Concours 4 : texte 4
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Doit-on punir son enfant quand il a essayé de vous aider, quand il a tout gâché, mais qu’il était de bonne foi, quand il vous a fait sortir de vos gonds, mais qu’il n’a pas compris pourquoi ?
Mon père était passionné de jardinage. Il cultivait son potager pour nourrir la famille, mais sa joie, son bonheur quotidien, c’était de planter des fleurs. Des roses, des œillets, des pois de senteur ; mille plantes embaumaient le jardin et leurs couleurs éclataient dès la venue du printemps.
Tout son temps libre, il le passait dans son jardin : sarcler par ci, planter par là, enlever une mauvaise herbe qu’il n’avait pas vue la veille, couper une rose qui « avait perdu cette vesprée les plis de sa robe pourprée » etc.
Lorsque le temps le permettait, mon père m’emmenait dans son enclos fleuri. Il me permettait de goûter une fraise ou une framboise, de cueillir du raisin ou des haricots. Mon paternel était un homme patient et il me montrait comment devenir un as du jardinage.
Mais ce jour-là, les oiseaux chantaient l’arrivée du printemps, les perce-neige déployaient leurs corolles, et mon père sifflait appelant dans le jardin le merle chanteur. Il avait un peu la tête ailleurs, les premiers rayons du soleil l’avaient toujours rendu un peu fou et, après quelques mois sans jardinage, il redoublait d’effort.
Je pense qu’il m’avait oublié, qu’il avait oublié que son fils était là avec lui et comme il ne s’occupait pas de moi, j’ai décidé de l’aider à enlever les mauvaises herbes que je trouvais bien nombreuses à cette époque de l’année.
Je me suis donc mis à les arracher sans vergogne et j’ai jeté le tout sur le tas de compost au bout du jardin.
Lui s’affairait toujours sans faire attention à moi. Il coupait les plantes que les morsures de l’hiver avaient rendues malades. Il leur fallait une bonne coupe pour qu’elles puissent reprendre du poil de la bête et retrouver leur jeunesse d’antan.
Son seau rempli des ces frêles tiges rabougries, il se dirigea à son tour vers le compost.
Tout à coup, il se mit à hurler. J’ai cru qu’il avait découvert un essaim d’abeilles et qu’elles l’avaient piqué à plusieurs places.
Ma mère accourut de sa cuisine pour voir ce qu’il se passait. Elle n’avait jamais entendu sortir autant de gros mots de la bouche de son tendre mari. Il vociférait sans que j’en comprenne la raison.
Il s’arrêta de hurler pour retirer du tas de légumes et de branchages en décomposition, toutes les « mauvaises herbes » que j’y avais jetées. Je ne comprenais plus rien !
Ma mère m’expliqua par la suite que ce que j’avais pris pour des herbes indésirables étaient les tulipes que mon père avait plantées sous la forme de bulbes avant que le froid de l’hiver ne nous tienne éloignés du jardin.
Les premiers rayons de soleil avaient réveillé ces plantes hollandaises qui comptaient nous offrir leurs jolies corolles colorées en avril. Rien ne fut perdu, finalement, puisque j’avais arraché les plantes avec leurs bulbes et mon père put les replanter dans un sol meuble réchauffé par le souffle du printemps naissant.
Peut-être ont-elles juste eu quelque retard dans leur floraison, mais je les ai trouvées magnifiques lorsqu’elles nous ont fait l’honneur d’ouvrir leur pétales au soleil.
Finalement, cette bêtise enfantine bien involontaire m’a donné une leçon de science et c’est peut-être ce jour-là que j’ai décidé de devenir jardinier, un métier dans lequel je m’épanouis pleinement.