.
Vite, nous allons boire un chocolat chaud dit maman, Clara se blottit dans les bras de son père.
Avant de rentrer dans la maison, elle tourne la tête, scrutant le jardin, plus de traces de la fée... pourtant elle sait qu’elle n’a pas rêvé, elle a vécu une aventure magique.
 
Les adultes ne voudront pas la croire, ils sont tellement occupés, ils ne prennent plus le temps de contempler les étoiles ou les fleurs, alors, comment pourraient-ils apercevoir les fées ?
 
 Mais qui a écrit ce conte ?????? Un auteur que vous connaissez tous !!!!!!! Alors ?????

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

L'auteur... Thierry Ries !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

http://www.bandbsa.be/contes2/riestete.jpg

 

Ce goût de terre précis

 

Nath a raison. Son côté mère dominante et possessive me bouscule encore, mais elle a raison. Pour ma paix intérieure, je m’incline, comme toujours ou presque.

Dierick, comme souvent, renchérit :

- Il suffit que vous tombiez sur un bacille ou un parasite, juste dans une seule moindre bouchée, et là, retour au traitement choc.

Nath a balancé une vanne, un sarcasme et dispersé ce chapelet montant de petits rires en accordéon tout à elle.

Bien plus aujourd’hui qu’à l’adolescence, et avec l’arrivée de Dierick, voilà six ans, quant il l’a opérée, Nath se targue de connaître La Vérité pour les autres ; plus incisive que jamais, elle et ses humeurs et états d’âme tonitruants… tonitruant. Ce que j’aime ce mot ! D’abord, sa sonorité, son évocation. Puis, Toni c’est mon prénom. Enfin, avec truand, si on remplace le t par un d, on a mon truand de chef d’épouse tout entier. Publique. Impudique. Sulfurique. Pseudo mystique. Et tous les hics entre nous.

Malgré leur reproche, je me suis penché vers l’avant, et m’agrippant vaille que vaille aux accoudoirs du fauteuil roulant, j’ai mis en bouche un zeste de terre du parc de l’hosto.

Plus que ça, ce goût : plus qu’un rituel, qu’un culte, qu’une dévotion ; retour à la terre, à l’enfance, terre d’enfance, enfance de la terre.

A la mère aussi, quand la mienne organisait des après-midi d’échappatoire, balades, recherche de glaise, ateliers poterie. J’avais léché un doigt par distraction puis encore par curiosité. Une décennie plus tard, j’en prenais dans mes bagages militaires. Nath était là, déjà, toujours, autour de mes quatre décennies, d’inquiétudes grandissant avec chacune d’elles…

Je ne sais si c’est moi ou Dierick et Nath qui sont fous. Pourquoi au juste veulent-ils, selon moi, me garder en vie, ni trop près, ni trop loin de leurs activités sibyllines, nébuleuses ?

Argent ? Maison ? Couverture sociétale ? Terres ?

Mes jambes sont racines mortes. Si elles revivent un jour, il faudra du temps pour qu’elles me tiennent à nouveau sur terre. A présent, je la sens plus fort, cette terre. Par les doigts ; les narines ; la langue.

C’est beaucoup, l’enfance. Sentir la vie autre.

Quelque chose en moi me rend fort, prêt à tout relever, réveiller, révéler. Quelque chose qui tient de ma visite sous terre. D’immenses méandres me distancient de ce monde de réalité relative, de dépendances affectives, d’inachèvement de coursive, bringuebalant et soluble au moindre examen.

Nath veut me faire croire que ce qui est arrivé - je devrais écrire ce qu’elle a causé - n’est en rien le fruit du hasard. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, me prétend-elle. C’est vrai que pour ce coup-là, c’est plus qu’étrange :

Elle est née un 2 juin. Moi, un 6 juin. Nous nous sommes mariés un 26 juillet. Le crash a eu lieu le 26 février 2006, à bord de sa 206…

S’il est vrai que je crois au hasard, tout ça fait beaucoup. Et ça me chavire d’une berge à l’autre.

J’ai pensé et repensé à ce qui a pu se passer : mon audace, d’abord « d’exiger » de l’accompagner chez Dierick, qui a fini par payer. Nath ne me reconnaissait pas, ni moi non plus d’ailleurs, moi qui depuis trop longtemps jouais la politique de l’autruche, les yeux sous terre.

Personne encore ne sait mot de notre dispute dans la 206, avant que Nath ne la verse dans le fossé, alors que j’avais enfin obtenu qu’elle me conduise chez son sacro-saint gourou. Moi, je ne roulais plus, depuis mon sevrage, je tremblais encore trop.

C’est la première fois que je transcris toute cette histoire dans ce carnet, je me demande qui pourra la lire un jour… ?

Selon mon souvenir, c’est Nathalie qui a commencé les reproches ; ça disait à peu près ceci :

- Tu vas me dire ce que tu veux savoir, à la fin ? Tu n’as rien à faire là-bas, tu es trop primaire.

Je tenais tête.

- Après tout, ça fait des années que tu rejoins Dierick et que tu en reviens toute changée. C’est pas que je veuille des explications, je veux voir, c’est tout.

- Si tu y tiens… mais je te répète que tu es loin d’être prêt, à supposer que tu le sois un jour.

- Pas prêt à quoi ? A vos initiations mystiques ? Vos… vos simagrées cosmiques ? Vos… vos croyances narcissiques ?

J’étais allé un peu loin dans la provoc, je crois, en ce drôle de 26 février 2006. Surtout connaissant sa nature impulsive. C’est que, trouvant ces derniers temps que Nath devenait de plus en plus illuminée, et qu’un soir, ayant croisé son ordi allumé pendant qu’elle était au téléphone, j’étais tombé sur un lien envoyé par Dierick, qui l’invitait à des dons pour un gourou indien milliardaire et controversé qui laissait baba. Jouant d’audace, j’étais allé dans la recherche de messages plus anciens. Dans l’un d’eux, Dierick y évoquait des manœuvres pour parvenir à la succession de mes terres. J’avais dû couper rapidement, Nath venait de raccrocher…

J’espérais une conversation franche avec eux, jusqu’à ce jour du crash. A voir l’état de la voiture, je ne comprends toujours pas comment elle s’en est sortie indemne.

Quant à moi, je suis, paraît-il, un miraculé : 16 minutes d’apnée sans oxygénation, et surtout sans la moindre séquelle cérébrale… Un record jamais égalé, me dit-on, de mémoire de médecin. Cela tiendrait au fait que je ne me suis pas noyé dans l’eau, mais dans la boue de ce fossé où Nath, dans un accès de colère, avait versé la Peugeot. L’urgentiste m’a parlé du Guinness Book, pour que j’y entre. Il s’occuperait de tout. Je suis décidément mis à toutes les sauces !

Moi, tout ce que j’ai senti, c’est ce goût de terre précis en bouche qui m’a prolongé les sens, ramené près de trente ans en arrière.

Dierick était là quand ils m’ont sondé. C’est lui-même qui a pris la responsabilité d’un pneumothorax. Entre trépassement et demi conscience, je me souviens vaguement de ma tristesse, quand la boue a quitté mes poumons. Bizarre, me dirait-on ! C’est que tout un soleil buissonnier, tout un atelier de poterie, ces goûts, ces odeurs, ces gestes primesautiers poétiquement infantiles, toutes ces marques de grandes vacances s’en allaient avec la vidange de mes voies respiratoires.

La morphine et les médocs m’ont laissé dans un état second. Voilà trois jours que je feins de les prendre, pour conserver le plus possible de lucidité.

Je ne veux pas que mes terres servent un temple, où mes illuminés pourraient à leur guise manipuler certains cerveaux, aussi résignés qu’influençables, ayant grand besoin de se raccrocher à tout et n’importe quoi.

Je me souviens encore par éclairs de Dierick gueulant sur l’urgentiste :

- Doucement, bon Dieu, le pouls s’affole ! C’est bien trop tôt pour l’adrénaline. N’importe quoi… Vous voulez le voir clamser ? Refaites un électrochoc, je reprends en manuel.

Je me souviens de mon moi intangible, survolant par-dessus terre les quatre bras s’affairant sur mon corps à demi mort. J’étais présent à 1000% d’âme. Ame qui enflait, enflait, jusqu’à dépasser la salle d’op. Dans le couloir, il y avait Nath, accrochée comme souvent quand j’étais là, à son portable. Dierick l’avait rejointe. Peut-être étais-je « sauvé » ? Et mon âme partout dans l’univers, mais surtout là, dans ce couloir où Dierick a embrassé Nath. J’ai ressenti une vraie souffrance, signe effectif que mon corps était en train de se remettre à vivre sa vie terrestre.

Tout est, qui doit être.

La promenade se termine. Nous quittons le parc de l’hôpital, un dernier rayon de fin de journée traverse la pièce vitrée à l’arrière du bâtiment.

Demain, je pourrai sortir, à condition que l’on me soigne à domicile. Dierick veut me prendre chez lui ; ça, jamais ! Sinon, je suis réellement foutu. Mon ami Marc viendra me chercher une heure avant eux. Il se fera passer pour un assistant de Dierick.

C’est dans les instants critiques qu’on se rend compte si on peut faire confiance à ceux qu’on croit être des amis. On verra.

Qui terre a, guerre a.

J’ai gardé un peu de cette boue qui m’a « sauvé », un infirmier, sur ma demande, me l’avait conservée.

Il me reste au moins ça : ce goût de terre précis.

 

     Thierry Ries

 

Cette nouvelle a été écrite pour les besoins du thème de la revue de notre cercle littéraire hainuyer Clair de luth ( www.clairdeluth.be).

 

Publié dans auteur mystère

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 > >>