Concours 3 Texte 8
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Il y a…
Les lumières de la ville accueillirent la nuit, chassant de leur éclat tapageur la discrète lueur d’un crépuscule mourant. La balade s’annonçait douce et Arthur s’en réjouit. Depuis deux jours, il n’avait pas quitté l’hôtel et ses salles de conférence. Il faut dire que presque toutes les sommités scientifiques mondiale étaient présentes. Une aubaine pour un simple assistant de recherche ayant hérité de l’invitation de son chef de projet trop malade pour en profiter. Enthousiasmé par les diverses conférences, il avait cependant été étonné de découvrir, parmi les intervenants, le professeur Merzhin. Outre sa manie de porter en permanence des lunettes à verres sombres, le bonhomme prônait des théories sur les points de contact multiverses si absurdes qu’Arthur se demandait encore qui avait eu l’idée saugrenue de l’inviter à ce congrès. Il devait néanmoins reconnaître que, lors de leur rencontre fortuite au bar de l’hôtel, le professeur s’était montré d’agréable compagnie et avait même fait preuve d’une belle indulgence envers son scepticisme. Abandonnant la science, ils avaient aimablement devisé de tout et de rien et, lorsqu’Arthur avait évoqué son intention de visiter la ville, le professeur avait même recommandé le cœur historique particulièrement charmant la nuit.
Arthur sortit son smartphone et afficha une carte de la ville. D’un pas souple, il rejoignit le quartier le plus animé à cette heure et se laissa guider par le son d’un piano jusqu’à une taverne bourrée à craquer de touristes en goguette. Il prit le temps de boire une bière et se surprit à taper du pied au son du piano. Sa bière consommée, il sortit et reprit le chemin de la vieille ville. Petit à petit, le tapage s’atténua, les touristes se firent plus rares, les bâtiments changèrent d’apparence.
Le cœur historique était une merveille tout en pierre et pans de bois, toits de chaume et fers forgés. Des bâtiments formaient un îlot entourant une petite place arborée où, en ce mois de juin, s’ébattaient des lucioles. Arthur était émerveillé, c’était la première fois qu’il assistait à un tel spectacle. Continuant son chemin, il choisit une rue au hasard. Ses pavés ronds et lisses, éclaboussés de lumière par quelque réverbère, menaient à un îlot semblable au premier. Arthur déambula pendant un moment, découvrant avec un plaisir chaque fois renouvelé jardins féériques et coquets bâtiments. L’heure avançant, il décida qu’il était temps de rentrer à l’hôtel. La matinée du lendemain ne prévoyant aucune conférence, il en profiterait pour visiter d’autres parties de la ville. À moins qu’il ne revienne admirer celle-ci à la lumière du jour. Il rebroussa donc chemin et, au bout d’un moment, dû bien s’avouer qu’il était perdu. Sortant son téléphone, il afficha la fonction G.P.S et fit une demande de tracé entre sa position actuelle et l’hôtel. Le moteur de recherche se mit à tourner…
Il tournait encore lorsque, soudain, des pas résonnèrent. Non loin d’Arthur surgit un personnage à l’allure étrange : houppelande anachronique, chapeau comme un petit cône et bâton à la main. Dans son visage, barré des ombres de la rue, n’étaient visibles que les yeux, deux saphirs insondables. Sans un mot, de son bâton, il indiqua une rue. Arthur le remercia de la tête et s’empressa d’emprunter le chemin indiqué dans l’espoir qu’il le ramène vers son hôtel. Un nouveau coup d’œil à son écran lui apprit que la recherche n’avait toujours pas abouti. Relevant le nez, il découvrit un nouveau décor. Il se trouvait à présent non loin d’un lac, qu’une source lumineuse, dissimulée dans ses profondeurs, parait d’émeraude et de turquoise. De l’eau jusqu’à la taille, une femme aux longs cheveux d’un blond lunaire se tourna lentement vers lui. La pensant en danger Arthur se porta à son secours, main tendue. Mais la dame se contenta de le regarder. Enfin, elle battit des cils, comme au sortir d’un songe et s’enfonça dans le lac jusqu’à y disparaître. Puis une main surgit des flots. Un claquement de doigts et Arthur se retrouva à proximité de son hôtel. Depuis le coin d’ombre où il se trouvait, il leva les yeux vers les étoiles, et redécouvrit une émotion depuis longtemps perdue : la sérénité. Il ne savait toujours pas où il s’était égaré, mais ne regrettait rien. Dans sa tête résonna alors l’écho des mots empruntés à Shakespeare que lui avait chuchoté le professeur Merzhin en quittant le bar: « Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n’en rêve votre philosophie. »