Une nouvelle signée Carine-Laure Desguin est parue dans Aura 127 : "Et quel genre de gymnastique, madame Belle ?"
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Et quel genre de gymnastique, madame Belle ?
— Madame Belle, Clara Belle ! Vous me manquiez ! Déjà trois mois ?
— Trois mois, inspecteur Sidonin, presque jour pour jour. Les lecteurs de la revue attendent nos entretiens avec impatience.
— Oui, si vous le dites, madame Belle. Toujours mariée à Sigmund Woody, un psychiatre que l’on ne présente plus ? Et votre fille Pocahontas, elle me semble bien calme ces derniers mois.
— Pocahontas vit sa vie, une vie virtuelle, comme tous les jeunes de son âge. Parfois elle nous présente un copain ou l’autre. Tous issus d’un beau milieu, celui du milieu d’un ordinateur qui crachouille des types en 6D. Pocahontas me rassure comme elle le peut, il ne manque aucune pièce à ses copains. Sauf l’avant-dernier, une espèce de troll, à qui il manquait l’élément vital à cause d’une panne d’électricité. Vous comprenez n’est-ce pas inspecteur ?
— Bien sûr … Tout cela est très bien. Mais alors, que me vaut votre visite, madame Belle ?
— Le voisin d’en face filme Sigmund lorsqu’il pratique ses exercices de gymnastique et le menace de tout révéler.
— Je ne comprends pas, madame Belle. Tout révéler ? Votre mari a le droit de pratiquer sa gymnastique chez lui ou dans le parc de votre château. Et même sur le trottoir, pourquoi pas ? Le docteur Sigmund Woody reste habillé, je suppose qu’il est décent lors de ces mouvements salutaires,
— Mais oui ! Cependant ce voisin menace, il avertira la presse. Tout le monde doit savoir que le docteur Sigmund Woody est fou, dit-il … Et même pas une demande de rançon, inspecteur Sidonin ! J’ai peur pour nos vies à tous les trois !
— Madame Belle, votre mari n’a pas été kidnappé. Donc pas de rançon. Nous allons reprendre depuis le début. Tout d’abord, quels genres d’exercice pratique votre mari ?
— Un seul exercice, inspecteur. Un seul, toujours le même. Il use d’ailleurs au moins une chaise par semaine à cause de ces sauts.
— Des sauts ?
— Oui, les sauts quantiques pour lesquels il s’entraîne.
— Madame Belle, pour l’amour du ciel, expliquez-moi !
— Ne me parlez pas du ciel, inspecteur. Cela compliquerait encore la situation. Je vous explique. Sigmund s’assoit à califourchon sur une chaise, n’importe laquelle, en bois, en métal, n’importe quelle matière. Et puis, il saute. Voilà, c’est tout simple. Il sautille comme ça parfois sur les carrelages en céramique des grandes salles de notre château, parfois dans les allées de notre parc, jamais sur le trottoir, oh non ! Cela dérange le voisin. Je pense que c’est par pure jalousie.
— Pourquoi le voisin serait-il jaloux de votre psychiatre de mari qui sautille à califourchon sur une chaise. Il est un peu fou votre voisin, non ?
— C’est-à-dire qu’il est dépressif et ne se sent jamais bien où il est. Cela je le sais car étant la secrétaire de Sigmund, j’ai accès à tous les dossiers, inspecteur.
— Et donc le voisin serait jaloux car il est dépressif et ne se sentirait jamais bien où il est. J’ai envie de lui écrire un courrier pour lui demander de changer de place.
— Ah commissaire, quel humour !
— Je cherche encore le lien, madame Belle. Aidez-moi un peu. Vous semblez retenir des informations.
— Justement. Le voisin présume que Sigmund détiendrait un secret, un très grand secret.
— Ah ?
— Oui. Si Sigmund saute pareillement sur une chaise, c’est parce qu’il parvient parfois à faire des sauts quantiques.
— Des sauts quantiques ?
— Oui, Sigmund est psychiatre mais aussi chercheur en métaphysique.
— Oui … et ?
— Qui dit sauts quantiques dit changements de lignes du temps. Et donc déplacement du corps de l’individu dans une autre époque. Et comme le voisin ne se sent jamais bien où il se trouve, il voudrait lui aussi changer de ligne de temps quelquefois, histoire de vivre sous d’autres cieux, à une autre époque. Juste pour son moral …
— Et pourquoi ne vient-il pas sauter chez vous avec votre mari ? Cela simplifierait la situation. Et chacun trouverait sa ligne de temps !
— Cela est impossible, inspecteur. Voulez-vous connaître la raison de cette impossibilité ?
— Non madame Belle, je ne veux pas. À propos madame Belle, pensez-vous que Sigmund accepterait que je vienne sauter chez vous car moi aussi je voudrais changer de ligne de temps ? Je ne parle même pas de trajectoire, ça non. Simplement un saut quantique et changer de ligne de temps, tout simplement.
— Bien sûr, inspecteur ! Ce serait en quelque sorte une protection rapprochée. De temps en temps …
Carine-Laure Desguin
http://carineldesguin.
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