Concours 4 texte 10
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Les vapeurs d’une chicha frelatée flottaient encore dans sa mémoire alors qu’il errait sans but dans le dédale des souks de Bagdad. Échoué au beau milieu de vacances solitaires qu’il venait de s’offrir en quatre fois sans frais avec PayPal, et miné par une fatigue chronique, il finit par s’effondrer sur un banc vermoulu. C’est là qu’un vieillard aux manières mielleuses s’enquit de son état d’âme, ce qui le poussa à confesser l’escroquerie de ses prétendus producteurs. Ces derniers s’étaient volatilisés avec toutes ses économies, anéantissant son rêve d’enregistrer son album. L’inconnu l’exhorta alors à formuler son vœu le plus cher avec une netteté absolue. Par pure bravade, il réclama un triomphe planétaire qui éclipserait la carrière de Michael Jackson, avant de sombrer dans un sommeil léthargique.
Le lendemain, les rayons du soleil filtraient à travers les stores quand un vacarme assourdissant déchira le silence. Il ouvrit les yeux, hébété, sur les murs familiers de son propre appartement, à des milliers de kilomètres de Bagdad. Son impresario déboula dans la pièce, hurlant que son single, celui qu’il n’avait pourtant jamais enregistré, caracolait en tête des ventes et qu’il fallait de toute urgence préparer une tournée mondiale. En ouvrant la fenêtre, il découvrit une foule compacte qui scandait son nom avec une ferveur démente, brandissant des bannières à son effigie. Les caméras des chaînes d’information en continu retransmettaient déjà l’émeute en direct. Dès qu’il mit un pied dehors, cette marée humaine le prit en chasse avec la furie de zombies affamés.
La suite s’accéléra dans un tourbillon étourdissant de flashs : la limousine blindée assiégée, puis les coulisses surchauffées d’une arène immense. Lorsqu’il apparut sous les projecteurs, la salle entière chavira dans une hystérie collective indescriptible. Les barrières de sécurité cédèrent sous la poussée des fans qui envahirent la scène et se jetèrent sur lui. Des centaines de mains frénétiques happèrent ses habits et le mirent en pièces au milieu d’un pandémonium inhumain.
Au seuil de l’agonie, tandis que son corps volait en éclats sous la curée, il croisa le regard cruel du vieillard. Ses yeux brillaient désormais d’un éclat de braise et de fumée. Dans un ultime souffle glacé, le Djinn lui murmura que l’aventure exigeait toujours son dû… et que son vœu avait été exaucé avec une netteté absolue.