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Une nouvelle signée Carine-Laure Desguin est parue dans Aura 127 : "Et quel genre de gymnastique, madame Belle ?"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Et quel genre de gymnastique, madame Belle ?

 

 

—  Madame Belle, Clara Belle ! Vous me manquiez ! Déjà trois mois ?

— Trois mois, inspecteur Sidonin, presque jour pour jour. Les lecteurs de la revue attendent nos entretiens avec impatience.

— Oui, si vous le dites, madame Belle. Toujours mariée à Sigmund Woody, un psychiatre que l’on ne présente plus ? Et votre fille Pocahontas, elle me semble bien calme ces derniers mois.

— Pocahontas vit sa vie, une vie virtuelle, comme tous les jeunes de son âge. Parfois elle nous présente un copain ou l’autre. Tous issus d’un beau milieu, celui du milieu d’un ordinateur qui crachouille des types en 6D. Pocahontas me rassure comme elle le peut, il ne manque aucune pièce à ses copains. Sauf l’avant-dernier, une espèce de troll, à qui il manquait l’élément vital à cause d’une panne d’électricité. Vous comprenez n’est-ce pas inspecteur ?

— Bien sûr … Tout cela est très bien. Mais alors, que me vaut votre visite, madame Belle ?

— Le voisin d’en face filme Sigmund lorsqu’il pratique ses exercices de gymnastique et le menace de tout révéler.

— Je ne comprends pas, madame Belle. Tout révéler ? Votre mari a le droit de pratiquer sa gymnastique chez lui ou dans le parc de votre château. Et même sur le trottoir, pourquoi pas ? Le docteur Sigmund Woody reste habillé, je suppose qu’il est décent lors de ces mouvements salutaires,

— Mais oui ! Cependant ce voisin menace, il avertira la presse. Tout le monde doit savoir que le docteur Sigmund Woody est fou, dit-il … Et même pas une demande de rançon, inspecteur Sidonin ! J’ai peur pour nos vies à tous les trois !

— Madame Belle, votre mari n’a pas été kidnappé. Donc pas de rançon. Nous allons reprendre depuis le début. Tout d’abord, quels genres d’exercice pratique votre mari ? 

— Un seul exercice, inspecteur. Un seul, toujours le même. Il use d’ailleurs au moins une chaise par semaine à cause de ces sauts.

— Des sauts ?

— Oui, les sauts quantiques pour lesquels il s’entraîne.

— Madame Belle, pour l’amour du ciel, expliquez-moi !

— Ne me parlez pas du ciel, inspecteur. Cela compliquerait encore la situation. Je vous explique. Sigmund s’assoit à califourchon sur une chaise, n’importe laquelle, en bois, en métal, n’importe quelle matière. Et puis, il saute. Voilà, c’est tout simple. Il sautille comme ça parfois sur les carrelages en céramique des grandes salles de notre château, parfois dans les allées de notre parc, jamais sur le trottoir, oh non ! Cela dérange le voisin. Je pense que c’est par pure jalousie.

— Pourquoi le voisin serait-il jaloux de votre psychiatre de mari qui sautille à califourchon sur une chaise. Il est un peu fou votre voisin, non ?

— C’est-à-dire qu’il est dépressif et ne se sent jamais bien où il est. Cela je le sais car étant la secrétaire de Sigmund, j’ai accès à tous les dossiers, inspecteur.

— Et donc le voisin serait jaloux car il est dépressif et ne se sentirait jamais bien où il est. J’ai envie de lui écrire un courrier pour lui demander de changer de place.

— Ah commissaire, quel humour !

— Je cherche encore le lien, madame Belle. Aidez-moi un peu. Vous semblez retenir des informations.

— Justement. Le voisin présume que Sigmund détiendrait un secret, un très grand secret.

— Ah ?

— Oui. Si Sigmund saute pareillement sur une chaise, c’est parce qu’il parvient parfois à faire des sauts quantiques.

— Des sauts quantiques ?

— Oui, Sigmund est psychiatre mais aussi chercheur en métaphysique.

— Oui … et ?

— Qui dit sauts quantiques dit changements de lignes du temps. Et donc déplacement du corps de l’individu dans une autre époque. Et comme le voisin ne se sent jamais bien où il se trouve, il voudrait lui aussi changer de ligne de temps quelquefois, histoire de vivre sous d’autres cieux, à une autre époque. Juste pour son moral …

— Et pourquoi ne vient-il pas sauter chez vous avec votre mari ? Cela simplifierait la situation. Et chacun trouverait sa ligne de temps !

— Cela est impossible, inspecteur. Voulez-vous connaître la raison de cette impossibilité ?

— Non madame Belle, je ne veux pas. À propos madame Belle, pensez-vous que Sigmund accepterait que je vienne sauter chez vous car moi aussi je voudrais changer de ligne de temps ? Je ne parle même pas de trajectoire, ça non. Simplement un saut quantique et changer de ligne de temps, tout simplement.

— Bien sûr, inspecteur ! Ce serait en quelque sorte une protection rapprochée. De temps en temps …

 

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

 

Publié dans Nouvelle

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Rayan Zowski nous propose un texte "Aliens exist"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Aliens exist

 

  • Ah ouais ! Elle est géniale aussi, cette série.

            Je savais que je serai complètement perdu dans cette conversation. Et donc, je savais que j’aurai dû refuser cette invitation. Pourtant, j’adore me rendre au Réverbère. Et Élie qui se trouve au bout de la table. Elle me semble tellement lointaine...

 

  • Tu n’as toujours pas vu « Last » ? Mais fonce ! Fonce, pardi !
  • Et toi, Ethan ? Que mates-tu comme séries ?          

            Toute la bande me regarde. Comme je suis mal à l’aise…

  • Je ne regarde pas de série.

            J’ai quand même eu le courage de le dire.

  • Tu ne regardes pas de séries ?!
  • Non, aucune.
  • Et comme films ?
  • Pareil. Je ne regarde pas des histoires, j’en lis.

            J’attrape mon sac et en retire quelque chose, un trésor.

  • « Dracula » de Bram Stoker, un grand classique. Du pur bonheur…

            Silence… Je ressens comme une désagréable atmosphère.

  • Il est sorti au cinéma, il y a peu de temps.
  • Mais le livre est bien meilleur. Ce qui fait l’originalité du roman, c’est qu’on suit les personnages à travers leurs journaux, leurs lettres, leurs télégrammes… Bram Stoker a réalisé un travail formidable ! Cela lui a pris des années…

            Personne ne dit le moindre mot. Je dois donc m’incliner, une fois de plus. Je fais mine de regarder ma montre.

  • Excusez-moi, je dois y aller. Bonne soirée.

            Je range mon trésor. Je quitte la table et paie mon café. Il est grand temps de rentrer.

 

---

 

            Je n’arrive pas à me concentrer. Je repense à ce qui s’est passé tout à l’heure… Je serai toujours un incompris. Ce monde est-il vraiment le mien ? Sacrée bonne question…

            Je dépose le livre de mister Stoker. Je regarde ma montre, il est 20h pile. Une petite douche et puis au lit. Je n’ai jamais été un couche-tard.

          Je m’apprête à me déshabiller… quand j’entends sonner. Tiens ? Qui cela peut-il être ? Pourtant, je n’attends personne…

 

            J’ouvre la porte… Je n’y crois pas !

 

  • Re…
  • Élie ? Quelle bonne surprise ! Mais… Mais que fais-tu ici ?
  • Je suis venue m’excuser pour tout à l’heure. On peut dire que mes amis n’ont pas été très sympas.
  • Oh, tu sais, j’ai l’habitude. Et puis, c’est à eux de s’excuser. Pas toi…

            Un sourire illumine son visage.

  • Au fait, j’ai quelque chose à te montrer…

            Élie retire quelque chose de son sac à mains. Je ne peux m’empêcher de sourire.

 

  •  « Frankenstein » de Mary Shelley. Un grand classique, lui aussi…
  • Cela te dirait qu’on en parle ?
  • Ce sera avec joie…

 

            Je l’invite à entrer. Quelque chose me dit que la soirée sera plus que belle…

 

 

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Ben Nappier nous propose un court texte "Le pécheur"

Publié le par christine brunet /aloys

Le pécheur

 

            La nuit est présente dans la ville de Tournai. Il est très tard. La plupart des habitants dorment. Certains rêvent, d’autres cauchemardent. Nous ne sommes pas tous égaux…

            Un homme encapuchonné court sur la Grand-place. Il court vite, très vite.

            L’individu contourne le beffroi et se dirige vers la cathédrale aux cinq clochers. Elle l’attend…

            L’homme s’arrête à l’entrée, celle située au vieux marché aux poteries. Il regarde à gauche. Il regarde à droite… personne.  L’homme retire une clé en or de sa poche…

            La cathédrale est plongée dans l’obscurité. L’homme s’arrête devant elle… la Madone.  Il tombe à genoux et la regarde dans les yeux.

  • Je suis sincèrement désolé…

            Des larmes de sang coulent sous les yeux de la statue.

 

            Dans une chambre située dans le quartier Saint-Brice, une petite fille se réveille. Elle se lève et regarde par la fenêtre. La cathédrale, comme elle scintille...

 

Ben Nappier

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Cambouis, un texte de Carine-Laure Desguin pour Grabuge 3

Publié le par christine brunet /aloys

CAMBOUIS, c’était le thème pour GRABUGE 3.

 

Merci à Gabriel Grossi pour cette troisième anthologie poétique numérique et, comme l’an dernier, de nombreux participants.

Le blog de Gabriel Grossi, Littératures Portes Ouvertes :

https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

https://littpo.fr/2025/08/12/grabuge-n3-le-cambouis/

… huile dark dark dark, huile crachée, vomie, déféquée par les émonctoires des ingénieries et des rétro-ingénieries, huile dark dark dark, qui pleut lorsque luit le soleil et s'écoule hors des saisons, hors du temps, hors du tout, ordure, huile nocturne, huile des trois pauses, huile dark dark dark, huile de la feu sidérante sidérurgie du Pays Noir dark dark dark, et c'est de là, de ce dark renversé, ce crade donc, que la chenille devient papillon, huile dark dark dark, cambouis magistral, matos du poète, terre glaireuse, souterraine et adamique, que ce magicien malaxe, façonne, découpe, qu'il tranche, charcute et enfin épice de métaux précieux, car ce sont des mots, tous ces petits morceaux englués, c'est de ce dark humus, cet hymen dense et éternel que le poète les a extirpés jour après jour, nuit après nuit, au milieu de cette forêt vertigineuse d'argonautes démasqués, ces mots tatoués de cambouis d’imprimerie …

 

Carine-Laure Desguin

https://carineldesguin.canalblog.com

 

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Carine-laure Desguin nous propose son texte, LE MUR, paru dans AURA 126 dont le thème était Pierres

Publié le par christine brunet /aloys

 

Le mur.

 

 

— Madame Belle, Clara Belle ! Vous revoici pour la visite trimestrielle ! Quelle exactitude ! Que se passe-t-il cette fois ? J’imagine le pire … À propos, comme se porte votre cher époux, l’éminent docteur Sigmund Woody ?

— Inspecteur Sidonin ! Je suis si contente que vous soyez de service ! Justement, c’est au sujet de Sigmund …

— Oui ? je vous écoute madame Belle.

— Le comportement de Sigmund m’intrigue de jour en jour.

— C’est un psychiatre, ne l’oubliez pas …

— Oui, bien sûr. Je suis sa secrétaire, je travaille avec lui et je dors également avec lui. C’est mon mari.

— Bien d’accord avec vous. Et donc, chère madame Belle ?

— Je vous explique, inspecteur Sidonin. Sigmund a toujours aimé se détendre dans le parc qui entoure notre château. Respirer l’invisible entre les platanes, compter les oiseaux sur les branches, glisser dans la boue. Enfin, vous me comprenez.

— Oui … Venez-en aux faits car je dois élucider quelques meurtres et des témoins m’attendent. Aucune éclaboussure d’hémoglobine chez vous n’est-ce pas madame Belle ?

— Pas encore, inspecteur. Mais je crains le pire ! À présent, Sigmund passe des heures entières à jouer au maçon ! Vous comprenez que notre standing en prend un coup. Il n’a vraiment aucune compassion pour moi. Sigmund pose pierre après pierre …. Devant les grilles de notre château ! Un mur ! Un mur de pierres devant les grilles de notre château !

— Oui … Toujours pas l’ombre d’un meurtre, madame Belle. Et ceci dit, vous n’avez pas tenter de lui présenter un catalogue LEGO ?

— J’ai essayé, vous pensez bien ! Il m’a répondu qu’il ne jouait pas, qu’il était sérieux. Cette situation ne peut plus continuer, comprenez-moi, inspecteur ! Depuis que Sigmund a posé les premières pierres, oui petite parenthèse, les pierres sont néanmoins plus nobles que les briques n’est-ce pas inspecteur, des hordes d’individus défilent devant le mur. Certains se permettent de graver des phrases. Sur le mur.

— Graver des phrases ? Un véritable travail tout ça. Et votre mari accepte ces gravures ?

— Oui inspecteur, il est même très content ! Donc les individus reviennent avec marteaux et burins et ça s’agite devant le mur …

— C’est compliqué. Mais madame Belle, toujours pas de meurtre.

— Inspecteur, certaines phrases déplaisent à l’un et l’autre. Ces individus en viennent parfois aux mains ! Sigmund me dit qu’il tente des expériences.

— Des expériences ? Il construirait un mur de pierres devant le grillage de votre château, il accepterait que des quidams gravent des phrases sur ce mur … tout cela pour expérimenter … quoi donc ? le comportement des humains ? Et puis-je savoir de quel genre de « phrases» s’agit-il ?

— Oh de mémoire, Je suis stressée, je quitte le réseau. C’est inquiétant, inspecteur, très inquiétant. À cela, quelqu’un a répondu, Dégage conasse. Un autre a gravé un pouce sous le u du mot réseau. Et je me souviens très bien, un autre encore a gravé un cœur ! Un cœur, inspecteur, un cœur !

— Je comprends tout, madame Belle. Je comprends …

— Des groupes manifestent et défilent dans notre rue. Ils sont contre ce mur. Ah ça, je me rallie à cette opinion ! Et puisque vous avez tous les éléments de l’enquête, inspecteur Sidonin, qu’allez-vous faire ? Sigmund m’a dit hier soir, que c’était flippant, les gens ne savent plus différencier le réel du virtuel, que ce monde deviendrait fou. Et que son expérience aboutissait …

— Madame Belle, dès demain matin, je serai présent devant votre mur de pierres, c’est promis.

— Merci inspecteur. Et que ferez-vous ?

— Je graverai une poubelle sur plusieurs de vos pierres.

— Ah quelle curieuse façon de mener une enquête, inspecteur.

— Et chaque fois qu’un individu viendra soit graver une phrase, ou un pouce, ou encore un cœur, c’est promis très chère madame Belle, je vire tout ça d’un seul clic, peut-être même un clac, dans la poubelle ad hoc.

— Oh merci inspecteur, merci, je savais que vous protégeriez mon Sigmund.

 

Carine-Laure Desguin

 

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Micheline Boland nous propose une courte nouvelle "Le petit noeud"

Publié le par christine brunet /aloys

 

LE PETIT NŒUD

 

Tous les matins, ils se croisaient à hauteur de la poste. Tous les matins, il marchait sur le trottoir de gauche et elle marchait sur le trottoir de droite.

Quand elle l’apercevait, son cœur battait la chamade. Il faut dire qu’il était beau : grand, mince, les cheveux noirs et épais. Il mettait sa silhouette en valeur en portant des vêtements parfaitement taillés et des cravates originales. Chaque jour une différente, jamais une de ces cravates à pois, à lignes, à carreaux ou unies comme on en voit partout. Non, c’étaient des cravates fleuries ou bien décorées d’oiseaux, de montagnes, de chats, de chiens, d’arbres, d’herbes, de poissons, de champignons.

Un jour, elle décida de faire le premier pas vers lui et emprunta le trottoir de gauche. Quand elle le croisa ce jour-là, il portait un petit nœud garni de papillons. En l’apercevant, elle ralentit le pas. Oui, elle voulait prolonger le moment de l’approche pour en garder plus sûrement le souvenir intact. Arrivé à sa hauteur, il dit : « Bon…bon…jour ».

En bégayant de la sorte, il aurait pu la décevoir, mais ce ne fut pas le cas. Désormais, ils marchèrent sur le même trottoir, côte à côte. Jamais plus, il ne porta de petit nœud.

 

Micheline Boland

 

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Carine-Laure Desguin nous propose en épisode sa nouvelle "Ceci n'est pas un meurtre (comme un autre)" qui figure dans le recueil (en PJ) CA SENT LE SAPIN.

Publié le par christine brunet /aloys

 

Tout en grimpant jusqu’au troisième étage, elle visionne les noms. Paul Delvaux, La Vénus endormie, La Femme à la Rose, La petite Marie. La petite Marie ? Oh mais oui, la princesse aux seins nus ! Et puis elle continue tout en montant les marches une à une. René Magritte, Les Amants, Le Masque vide, Le Blanc-Seing, le Double Secret, André Breton, Nadja, Clair de terre, Salvador Dali, Le Grand Masturbateur, Irène Hamoir, Christian Dotremont, Louis Scutenaire, etc. La petite Marie ! C’est elle la victime, je me souviens ! Elle scrute le flyer qui concerne le musée Delvaux et voilà, elle découvre cette œuvre, La petite Marie ! Une jeune fille aux longs cheveux blonds, aux yeux noirs, le torse nu … Soudain un inconnu l’interpelle :

 

— Bonjour chère demoiselle, je n’ai pas le déshonneur de vous connaître, lance le type en soulevant son chapeau melon.

— Kitch’Kasket, répond l’enquêtrice tout en s’interrogeant et en dévisageant ce garse qui ne lui est pas inconnu du tout et …

— Ah oui, vous êtes la sonnette sans nom !

— Je pars demain, rassurez-vous, monsieur …

— Je suis Magritte ! René Magritte ! C’est moi qui ai défenestrer cette nuit La petite Marie. Oui, c’est moi ! lâche-t-il en déposant son melon sur sa tête. Je m’en vais de ce pas réveiller Paul Delvaux, il faut qu’il sache qu’il est en deuil. La petite Marie, c’est son œuvre. Lui et ses œuvres n’ont rien à faire au « Museum ».

 

Kitch’Kasket a déjà entendu pas mal de conneries durant sa longue carrière. Jamais elle n’a connu une telle situation.

 

— Paul Delvaux mange les pissenlits par la racine depuis 1994, balbutie-t-elle.

— Allons donc, damoiselle ! Et moi je serais raide mort depuis 1967 sans doute ?

— Veuillez m’excuser, je rentre chez moi, je me sens défaillir, je ne comprends plus rien. Tout ce foutoir me pose des probloques insurmontables.

— Pour votre gouverne, sachez que nous fêtons cette année les cent ans du Surréalisme ! Et le Surréalisme, c’est moi, Magritte ! Et personne d’autre. Là, dans tous ces studios, ce ne sont pas des œuvres puisqu’elles ne sont pas signées Magritte ! Mais ce sont des êtres vivants, ça oui … Les Delvaux, les Dali, c’est du vent ! Et même les scribouilleurs surréalistes doivent clamser ! Au bac, Breton et tous ses suppôts ! Les uns après les autres, je les anéantirai ! le surréalisme, c’est moi, c’est René Magritte ! Qu’on se le dise !

 

  Kitch’Kasket laisse délirer René Magritte, rentre dans son studio et s’enferme à double tour. Elle s’affale sur son burlingue, le confondant avec son pieu. C’est à ce moment-là que vibre son bigaphone.

 

  — Allôôôô, Kitch’Kasket ?

  •  Oh my God, mon prince !
  •  Nee, ici Philippeke, koning van Belchique ! Alors Kitch’Kasket, cette enquête ?
  •  C’est affreux, affreux !
  •  Vous connaissez l’assassin ? Le nom de l’assassin ?
  •  Oui, c’est René Magritte ! Vous entendez bien, René Magritte !
  •  ….
  •  Allôôô, Philippeke ?
  •  C’est très ennuyeux, ça !
  •  René Magritte pète un câble, Philippeke ! Il tue tous les surréalistes et leurs œuvres. Il veut tuer Dali, Delvaux, et j’en passe !
  •  Il ne peut pas tuer André Delvaux, ça non ! Pour Dali, ma foi …
  •  Et pourquoi ça, Philippeke ? Ils sont déjà tous morts, vous le savez, ça ?
  •  André Delvaux est Belche et nous fêtons les cent ans du Surréalisme ici, en Belchique, au palais royal de Laeken, entre guirlandes et flonflons de décembre. Mais je suis soulagé, vous avez résolvé pardon résolu tout ce pataquès.
  •  Ouais, ouais. En attendant, je ne voudrais pas forcer sur la note poétique, Philippeke, mais ça pue gravos le sapin ici à Kisskerke dans la résidence « Museum ». Magritte veut tuer Delvaux, je vous le répète … Ah il est beau le surréalisme belche !
  •  Prenez tram train et tram, Kitch’kasket, fuyez tous ces fous ! Venez fêter Nowel au palais dans vos tissus patriotiques. Ma reine et moi, nous vous attendons au plus vite. Afin de terminer le discours royal de demain. Nous avons encore droit à neuf minutes de mots en pur Belche.

 

Carine-Laure Desguin

http://carineldesguin.canalblog.com

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Carine-Laure Desguin nous propose en épisode sa nouvelle "Ceci n'est pas un meurtre (comme un autre)" qui figure dans le recueil (en PJ) CA SENT LE SAPIN.

Publié le par christine brunet /aloys

 

Eh bien, pour Kitch’Kasket qui commençait à se caner d’ennui dans un studio marin et s’imaginait seulâbre devant une dinde flamande le 24 décembre, c’est raté sec. Depuis l’appel désespéré de Philippeke de Belchique, sa théière ne cesse de bouillonner et les interrogations succèdent à d’autres interrogations. D’un pas hardi elle se dirige vers la digue et ça tombe bien, la digue de Kisskerke est longue de six ou sept kilomètres, y’a de quoi cogiter gravos. C’est souvent lors de ses balades que ses neurones se remettent en place et que ses idées empêchent son cerveau de prendre de la moisissure. Là, elle résume la situation. Une raide morte à la fois habillée et déshabillée, un demi-costume de princesse sur la peau. Une belle flaque d’hémoglobine qui ressemble à une peinture abstraite. D’autres femmes nues circulent dans l’immeuble dont les noms seraient étrangissimes. Et ça fait tilt sous la casquette de la détective ! Les sonnettes ! Elle aussi a entrevu des noms insolites au sein de l’immeuble « Museum ». Déjà ce nom pour un immeuble, « Museum » … Et puis, cette princesse à moitié nue, cette image ne lui est pas inconnue, ça lui rappelle quelqu’un, mais qui ? Pour Philippeke, c’est un assassinat et un king a toujours raison. Alors, il y a un assassin quelque part, natuurlijk ! Mais qui ? Un quidam de l’immeuble ? Du quartier ? Un zig ou une ziguette, pourquoi pas, ne jamais être sexiste dans ce cas ! Et surtout, pourquoi assassiner cette demi-princesse ? Sur la digue, Kitch’Kasket croise quelques sourires innocents, des touristes heureux d’être là, surtout des gens qui promènent leurs clebs dans des poussettes d’enfants, c’est très tendance ici à Kisskerke (À Kisskerke, tout le monde aime tout le monde et tout le monde embrasse tout le monde, c’est-à-dire vraiment n’importe qui). Les vitrines des magasins, des snacks et des restos sont enrubannées de lumières multicolores, de guirlandes de toutes sortes, et peinturlurées de dessins inanimés, des Bambis qui attendent leur chasseur, des Blanche-neige encerclées par des équipes de sept nains. C’est Nowel à plein tube, quoi.

 

  À hauteur du bistrot « Les kleine méduses bleues », le ciel s’assombrit, il commence à gronder et la pluie s’annonce. Kitch’Kasket s’engouffre dans ce zinc.

 

— Dag mevrouw !

— Dag meneer, een kopje koffie, alsjeblieft !

 

  Kitch’Kasket attrape quelques prospectus disposés sur une table tout à côté de la sienne, des publicités pour des sites à visiter, des entrées gratos pour le musée d’Ostende. Elle se doute que c’est foutu pour des balades en tram vers la ville d’Ensor ou encore vers La Panne. Elle glisse quand même les papelards dans son sac à dos, on sait jamais.

 

  Un quart de plombe plus tard, à quelques mètres de son immeuble, Kitch’Kasket sursaute, une intuition l’assaille. Illico elle se contorsionne et retire de son sac à dos un flyer, celui qui informe des activités et autres joyeusetés du musée André Delvaux à Saint-Idesbald. Sur le papelard, quelques œuvres de l’artiste. Et ? Des femmes nues à gogo ! À toute berzingue la détective privée du palais royal de Laeken veut rentrer dans la hall de la résidence  « Museum » afin de vérifier les noms des occupants qui figurent sur les sonnettes. Le sifflet du zig en uniforme ralentit son élan. Elle connaît la musique, elle présente sa carte d’identité sans rechigner.

— Alors des news ? s’enquit-elle auprès du gars, mine de rien.

— Pas d’autres salissures sur le trottoir depuis ce matin !

— C’est drôle hein ça !

— Tant mieux ! Demain c’est Nowel quand même !

— Ouais, ouais …

 

   À son aise, Kitch’Kasket clic clac clic clac photographie les noms inscrits sur les sonnettes.  Ses yeux s’exorbitent, elle peine à croire ce qu’elle voit. Est-ce possible ?

 

Me voici dans le drame jusqu’au trognon, on n’est pas sortis de l’auberge. Et demain, c’est Nowel !

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Carine-Laure Desguin nous propose en épisode sa nouvelle "Ceci n'est pas un meurtre (comme un autre)" qui figure dans le recueil (en PJ) CA SENT LE SAPIN.

Publié le par christine brunet /aloys

La détective strictement privée du palais royal de Laeken trifouille alors dans ses valoches et ressort son assortiment de loques noires jaunes et rouges. En vakantie Kitch’Kasket aime l'incognito, elle ne s'habille qu’en bleu, blanc et rouge. Mais là, vu les insistances royales de Philippeke de Belchique, elle ressort sa panoplie vestimentaire de royaliste cent pour cent convaincue belche et patriotique. 

 

  Décembre à la merde du nord, c'est vent et pluie. Le bikini sera relégué au profit d'un pull, d'une jupette, une paire de bas de laine etc et le tout, comme promis, croix de bois croix d’enfer, dans les couleurs strictement belches.  Kitch’Kasket remplit un sac à dos de tout son matos nécessaire avec conscience et professionnalisme, un crayon et un calepin. C'est pas parce qu'on bosse incognito en détective privée flexi-jobiste que l'on doit lésiner sur tour ça. Soudain elle entend du ramdadam qui vient de l'extérieur, des voix mâles gutturales et des voix criardes, femelles celles-là, des aboiements, des miaulements, et même des ricanements de mouettes, mais oui, les oiseaux ne sont pas dupes. Et soudain, des lumières bleuâtres de gyrophares se reflètent sur ses fenêtres, entre des fientes de mouettes et encore des fientes de mouettes, plus récentes celles-là.

 

Purée, moi qui attendais les guirlandes et les étincelles multicolores de Nowel, c'est pas tout à fait la même chose. J’arriiiive, j’arriiiiive.

 

  Kitch’Kasket descend les trois étages à pattes, autant explorer à fond ce qui peut encore l’être, avant l’intrusion des équipes scientifiques. Atterrie dans le hall d'entrée, elle zieute en oblique les noms inscrits sur les sonnettes et au moment où elle dégaine son calepin afin de noter certains noms qui l'interpellent, elle est aveuglée par les gyrophares qui s'animent à toute blinde de l'autre côté du chemin. Elle sort donc de l'immeuble haut de trois étages seulement et là un strident coup de sifflet l'arrête net dans ses mouvements. 

 

— Stoooop mevrouw! Carte d'identiteit! gueule un zig engoncé dans son uniforme de policier super-réglo.

— Ja, ja, pas de panique! Répond du tac au tac Kitch’Kasket et à ce moment précis notre enquêtrice recule de deux pas, effrayée. À sa gauche, une énorme flaque de sang pas encore tout à fait coagulé, du presque frais donc. Autour de l'hémoglobine, un dispositif policier : trois cônes orange fluorescents. D’un regard circulaire, elle constate que la petite rue est barrée et que le parc situé cinquante mètres plus bas est fermé. Les badauds s’agglutinent derrière las banderoles policières. Deux combis remplis de cerbères freinent de justesse devant l’hémoglobine.

— Oh la la que s'est-il passé ici ? interroge Kitch’Kasket tout en présentant sa carte d’identité au zig de service. 

— Interdiction de dire ça, c'est trop grave beaucoup. 

— Vous ne me connaissez pas. Ik ben Kitch’Kasket, la détective privée très privée du koning Philippeke de Belchique. 

— Alors c'est autre chose ça.

— Il me semblait bien, mon p’tit gars.

— Interdiction de vous informer que cette nuit, plutôt sur le matin, une jeune dame s’est fracassée le nez et tout le corps sur ce trottoir. Cette fille-là était disloquée tout à fait. 

— Elle est raide morte et c'est un assassinat. Et pas un meurtre. 

— Wablieft? 

— Ne cherchez pas a comprendre. Je vous expliquerai. Tout en expliquant cela Kitch’Kasket photographie clic clac clic clac la flaque de sang, soulève sa casquette et se gratte le ciboulot. Au troisième étage, juste au-dessus de la flaque de sang, une fenêtre est restée ouverte. Serait-ce donc de la que la malheureuse … ? se demande-t-elle. Vous avez déjà interviewé les habitants de l’immeuble? 

— Wablieft ? La dame morte était habillée bizarre, très bizarre. Je ne peux te dire tout ça. Mais si toi es amie avec Philippeke de Belchique …

— Oh ja, très très amie, confirme-t-elle d’une clignette complice.

— Ah bon, il n’a pas l’air si coquin pourtant …

— Il n’a pas l’air non …  Alors, les loques de la frangine ?

— Bizarre tout ça, très bizarre.

— Mais encore ? Une robe rouge ? Une casquette orange ?

— Oh non … De longs cheveux blonds. De grands yeux noirs. Une robe noire, une robe de princesse mais le tissu était stoppé juste sous les seins.

— Sous les seins ? Alors les roberts étaient visibles ?

— Il n’y avait pas de Robert ici, répond le zig.

— Je veux dire, les seins étaient nus et visibles ?

— Oh oui, très très visibles, ah ah ah !

— Espèce de cochon !

— Wablift ?

— Non, rien, passe ton tour.

— Ah oui, une espèce de tissu blanc tout transparent était là comme un col et il retombait un peu de chaque côté des seins nus. Tout ça, je ne peux dire mais tu es amie avec Philippeke, alors je peux tout lâcher vers toi. Ah oui, on dit que dans cet immeuble, il y a quelques dames nues tout à fait ou presque et leurs noms sont pas comme les autres. Tu comprends moi ?

— Ça devient compliqué ton bazar. Dank u wel, mon brave !

 

(A suivre)

Publié dans Nouvelle

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Carine-Laure Desguin nous propose en épisode sa nouvelle "Ceci n'est pas un meurtre (comme un autre)" qui figure dans le recueil (en PJ) CA SENT LE SAPIN.

Publié le par christine brunet /aloys

Ceci n’est pas un meurtre (comme un autre) 

 

 

— Allôôô, Kitch’Kasket? 

— Oui ? Qui est à … ? Oh my God ! Philippeke de Belchique !

— Himself, Kitch’Kasket, himself! 

— Je suis en vakantie à la mer, la mer belche, Philippeke !

— Je sais tout ça, chère Kitch’Kasket, mon enquêtrice préférée, la number one !

— Vous connaissez tout au sujet de tout le monde, vous êtes vraiment the King des Kings !

— Natuurlijk! Et je vais encore une fois vous scotcher, Kitch’Kasket. Vous êtes à Kisskerke cette magnifique petite station balnéaire tellement belche car là, tout le monde aime tout le monde. N’est-ce pas ?

— Oui. C'est exact! Philippeke is vraiment the King. Alors là, je reste baba sans rhum !

— Voilà ma requête auprès de vous, Kitch’Kasket. Une nouvelle enquête commence pour vous …

— Ah mais ....

— Les vakantie ce sera pour après. Après la fin de cette enquête, vous comprenez ? 

— Et ? 

— Et donc, Kitch’Kasket, enfilez vos plus beaux tissus noirs jaunes rouges, jupe, kilt, bas de laine, casquettes, boucles d'oreilles, bottes, bottillons, tout ce que vous voulez. N'oubliez pas le bigaphone payé intégralement par le palais royal, y compris l’abonnement mensuel à durée illimitée. C’est l’appareil avec lequel je vous appelle en ce moment, chère enquêtrice. Vous vous souvenez de ça ?

— À vos ordres Philippeke de Belchique ! Vous m'envoyez les premiers éléments via ce bigaphone ?

— Nee.  

— Nee ?

— Vous logez au troisième étage de la résidence « Museum » au numéro bip bip de la koninginnelaan. Je m’exprime en bip bip car les espions n’ont pas leurs portugaises ensablées.

—  C'est bien ça, Philippeke.

— Un meurtre vient d'être commis dans votre immeuble, Kitch’Kasket !

— Un meurtre, votre majesté ?

— Oui, je répète, un meurtre. C’est même plus qu’un meurtre, c’est un assassinat ! Il n'y a que vous qui pouvez mener cette délicate enquête, Kitch’Kasket. Vous avez septante deux balais de sorcière, vous êtes une femme d'expérience et vous en connaissez un fameux morceau au sujet de l’art et de la culture, de Belchique et d’ailleurs. Et puis surtout surtout alors là c’est la cerise sur la casquette, vous passez inaperçue. 

— C'est bientôt Nowel, Philippeke, et malgré tout le respect et l’admiration sans borne que je vous porte, Nowel c’est Nowel et ...

— Pour moi itou, Kitch’Kasket, c'est bientôt Nowel et ma reine prépare en ce moment même où je dialogue avec vous les dix minutes d'antenne que l’état belche a la gentillesse de m’octroyer lors de chaque fête homologuée.

— Philippeke, quel rapport entre cet assassinat et le palais royal de Belchique? 

— Je vous mettrais bien sur une piste sans étoile, Kitch’Kasket, je crains de me fourvoyer, cela me paraît tellement … surréaliste ! À vous de découvrir le ou les assassins !

— Mais ... 

— Bon travail Kitch’Kasket, je vous recontacte avant Nowel ! Demain donc ! Ou peut-être déjà ce soir, vous êtes une proactive !

 

  Kitch’Kasket raccroche. Elle est déconfite. Elle avait prévu une longue balade sur la plage et un bonjour à Willie l’otarie.  Un pique-nique dans les dunes. Et sur une terrasse (chauffée), une gaufre, une bière, une glace, une bière, et puis une gaufre. Tout cela tombe à l'eau de mer. Mais pour l’amour de la royale couronne, que ne ferait-elle pas ?

(A suivre)

Publié dans Nouvelle

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