Pascale Gillet-B nous propose une chronique du roman d'Edmée de Xhavée "M'entends-tu, Geronimo ? "
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Comment donc chroniquer un récit si luxuriant, si riche et varié en anecdotes, paysages, personnages, nourriture ou animaux sans en trahir la narratrice ?
Dans ce foisonnement, j’ai choisi de sélectionner ce qui m’a le plus marquée, impressionnée, émue ou fait sourire. J’ai fait ce choix sans suivre la chronologie de l’auteur mais bien le plaisir de ma lecture.
On visite Montclair et sa colline d’iris, l’’île de Manhattan où se mêlent toutes les parties du monde, de Little Italy à Chinatown, les campus de Yale ou Princeton, la jolie petite ville de Woodstock, ses boutiques artisanales et ses tomates bio.
On flâne lors des promenades-maisons dans les beaux et les moins beaux quartiers.
« Il n’est pas rare de voir une maison dont le côté fait face à la rue, ce qui lui donne l’air d’un train ou d’une roulotte mal garé. Le manque d’appuis de fenêtres donne un aspect plat et frêle qui correspond à la réalité. »
On se balade encore. « Seule pour la plupart du temps, j’aimais me promener sur la route déserte qui s’enfonçait loin dans le rien entre les collines, une heure dans un sens, et le retour. »
On s’arrête au bord des routes « des stops peu diététiques dans les ‘diners’ pour se remplir l’estomac de crêpes au sirop, café et jus d’orange, le tout servi par des dames en tablier de nylon rose mâchant du chewing gum, un bic enfoncé dans la laque des cheveux qui nous appelaient Honey et Sweetie. »
On déguste les tortillas d’Angel, les pupusas chaudes du matin d’Antonio, le gâteau au chocolat indigeste d’une vieille indienne « mais fait avec le cœur, ingrédient de choix… ». Bien sûr, la dinde de Thanksgiving, juteuse et rondelette, le hominy, une préparation de maïs dégustée lors d’un repas cherokee, le homard de Mystic au fumet et à la texture mémorables.
On s’égare dans les allées-avenues des supermarchés où on trouve peu de produits frais. « Le rayon de légumes et fruits, c’était le rayon du compost : plants de céleri jaunes, raisins moisis, tomates effondrées, pêches frémissantes sous les moucherons heureux… et le tout désespérément insipide. »
Lola, Simone, Gastonne et Clara m’ont séduite avec leurs grandes et belles plumes rayées, dindes chéries accompagnées de dindons sauvages qui mettaient à mal pelouses et parterres de fleurs.
Les chats du matin en attente de caresses et de leurs chansons m’ont bien fait rire.
Puis, on croise mille personnes. Les amis, les voisins, la famille.
Les clients de l’imprimerie-photocopie, la surprenante et enjouée Cindy, Clément au rire communicatif, Theresa, une sans abri, Mohammed, un Afghan magnifique, « deux mètres et 120 kgs de gentillesse », Susan, « une white trash enjouée qui avait des dents de murène d’une couleur peu proche du blanc » d’autres affublés d’un surnom , le Croque(mort), l’Avocate.
Et les Indiens, nomades splendides sur la grande route des pow wows dans une ambiance douce, calme et respectueuse. Ils se déplacent d’Etat en Etat se lançant dans des joutes pacifiques de danse, de tambour ou de costume. « Les pow wows bénis par un temps clément sont les mieux réussis parce que le son des tambours n’y rebondit pas sur des murs nus, s’élançant au contraire dans la beauté du monde, sans que rien ne le retienne. Les odeurs de pain indien frit, ragoût d’élan, tacos, riz sauvage avec bison se rencontrent avec bonheur. »
Je m’arrête ici dans la présentation de ce récit, prospère tranche de vie, que je vous invite à découvrir avec le même ravissement que moi.
Merci Edmée pour ce beau moment de lecture.
Pascale Gillet-B
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