Concours 3 texte 7

Publié le par christine brunet /aloys

Reconversion inattendue

   Avec mon pote Bébert, notre dada, c’était d’écumer les propriétés des beaux quartiers. À Bruxelles, ça pullulait les baraques qui regorgeaient d’objets de grande valeur. Notre vitesse de croisière, c’était un soir par semaine pour pénétrer l’un ou l’autre de ces chefs-d’œuvre architecturaux. Pile, on cambriolait une demeure Art déco. Face, une demeure Art nouveau. Derrière les façades de ces maisons-là, croyez-moi, pour Bébert et moi, y’avait de quoi s’amuser. Ah, j’oubliais, moi, c’est Jean-Do. Tous les deux, Bébert et moi, nous sommes licenciés en histoire de l’art. Eh oui, les études, ça peut vous emmener très loin. Au premier coup d’œil, nous savions donc déceler ce qui valait la peine d’être dérobé.

   Ce soir-là, le soir qui a changé le cours de notre existence, c’était un soir pile. Bébert conduisait. Direction quartier Prince d’Orange, maison style Art déco. Et sacré Bébert, il a confondu l’avenue Hamoir et l’avenue du Prince d’Orange. Une erreur qui changerait le cours de notre existence. Une fois entrés dans la demeure (je vous passe les détails), nous nous apprêtions à évaluer ce qu’exactement nous allions subtiliser. Tout à coup, grandes lumières. Bébert et moi, je vous dis pas, étions comme paralysés.

— Enfin ! C’est la Providence qui vous envoie, messieurs ! nous lâche un dandy assis sur un fauteuil Chapeau de gendarme.

— Cher Bébert ! Cher Jean-Do ! Je vous attendais !

— Mais … comment …. Vous nous connaissez ?  je demande, entre palpitations et sueurs froides. Bébert, plus sensible que moi, tremblait de tous ses membres et restait muet.

— C’est un quartier surveillé par une milice privée, les amis ! Dès que vous avez franchi la limite d’une zone sous surveillance, les propriétaires du périmètre sont avertis et reçoivent un dossier complet des visiteurs via leur montre connectée. Je connais donc votre irréprochable pedigree à tous les deux. Et cela m’arrange ! J’ai un deal à vous proposer, messieurs.

— Nous vous écoutons. Nous n’avons pas le choix …

— Voilà. Cambriolez cette maison, prenez ce qui vous convient mais par pitié, liquidez ma femme ! Un million d’euros se trouvent dans ce coffre, là, derrière cette reproduction d’un Tamara de Lempicka.

— Et comment désirez-vous que madame votre épouse soit assassinée ? je demande illico, un million d’euros quand même …

— Voici un coussin sorti tout droit des ateliers Paul Poiret, mon épouse adore ces motifs Éventail, autant lui faire plaisir une dernière fois. Mourir étouffée entre des demi-cercles qui évoquent l’opulence des Années folles sera pour elle d’un réconfort certain.

— Si vous le dites !

— Allez-y messieurs, première porte à droite dès que vous aurez escaladé l’escalier impérial. Et si le travail est effectué avec grand art, sans bruit et surtout sans douleur, quelques amis feront appel à vos services. Vous savez, il y a des femmes et des belles-mères encombrantes … un voisin ou l’autre aussi, parfois. Ah, j’oubliais, je me charge bien sûr de la dépouille.

   Depuis, Bébert et moi, nous nous sommes reconvertis. Le boulot est diversifié et très bien payé. Du tout grand art. Un art tout à fait nouveau.

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