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GSL... Gilles Saint-Laurent, notre boss !!!!

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

GSL1999

Le dealer

 

 

Une lune pâle s'était levée, jetant une lumière glauque dans les ruelles de la ville. Le bruit d'une péniche trahissait de temps à autre le silence qui régnait à cette heure de la nuit.

 

La lumière d'un briquet illumina le visage de Dorian tandis qu'il allumait sa cigarette.

 

Un homme, âgé d'une vingtaine d'années tout au plus, s'approcha de lui.

 

- T'en as ? Combien ?

 

- 3 Euros le sachet d'Ecstasy. Avec elle, tu décolles sans problème et tu atterris bien plus tard. J'ai de l'herbe aussi, si tu veux.

 

- Non, l'ecsta, c'est juste ce que j'ai besoin : j'ai envie de planer comme un malade demain soir !

 

- Tiens, et si tu te fais choper...

 

- On m'en a vendu à l'entrée de la boite, un type baraqué mais j'ai pas vu son visage. Note que je sais pas à quoi tu ressembles, men !

 

- Pour toi comme pour moi, il vaut mieux que tu saches pas. Allez, casse-toi !

 

- Ouais ouais c'est ça !

 

Le jeune homme paya et s'éloigna. Le manège se reproduisit quelques instants plus tard, avec un junkie défoncé à un point tel qu'on aurait pu le croire atteint d'une maladie incurable.

 

- Salut, mec, t'en as ?

 

- Ecstasy, herbe, de la coke et un peu d'héroïne aussi.

 

- Héroïne, my lady héroïne, lança le junkie en ricanant.

 

- Un gramme ?

 

- Combien ?

 

- 40 euros.

 

- ok, j'ai assez !

 

Une demi-heure plus tard, tandis que Dorian allait quitter les lieux, un homme d'une cinquantaine d'années, à l'allure élégante, s'approcha.

 

- Combien ?

 

Dorian éclata de rire.

 

- Je tapine pas, sorry.

- Oh ! fit l'homme en déguerpissant aussitôt.

 

L'aube pointait de l'autre côté du fleuve, éclairant doucement le bâtiment en construction (celle-ci devait durer une bonne année mais vu l'absence d'hiver, les travaux seraient probablement terminés plus tôt).

 

Dorian traversa les ruelles, se dirigea vers la grand place et entra dans le self-service de la banque. Là, il y déposa la recette de la nuit, comme il le faisait chaque matin depuis 5 mois maintenant.

 

Il soupira, puis procéda à un virement. Enfin, ayant quitté les lieux, il rentra chez lui, épuisé, et s'endormit aussitôt.

 

Il fut réveillé brutalement par la voix intempestive de la radio diffusant les informations : à quelques mois des élections, chaque parti promettait de diminuer les impôts tout en réglant les problèmes sociaux et la pauvreté...

 

Il avala rapidement son déjeuner, se doucha et s'habilla. Moins d'une heure plus tard, il était à l'hôpital.

 

L'infirmière l'accueillit avec un regard triste.

 

Dorian n'avait pas besoin de plus d'explications.

 

- Vraiment désolé, monsieur. Elle est partie pendant son sommeil.

 

Il fit un signe de la tête et alla au 3ème étage, les larmes aux yeux.

 

Ayant embrassé sa mère, il attendit patiemment que le service des pompes funèbres entre en scène...

 

L'enterrement eut lieu quelques jours plus tard : à part le prêtre, l'enfant de choeur et lui-même, personne n'assista à la cérémonie.

 

Il avait choisi le plus beau cercueil, et la tombe débordait de fleurs.

 

L'après-midi, il se recueillit une dernière fois, avant d'aller se dénoncer à la police.

 

Publié dans Nouvelle

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Une nouvelle que nous propose GSL... Mais au fait, qui sait qui est GSL ? (Les anciens de CDL s'abstenir !)

Publié le par christine brunet /aloys

 

GSL1999

Le dealer

 

 

Une lune pâle s'était levée, jetant une lumière glauque dans les ruelles de la ville. Le bruit d'une péniche trahissait de temps à autre le silence qui régnait à cette heure de la nuit.

 

La lumière d'un briquet illumina le visage de Dorian tandis qu'il allumait sa cigarette.

 

Un homme, âgé d'une vingtaine d'années tout au plus, s'approcha de lui.

 

- T'en as ? Combien ?

 

- 3 Euros le sachet d'Ecstasy. Avec elle, tu décolles sans problème et tu atterris bien plus tard. J'ai de l'herbe aussi, si tu veux.

 

- Non, l'ecsta, c'est juste ce que j'ai besoin : j'ai envie de planer comme un malade demain soir !

 

- Tiens, et si tu te fais choper...

 

- On m'en a vendu à l'entrée de la boite, un type baraqué mais j'ai pas vu son visage. Note que je sais pas à quoi tu ressembles, men !

 

- Pour toi comme pour moi, il vaut mieux que tu saches pas. Allez, casse-toi !

 

- Ouais ouais c'est ça !

 

Le jeune homme paya et s'éloigna. Le manège se reproduisit quelques instants plus tard, avec un junkie défoncé à un point tel qu'on aurait pu le croire atteint d'une maladie incurable.

 

- Salut, mec, t'en as ?

 

- Ecstasy, herbe, de la coke et un peu d'héroïne aussi.

 

- Héroïne, my lady héroïne, lança le junkie en ricanant.

 

- Un gramme ?

 

- Combien ?

 

- 40 euros.

 

- ok, j'ai assez !

 

Une demi-heure plus tard, tandis que Dorian allait quitter les lieux, un homme d'une cinquantaine d'années, à l'allure élégante, s'approcha.

 

- Combien ?

 

Dorian éclata de rire.

 

- Je tapine pas, sorry.

- Oh ! fit l'homme en déguerpissant aussitôt.

 

L'aube pointait de l'autre côté du fleuve, éclairant doucement le bâtiment en construction (celle-ci devait durer une bonne année mais vu l'absence d'hiver, les travaux seraient probablement terminés plus tôt).

 

Dorian traversa les ruelles, se dirigea vers la grand place et entra dans le self-service de la banque. Là, il y déposa la recette de la nuit, comme il le faisait chaque matin depuis 5 mois maintenant.

 

Il soupira, puis procéda à un virement. Enfin, ayant quitté les lieux, il rentra chez lui, épuisé, et s'endormit aussitôt.

 

Il fut réveillé brutalement par la voix intempestive de la radio diffusant les informations : à quelques mois des élections, chaque parti promettait de diminuer les impôts tout en réglant les problèmes sociaux et la pauvreté...

 

Il avala rapidement son déjeuner, se doucha et s'habilla. Moins d'une heure plus tard, il était à l'hôpital.

 

L'infirmière l'accueillit avec un regard triste.

 

Dorian n'avait pas besoin de plus d'explications.

 

- Vraiment désolé, monsieur. Elle est partie pendant son sommeil.

 

Il fit un signe de la tête et alla au 3ème étage, les larmes aux yeux.

 

Ayant embrassé sa mère, il attendit patiemment que le service des pompes funèbres entre en scène...

 

L'enterrement eut lieu quelques jours plus tard : à part le prêtre, l'enfant de choeur et lui-même, personne n'assista à la cérémonie.

 

Il avait choisi le plus beau cercueil, et la tombe débordait de fleurs.

 

L'après-midi, il se recueillit une dernière fois, avant d'aller se dénoncer à la police.

 

Publié dans Nouvelle

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"Un bus", une nouvelle signée Albert Niko

Publié le par christine brunet /aloys

 

un bus

 

La première fois que j’ai pris le bus traversant les collines, ils venaient de revoir les horaires et je suis arrivé avec vingt minutes d’avance. C’était une chaude journée et je suis allé rencontrer le banc qu’incidemment l’ombre d’un arbre rencontrait pareillement au même moment. J’étais bien. J’ai attendu que le chauffeur se redresse dans son siège et démarre pour rappliquer. C’était un bus subventionné par le Conseil Général pour inciter les quelques habitants des collines à laisser leur voiture au garage et se regrouper dans un même véhicule, d’autant que le prix était très attractif. Seulement, ces gens-là avaient appris à se débrouiller sans jamais demander l’aide de personne, et j’avais entendu quelqu’un prétendre en rigolant qu’ils auraient cent fois préféré faire la route à pied plutôt que de monter dans un bus financé par la collectivité. Ils continueraient donc à prendre chacun leur voiture, et nous resterions les mêmes deux trois pelés à profiter de ce qui prenait l’allure d’une location d’une heure de silence. C’était pour le moins surréaliste de voyager seul dans un bus conduit par un chauffeur qui ne l’ouvrait quasiment pas. Et j’ai dans l’idée que lui aussi devait trouver que quelque chose ne collait pas et sûrement en concevoir quelque inquiétude.

Existait-il encore tout à fait à mener ce bus transparent à travers la campagne ?

Les collines, pour leur part, étaient assez collines pour se dresser au passage de l’énigme ambulante.

 

***

 

Pour gagner la préfecture, il me fallait prendre le bus traversant les collines, le train ne desservant, pour sa part, que des communes du département limitrophe. Généralement je partais pour la journée et j’emportais mon déjeuner. Un jour qu’il pleuvait, autour de midi, j’ai commencé à chercher un coin abrité où me poser pour manger. Deux fois, qu’il m’a fallu faire le tour de la place avant de la cerner dans un renfoncement : une porte avec un seuil surélevé. Je me suis posé et j’ai sorti les trucs de mon sac. Il y avait des gens qui entraient ou qui sortaient et qui me souriaient. C’est vrai que la situation avait quelque chose d’un peu comique, et ça me dérangeait pas plus que ça de passer pour un clodo. Je leur souriais à mon tour. Jusqu’à ce que s’amènent ces deux mecs avec ce masque un peu froid à la place du visage, et qu’ils me sortent cette phrase aussi sûrement que si c’était la trois cent-unième fois :

« Faut pas rester là, Monsieur. 

- Écoutez, c’est juste le temps de manger… Mais en quoi je gêne ?

- Vous êtes sur l’entrée de service du commissariat. »

 

ALBERT NIKO

 

Publié dans Textes, Nouvelle

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"Un bus", une nouvelle d'Albert NIKO

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

un bus

 

La première fois que j’ai pris le bus traversant les collines, ils venaient de revoir les horaires et je suis arrivé avec vingt minutes d’avance. C’était une chaude journée et je suis allé rencontrer le banc qu’incidemment l’ombre d’un arbre rencontrait pareillement au même moment. J’étais bien. J’ai attendu que le chauffeur se redresse dans son siège et démarre pour rappliquer. C’était un bus subventionné par le Conseil Général pour inciter les quelques habitants des collines à laisser leur voiture au garage et se regrouper dans un même véhicule, d’autant que le prix était très attractif. Seulement, ces gens-là avaient appris à se débrouiller sans jamais demander l’aide de personne, et j’avais entendu quelqu’un prétendre en rigolant qu’ils auraient cent fois préféré faire la route à pied plutôt que de monter dans un bus financé par la collectivité. Ils continueraient donc à prendre chacun leur voiture, et nous resterions les mêmes deux trois pelés à profiter de ce qui prenait l’allure d’une location d’une heure de silence. C’était pour le moins surréaliste de voyager seul dans un bus conduit par un chauffeur qui ne l’ouvrait quasiment pas. Et j’ai dans l’idée que lui aussi devait trouver que quelque chose ne collait pas et sûrement en concevoir quelque inquiétude.

Existait-il encore tout à fait à mener ce bus transparent à travers la campagne ?

Les collines, pour leur part, étaient assez collines pour se dresser au passage de l’énigme ambulante.

 

***

 

Pour gagner la préfecture, il me fallait prendre le bus traversant les collines, le train ne desservant, pour sa part, que des communes du département limitrophe. Généralement je partais pour la journée et j’emportais mon déjeuner. Un jour qu’il pleuvait, autour de midi, j’ai commencé à chercher un coin abrité où me poser pour manger. Deux fois, qu’il m’a fallu faire le tour de la place avant de la cerner dans un renfoncement : une porte avec un seuil surélevé. Je me suis posé et j’ai sorti les trucs de mon sac. Il y avait des gens qui entraient ou qui sortaient et qui me souriaient. C’est vrai que la situation avait quelque chose d’un peu comique, et ça me dérangeait pas plus que ça de passer pour un clodo. Je leur souriais à mon tour. Jusqu’à ce que s’amènent ces deux mecs avec ce masque un peu froid à la place du visage, et qu’ils me sortent cette phrase aussi sûrement que si c’était la trois cent-unième fois :

« Faut pas rester là, Monsieur. 

- Écoutez, c’est juste le temps de manger… Mais en quoi je gêne ?

- Vous êtes sur l’entrée de service du commissariat. »

 

ALBERT NIKO

Publié dans Nouvelle

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Bouddha, une nouvelle d'ALBERT NIKO

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Bouddha

 

Sentant la baudruche grandir dans sa tête, il s’agrippe à son stylo, attrape son chéquier et commence par régler son loyer. Puis il y a la pension alimentaire. La facture de gaz. Le tiers provisionnel. Heureusement qu’il vient de toucher sa paie. Et heureusement qu’il dispose encore de quelques timbres. Il met tout sous enveloppe, quand il se rappelle qu’il doit donner son congé pour l’appartement. Il prend une feuille, mais ne peut aller plus loin car déjà le stylo lui tombe des mains.

Un néon le cueille au plafond, dans la béatitude du Bouddha.

 

 

décrocher Bouddha

 

Depuis un mois, ça bichait. On était toujours arrivés à temps. Jusqu’à cette fois où le chef s’est retourné devant la porte.

- Jamais vous vous demandez ce que vous faites ?

Bob et moi on s’est regardés. On commençait à le connaître.

- On laisse ça à d’autres, lui a répliqué Bob en souriant.

- Merde, les mecs ! Ouvrez les yeux ! Les mots, les panneaux, les avenues, les routes, les tire-bouchons, les essuie-glaces… Ça vous dit rien ?

On a attendu la suite. Y avait que ça à faire. Il nous barrait l’accès de l’appartement. Derrière nous, le nouveau écoutait ce qu’il croyait être des consignes de travail.

- C’est tout ce qui se présente chaque jour devant vous et qui vous empêche de regarder au-delà. Vous me suivez ?

On a acquiescé.

- Vous vous êtes jamais demandés pourquoi on se traîne tous cette ombre ?

Le patron et ses théories à la con. J’aurais pu lui rétorquer que les panneaux et les tire-bouchons connaissaient le même phéno-mène, mais ça n’aurait fait que nous retarder davantage et qui ne nous disait qu’il ne savait pas exactement ce qu’il était en train de faire ? Il savait que nous savions, et c’était comme ça qu’il nous tenait, en nous condamnant à entendre ses théories fumeuses. Quand une nouvelle recrue se présentait, il lui bourrait tant et si bien le mou qu’on se retrouvait de nouveau entre nous, Bob et moi, et c’était sa manière à lui de nous chier dessus, avec notre pavillon sur vingt ans, et une bonne femme qui vous pondait la marche à suivre en même temps que ses marmots. Lui et sa belle petite gueule d’oiseau miraculé…

- Bordel, il y a une autre vie – il peut y en avoir une autre – mais trop de merdes vous bouchent la vue. C’était Saroyan, je crois, qui disait que l’esprit devrait être occupé en permanence à rechercher la vérité la plus complexe sur lui-même. Le réel en-ferme, là où l’imaginaire libère. Vu ?

- Et, a cru bon d’intervenir Bob, qu’est-ce que vous allez en faire, de votre esprit ?

- Merde, il est con ou quoi !? L’esprit n’est pas un outil. Faire… Pourquoi toujours forcément FAIRE ? Si en ne faisant rien, tu t’abstiens d’apporter ta contribution à cette folie géné-rale, C’est toujours ça de gagné pour les autres. Comme quoi, on peut faire quelque chose en ne faisant rien. Vu, tête d’épingle ? Bon, allons voir ce qu’il y a derrière…

Il a ouvert, jeté un rapide coup d’œil à gauche avant de s’engager vers la droite.

- Le morceau se trouve dans la cuisine. Moi, j’ai assez vu de ces cadavres volants à tête de Mickey. Cinq secondes…

Pendant que Bob prenait à gauche dans la cuisine, j’ai entraîné le nouveau dans la pièce à vivre, avec le chef.

- Bon, j’ai dit au nouveau. Pour reprendre vite fait, tu l’entraîne un peu vers toi par les pieds. Tu dégages bien la tête du moindre petit obstacle, c’est capital. Tu te libères une main pour ouvrir la fenêtre et tu me le fais passer délicatement à travers avant de le lâcher dans le ciel, OK ? Tout est clair pour toi ? Bon, au début ça fait toujours un petit choc de voir ça, mais n’oublie pas que le temps t’est compté !

Bob a croisé le nouveau en nous rejoignant.

- Il est mûr, qu’il lui a fait. Alors traîne pas trop.

Le chef était affalé sur le divan, face à une large baie vitrée.

- Je serais bien ici, avec cette vue magnifique sur la montagne. Si je pouvais, j’en décollerais pas.

- Et qu’est-ce qui vous en empêcherait ? a demandé Bob

- Pas le boulot, en tout cas, si c’est à ça que tu penses. Moi, je me suis pas laissé couillonner avec une bonne femme et des moutards. Je plaque quand je veux. Seulement, si je voulais pouvoir continuer à jouir du spectacle, il faudrait qu’à un moment ou un autre je sorte acheter de quoi manger, sans ou-blier le pcul, histoire que la machine continue. Vu, tête d’é-pingle ?

- EEH, a lancé le nouveau de la cuisine, ÇA SENT LE CRAMÉ !

- Putain ! a lâché le chef, je me demande où ils ont été le pé-cher, celui-là…

Juste avant que nous parvienne la détonation familière, le pet de foire de la fin.

- D’un côté le ravissement, et de l’autre, l’horreur, a souri le chef à la montagne. Comme les deux faces d’une même pièce.

Bob et moi, on s’est précipités. Le mec par terre, la tête en moins, la cervelle en petits morceaux, et le sang sur les murs, sur les éléments de la cuisine, jusqu’au visage du nouveau qu’en était méconnaissable, baptisé par Mickey.

- Bon sang ! a fait Bob. Et le néon ALLUMÉ ! Je t’avais dit de pas traîner !!

Bob est redescendu en râlant pour aller chercher le matériel, et j’ai envoyé le nouveau se débarbouiller. Essaie de pas rencontrer le miroir, petit.

Le téléphone du chef sonnait juste quand il s’est pointé.

- Ouais ? Non, Impossible. Ici ça a merdé. Envoyez une autre équipe. Écoutez, la gestion des effectifs, c’est votre problème. Tout ce que je peux vous dire, c’est que si on y va maintenant, on vous laisse un atelier de peintre, et le proprio vous demandera des comptes. C’est ça, on y œuvre…

Après avoir raccroché, le chef a fait une remarque sur la cou-leur du sang que j’ai pas relevée. Par contre, j’ai rien loupé de sa petite excursion par le frigo.

- Soyez sympa, chef, laissez-nous une bière. On va en avoir besoin.

- Désolé, c’était la dernière.

- Vous en avez une dans la poche de votre blouson.

- Celle-ci est pour la part cachée de mon âme.

 

 

D’aucuns vous diraient que le sang est fait pour RESTER, mais ils n’avaient pas les produits adéquats et le nouveau s’en était bien sorti. C’était un gars solide, juste un peu con. Le profil idéal.

Quand on a regagné la voiture, je me suis retrouvé à côté de lui, sur la banquette arrière.

- T’as pas l’air du coin, j’ai dit. T’es de passage ?

- Non, je compte bien rester. J’arrive avec une femme et un bébé, et on aimerait bien faire construire. Dites, ce boulot, c’est du sûr ?

- Pas plus sûr. On a toujours besoin de bras.

Puis, en s’adressant à tout le monde, il a demandé ce qui était le plus intéressant, comme magasin. J’ai croisé les sourcils froncés du chef dans le rétro.

- Le moins cher, j’ai dit, c’est Cardesourds. Sauf pour les fruits et les conserves de légumes. Dans ce cas-là, je te conseille Insèrecharmé.

Le jeune a hoché la tête comme si je lui avais refilé le tuyau du siècle. C’était bien engagé.

Publié dans Nouvelle

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Les chiens n'ont jamais tant pris d'exercice... Un texte signé Albert Niko

Publié le par christine brunet /aloys

les chiens n’ont jamais tant pris d’exercice

 

Le chômage – et l’ennui qu’il induit : voilà ce qui les ronge…

Tu peux les voir traîner leurs feuilles mortes du bureau de tabac au supermarché, et non, se désolent-ils en pions sortis de la partie, il n’y a pas de travail, bien contents tout de même de trouver quelqu’un avec qui discuter de ce qui tourne autour de cette vie telle qu’on en a dressé le périmètre.

Ils parlent de leurs chiens respectifs entre gens du voisinage. Les chiens n’ont jamais tant pris d’exercice.

Ou se rassemblent entre fumeurs, dans une clinique psychiatrique, autour de ce qui les plaquent au sol.

Ce qu’ils mangent n’a pas la saveur qu’elle devrait. Ils ne font à leurs yeux que maintenir une machine en état de marche, et ils n’ont pas tout à fait tort.

 

Mais trop de gens se plaignent de ne pas avoir de travail, pour ne pas se réjouir d’être au chômage.

Le conformisme ambiant offre pour écrire une matière inépuisable.

J’écoute la musique des morts des heures durant. On a enregistré cette part vibrante de leur âme, et vous pouvez encore voir leurs marques de pas sur leurs partitions.

Je sors aussi marcher, tournant le dos à la ville.

Ce faisant, des gens me sourient au volant de leur voiture. Ils n’en croisent pas beaucoup des comme moi.

L’un s’arrête pour me suggérer de me joindre à un groupe de marche.

Un autre me demande si je ne fais pas ça pour m’entraîner en vue d’un marathon.

Je les laisse derrière et continue à marcher.

 

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"L'artiste", une nouvelle de Marie-Noëlle Fargier

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

L’artiste


 

L’artiste est un être à part, tellement à part d’ailleurs qu’il s’autorise TOUT !

Bah ! Il transforme, exagère, embellit, enlaidit avec sa plume ou ses pinceaux… la nature, les êtres quels qu’ils soient.

Alors, évidemment il s’y perd un peu ! Fiction- Réalité ?

Il y a celui qui noircit à souhait chaque tableau de la vie avec un pessimisme irréversible (en général il vit comme un reclus) ou celui au contraire qui illumine chaque fleur, chaque visage avec une croyance irraisonnée en la vie.

Bah ! des Rêveurs, quoi !

D’ailleurs souvent il ne sait pas compter, pour lui les billets de banque ne sont que du papier ! Tiens par exemple, il ne discerne pas les différences Hommes-Femmes, Jeunes-Vieux, Noblesse-Tiers Etat, Noirs-Blancs…Pour lui, chaque être est semblable !

Alors, évidemment il fait un peu n’importe quoi ! Bien-Mal ?

Il est capable d’oublier toutes les valeurs qui font de notre société une petite armée bien propre : l’Eglise… et tout ce qui va avec…La politique et tout ce qui va avec…L’éducation et tout ce qui va avec…


 

Tant et si bien qu’il se retrouve dans des situations cocasses qui font sourire ou rire. Il se fait duper le pauvre ! N’existant que dans son imaginaire, par un ciel plus bleu, par un regard plus clair, il traverse le temps en acteur de farce.

Bah ! Certaines bonnes volontés s’ingénient à le faire changer ! Mais…


 

Voilà, dressés en quelques mots les clichés de l’artiste.


 

Bah ! J’en connais un ou deux ou trois…artistes… Et je ris parce que vous m’avez crue ! Ou ceux qui me connaissent un peu ont sûrement discerné que je ne pouvais être cloisonnée dans de tels à priori bien qu’il y ait un peu de vrai (sourire).


 

L’Artiste est chacun de nous dans ce qu’il porte de plus beau, dans les émotions les plus intenses, dans les sensations les plus fortes, dans ces instants bouleversants de chaque détail découvert, vécu : une odeur, un son, une image, un regard, un sentiment qui s’engouffrent en vous et vous font palpiter.

Ces instants attrapés à la volée qui deviennent une éternité parce qu’ils se confondent avec vous- Belle alchimie-

Quant à celui qu’on appelle « artiste », il se contente de le traduire simplement en les rendant visibles.

Ne touche-t-il pas ainsi la seule Liberté ?


 

M-Noëlle Fargier

 

Publié dans Nouvelle

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Séverine Baaziz nous propose une lettre ouverte à... La Mère Noëlle !

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Chère Mère Noëlle,

 

Comme chaque année, je me réjouis d’être la seule à vous écrire.

Mais qui sait si cela durera, l’air du temps étant à la féminisation de la langue française, on finira peut-être par démasquer le plus grand impair en la matière : le Père Noël existe, mais c’est une femme.

En attendant, je me permets d’en profiter encore un peu…

Juste avant de vous parler de mes voeux, il me tient à coeur de vous faire part d’un malentendu qui me poursuit chaque année.

Il y a trois ans, je formulais le voeu de ne jamais manquer d’essentiel. Je ne m’attendais pas à prendre, sans même m’en rendre compte, près de cinq kilos.

L’année suivante, mon souhait fut de voir adoucie une peine bien personnelle, et à nouveau, très vite, je me suis ankylosée de cinq kilos.

L’année dernière, c’est mon envie d’être plus solaire qui donna, une nouvelle fois, suite à la prise presque subite des cinq mêmes kilos.

Si bien que cette année, je préfère ne pas être le sujet de ma demande.

Serait-il possible (et ce, j’en conviens, je mise sur votre sens de l’interdisciplinarité) de, disons-le sans détour, changer l’eau potable en eau bénite ?

Assistée de Mère Nature et de Sainte Mère, je me disais que peut-être cela pouvait être une bonne idée. Plutôt que de la changer en vin, ce qui, somme toute, ajoute du malheur au monde plus qu’il n’en retire, l’eau bénite me semble opportune.

Ainsi, chaque matin, les mains seraient lavées de toute tentation à la violence ; les têtes vidées de leurs pensées néfastes ; les yeux, peut-être, finiraient par voir la beauté du monde et son risque d’éphémère.

En vous remerciant de bien vouloir réfléchir à la question, transmettez à vos lutines toute ma considération pour ce fou labeur d’assouvir les futilités consuméristes exponentielles de nos tendres chérubins.


 

PS : Si la chose est envisageable et ne vous incommode pas trop dans votre emploi du temps, j’avoue que j’aimerais beaucoup perdre ces fameux quinze kilos aussi rapidement que je les ai pris...   

 

 

Séverine Baaziz

Publié dans Textes, Nouvelle

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"Sans nouvelles d'elle", une nouvelle signée Jean-François Foulon, parue dans la revue ONUPHRIUS

Publié le par christine brunet /aloys

http://onuphrius.fr/naissance-de-notre-revue/

http://onuphrius.fr/naissance-de-notre-revue/

Posted on   revue N°7

http://onuphrius.fr/category/foulon-jean-francois/

Sans nouvelles d’elle

Toute ressemblance avec des personnes existantes…

C’est un lundi que j’ai reçu sa première lettre. Etrange. Je ne la connaissais pas mais elle disait qu’elle était passée à la galerie et qu’elle avait apprécié mes peintures. Ma foi, cela fait toujours plaisir, mais j’avais beau faire un effort de mémoire, je ne parvenais pas à me souvenir que quelqu’un fût passé récemment. En fait, je travaille surtout à l’arrière du bâtiment, c’est là que se trouve mon atelier et toutes mes toiles en chantier. Quand un visiteur se présente au magasin, ce qui est assez rare, il faut bien le reconnaître, j’entends la sonnette et je vais jeter un coup d’œil, non sans m’être essuyé les mains au préalable. Cette semaine il y avait bien eu quelques copains qui étaient passés, et puis Sophie, pour l’exposition à la Cité, mais en dehors de cela, rien. Ma correspondante avait dû entrer et faire sa visite sans que je ne m’aperçoive de rien. Dommage.

Je n’y pensais plus quand j’ai reçu une deuxième lettre. Cette fois, il s’agissait d’une véritable analyse de mes toiles et surtout de celle que j’avais intitulée Soleil couchant. Ma correspondante y passait tout en revue, le ton des couleurs, les jeux d’ombre, la composition du paysage, les effets produits, et cela dans une missive qui ne faisait pas moins de cinq pages. Diable ! Si les critiques d’art et les journalistes pouvaient être aussi élogieux et surtout aussi loquaces que cette étrange inconnue, je serais un peu plus célèbre. Non que je sois entièrement obscur… mais personnellement les mondanités m’ennuient ; or, c’est évident, pour réussir dans ce milieu, il faut se montrer : aller aux vernissages des collègues, serrer des mains, bavarder avec quelques députés, parler politique avec un ministre, lancer une galanterie à la femme d’un attaché culturel (sans aller trop loin, bien entendu, juste ce qu’il faut pour être sympathique et ne pas se faire oublier). Hélas, toutes ces réceptions m’agacent profondément et je préfère de loin rester seul avec mes pinceaux, plutôt que de me gaver de petits fours tout en buvant du Martini.

Lorsque arriva le troisième courrier, je dois admettre que je ne fus guère surpris : je l’attendais, et même avec une certaine impatience. Le contenu était semblable au précédent, mais son auteur élargissait le champ de ses investigations à l’ensemble de la peinture contemporaine. Je n’avais jamais rien lu d’aussi percutant et d’aussi captivant. De plus, la dame me donnait son prénom : Yseut (avait-elle son Tristan ?), son adresse (un petit village des Pyrénées Orientales) et même son adresse électronique (laquelle allait s’avérer fort utile). Cela dit, comment, habitant si loin de mon antre, avait-elle pu passer par la galerie et voir mes tableaux, ça c’était une véritable énigme. Cependant, je ne me suis pas torturé les méninges avec ce problème : cela faisait partie du mystère général qui entourait Yseut, tout comme ses lettres, sa sagacité d’analyse ou le ton quasi affectueux qu’elle employait sans me connaître. Nous, les artistes, nous sommes comme cela, pas rationnels pour un sou. Au surplus, l’insolite de la chose n’était pas pour me déplaire et, avouons-le, renforçait le charme qui émanait des lettres de la belle Yseut.

Certes, je ne savais pas si elle était belle, mais je ne pouvais me l’imaginer autrement. Et puis je me suis dit que, si elle m’avait donné son adresse de messagerie, c’était évidemment pour que je l’utilise. Ne pas le faire eût été un crime : je lui ai donc adressé le soir même un fichier de quatre pages (police Arial 9), dans lesquelles je manifestais mon contentement d’avoir « rencontré » une personne aussi sensible et aussi douée pour parler de la peinture.

Il s’ensuivit une correspondance régulière pendant plusieurs mois. J’écrivais et je recevais deux messages par jour, quand ce n’était pas trois. Les sujets traités tournaient toujours autour de la peinture, mais derrière ce thème, on sentait poindre les questions fondamentales. C’est que l’art n’est souvent qu’un moyen d’accéder à autre chose, à une vérité cachée que nous imaginons exister quelque part, sans bien savoir où elle se trouve. Yseut, elle, ne peignait pas, mais elle écrivait. Oh, elle n’était pas publiée, mais on sentait que l’écriture était pour elle un besoin vital et qu’elle constituait un moyen de se connaître et de connaître le monde. La parole, disait-elle, il n’y a que cela de vrai. Nommer c’est créer, et créer c’est toucher au divin. Quand elle s’exprimait de la sorte, elle éveillait en moi des échos insoupçonnés. C’est que, comme tous les peintres, je ne suis finalement qu’un manuel. Je travaille avec mes doigts, je mélange les peintures, je les étale sur la toile, je me bats avec elles et en bout de course, si tout se passe bien, j’arrive à créer un univers, un peu comme un maçon qui parvient à réaliser une maison en partant de rien. Yseut, elle, était davantage portée sur la réflexion théorique, mais ses mots me faisaient découvrir une vérité que je connaissais bien : une vérité enfouie au plus profond de moi, une vérité qui se concrétisait dans mes peintures mais que j’aurais été bien incapable d’exprimer de vive voix.

Ici, il ne s’agissait certes pas de parler mais de lire, puisque c’était une correspondance virtuelle que j’avais sous les yeux. C’était cela qui était fascinant. Si j’avais eu Yseut devant moi, il aurait fallu s’exprimer oralement et traduire par des paroles ce monde indicible dans lequel nous pénétrions chaque jour plus avant. Or, sans que je sache bien pourquoi, cela n’eût pas été possible. Par la magie de l’écrit nous parvenions insensiblement à nous dévoiler l’un à l’autre, et la peinture ne m’apparaissait plus que comme un prétexte pour atteindre une autre vérité, que je qualifierais d’ontologique. Comprenez-moi bien, je n’étais pas amoureux d’Yseut, mais ce qu’elle écrivait me renvoyait à une réflexion existentielle. Nous étions deux êtres humains face à face, en train de se demander leur raison d’être sur cette terre. Si nous parlions de nous, c’était moins de nos individualités propres que de notre appartenance à une espèce commune. Nos propos tournaient donc autour du destin et de ce qu’il convient de faire de sa vie. Par exemple, fallait-il laisser des traces de son passage ? Était-ce vraiment important ? Moi qui en laissais avec mes peintures, j’avais tendance à dire que non, et elle qui s’exprimait à travers des mots éphémères affirmait le contraire.

Yseut m’était devenue indispensable. Je vivais à travers ses yeux et, tout ce que je réalisais, je le passais inconsciemment au crible de son jugement futur. Ainsi elle m’avait encore longuement écrit au sujet de ma toile Soleil couchant, toile qui semblait décidément la fasciner et dont elle avait analysé les moindres détails, surtout la touffe de lavande dont on devinait les contours à l’avant-plan. Or dans les autres toiles que j’ai peintes depuis, j’ai chaque fois inséré cette touffe de lavande, dans laquelle mon amie voyait comme la quintessence du monde (des couleurs atténuées par le crépuscule et une senteur bien réelle, qu’elle pouvait imaginer à partir de la toile). Cette lavande représentait pour elle la vérité dissimulée qu’il importait de conquérir.

Elle me faisait aussi lire les poètes, que je croyais pourtant connaître, mais que je redécouvrais à travers ses commentaires. Baudelaire, bien sûr, mais aussi Rimbaud et Jaccottet. À la fin, je ne peignais plus en reproduisant la réalité que je voyais, mais en m’inspirant des poèmes qu’elle m’avait fait lire. On peut dire que j’étais sous son influence mais l’inverse était vrai aussi. Je lui parlais de peintres dont elle ignorait à peu près tout et elle se documentait à leur sujet, avant de les aborder dans ses longs et judicieux commentaires.

Nous en étions là dans ce qu’il convient d’appeler notre « relation » quand un jour, sans raison, je ne reçus aucun message. J’en fus étonné, mais pas vraiment inquiet. Après tout, je ne savais pas grand chose de sa vie et elle pouvait fort bien avoir eu un empêchement. Les jours suivants, ce fut le même silence et aucune réponse ne me parvint, malgré les nombreux courriels que je m’étais mis à lui envoyer. Là, il se passait vraiment quelque chose d’anormal. Après une semaine, j’écrivis aux responsables de son adresse de messagerie. Or, me disait-on, il n’y avait rien à son nom, absolument rien, aucune archive, le vide. Ma chère Yseut s’était volatilisée. J’eus beau envoyer des copies de mes anciens courriels, ils affirmèrent qu’il n’en subsistait aucune trace.

Je patientai pendant un bon mois, puis subitement il me sembla que j’avais un urgent besoin de vacances. La valise bouclée en un quart d’heure, je pris l’autoroute du Sud en direction des Pyrénées. Le soir même je me trouvais dans un petit hôtel de Collioure. Par la fenêtre ouverte, on entendait le bruit calme et régulier de la mer qui venait mourir sur la plage. Cette rumeur monotone était pour moi comme une présence amie qui m’enveloppait et ne me quittait pas. Je pensais aussi que Collioure avait été la patrie du fauvisme et je me demandais ce qu’Yseut aurait bien pu dire sur Matisse. Je suis sorti boire un verre et j’ai flâné dans les rues étroites de la cité. Chaque fois que j’entendais un pas de femme, je me retournais avec l’espoir que ce fût elle, moi qui ne l’avais jamais vue.

Le lendemain, je repris la voiture et commençai à gravir les contreforts pyrénéens en suivant les indications du GPS. Puisqu’elle m’avait donné autrefois son adresse, le moment était venu de s’en servir. Arrivé à l’entrée du village, je m’arrêtai un bon moment. Le paysage était magnifique, époustouflant même. Comme il devait être agréable de vivre ici ! Et dire que je n’avais même pas emporté mes pinceaux ! Je commençais à mieux comprendre ce qu’elle me disait, et certaines de ses phrases, qui revenaient à ma mémoire, prenaient tout leur sens, ici, au milieu de ces montagnes colossales. C’était un monde minéral dans lequel l’homme se sentait superflu. Pour survivre, il lui fallait donc trouver de bonnes raisons. En même temps, la beauté qui se dégageait de ces pics, le trouble qui vous prenait en contemplant ces gouffres, vous donnaient l’impression d’avoir enfin atteint le bout du monde. Après cela, il ne pouvait plus rien exister, cet endroit était le terme où toute vie devait s’achever.

Le temps passait et, si je me plongeais ainsi dans d’intenses méditations, c’était aussi parce que j’avais peur de reprendre mon véhicule et de parcourir le dernier kilomètre qui devait encore me séparer de ma destination. Allons, il fallait bien y aller ! Je repris le volant et, après avoir traversé le village et gravi une pente, je me trouvai sur le sentier signalé dans la fameuse lettre. Une maison, deux maisons, une troisième un peu en retrait, puis plus rien. J’ai encore roulé un peu, au pas, mais me suis vite trouvé dans un chemin de terre qui semblait se perdre dans la montagne. Je sortis de la voiture pour tenter de distinguer quelque chose, mais non, il n’y avait pas d’autres habitations que les trois maisons que j’avais aperçues tout à l’heure. Autour de moi s’étendait la chaîne pyrénéenne, grandiose, imposante, silencieuse aussi, presque inhumaine. J’étais là avec mon angoisse de ne pas retrouver Yseut (mais également, faut-il l’avouer, avec ma peur devant la possibilité de la trouver), et je me sentais tout petit et dérisoire devant ces montagnes qui occupaient l’espace jusqu’à l’horizon, m’écrasant de leur masse de pierre et complètement insensibles à ma peine. Je crois que je ne me suis jamais senti aussi seul et aussi désemparé. Au-dessus de moi, seule trace de vie dans ce décor, un vautour tournoyait et, se laissant emporter par la seule force d’un courant ascensionnel, il parvenait à planer indéfiniment sans jamais donner un seul coup d’aile. C’était le dieu des cimes et il était ici chez lui, fabuleusement majestueux. La vie, soudain, me sembla toute proche de la mort, comme si seule une mince paroi les séparait. Il suffisait, pour s’en convaincre, de contempler cet oiseau au vol superbe et de se rappeler, l’instant d’après, que ce n’était qu’un charognard. Troublé par cette pensée qui brisait mes certitudes, je remontai dans la voiture, fis demi-tour et me laissai descendre jusqu’aux maisons.

L’une portait le numéro 2, l’autre le 3 et la dernière, allez savoir pourquoi, le 7. Comme c’était le 4 que je cherchais et que son absence déclenchait en moi un immense découragement, je suis allé frapper à l’une des portes. Une petite vieille m’ouvrit d’un air soupçonneux et réprobateur. Non, le numéro 4 n’avait jamais existé. La commune était passée directement au 7 pour le cas où on construirait un jour sur le terrain disponible, mais ce n’était pas demain que cela arriverait. Le village se vidait, les jeunes partaient vivre en ville et, à part quelques touristes qui passaient sur le chemin en été pour faire des randonnées, on ne voyait plus personne. Une nommée Yseut ? Bien sûr que non ! Elle n’avait jamais entendu parler d’elle ! Avec un nom étrange comme cela elle ne l’aurait pas oubliée.

Je me suis retrouvé dans la voiture sans trop savoir comment. De grands coups sourds résonnaient dans ma tête et je n’arrivais plus à réfléchir. Je m’arrêtai sur la place du village et entrai dans le seul café existant. Il était vide, bien entendu. Quand le patron entra, il me dévisagea tout de suite d’un air soupçonneux (lui aussi). Mais quand je commandai un cognac, il prit une mine franchement renfrognée. Comme il restait là à son comptoir en train de m’épier – avait-il peur que je lui vole sa bouteille ? –, je lui demandai s’il ne connaissait pas une certaine Yseut, qui se passionnait pour la peinture. D’un ton rauque, il répondit que s’il y avait eu un peintre dans le patelin, tout le monde l’aurait su, mais que de toute façon ce n’était pas d’artistes qu’ils avaient besoin, les gens d’ici, mais d’un vrai peintre en bâtiment, pour rafraîchir un peu les façades. Je payai ma consommation et, sans un mot, regagnai la voiture.

La descente vers Collioure fut pénible. Il faisait chaud, mais à l’horizon les montagnes étaient dissimulées par une brume blanche qui allait en s’épaississant. Manifestement, un orage se préparait et il promettait d’être violent. Je ne savais que penser. M’avait-elle menti en inventant une fausse adresse ? Savait-elle pertinemment que le numéro 4 n’existait pas, ou bien avait-elle inventé un nom de rue au hasard, après avoir pointé un village sur la carte ? Cela ne lui ressemblait pas. Elle s’était montrée trop sincère et trop présente pendant tout le temps qu’avait duré notre correspondance. Avait-elle seulement existé et n’avais-je pas tout inventé ? Mais dans ma poche je sentais la copie de son dernier courriel, ce qui au moins prouvait que je n’étais pas fou. Il fallait me rendre à l’évidence, mon bon génie avait disparu pour toujours. Un grand vide s’installait progressivement en moi, que je ne savais comment combler. Y parviendrais-je jamais ?

Il faisait nuit noire quand je garai la voiture à proximité de l’hôtel. Les premières gouttes, énormes, commençaient à s’écraser sur le pare-brise. J’étais parqué devant une galerie d’art et, instinctivement, j’ai jeté un coup d’œil à la vitrine. Ce que je vis alors me laissa sans voix. Bien en évidence, sur un chevalet, se trouvait une toile intitulée Soleil couchant. Elle représentait des montagnes avec un petit chemin de terre à l’avant-plan. Dans le coin inférieur droit, une touffe de lavande irradiait de tout son éclat. C’est à ce moment que le premier éclair zébra le ciel et que l’éclairage public s’éteignit tout d’un coup. Il me fallut tâtonner dans le noir et raser les murs pour parvenir jusqu’à l’hôtel. J’étais complètement trempé. Derrière son comptoir, la gardienne de nuit me tendit la clef de la chambre. Elle me dévisagea et, sans rien dire, esquissa un sourire d’un air étrange.

L’éclairage de secours donnait aux lieux un caractère insolite. Bien entendu, l’ascenseur ne fonctionnait plus. Je gravis l’escalier comme je pus, et arrivai enfin au bon étage. J’étais exténué et me suis affalé sur le lit. Ce n’est pas pour autant que je trouvai le sommeil, car les idées s’enchevêtraient dans ma tête.

J’entendis des bruits de pas dans le couloir. C’étaient ceux d’une femme. Elle frôla ma porte puis pénétra dans la chambre voisine, où elle s’enferma. Le bruit de la clef dans sa serrure résonna longtemps à mon oreille ; je m’endormis enfin. Quand je m’éveillai, un frais parfum de lavande flottait dans l’air de l’aube.

Jean-François Foulon

 

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Edméé de Xhavée nous propose une nouvelle "Les funérailles de la baldracca"

Publié le par christine brunet /aloys


 

Les funérailles de la baldracca – Edmée De Xhavée


 

Une baldracca, en italien, c’est une « pute »…


 

La brume se détache, comme à contrecœur, des contreforts rocheux et de la cime des arbres crispés sous le froid de l’automne. Le son de la cloche de Santa Maria dei Tanti Peccati vibre dans l’air dense et humide de cette journée rousse de feuilles et grise de ciel. Sur le chemin qui monte à l’église, on entend tousser et renifler les vieux, geindre un enfant, admonester une mère impatiente dont le timbre de la voix trahit une joie qu’il ne faut pas gâcher par des enfantillages. Pas aujourd’hui, alors qu’enfin la baldracca, la putain, le déshonneur du village, celle dont le visage hideux servait de Befana (sorcière) pour garder les enfants sages sera mise sous terre.

Sous terre, où elle devrait être depuis une vie, cette vie qui a duré trop longtemps, pense Aldo, le veuf qui ne mime même pas le chagrin, et a promis à tous une tournée de grappa Pinot Barricata, une grappa d’exception, pas comme celle qu’ils distillent eux-mêmes ici dans la montagne et dans laquelle ils enfoncent une vipère à la mâchoire déployée… Plutôt que d’oublier dans l’alcool, il compte bien célébrer sa vie ainsi nettoyée par la main de Dieu de la honte qui a sali la renommée des siens… Son sacrifice interminable… Dieu a enfin eu pitié de ses efforts…

Il était temps, dit sur un ton à peine discret la Pina à sa sœur, bras dessus-bras dessous quelques mètres derrière Aldo. Il est encore bel homme, droit, et sa veste noire, dont elle a recousu les parements, lui donne une classe que ses habits de tous les jours ne permettent pas de déceler. Une petite année de deuil par décence, et elle pourra entrer chez lui en mariée, en maîtresse des lieux, et effacer toute trace du passage de la baldracca. Sa sœur soulève les épaules, sourit et chuchote à la Pina, avec un coup de coude discret dans le creux de la taille « c’est enfin ton tour d’être heureuse, oui ! Après presque vingt ans, tu y a bien droit…»

Derrière Aldo, les trois enfants qu’il a eus de la baldracca. L’aînée, Léopoldina a les yeux de sa mère, de ce bleu éperdu de ciel printanier, mais le teint et les cheveux d’Aldo, bistre et noirs, brisés en boucles laineuses et indomptables. Ses traits sont remarquablement beaux, et le temps apportant un oubli cruel parfois, on en est venu à se demander comment, avec une mère aussi affreuse, une telle chose était permise par la nature.

Insouciante, elle parle avec sa plus jeune sœur, Laura, qui lorgne à la dérobée le jeune Filiberto, dont les parents gèrent le seul restaurant de la région, restaurant qui attire des touristes pendant toute la belle saison pour manger leur fameux ragù di capriolo ai funghi, le ragout de chevreuil aux champignons. Elle le sait, Filiberto comme elle vit cette journée comme un cadeau d’espoir, car l’idée d’avoir la baldracca comme belle-mère était impensable, et sa mort vient de les libérer d’une frustration amoureuse qui se faisait très lourde. Le pas plus lent que ses deux sœurs, Beppe, lui aussi paré des yeux maternels mais également de son teint clair, de ses cheveux lisses couleur thé, et de lèvres qu’Aldo et sa grand-mère lui ont toujours conseillé de « tenir tranquilles ». Fais-les donc tenir tranquilles, ces indécences. Car les filles du village, elles, dissimulent les leurs quand elles le voient, tandis qu’elles relaient avidement le secret qu’elles trahissent, ces deux parts d’une bouche trop belle et gourmande… Car elles rappellent, leur ont dit leurs mères, celles du beau Nando. Nando qui est un jour parti pour ne pas revenir, donnant un tel chagrin à son père qu’il s’est jeté depuis le point de vue vers la vallée au bord de la route en lacets. Beppe, comme ses sœurs, sent que ce jour est un jour d’envol, que la brume se lèvera et le soleil, enfin, baignera leurs vies à tous.

Appuyée contre sa fille Alma, la vieille Rosa serre ce qui lui reste de dents. Bon vent la baldracca, bon vent et qu’on puisse t’oublier. Car ce que tu as fait à mon fils, le plus beau des fils, ce Nando sorti de mon ventre comme un oiseau de paradis qui serait né dans un poulailler, je ne peux te le pardonner. Pas plus que le saut de son père que le chagrin avait ailé, et qui m’a laissée veuve avec une fille que personne n’épousera plus, son temps est passé et son corps s’est tari. Tu aurais pu mourir avant ton heure, tu aurais pu hâter le destin, et nous laisser une chance de descendance…

Trop faible pour marcher, assise dans une chaise roulante poussée par son mari Ernesto, Inès, la mère d’Aldo, le chapelet entre les doigts déformés par l’arthrose et la méchanceté, le menton piqué de poils noirs levé dans une expression altière et triomphante. Ernesto, enfin, enfin… je pense que c’est le plus beau jour de ma vie, le plus beau dans l’absolu. Nous avons été de bons chrétiens, avons supporté l’épreuve que le Seigneur avait dans ses plans pour nous, mais de sa mort nous ne sommes pas responsables, et enfin la récompense est venue. C’est le plus beau jour de ma vie, je te dis ! A ses côtés, sa fille Gianna la pecora comme on l’appelle, Gianna la brebis, ses gros yeux tristes remplis de croûtes, et ses pensées ricanant amèrement dans le secret de son cœur.

Le père de la baldracca, Remo le taiseux, veuf depuis l’abominable histoire, le père d’une baldracca qui avait coiffé de honte tout un village. Sa femme n’avait survécu que trois semaines au drame, et son fils le Massimo était resté en ville où il étudiait, pour ne jamais revenir, se limitant à quelques cartes postales ici et là. Le vieil Anselmo, lui rendant visite un jour, avait rapporté au village que sur son bureau trônait une photo agrandie de sa baldracca de sœur, avec un petit vase rempli de fleurs séchées devant. Mais même pour les funérailles de sa sœur il n’est pas revenu… Par la faute de cette fille éhontée il avait tout perdu, attaché à ce village qui détenait toutes ses racines et ses repaires, l’en rendant prisonnier.

Un jour sans doute oublierait-on même que la baldracca avait vraiment existé.

Dans le cercueil de planches, le moins cher, le plus sordidement bon marché, portée par six gars du village désignés pour la tâche et le visage plus furieux qu’attristé, la baldracca repose enfin en paix. Pour elle aussi c’est le jour de la grande renaissance, et de sa récompense. Un par un elle renverse en tête, comme des quilles malfaisantes, les habitants et les faits de ce village et de sa vie.

Aldo d’abord fier et avide de sa pâle beauté d’elfe translucide, comme il l’appelait, et puis haineux, jaloux, blessé de sa propre rusticité… poussé par la Inès, laide et épousée pour ses terres, et la Gianna née sans menton et devant laquelle on faisait bêêê en riant, et dont on savait qu’elle resterait pucelle. Les coups, les insultes, les affirmations selon lesquelles elle se croyait mieux que sa mère et sa sœur, que lui-même.

Remo son père, qui de taiseux était devenu muet, ne lui avait plus jamais parlé. A peine un mouvement du menton s’il la croisait dans la rue, les dents serrées et le regard luisant comme la fureur qui sort d’un volcan.

Ses filles, Léopoldina et Laura, égoïstes et sans cœur, travaillées par la rancœur que leur avaient transmise la Inès, Ernesto, Aldo et les autres, et qu’elles n’avaient jamais remise en question. Convaincues que tout ce qui bloquait des joies infinies, c’était elle, qui pourtant continuait de coudre, cuisiner, réparer, nettoyer comme avant, pour qu’elles profitent de leur vie. La sienne, après tout… qu’elle s’use en vase clos n’était pas plus mal, elle était si effrayante à regarder maintenant… Seuls ses yeux parlaient encore d’un vertige infini.

La Pina, ah la Pina… oh elle le lui aurait bien donné, son Aldo, elle le voulait tellement. Voulait-elle les coups aussi, les humiliations, les crachats dans les cheveux ou les coups de pieds aux fesses après l’amour qu’il faisait comme un possédé qui expurge sa haine ? Elle n’avait encore eu, la Pina, que l’amour à petites doses, celui qui ressemble à des dragées délicieuses, et les caresses sur les doigts, sur les seins, et les mots les plus tendres qu’il avait dans son répertoire. Et surtout, elle avait l’illusion qu’une fois la baldracca hors du chemin, ce serait place à la romance et les petits soins. Là dans son cercueil plein d’échardes, ce qui reste d’elle rayonne un court instant, à l’idée des surprises âpres comme la rue fétide qui attendent la Pina une fois le temps de deuil épuisé dans l’impatience…

Beppe, son fils, son amour de fils, celui qui ressemble à Nando et la hait pour cette raison… et comme elle le comprend. C’est lui qui résume tout le drame, l’endosse comme un manteau poisseux.

La Rosa et l’Alma, jalouses de la beauté surnaturelle de ce fils et frère qui avait traversé le sang de leur famille, et dont on ne trouvait plus de trace sinon dans Beppe… Jalouses de ce garçon que, elles se tuaient à le rappeler, elle leur avait ravi avec ses jeux de paupières et les reflets de sa peau pâle. Le scandale avait été si sonore qu’il était, leur avait-on dit, parti en courant dans la vallée pour ne jamais en reprendre le chemin, tandis que les larmes et cris du père l’avaient fait plonger dans le vide à sa poursuite.

Mais la baldracca sait où il est, Nando. Ses os, elle les a lavés chaque année, à l’anniversaire du drame. Elle descend le long du versant aux myrtilles et bolets, dans le silence mousseux du sous-bois, avec un seau et une éponge, et elle le lave doucement, lui parle, le touche, et lui demande de l’attendre, que ça ne saurait plus être long. Elle a fait ce rituel chaque année, après avoir, au début, protégé le corps des gros prédateurs en le recouvrant d’une grosse épaisseur de brindilles, branches et feuilles, le tout surmonté d’un panneau de bois où elle jetait un peu d’essence lors de ses promenades. Depuis longtemps maintenant il ne reste que les os et la veste de cuir, raide et moisie, ainsi que les chaussures. Et la splendeur de leur couple immortel.

Les faits sont encore clairs dans ce qui lui reste de conscience, même s’ils se diluent comme le fait cette brume matinale dont elle ne fait plus vraiment partie. Leur liaison découverte par Aldo qui, aidé de ses parents Ernesto et Inès, suivis du père de Nando que l’on trainait de force, les ont suivis puis surpris, étendus dans l’amour sous les ramures complices. Inès qui a vidé la fiole de vitriol sur le visage et la poitrine de sa belle-fille alors qu’Aldo émasculait Nando avec son couteau de chasse, pour enfoncer ses testicules, hurlant et pleurant, dans la bouche fondue de son épouse. Et enfin forçant le père à saigner son propre fils, dont elle avait tenu le regard mourant dans le sien jusqu’à la fin, rapide.

Le fils qui leur était né six mois plus tard, et qui n’eut la vie sauve que parce qu’il était un fils.

Nando, Nando… enfin, j’arrive !

Stefania, mon aimée… tu sais, chaque jour et chaque heure, je me suis glissé dans ton ombre… je ne t’ai jamais quittée…

 

EDMEE DE XHAVEE

 

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