Concours 4 : Texte 5
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Mes bêtises d’enfant
Une première : c’était dans la seconde moitié des années 50, où la vie était tout autre. J’avais un camarade dont les parents étaient agriculteurs, dans ma région on disait fermiers. Dans sa grange se trouvait un énorme amas de ballots de paille empilés qui paraissait gigantesque à nos yeux d’enfants ; il était peut-être d’environ quatre mètres de haut. Comment nous vint l’idée saugrenue de tenter le parachutisme ? Je ne sais. Toujours est-il que nous nous emparâmes chacun d’un sac de jute vide destiné à recueillir les grains sous la batteuse lors des moissons ; je sens encore aujourd’hui le contact rugueux du tissu sur mes mains. Sans hésiter nous gravîmes aussi prestement que possible mais cahin-caha cette montagne grâce aux ballots qui formaient sur le côté une sorte d’escalier aux marches bien hautes, de 50 ou 60 centimètres et, inconscient, saisissant dans chaque main deux coins du pseudo parachute, je m’élançai le premier dans le vide. Evidemment le dispositif ne fonctionna pas et la vitesse de la chute fit que je me reçus en pliant un genou qui vint heurter ma bouche. La griserie initiale fit vite place à la quasi panique quand je constatai que le choc avait fait en sorte qu’une de mes dents avait percé la peau sous ma lèvre inférieure. Le sang fit vite irruption, heureusement modérément. Penauds et apeurés, pressant un mouchoir en tissu, assez rapidement sanguinolent, sur la plaie, nous courûmes aussitôt chercher le secours de ceux dont bien souvent nous pensions qu’ils ne nous comprenaient pas… les adultes !
Une deuxième bêtise, à la même époque.
Près de chez moi vivait une vieille dame seule, toujours vêtue de noir, à l’embonpoint conséquent et à l’hygiène douteuse, Augustine. Sa maison était un vrai capharnaüm ! Elle possédait un jardin qui jouxtait celui de la ferme de mes petites voisines et camarades de jeu. Cet été-là y trônait un magnifique cerisier chargé de fruits luisants et tentateurs. Avec quelques camarades nous ne résistâmes point à la maraude et franchissant le grillage de clôture, nous nous emparâmes de généreuses poignées de ce butin et le ramenâmes chacun chez nous. Ma mère m’en demanda la provenance et, moi ne sachant trop mentir, je lui avouai le larcin. Elle souligna notre stupidité et nous conseilla de proposer à la vielle Augustine de lui cueillir ses cerises, ce qu’elle ne pouvait plus beaucoup faire seule. Sans doute qu’alors elle nous en offrirait !
Ni une ni deux, dès le lendemain matin, nous nous exécutâmes, et poliment nous fîmes notre proposition. Aussitôt Augustine entra dans une colère noire et éructa en son patois : « Baind’ de vacabones (bande de vagabonds, voleurs), ché vous quia vé volé mé c’risses ; j’va aller quer (chercher) l’gard’ champèt’, vous allez vir (voir) !
Immédiatement, nous effectuâmes un repli stratégique désordonné et regagnâmes nos pénates, n’en menant pas large. La peur des représailles de l’Autorité ne nous quitta qu’après plusieurs jours : Augustine n’avait pas donné suite !