Concours 2, Texte 2
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A tout prix
C’était un si grand désir, une sorte de rêve à réaliser pour s’assurer qu’elle était encore suffisamment animée par ses audaces. Toute sa vie, elle était allée de projets en projets. Certains avaient exigé un gros investissement personnel. Des stages, des heures et des heures consacrées à la préparation parfois. Il y avait eu ainsi sa participation à une exposition d’aquarelles quand elle avait une trentaine d’années. Elle se disait alors qu’elle se devait d’engager beaucoup d’énergie pour exposer au moins une de ses œuvres lors de la journée porte ouverte de l’organisation caritative dont elle était un membre fort actif. Elle avait relevé ce défi. Elle était parvenue à ce que trois de ses œuvres soient exposées et avait vu sur l’affiche son nom figurer parmi ceux d’autres artistes, combien plus reconnus. Elle en avait été fière. Elle avait reçu des commentaires positifs. Elle continuait à employer cette technique de peinture. N’avait-elle pas aussi contribué peu de temps après à la mise en place du salon automnal des arts picturaux dont elle était encore un pilier ?
Pâques approchait. Il était de bon ton de s’accorder une pause. Quelques jours plus tôt, Guillaume, son filleul, avait annoncé qu’il projetait de construire des châteaux de sable avec son fils lors du séjour à la côte prévu durant le long week-end pascal. Il avait, en effet, réservé après s’être concerté avec son épouse, un bel appartement offrant une vue sur la mer et permettant d’accueillir au moins six personnes. Elle avait quant à elle programmé de les y rejoindre le samedi et le dimanche avec sa sœur et son beau-frère.
Après avoir entendu les propos de son filleul, cela avait été une sorte de réflexe, elle s’était mise à fantasmer. Comme elle aurait voulu accompagner Guillaume et son fils dans cette magnifique expérience de constructions de sable ! Cela la replongerait à coup sûr dans ses jeunes années ! Certes elle avait un peu plus de soixante ans, mais elle était encore souple et se montrait à la fois créative et adroite. Alors elle le fit sans complexe ! Malgré les nombreux touristes, malgré les quelques réserves de l’épouse de Guillaume, malgré le jugement de son beau-frère qui la jugea « fofolle » quand elle annonça ce qu’elle comptait faire, malgré son look de mamy, elle se livra à cette activité enchanteresse. Oui, elle apprécia la texture du sable ! Oui, elle corrigea la silhouette d’une tour ! Oui, elle repensa à d’autres châteaux de sable ! Oui, elle se laissa photographier et marcha quelques instants pieds nus au bord de la mer ! Oui, elle rit, s’amusa et prit un réel plaisir à se trouver en sandales telle une gamine sur un sol sablé !
Tout est possible pour qui le veut vraiment, se dit-elle régulièrement et se plaît-elle à répéter autour d’elle. Il y a six mois n’avait-elle pas danser la bamba lors d’un anniversaire de mariage ? N’acceptait-elle de participer à des randonnées en haute montagne ?
En elle, il n’y a guère de différence dans la manière d’envisager la vie au fil des ans. Elle garde ses valeurs, celles qu’elle a tenu à promouvoir durant sa carrière d’enseignante. Elle a ses règles et ses principes. Selon elle, il ne faut jamais abandonner si on souhaite continuer à avancer et rien ne compte plus que des combats réguliers pour s’affirmer. Obstination, entêtement, ténacité sont des mots qu’elle adore. S’engouffrer dans des expériences qui témoignent de ses goûts est sa recette du bonheur. Elle veut rester éveillée à ses impulsions positives. « Tu ressembles à notre grand-mère qui tenait tant à sa liberté… » lui a déjà dit et redit sa sœur.