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Ani Sedent nous propose le dernier acte de sa nouvelle... Les aventures capillotractées de mademoiselle Camélia Tuemouche. Quatrième épisode : l’essentiel

Publié le par christine brunet /aloys

Dès son retour en Grandioserie, mademoiselle Camélia Tuemouche se rendit à l’atelier de monsieur Minet.  Assise sur un tonneau, la camerlinguette observa avec intérêt le chat et le rat au travail.  Comme les artistes prenaient une pause caoua, le rat lui en proposa une tasse, qu’elle refusa poliment par crainte d’un empoisonnement par liquide inconnu.

  Ensuite, elle ne se rendit plus à l’atelier que pour constater l’avancée des travaux.  Au terme du troisième jour, monsieur Minet et le rat, revêtus de leurs plus beaux habits, livrèrent enfin la merveille au palais.  Elle était tout en cuivre et argent étincelant, avec un petit siège de cuir et un sinueux gouvernail orné à chaque bout de cabochons de cornaline éblouissante, tout comme les pédales.  Mademoiselle Camélia Tuemouche l’aurait trouvée charmante s’il n’y n’avait eu cette roue monstrueuse à l’avant, qui faisait la niche à la minuscule occupant l’arrière.  Quel singulier engin !

  Sitôt prévenue de l’arrivée de son grabi, Sa Sublimissimité apparut, vêtue d’une combinaison bouffante en soie chamarrée où le rose et l’orange dominaient.  Un long foulard Jaune complétait sa tenue ainsi que des mitaines en angora et des chaussons d’un violent violet, pendant tapageur à sa toute nouvelle casquette plate.  Après avoir salué de la main ses courtisans curieux, le Grand Truc se précipita sur son nouveau jouet, s’extasia d’avoir rêvé si grand, tout en souriant à monsieur Minet qui ne pouvait espérer mieux en matière de remerciement, leva les yeux sur la petite selle… et décida que sa troisième camerlinguette avait gagné le droit d’étrenner le dernier fruit de ses méditations avant que ce dernier rejoigne ses collections.  Horrifiée, mademoiselle Camélia Tuemouche sentit tous les regards se tourner vers elle.

  Un monsieur Minet un peu trop enthousiaste au goût de la camerlinguette et certainement impertinent alors qu’il faisait remarquer qu’il fut heureux qu’elle portât des pantalons audacieusement moulants sous sa courte jupe à froufrous, lui expliqua comment enfourcher l’engin sans risques.   Avec l’aide du mécano-chat elle posa donc le pied sur ce qu’elle avait pris pour une simple arabesque décorative mais s’avérait être un marchepied, poussa le monstrueux engin et sauta sur la selle.  Terrorisée, elle se mit à pédaler frénétiquement.  Dans la salle, les courtisans détalèrent en poussant des cris affolés, tendis que la terrible machine zigzaguait férocement parmi eux.

  ‒ Merveilleux ! Merveilleux ! s’écria le Grand Truc, debout sur son trône, en applaudissant à chaque boucle que faisait l’engin.  Mademoiselle Camélia Tuemouche, elle, poussait des cris d’orfraie, non par peur d’écraser qui que ce soit mais épouvantée de ne pouvoir arrêter l’infernal engin.  Monsieur Minet avait beau lui avoir expliqué que la descente se faisait de la même manière que la montée, elle était tétanisée.  Heureusement, dans sa grande bonté, sans parler de son ravissement, Sa Sublimissimité fit ouvrir en grand toutes les portes du palais afin de permettre à cette beauté ‒ le grand bi, pas mademoiselle Camélia Tuemouche ‒ de filer librement.  Profitant de ce que la troisième sillonnait l’Intérieur en couinant, la première camerlinguette, opportunément réapparue, congédia le chat et le rat, morts de rire, qui s’en retournèrent vers leur atelier plus convaincus que jamais que ce palais était un repaire de zinzins.

  Toute la journée mademoiselle Camélia Tuemouche pédala.  Elle pédala jusqu’à ce que la nuit, parée d’une lune qui lui faisait un sourire carnassier, s’invite à la fête et assiste au grand final de cette folle course dans le bassin à poissons du jardin privé de Sa Sublimissimité.

  Par bonheur, comme le fit remarquer le Grand Truc bozzo depuis son balcon, son grabi n’avait pas souffert et c’était l’essentiel.  Rassuré, il était ensuite retourné vers l’un de ses sommeils artificiels rêver à sa prochaine merveille.

 

Fin

 

 

Publié dans Nouvelle

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Ani Sedent nous propose une nouvelle en 4 actes ! Les aventures capillotractées de mademoiselle Camélia Tuemouche. Troisième épisode : En Bizarrerie

Publié le par christine brunet /aloys

Résignée, mademoiselle Camélia Tuemouche prépara un petit bagage et se rendit à l’aéroport local où elle embarqua à bord d’une nef volante.  Heureusement, le confortable aéronef, tout de velours et laiton vêtu, possédait des commodités où laisser libre court à sa terreur et un mal de l’air insurmontable.  L’île de Bizarrerie n’étant heureusement pas la plus éloignée, la camerlinguette put bientôt quitter le petit coin qu’elle avait monopolisé pendant pratiquement tout le trajet, au grand dam des autres passagères, pour rejoindre l’esplanade surplombant une cité aussi exotique que grouillante de vie, qui étalait ses atouts sans complexe tel un paon à la saison des amours.

  Rajustant son haut de forme orné d’un énorme nœud rose vif, mademoiselle Camélia Tuemouche déploya une ombrelle d’un délicieux vert tendre et quitta résolument l’esplanade en direction de la cité.  Peu rassurée, elle pénétra parmi ses ruelles où se pressait une foule bigarrée.  Devant elle, une dodue dame, ses cheveux formant un monticule d’un roux flamboyant sous un coquet petit chapeau, le corps magnifiquement emballé dans une robe aux couleurs éclatantes, ses épaules bien rondes enjolivées de nœuds et de breloques, fendait la foule de son rire cristallin.  Son compagnon, sobrement vêtu de bleu nuit et parfait contrepoint à l’exubérance de la dame, suivait les mains encombrées de paquets ; ce qui expliquait peut-être pourquoi les commerçants, tout sourires, se courbaient sur leur passage.  L’un d’eux, croyant sans doute que la camerlinguette accompagnait ce flamboyant équipage alors qu’elle profitait seulement de son sillage, tenta de lui vendre un minuscule bibi nanti d’une énorme plume.  Mademoiselle Camélia Tuemouche le remercia, mais expliqua être en quête de lingots de cornaline éblouissante.  Le commerçant fit la moue, puis admit qu’il pourrait peut-être lui indiquer où en trouver avant de présenter à nouveau l’étonnant galurin.  L’affaire conclue, il s’avéra que le plus important magasin de pierres se trouvait dans un quartier à trois ponts de celui-ci.  Heureusement, le prévoyant commerçant vendait, en sus de ses coiffes, des cartes de la cité pour touristes étourdis.  Serviable, il y marqua la boutique recherchée d’une croix luisante d’encre rouge.

  Une boîte à chapeau oscillant à son bras, son ombrelle dans une main et la carte dans l’autre, la camerlinguette changea de quartier en empruntant un joli pont qui faisait le gros dos par-dessus les bassins entourant chaque îlot de la cité.  Elle quitta ainsi le secteur des modes pour rejoindre celui des parfums, qu’elle abandonna un peu plus tard dans une suspecte euphorie et le cou ceint d’un collier dégageant des arômes herbacés, pour rallier celui des commerces de bouche.  Cette allégresse passagère l’obligea à demander son chemin à un souriant marchand de fruits qui proposait des rupes aux formes étranges et aux feuillages envahissants.

  Un pont plus tard, un encombrant bonana coincé sous le bras, elle atteignit enfin le secteur des pierres dont le dôme rutilait sous le soleil, tel un diamant à la taille parfaite.  Sous ses facettes, bijoutiers et orfèvres exposaient leurs trésors sur de sobres et sombres présentoirs.  L’éventaire signalé par  la croix écarlate de monsieur Chiptou, offrait un choix inimaginable de pierres qui exhibaient leurs couleurs avec l’ardeur d’un feu d’artifice sur le velours de la nuit.  Le gemmologue artificier, propriétaire de ces merveilles, fut ravi de négocier trois lingots de cornaline éblouissante avec la charmante personne qui avait si gentiment visité les boutiques de ses cousins.

 

À suivre…

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Ani Sedent nous propose une nouvelle en 4 actes ! Les aventures capillotractées de mademoiselle Camélia Tuemouche. Deuxième épisode : le mécano-chat

Publié le par christine brunet /aloys

 

 

Une boutique en particulier avait retenu son attention.  Elle proposait des objets qui avaient convaincu mademoiselle Camélia Tuemouche que sa quête du grabi s’avérerait peut-être finalement plus courte que prévu.  Le vendeur, monsieur Chiptou, un raton laveur endimanché, au poil et à la truffe luisants, avait observé un bon moment le croquis présenté par la camerlinguette.  Il avait ensuite consulté un des nombreux catalogues qui encombraient son arrière-boutique, puis avait ôté ses lorgnons en secouant la tête.  Mademoiselle Camélia Tuemouche avait été fort déçue de l’entendre avouer qu’il ne possédait pas ce genre d’article, avant de se sentir revigorée par l’annonce de l’existence d’un certain mécano qui pourrait peut-être l’aider.  Monsieur Chiptou lui avait promis une carte indiquant l’atelier de l’intéressé, puis l’avait invitée à acquérir une charmante babiole à épingler sur son corsage.  La camerlinguette, sous le regard insistant du vendeur, n’avait pas osé refuser et était ressortie de la boutique en possession de la précieuse carte, le décolleté orné d’un lapin nanti d’une grosse montre au squelette ronronnant.

  Le quartier où l’avait envoyée monsieur Chiptou était fort différent de ce qu’elle avait pu voir jusqu’à présent.  Ici, les champignons ouvraient sur des fabriques où résonnaient d’inquiétants bruits qui avaient donné envie à mademoiselle Camélia Tuemouche de prendre ses jambes à son cou.  Seule l’image de la première carmelinguette persiflant sur son échec lui avait insufflé le courage de continuer.

  Arrivée à l’adresse indiquée, elle s’était prudemment aventurée dans l’atelier d’un matou en salopette qui avait salué son arrivée d’un clin d’œil.  Il s’était ensuite moqué de ces zinzins qui logeaient au palais, faisant ricaner le rat à grosses lunettes de cuir et métal qui l’assistait.  Devant tant d’impolitesse, mademoiselle Camélia Tuemouche avait rangé son croquis et, laissant errer son regard sur l’atelier, avait théâtralement déclaré que le palais allait être fort déçu que monsieur Minet ne soit pas l’artisan de talent qu’on lui avait décrit.  Le vilain matou avait aussitôt sorti les griffes.  Que pouvait donc bien lui vouloir le palais ? La camerlinguette avait ressorti le croquis de sa petite aumônière, avant de le tendre avec réticence à l’impatient greffier en précisant qu’il s’agissait d’un grabi.  Ce dernier avait étudié le dessin un instant, avant de le tendre au rat dans un grand éclat de rire.  C’est là que mademoiselle Camélia Tuemouche avait appris que le grabi tant convoité était un véhicule pour amoureux des sports extrêmes et se nommait : grand bi.  Monsieur Minet, intéressé par le défi, avait accepté de fabriquer l’engin à condition de connaître la taille du pilote.  La camerlinguette avait aussitôt rejoint l’Intérieur en quête du renseignement. 

Et c’est que les choses étaient devenues embarrassantes.

Depuis son retour et à sa grande honte, mademoiselle Camélia Tuemouche se trouvait dans les appartements sublimissimes, devant un Grand Truc dont les pieds baignaient dans une mare de soie colorée et rien d’autre sur le dos.  Ayant bien compris que l’enthousiasme de Sa Sublimissimité empêcherait toute tentative d’expliquer qu’une robe de chambre ne pouvait nuire à l’exactitude de l’étude de Sa longueur, elle tenta de refiler la corvée du métrage à un valet de pique.  Mais le rusé vilain semblait atteint d’une surdité aveuglante !

Sapristi !  La camerlinguette ferma les yeux.  Si au moins les courtisans cessaient de ricaner et venaient plutôt l’aider.  Mais nooon ! ils allaient d’abord la laisser mourir d’embarras.  Et bien sûr, ses consœurs étaient occupées ailleurs… ce qui, tout compte fait, n’était peut-être pas plus mal. 

  Enfin, un brave valet de cœur lui proposa son assistance, ce que mademoiselle Camélia Tuemouche accepta avec soulagement.  La mesure prise, la camerlinguette s’en fut aussitôt porter l’inestimable renseignement à monsieur Minet, qui se contenta d’en prendre note… et déclara que trois lingots de cornaline éblouissante seraient également nécessaires.  Aïe, mademoiselle Camélia Tuemouche allait encore devoir faire les boutiques ! Ce que confirma le mécano-chat en faisant remarquer que cela lui donnerait l’occasion de voir du pays.  Mais que pouvait-il bien entendre par là ? À la consternation de la camerlinguette, le chat lui expliqua que les lingots de cornaline éblouissante ne se trouvaient qu’en Bizarrerie, la grande île située à l’ouest de leur chère Grandioserie.

 

À suivre…

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Ani Sedent nous propose une nouvelle en 4 actes ! Les aventures capillotractées de mademoiselle Camélia Tuemouche. Premier épisode : Le grabi

Publié le par christine brunet /aloys

Jamais, au grand jamais, mademoiselle Camélia Tuemouche n’avait imaginé se retrouver un jour dans un tel embarras.  Il est vrai que sa condition de troisième camerlinguette, qu’elle n’avait pas recherchée mais qui lui était tombée dessus comme une buse sur un mulot, était encore trop récente pour qu’elle soit déjà habituée à ce douteux privilège de seconde vue, aux effets aussi verts que peu mûrs, inhérent à la fonction.  Et bien sûr, ses deux consœurs avaient brillé par leur absence lorsque, ce matin-là, émergeant de sa chambre enroulé dans une de ces choses soyeuses et chamarrées qu’il affectionnait tant, le Grand Truc Bozzo avait exigé un grabi !  Un grabi ? Qu’est-ce que c’est que ça ? s’était inquiétée la camerlinguette avant que le  Grand Truc affirme qu’il s’agissait d’une chose tout à fait ravissante et très utile.

  Ignorante de ces choses merveilleuses dont raffolait Sa Sublimissimité et qu’il découvrait dans ses sommeils artificiels, mademoiselle Camélia Tuemouche s’était donc renseignée sur cette nouvelle lubie.  Malheureusement, l’aridité du terrain des connaissances qui caractérisait les labyrinthiques couloirs du palais s’étant montrée à la hauteur de sa réputation ‒ et bien plus encore ‒ elle n’avait trouvé personne pour éclairer sa pauvre lanterne.  Néanmoins, le tortueux fossile possédait une relique des temps passés, que la camerlinguette évitait habituellement de fréquenter mais qui, cette fois, s’était honteusement imposée comme seule source d’éclairage.  C’était une vielle chose, un imbroglio de tuyaux, rouages et rivets, qui ronflait et fumait depuis une éternité au fond de son cagibi.  Mademoiselle Camélia Tuemouche détestait tout particulièrement sa manie de vous fixer avec son gros œil, qui faisait comme une vilaine protubérance verdâtre sur son ventre vrombissant, mais les désirs du Grand Truc étant des ordres elle s’était résolue à braver le dragon dans son antre.  Houlette Placard ‒ c’était son nom ‒ avait longuement bourdonné puis, entre deux chuintements et quelques hoquets, avait craché l’image un peu floue d’un curieux… euh… machin.

  Les mains en coupe autour de ses joues, la camerlinguette avait réalisé, horrifiée, qu’elle allait devoir se rendre en Extérieur ! En traînant les pieds, elle avait rejoint sa chambre, avait remplacé ses chaussons de soie par des bottines à talons d’argent, avait mis ses mitaines en dentelle, sorti son haut-de-forme le plus ordinaire et pris l’ombrelle noire assortie à sa robe de taffetas.  Elle s’était ensuite traînée jusqu’à la porte du palais, celle donnant sur le parvis et la cité en contre-bas.  Née et ayant grandi en Intérieur, l’Extérieur la laissait toujours perplexe.  Tous ces visages étranges, tous ces sons, toutes ces odeurs inconnues !  Cependant, aucun autre choix n’ayant eu le bon ton de se présenter à sa porte, elle s’en était courageusement allée dénicher le résultat des cogitations de la vieille Houlette.

  Depuis le parvis, surgissant parmi un invraisemblable méli-mélo de tuyaux, la cité ressemblait à une hallucinante forêt de champignons aux chapeaux bleus et verts hérissés de cheminées qui crachaient des volutes de fumée rose.  À l’abri de son ombrelle, mademoiselle Camélia Tuemouche avait rejoint les premiers bâtiments tout en réfléchissant au problème qui l’occupait, se demandant qui, parmi les habitants, allait pouvoir la renseigner ?  Frissonnante, elle s’était enfoncée dans le dédalle de ruelles qui parcourraient la cité, était passée devant toutes sortes d’étals, où des personnes à la voix puissante l’avait interpellée de manière scandaleusement effrontée, de tavernes d’où s’échappaient des odeurs curieuses en même temps que des éclats de voix et de rires, jusqu’à rejoindre un quartier de petites boutiques aux vitrines prometteuses.

 

À suivre…

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Perrette Firket nous propose un texte "Genèse I"

Publié le par christine brunet /aloys

Genèse I

Au début, il n’y avait rien que la soupe primitive.  Un peu d’oignons rôtis, un peu de céleri, quelques rondelles de carottes… On ne savait rien de sa recette, si ce n’était qu’elle était faite d’eau, bouillante et frémissante, joyeuse et vivante, se mouvant au gré des courants de chaleur qui traversaient la marmite. On ne savait rien d’elle sinon qu’elle avait un petit gout de sel, agrémenté d’oignons comme les chips qu’on découvrirait longtemps, très longtemps après dans les supermarchés. On ne savait rien d’elle si ce n’était qu’elle était gigantesque, qu’elle s’étendait du début de la terre à la fin de la mer, qu’elle cheminait bien au-delà du regard de l’homme qui n’existait pas encore, bien au-delà de celui du faucon crécerelle qui voit tellement bien qu’il peut fondre sur sa proie à des kilomètres. Mais le faucon n’existait pas encore.  On ne savait rien d’elle, et même rien du tout, pas même ce petit goût de viande, imperceptible au départ, qui se mit à s’affirmer, au fur et à mesure des années, des décennies, des siècles échappés qu’on ne mesurait pas. Juste ce que l’on sut, bien plus tard, c’est l’histoire de ce goût, et puis aussi l’histoire de celle qui l’avait mise au feu.  Une sorte de grande créature aux cheveux couleur de vent, ce vent qui soufflait sur la soupe et qui l’aidait à se courber, à se faire des bigoudis de vagues, à se regarder dans les yeux de ses sœurs, et à s’aimer. Une sorte de personnage intemporel, avec des yeux couleur de braise, avec un souffle long et lent, avec une voix  de sorcière, brisée et douce, comme le temps. Cette personne qu’on appela plus tard Zeephora mettait beaucoup de soin à tourner dans la soupe toute primitive qu’elle fut. On ne savait pas si elle pensait à ces milliards de femmes et d’hommes, qui, un jour, renouvelleraient son geste, avec une cuillère de bois de cèdre, de baobab tout enroulée, de sapin clair ou de bouleau si blanc. Zeephora remuait et goûtait, de temps en temps. Et la soupe tournait, comme un manège lent, comme ces carrousels qui existeraient dans si longtemps, tournant avec douceur et parfois fureur, douleur. Dans les remous vivants de la soupe primitive se calaient les légumes, bien au chaud dans le très brûlant, l’oignon par ci, le céleri par-là,  les pommes de terre dans les courbes ineffables et sans nom, puisqu’il n’y avait pas de nom, dans ces temps-là.

Il s’avéra qu’un jour, Zeephora en eut marre. Elle s’assit alors sur le petit rocher qui bordait l’étendue d’eau vigoureuse. Et le gout de la soupe était bon, plein de cette saveur de viande, épicé à souhait. Alors Zeephora s’arrêta de tourner. Et regarda ce que donnait la soupe.

Et puis, il ne se passa rien. Rien que l’apaisement de la houle, le soulagement d’un ressac juste rythmé par la brise, le decrescendo,  l’eau qui s’endort, il n’arriva rien du tout et Zeephora  avait beau écarquiller les yeux qu’elle avait de braise (mais je l’ai déjà dit), elle ne voyait rien. Mais elle entendit. D’abord, ce fut comme un murmure, un bruissement de vie primitive, l’univers de la soupe se mettait à parler. Et dans le gris noir vibrant de l’aube fondamentale, dans le bouillon des origines se formèrent des petites boules minuscules, on aurait dit   de petites balles un peu visqueuses, à la manière de ce que seraient les billes de tapioca trouvées dans les potages, plus tard, bien plus tard.

 Soudain, les petites sphères se mirent à rayonner : c’est ainsi que naquirent des lucioles, des centaines de lucioles, des milliards de lucioles. Et le ciel, jaloux de la soupe devenue mer scintillante, s’empara de celles-ci. Elles allèrent habiter chaque endroit, chaque centimètre carré de ce ciel : c’est pour cette raison  qu’il fait si clair le jour.  Le ciel s’empara aussi d’une seconde espèces de billes, plus résistantes, plus lumineuses aussi : c’est pour cette raison que le soir, s’étoile la nuit : d’autres vers luisants, plus résistants continuent de briller comme toutes les planètes    que nous connaissons maintenant. Et Zeephora sourit. Parce qu’il y avait de la lumière le jour et des étoiles de nuit. Celles qui restèrent au fond de la soupe primitive maintenant tiédie par l’absence du feu qui ne la chauffait plus, celles qui restèrent furent appelées étoiles de mer…

Et Zeephora attendit encore : elle en avait de la patience. C’était déjà la femme qui avait fait la plus grande soupe du monde pendant autant de temps, si elle avait vécu plus tard, on l’aurait inscrite au livre des records, mais cette femme ne savait pas lire, et jouissait seulement du jour et de la nuit, de l’étendue d’eau à perdre son regard, et de qui, petit à petit, se passa . La mère-soupe s’était retirée du rivage, il y avait maintenant de grandes plages de sable, dues à l’usure des galets que Zeephora, comme toutes les femmes juste après elle, avait utilisé pour maintenir le bouillon chaud. Les pierres s’étaient usées, polies, avaient perdu de leur substance, tour de cuillère après tour de cuillère, remous chaud après tourbillon bouillant et toutes les particules des pierres s’étendaient maintenant sur un terrain un peu pentu, qui allait vers la mer. Et ce fut le sable originaire, coloré, rougeoyant et bleuissant, fait de milliards de poussières de pyrites étincelantes, de calcite blanche, de coralines rouges et de lapiz lazuli bleu. C’était une plage primitive, là où se mirent à sortir   des tas de créatures, d’êtres premiers, qui partaient à l’aventure de la vie.

La première chose que Zeephora vit sortir de la mer, c’étaient de petites pâtes minuscules, comme celles que l’on met maintenant le soir, dans les potages des enfants de cinq ans : on les nomme pâtes alphabet, elles contiennent toutes les lettres du monde et  tous les sons. Et ces petites pâtes sortirent de l’eau, encore toutes dégoulinantes d’avoir nagé tant de temps, et elles se donnaient la main. Elles faisaient ensemble des ribambelles de mots, d’abord ce fut le mot « verbe » qui sortit, tout trempé, puis, d’autres mots qui   nommaient le ciel et la terre, désormais séparés, d’autres encore qui disaient la chaleur, la moiteur, les mouvements des vagues et leurs secrets cachés. Ce fut bien plus tard qu’on écrivit dans des livres sacrés qu’au commencement était le verbe, ça n’était pas si faux que cela. Mais Zeephora ne savait pas lire. Elle avala tout cru le mot » oiseau » et le trouva bon. Aussitôt un être ailé se mit à voler au-dessus des flots. Il était encore bien pataud et un peu zigzaguant, mais très vite,  il  acquit  de l’assurance et se mit à pêcher des poissons, mot  dont Zeephora avait dévoré toutes les pâtes, dans le  bon sens, du « p »  au gout  salé au « n » à la saveur plus subtile.

C’est ainsi que naquit le monde, le ciel séparé de la terre, les animaux, les arbres vainqueurs aux canopées comme des lits moelleux, les fleurs et leurs pétales, les saisons. Zeephora dut manger beaucoup et souvent, mais les pâtes avaient un goût chaque fois différent. Elle en mangea tant et tant que ces pâtes disparurent totalement de la surface de l’univers. (Elles furent en fait sauvées par un groupe d’êtres poilus, marchant debout qui se dirigèrent dès leur sortie de l’eau vers un continent qu’on appela plus tard la Chine).

C’est ainsi que naquit le monde, et Zeephora dut aussi manger des mots plus abstraits comme le mot « douleur » comme le mot « souffrance », comme le mot « guerre », c’était affreux.  Mais elle absorba aussi les mots qui signifiaient « enfances », « bonheur », « plaisir », « ciel étincelant »,  « magnifique. » Ils étaient délicieux, elle en avala beaucoup. Il en resta des étincelles, parsemées de-ci delà aux quatre coins du monde.

 Et quand Zeephora eut fini de manger, son ventre gargouillait et était lourd. Mais toutes les créatures vivantes bougeaient, se parlaient, voyageaient, inventaient. Alors L’immense créature aux cheveux de vent sut que son travail était fini. Et elle se coucha sur la plage magnifique. Et se fit une pipe aux herbes odorantes. Et contempla, avec plaisir (comme ce mot était agréable et goûteux) tout son travail.

 

Perrette Firket

Publié dans Nouvelle

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Ani Sedent nous propose une courte nouvelle "Les cuisines du monde"

Publié le par christine brunet /aloys

 

Les cuisines du Monde

 

Mais que se concocte-t-il donc dans les cuisines du monde ?

Des effluves étranges s’en dégagent, pas toujours réconfortants, souvent suspects et, alors que la serre surchauffe, y faire suer devient la norme tandis que tourne la rôtissoire et que les cuissons à l’étuvée se succèdent, même entrecoupées d’abondants rinçages.

Si le passage au chinois se généralise, l’américain semble avoir fait fi de la date de péremption et la salade russe, sous sa mayonnaise rance, prend des airs de déjà vu.  Accommoder les suprêmes aux petits oignons devient fastidieux.  Les diplomates défilent, pourtant, la panade est omniprésente, les gâte-sauces légion et de nombreuses brisures jonchent les plans de travail.

Dans la souillarde la mortification va bon train alors que la trancheuse débite des tripes, que les cervelles marines dans une demi-tasse d’eau tiède, que les vieux croûtons font trempette dans la sauce aigre-douce et que la poularde, sévèrement bridée, passe du demi-deuil au deuil complet.

Quant à la surprise du chef… ce n’est pas elle qui fera boire le bouillon à la crItique gAstronomique.

 

Et la note ? vous demandez-vous.  Elle sera salée !

 

Ani Sedent

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Article publié depuis Overblog et Facebook

Publié le par christine brunet /aloys

LA COCCINELLE ET LE CAFARD

 

Dans la propriété laissée à l'abandon

Poussent un très grand nombre de plantes sauvages,

Vivent des animaux comme poux et grillons

Au milieu des arbres et des nombreux herbages.

C'est ainsi qu'un cafard voit une coccinelle.

L'insecte nocturne malgré le lever du jour

Se plaît à observer cette bête si belle.

Il ne s'en lasse pas et sent naître l'amour.

Elle n'est pas comme lui qui mange un peu de tout, 

Elle cherche encore et toujours des pucerons.

Aider la coccinelle devient un projet fou.

Le cafard parcourt alors tous les environs.

En assez peu de temps, il trouve ce qu'il cherche.

Dès lors il s'empresse d'informer son aimée.

Tout émoustillé, il va lui tendre la perche.

"Venez voir les rosiers au bout de cette allée,

C'est là que vivent vos petites gourmandises.

Je crois que vous méritez de vous régaler."

Pour ces deux-là cinq à six minutes suffisent

Pour faire ample connaissance et s'apprivoiser.

Pour la bête à bon Dieu, le cafard est un ange.

Il n'est pas l'insecte répugnant dont on cause.

Elle ne se prive pas de chanter ses louanges. 

Quand on observe l'autre la compassion s'impose.



 

Micheline Boland 

 

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Micheline Boland nous propose un conte... La fourmi et le chien

Publié le par christine brunet /aloys

LA FOURMI ET LE CHIEN

 

Une fourmi sur un ordinateur portable 

Avance semble-t-il en quête de repères

"Que diable faites-vous sur cette jolie table ?

Votre place est ailleurs, en un endroit agraire",

Dit le chien de la maison à cette étourdie.

"Mes maîtres n'auraient pour vous aucune pitié,

Aussi bien qu'à la guêpe, ils vous ôteraient la vie.

Je propose de vous aider bien volontiers."

Le chien apporte alors dans sa gueule une tige.

"Montez ici je vais vous porter près des vôtres."

La fourmi obéit sans le moindre vertige.

Enfin au potager, un instant elle se vautre.

Rassurée, elle se trouve au milieu de ses sœurs.

Elle remercie le chien, elle se joue du travail,

Elle y met tout son cœur et toute son ardeur.

Ö comme elle apprécie toutes ces retrouvailles.

Ö comme est douce cette salutaire fatigue. 

N'allait-elle pas mourir sur cette froide matière ?

À toutes les machines, elle préfère la garrigue.

Au sein de la nature, elle est aventurière.

Le chien est heureux de l'avoir mise au jardin.

L'insecte est heureux d'avoir quitté la machine.

Tous deux savourent d'agréables lendemains.

Les maîtres ignoreront la stratégie canine.

 

Micheline Boland

 

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"Hashtag futurs suicidés" : une nouvelle signée Carine-Laure Desguin

Publié le par christine brunet /aloys

Hashtag futurs suicidés

 

   Charleroi, quai Arthur Rimbaud. Entre le centre culturel Quai 10 et la Sambre, trente-trois quidams inscrits à un premier atelier insolite attendent avec impatience les directives de Charlie, l’animateur employé par la Ville pour cette occasion. Un succès cet évènement, se dit celui-ci en jetant un regard circulaire vers les eaux sales de la Sambre, un putain de succès. Un troupeau par semaine et ce sera du tout cuit pour moi, yeees. Un contrat à durée indéterminée, yeees. 

   Le poète maudit qui a laissé quelques traces ici même à Charleroi ne s'est pas suicidé et c’est bien dommage vu notre situation, lâche d’entrée de jeu, Jérôme (vingt-cinq, informaticien, célibataire) après avoir demandé s’il était bien à la bonne « adresse », quai Arthur Rimbaud. Les trente-deux autres individus de ce groupe hybride opinent de la tête. On aurait plébiscité ce modèle idéal, continue Jérôme. Bah, la Sambre est là, juste en face de nous, rétorque Mathias (trente-neuf ans, enseignant, marié à Isabelle, présente elle aussi à cet atelier), y’a plus qu’à plonger. Et pourquoi il a pas mouillé son maillot, le Rimbaud ? 

   C’est parfait pense Charlie, ça démarre fort, ils sont tous motivés, gonflés un max et plein d’enthousiasme gravos pour le sujet. Et tout en poésie avec ça. Stupéfiant vu le thème de cet atelier. Tous des défaitistes en puissance. Fallait s’en douter, rien de rose au Pays Noir. Sur ces belles paroles, Charlie rebondit : « Alors bonjour à tous, j’espère que vous n’êtes pas armés, pas de fusil ni de révolver, pas de canon ou explosif quelconque, et aucune arme blanche, comme stipulé dans les consignes envoyées par mail hier matin. Surtout pas de passage à l’acte avant mon signal, si signal il y aura après délibération du jury. Et aussi, dernier avertissement, n’espérez pas mettre une seule patte sur une mine antipersonnel, nous sommes à Charleroi, c’est pas une république bananière, c’est le Pays Noir. Avant d’avancer dans ce projet, j’aimerais qu’on discute de vos motivations. Je ne voudrais pas que vous passiez à l’acte et puis que vous le regrettiez, ah ah ah ». De petits braiments fusent de part et d’autre. L’humour, lui, n’est pas encore mort, pense Charlie, c’est parfait. Et bien au contraire d’après ce qu’il entend à présent. 

     — Nous sommes trente-trois, ça commence bien ! ânonne sur un ton décalé Fabrizio (cinquante-six ans, « démullisseur » d’os d’ânes, veuf depuis dix jours).

     — Ah, et pourquoi ça ? demande Angéla (septante-huit ans, retraitée, divorcée depuis deux heures). 

     — Ben trente-trois, comme le Christ. Il avait pas trente-trois balais quand il est mort raide crucifié, le prénommé Jésus ? intervient du tac au tac Helmut (quarante-neuf ans, au chômage depuis vingt ans, séparé).

  • Alors on pourrait pas passer aux choses sérieuses ? Charlie demande nos motivations,

allons-y, déballons-les ! Y’en a marre de glander comme ça et en plus, la météo annonce de la pluie pour quinze heures. Je veux crever le plus vite possible car vivre coûte la peau des fesses. Y’en a marre d’allonger des biftons pour ces fainéants du gouvernement qui ne pondent que des idées à chier. Voilà, c’est dit (Chris, trente-huit ans, ex-postulant pour animer cet atelier).

  • Oui, le gars au chapeau de cow-boy a raison, et surtout qu’avec nos tunes, ces pourris

se paient des vacances au soleil, je voulais juste ajouter ça (Gaby, trente-sept ans, esthéti-chienne dans une maison zoo-médicale).

  • Ben moi, ma femme s’est fait la malle. Partie comme ça, sans aucune valise, un matin 

de printemps quand les prunus des voisins venaient de montrer leurs premières fleurs. Impossible de vivre sans elle. La machine à café, la machine à lessiver, le séchoir et la bouilloire électriques et tout ça, j’arrive pas à les mettre en route. Et les plaques vitrocéramiques, c’est trop dangereux pour moi (Jean, soixante ans, échevin des travaux).

  • Mon voisin refuse de couper sa haie, plus un seul rayon de soleil n’apparaît dans ma 

cour, que de l’ombre toujours de l’ombre. Je me dis que là-haut je baignerai dans un océan de soleil pour l’éternité (Jeannine, trente-neuf ans, mannequin et doublure de Maryline Monroe, future pensionnée).

  • Mon mari est mort depuis deux ans et ses ronflements, je les entends encore, ça 

chamboule mes neurones. C’est inhumain de vivre comme ça. Le rejoindre lui et ses ronflements, c’est mon plus cher désir (Victor, coiffeur, vingt-deux ans, veuf de Taylor). 

  • Titus, mon chat d’amour, s’est jeté par la fenêtre de mon appartement social, un samedi 

matin par temps de pluie. Du dixième étage. Il n’a laissé aucune lettre à sa maman pour justifier son geste (Amandine, septante-quatre ans, madame pipi à la gare de Charleroi).  

  •  Je suis un rejeté de l’euthanasie. Mes motivations n’étaient pas assez stupéfiantes, 

d’après les toubibs qui se sont épanchés sur mon cas. Je pouvais réintroduire un dossier. J’ai préféré m’inscrire à cet atelier. C’était plus sécurisant (Anatole, ignorant de sa date de naissance, éleveur de mulets en Algérie, venu à Charleroi pour l’occasion).

  • Avant-hier ma femme revient à la maison avec des cheveux rouges. Je la préférais en 

rétroversion verte. Ma femme est têtue comme un mulet (Sanson, nonante-neuf ans, chanteur). 

 

Ouais. À vous entendre, l’émotion m’étreint. S’il n’y avait que moi, vous passeriez tous la seconde étape. 

  •  Je serai sélectionnée ? Car dans le cas contraire, je me pends, mon métier tend à 

disparaître (Huguette, trente-sept ans, cordelière). 

  Écrivez-moi cela noir sur blanc. Sans fioriture. Le jury sera sensible en lisant vos motivations, croyez-moi. Et lorsque les membres du jury, c’est-à-dire les élus de la Ville, auront délibéré lors du prochain conseil communal ce lundi soir, vous serez contacté personnellement. 

   À ce moment précis, un énorme « plouf » se fait entendre et des éclaboussures atteignent plusieurs postulants du troupeau. 

  • Ben oui, il ne sait ni lire ni écrire, le pauvre. C’est trop injuste quand même. Du coup, 

il n’a fait ni une ni deux. Il a préféré plonger et donner son corps à la Sambre (Kaliméro, cinquante-quatre ans, porte-parole des cas désespérés). 

 

Carine-Laure Desguin

 http://carineldesguin.canalblog.com

 

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Le Ponton, une nouvelle signée Louis Delville

Publié le par christine brunet /aloys

 

LE PONTON

 

Au bout du ponton, la liberté, au bout du ponton, la fin des souffrances, au bout du ponton, les retrouvailles…

 

Depuis plusieurs années, je suis seul au monde. Mes parents décédés, j'ai décidé de déménager au bord du lac.

 

J'en ai fait des parties de pêche avec des "amis". En général, ils venaient chez moi uniquement pour cela. Je ne les intéressais que par ce ponton situé au bout du jardin. Certains venaient en voiture, d'autres accostaient sans prévenir et quel que soit le temps, je devais faire bonne figure, abandonner tout pour la pêche.

 

Un jour, une belle tempête a détruit le ponton et comble de malheur, la municipalité a décidé de le reconstruire aux frais de la communauté… Il faut dire que le seul médecin des environs se rendait volontiers chez ses clients en utilisant un petit bateau et que c'était devenu un lieu d'accès facile pour lui.

 

Fichu médecin ! Il ne l'a jamais beaucoup utilisé ce ponton ! Par contre, les autres, les pique assiette, les pêcheurs du dimanche, sans parler des gosses qui durant tout l'été s'en donnaient à cœur joie, le lieu était plus fréquenté que l'église paroissiale !

 

Tout cela a duré des mois et des mois jusqu'au jour où j'ai rencontré Aude, une gentille fille de la ville. Très vite, elle s'est installée à la maison et les visites d'amis se sont espacées et leur nombre a fondu comme neige au soleil. La paix, j'avais la paix, une gentille compagne que j'aimais et la vie nous souriait ! Quelques mois après, Aude m'a annoncé qu'elle attendait un enfant. Le bonheur continuait à inonder la maison.

 

Aujourd'hui, Aude est tombée dans le lac. Elle m'attendait sur le ponton et a glissé sur les planches humides… J'ai retrouvé son corps près de ce ponton maudit…

 

Alors, j'ai sauté dans l'eau glaciale, je me suis agrippé à son corps déjà froid et j'ai attendu…

 

Louis Delville

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