Coucours acte 2 "l'appel du large" : Texte 1
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Après cette terrible révélation, Magali s'éclipsa, me laissant seule à mes interrogations. Prévenir les enquêteurs n'était pas une option. Selon la mère éplorée, les ravisseurs de la jeune Fanny savaient déjà que j'étais au courant de tout. Un frisson s'empara de moi à cette idée. Magali avait été claire : si je m'en mêlais, je m'exposai aux pires représailles.
Je me couchai sur ces entrefaites. Impossible de fermer l’œil. Figurez-vous que ce n'étaient même pas ces révélations rocambolesques qui me perturbaient le plus. C'était autre chose, une autre information que Magali avait laissé échapper : sa fille était détenue dans les catacombes de Paris. Comment vous avouer que mon rêve -ce que j'appelais « aventure » par dessus tout- était d'explorer le labyrinthe infini de « l'autre Paris » ? Combien de reportages avais-je dévoré à ce sujet ? Combien de cartes approximatives des réseaux interdits avais-je apprises par cœur ?
Je fermai les yeux sur une dernière pensée : demain soir, Magali devait retrouver les ravisseurs de sa fille dans un de ces souterrains, accompagnée d'une sacoche de 100000 euros !
Près de 350 km des catacombes sont fermées au public depuis 1830. De quoi faire étinceler les yeux de l'exploratrice que j'étais. Fan d'urbex, les catacombes de Paris restaient mon Graal depuis mon adolescence. Evidemment, seules les parties interdites au public m'intéressaient !
-Que faites-vous là ? Vous êtes folle ou quoi ?
Magali, vêtue de noire, serrant le sac contre elle, se confondait avec le mur du pont. Son accueil ne me refroidit nullement.
-Je viens avec vous. Là-dessous, vous ne pourrez pas appeler à l'aide en cas de problème. A deux, nous serons plus fortes.
La lampe du téléphone de Magali se posa longuement sur mon regard avant de regagner le sol terreux.
-Si ma fille a des ennuis à cause de vous, je vous tue.
Charmant encouragement. Mais je ne m'y fiai pas. Lorsque je posai une main réconfortante sur celle de Magali, je sentis qu'elle était un peu rassurée, un peu plus calme. Sans un mot, je la suivis. Nous descendîmes sur une vieille voie ferrée, conformément aux instructions données par les kidnappeurs. Après l’avoir longée pendant une vingtaine de minutes, nous nous arrêtâmes au milieu d’un tunnel, juste devant une étroite cavité dans la pierre.
-C'est là, murmura Magali.
Une des entrées interdites. Je m'en souvenais maintenant. L'absence de guide ne me freina pas.
Je pénétrai en premier dans l'ouverture et Magali me laissa prendre la tête de notre excursion. Un frisson d'excitation me parcourait tandis que les vieilles pierres déroulaient leurs couloirs interminables à la lueur de ma lampe. L'heure était grave. Paradoxalement, c'était aussi pour moi la première -et peut-être la dernière- occasion de plonger dans les authentiques entrailles de Paris...
Nous avançâmes ainsi pendant plus de trente minutes, suivant tant bien que mal les étapes indiquées grossièrement sur le papier reçu par Magali. Une remise de rançon dans ces boyaux obscurs ne pouvait que bien se passer pour ces ravisseurs d'enfant ! Mais pourquoi cet endroit ?
-Quel âge a Fanny ?, demandai-je pour rompre l'angoissant silence.
Magali attendit quelques secondes avant de répondre. Le couloir que nous empruntions était à demi-inondé et nous marchions difficilement. En dépit du froid, nous transpirions à grosses gouttes.
-Six ans. Elle a été enlevée il y a trois jours, alors qu'elle jouait chez une amie. Dans un jardin non clôturé.
-Et son amie n'a rien vu ?
-Elle était allée chercher des jouets dans sa chambre. Fanny était seule.
-Que dit la police ?
-Que m'importe ? Je ne l'écoute pas. Je n'ai pas confiance, je préfère agir seule en parallèle de leur simulacre d'enquête.
Je retins mon étonnement. Après tout je comprenais. Cette mère voulait sauver son enfant... Soudain, je me figeai à un carrefour. Un cri terrible s'éleva des profondeurs de la terre.
Mon excitation retomba d'un seul coup. Magali gémissait en s'accrochant à moi.
Mon Dieu... Ce cri glaçant...
On aurait dit le cri d'une fillette à qui l'on a arraché un membre...