Concours 1 Texte 8
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Généalogiquement vôtre
Je la regardai fixement, à m’en brûler les yeux, comme tous les jours depuis bien trop longtemps. Avec un soupir je me levai et me dirigeai vers la cuisine où m’attendait un reste de café. La tasse entre les mains, j’enfilai le couloir, passai rapidement, sans m’arrêter, devant le bureau et me réfugiai dans le salon comme le lâche que j’étais. Affalé dans un fauteuil, je me laissai envahir par des pensées sombres et improductives, cultivant le masochisme comme d’autres l’orchidée. Ma vie était à l’arrêt, paralysée par une virginité devant laquelle, jusque là, je n’avais jamais reculé. Cherchant du réconfort dans mes succès passés, je coulai un regard du côté de la bibliothèque et n’y trouvai que des regrets. Désabusé, je portai le café à mes lèvres. Il était froid. De ce même froid qui m’envahissait un peu plus chaque jour. Je puisai alors dans la seule source de chaleur couvant encore au fond de moi et lançai rageusement la tasse vers ce qui avait fait ma vie. La porcelaine éclata sur un montant de bois, couronnant de liquide brun les œuvres complètes de Yan Rebbel, auteur fini. Las, je me levai et, jetant un coup d’œil à l’horloge, assistai à la fin d’une nuit aussi blanche que la page qui me narguait depuis l’écran de mon ordinateur.
J’avais besoin d’air frais et sortis courir, une activité devenue nécessaire à ma santé mentale. Au petit trot, je me lançai à l’assaut du pâté de maison. J’en avais quasiment fait le tour lorsque je vis ma jeune factrice, pressée comme toujours maintenant, rabattre le clapet de ma boîte aux lettres et galoper vers la maison des voisins. Peu après, je récupérai son offrande : beaucoup de publicités, une ou deux factures et une lettre. Je rentrai chez moi, abandonnai le tout sur une console et gagnai la salle de bain. Une demi-heure plus tard, ayant bassement opté pour la cuisine, j’ouvris les enveloppes à l’aide d’un couteau à steak. Si les factures furent sans surprise, la lettre me laissa pensif. Le cabinet écossais Murray Kerr & Sinclair m’avisait du décès d’un certain Alistair McLachlan. L’homme, passionné de généalogie, nous ayant découvert un lien de parenté, m’avait couché sur son testament ! Une lettre qui sentait l’arnaque et dont je me méfiai immédiatement. J’allai la mettre à la poubelle lorsque, pris d’un doute, je me ravisai. Dégainant mon portable, je tapai dans le moteur de recherche noms et adresse du cabinet d’avocats. À mon grand étonnement celui-ci semblait bel et bien exister. Ce qui ne prouvait rien, bien sûr. Je me laissai aller sur le dossier de ma chaise. Et si je me rendais là-bas ? Une folle idée pour un bon gros casanier, mais voilà, je n’avais rien d’autre à faire, n’est-ce pas ? À peu près ravi de ma décision, je me précipitai dans ma chambre, emplis une petite valise et réservai un vol pour Edimbourg.
Malgré un ciel bas, la ville était très belle avec son atmosphère « Auld Reekie ». De plus, la Law Society of Scotland m’ayant confirmé l’existence, dans l’Old Town, du prestigieux cabinet d’avocats, j’en profitai pour flâner un peu. La Law firm occupait un bâtiment de pierre qui sentait bon l’Histoire et le prestige, comme l’intérieur tout en bois ciré et moquette feutrée. Je n’avais pas de rendez-vous, mais une réceptionniste diligente me permis de rencontrer un secrétaire qui, ayant pris connaissance de la lettre, m’introduisit à son tour dans le bureau d’un associé. L’homme, sanglé dans un costume taillé sur mesure, me reçut avec une vigoureuse poignée de main, ravi de rencontrer l’auteur français, à succès, ‒ s’il savait ! ‒ qui, sans le savoir, avait fait la fierté testamentaire d’un vieillard excentrique. Amusé par mon incrédulité, l’avocat confirma le lien de parenté ‒ une lointaine ramille, certes un peu scandaleuse mais bien réelle ‒ qui m’unissait au sieur McLachlan et faisait de moi le dominus proprietatis d’un manoir… en Normandie ! Mieux, j’héritais d’une bâtisse dotée d’une réputation ! Soumis à une nature inquiète, je m’abandonnai d’abord à la réticence que ce mot m’inspirait. Puis de faire front, voyant dans ce qui m’arrivait un signe du destin qui tenterait, d’un baiser fleurant bon le Whisky et le camembert, d’éveiller une muse sclérosée dans ses habitudes banlieusardes.
Je ne le savais pas encore, mais le pantouflard que j’étais venait de mettre le pied dans le genre d’aventure que, d’habitude, je ne réservais qu’à mes personnages !