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interview

Walter Macchi : "L'écriture, comme la lecture, est un besoin, une passion, une façon d'apprendre et d'évoluer aussi. "

Publié le par christine brunet /aloys

a-un-detail-pres.jpgWalter Macchi est auteur chez Chloé des lys... un romancier… A un détail près est un polar, son polar.

Un point commun qui m’interpelle, bien évidemment. Des tas de questions se bousculent dans ma tête : comment conçoit-il son récit, son intrigue, comme crée-t-il ses héros… tout cela pour répondre à une seule question : y a-t-il un seul processus d’élaboration pour ce genre très particulier de littérature ? Plusieurs ? Un état d’esprit à part ou non ?

J’espère que Walter Macchi parviendra à répondre à toutes ces questions… et, peut-être, à me donner les clés qui me manquent.



Walter, depuis quand écris-tu ?
Je suis traducteur de formation et j'ai toujours écrit dans le cadre de ma vie professionnelle. J'ai eu la chance de travailler pendant une vingtaine d'années dans une mission diplomatique, dont les dix dernières au sein du service de presse. Quand je ne traduisais pas, je composais ou corrigeais des textes, des discours. Le reste du temps, je lisais les journaux le matin, et tout ce qui me passait sous la main le reste de la journée. C'était une expérience vraiment enrichissante.

Pendant toutes ces années, j'ai maintes fois repoussé le projet d'écrire un roman parce que le boulot prenait tout mon temps mais au fond de moi-même, j'ai toujours su que ce rêve, qui ne m'a pas quitté depuis l'enfance, allait devenir réalité. Cela a été le cas peu après la quarantaine.

Un événement déclencheur ?
Je faisais toutes les semaines la navette entre Genève et Bruxelles et passais beaucoup de temps dans les avions et les aéroports. L'idée de base du premier roman a germé pendant ces voyages. L'histoire s'est construite petit à petit et s'est bien vite imposée comme une évidence.

Que t'apporte l'écriture ?
L'écriture, comme la lecture, est un besoin, une passion, une façon d'apprendre et d'évoluer aussi. Parce qu'écrire, c'est créer.

L'écriture me permet également d'aborder les thèmes essentiels de l'existence, la vie, l'amour, la confiance, la trahison, l'argent…

Pourquoi l'écriture est-elle un moyen d'évoluer ?
walter1.jpgMes principales sources d'inspiration sont l'observation et la lecture. L'écriture est un moyen d'évoluer parce c'est un apprentissage constant qui nécessite beaucoup de rigueur et me pousse à me remettre sans cesse en question. Comme les voyages, elle me permet de découvrir d'autres horizons et de m'ouvrir aux autres et au monde qui m'entoure.


Tu as peut-être d’autres passions ?
Je suis un touche à tout, curieux de naissance. Je me suis donc essayé dans pas mal de domaines mais il y en a trois qui sont une constante : la photographie, les voyages et l'actualité internationale avec, de temps à autres, une passion qui prend le pas sur les autres, au gré de mes envies.

Comment écris-tu ? directement sur ordi ou sur le papier ? la nuit, le jour, tout le temps?
J'écris directement sur ordinateur, dès que j'ai un moment, dans la journée ou la soirée. La nuit j'essaye de dormir, parce que le sommeil – ou son absence - est également une source inépuisable d'inspiration. J'ai un petit enregistreur qui depuis peu me permet de capter les idées au moment où elles prennent naissance, sans risque de les perdre.

Jusque là, rien ne distingue Walter Macchi d’un romancier de roman historique ou contemporain, par exemple… Ma curiosité s’accentue.

Pourquoi avoir choisi le genre policier pour t'exprimer ? Le suivant en est-il également un?
Les policiers sont mes romans de prédilection, C'est le genre qui titille le plus mon imagination. C'est à mon avis le type de roman le plus exigeant et le plus compliqué à mettre en œuvre pour que l'histoire tienne la route et soit crédible, un de ceux qui demandent le plus de recherches et une documentation riche, parce que tous les éléments sont importants, l'intrigue, les personnages et leur environnement, le style…
Mon premier roman, un thriller dont l'intrigue se déroule dans le monde des affaires, de la parfumerie de luxe et de la photographie de mode, est en partie basé sur une expérience personnelle.

Le second est un roman plus classique, qui a néanmoins représenté un défi et un véritable exercice de composition. Il a fallu d'abord d'entrer dans la peau d'une jeune personne de l'autre sexe, et mettre ensuite deux histoires en parallèle : celle de l'adolescente racontée par elle-même, et celle d'une famille, originale et avare, que le goût pour l'argent fera sombrer.

Pourquoi avoir changé de genre de roman ?
L'approche entre un polar/thriller et un roman est différente. Dans un polar, on est beaucoup plus dans l'action et dans les changements de lieux. Pour cherches leswalter2.jpg indices, pour enquêter, il faut bouger.
Changer de style et écrire un roman a été une démarche intéressante qui m'a obligé à aller puiser plus profondément en moi pour faire sortir les émotions, les sentiments
et arriver à les mettre en mots.


Je vois… Quelle serait ta définition perso de l'écriture et définis ton style...
L'écriture pour moi est un formidable moyen d'expression, avec l'envie sous-jacente d'intéresser un plus grand nombre possible de lecteurs. Mon style est assez direct, sans fioritures et très visuel.


Comment construis-tu ton récit ? Ecris-tu au fil de la plume, avec un canevas ? un plan ?
Pour les romans policiers en particulier, j'essaye de bâtir un canevas de scénario solide autour d'une idée directrice. C'est un peu moins vrai pour le second roman où j'ai plus laissé libre cours à mon imagination et à ma plume. Lorsque j'écris, il m'arrive cependant de modifier le scénario en cours de route, parce que j'ai eu un flash ou parce que mes "conseillers" m'ont suggéré une autre voie. Je connais souvent des "moments de grâce", où les mots et les idées se bousculent à un tel point que j'ai parfois du mal à suivre.

 

Crois-tu qu’on écrit un polar comme un autre roman, avec le même état d’esprit ? D’où la question qui en découle… Tout auteur peut-il devenir auteur de roman policier selon toi?

Non, comme je l'ai dit précédemment, on aborde un polar avec un état d'esprit bien particulier. La trame est constituée par une intrigue, un événement mystérieux qui débouche sur une enquête avec des indices, des pistes, de l'action.
http://www.waltermacchi.com/images/stories/images/articles/la%20vieille%20cover%20reduced.jpg
Connais-tu dès le début la réponse à toutes les questions induites par l’intrigue ? Sais-tu qui est le coupable dès le début ? Si c’est le cas, qu’est-ce qui te passionne dans le processus du polar ? Le jeu avec les lecteurs ? la déclinaison des indices ?

De façon générale, avant de me mettre à écrire, j'ai un scénario de base, qui peut s'étoffer, se corser en cour de route. Mais je sais dès le début où je veux amener mes lecteurs.
Ce qui me passionne dans le processus du polar c'est justement le jeu qui s'installe entre l'auteur et le lecteur, et qui consiste selon moi à créer un suspense, une tension qui accrochera ce lecteur de façon suffisamment efficace pour qu'il ait hâte d'en connaître la chute.


Voilà une différence de taille entre nos deux approches de la conception d’une intrigue… Je crois qu’il vient de me donner la réponse que j’attendais. Pourtant je poursuis
l’interview, pour comprendre jusqu’où vont ces différences.

Tes personnages ont des personnalités bien marquées. Comment les construis-tu? Quel rapport as-tu avec eux ? facile ou compliqué de mettre un point final à tes
histoires ?
4e-a-un-detail-pres-001-copie-1.jpgPour mon premier roman, mes personnages sont nés d'observations personnelles, sur place à Genève et dans la vie quotidienne. J'ai essayé de les construire avec rigueur et me suis parfois identifié à eux, dans ce qu'ils avaient de plus humain, dans leurs qualités mais également leurs défauts. Je les aime bien et y suis attaché, même lorsqu'ils sont antipathiques pour les lecteurs. Je n'ai pas vraiment de problèmes à mettre un point final à mes histoires. J'éprouve parfois un sentiment de nostalgie ; c'est quelquefois à regret que je mets un terme à leurs aventures.

Certains construisent leur roman à la première personne… Toi, tu te choisis de te mettre dans la peau d’une femme dans ton second roman… Pas commun… Comment
entre-t-on dans la peau d'un personnage d'un autre sexe ?
Quand il écrit, un auteur fait immanquablement référence à une vision très personnelle des choses. Il peut parfois essayer de brouiller les pistes mais c'est un peu de lui-même qui transparait dans ses personnages.

 
Pour mon second roman, j'ai voulu sortir de mon enveloppe "masculine" et me contraindre à penser autrement, à voir la réalité sous un autre angle. L'aspect psychologique m'a demandé énormément d'efforts. Je réalise à présent, à quelques mois de la sortie officielle du livre, combien cette tentative est périlleuse et délicate.
J'ignore même si j'y suis parvenu. L'avenir me le dira…

Lorsqu’on te lit, une chose frappe immédiatement le lecteur, c’est le côté visuel de ton récit, un peu comme si tu l’avais construit autour d’un scénario développé au fur et à mesure, étoffé pour en faire un roman. Pourquoi le visuel est-il si important ?
Je réalise en répondant à tes questions combien mes passions se rejoignent, l'écriture, la photo ou le cinéma, les voyages. Toutes ces passions, qui sont autant de plaisirs, me permettent de partager des émotions, de capturer l'instant ou le vécu, que ce soit par les mots ou l'image. Mon premier roman A un détail près est très visuel, au point que j'aimerais bien parvenir à en faire un film. Je suis actuellement en train de travailler sur son scénario.



Est-il facile ou compliqué d'être lu pour toi ? Comment tes proches voient-ils cette passion ?
walter3.jpgPlutôt compliqué d'être lu par le plus grand nombre et d'obtenir ainsi des avis contrastés qui me permettent d'évoluer. En règle générale, mes proches voient cette passion de deux façons, avec étonnement pour certains, avec enthousiasme pour d'autres, parfois avec un brin d'envie, mais rares sont ceux qui réalisent vraiment la solitude de l'auteur face aux difficultés et aux injustices du monde de l'édition...


Quel est ton univers littéraire ?
Auparavant, je lisais presque exclusivement des romans policiers et des thrillers. Mais ces dernières années, mon univers littéraire s'est beaucoup diversifié. A présent, je lis essentiellement des romans mais tous les genres m'intéressent. J'avoue avoir un peu plus de mal avec la poésie et les romans historiques, mais rien ne dit que je ne m'y mettrai pas un jour. Mes lectures ne connaissent pas de frontières, avec toutefois une nette préférence pour les écrivains francophones, anglo-saxons et italiens bien sûr. J'ai découvert quelques perles dans les auteurs italiens contemporains qui gagnent à être connus (F. Volo, F. Moccia, P. Giordano, entre autres). Dommage qu'ils ne soient pas tous traduits en français.

J’aimerais que tu termines non pas par un extrait de ton roman mais par une autre définition… A ton avis, qu’est-ce qui fait un bon roman policier ? Tu parviendrais à me donner ta définition du roman policier ?
C'est une question à laquelle il m'est difficile de répondre. Il serait réducteur de dire qu'il n'existe qu'une seule définition tant les genres de romans policiers sont diversifiés.
Un bon roman policier est un roman dont le lecteur se dit, après avoir tourné la dernière page, que l'intrigue était tellement bien ficelée qu'elle en était géniale et qu'elle l'a captivé jusqu'à son dénouement inattendu.

Je ne peux qu'approuver... L'inattendu, l'intrigue forte, bien ficelée... la recette d'un bon polar... la recette de "A un détail près"... vous n'y croyez pas ? Lisez...
Pour retrouver l'univers de Walter macchi, un site... www.waltermacchi.comlink
Christine Brunet

www.christine-brunet.com
www.aloys.me
www.passion-creatrice.com

Publié dans interview

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Reine Bale : "Je n'ai pas besoin d'admirateurs, mais de lecteurs"

Publié le par christine brunet /aloys

Reine Bale... Avant tout un nom pas courant, une intervention remarquée sur le forum Chloé des lys et une première de couverture... Quoi ? Vous ne l'avez jamais vu ? Pas possible ! Et bien sachez qu'elle est sans doute à l'origine de cet interview... Pourquoi ?http://www.bandbsa.be/contes2/agederaison.jpg Parce qu'elle est tout sauf banale, tiens !

 
Reine Bale, une petite présentation ?
Reine Bale : nom d'auteur. Mon vrai nom ? Je le garde pour moi. La raison : je suis aussi prof de lettres et ne souhaite pas que mes élèves sautent sur les scènes croustillantes de mes romans pour me tailler une réputation. La création est une liberté qui n'admet pas l'auto-censure. Quant à me présenter intimement, je pense que mes livres le feront mieux que moi. Ou d'autres personnes. Mais pas moi..

Je suppose que ce nom de plume a une histoire... Tu nous la racontes ?
Ce nom de plume est mi-fabrication, mi-héritage : Reine, mon second prénom est le prénomhttp://www.bandbsa.be/contes2/balereine.jpg legs de ma grand-mère. Après tout, chez un écrivain plane l'esprit des ancêtres et il se trouve que ma grand-mère était une femme que j'adorais. Endosser son nom, c'est un hommage mais aussi un défi, une invitation à "accroître sa puissance d'agir" pour paraphraser Spinoza. Et puis il y a "Bale", une combinaison de syllabes de mon nom marital et de mon nom de jeune fille. Ce nom croise ainsi toutes les identités, passées et présentes qui se sont fixées en moi. Ah ! j'oubliais...J'aime bien le côté désuet de ce pseudonyme.

Depuis quand écris-tu? Pourquoi ? Un déclencheur ?

Il n'y a pas eu un déclencheur du type catastrophe ou événement révélateur ; la littérature, j'ai grandi avec et je ne peux pas dire comment ni pourquoi il s'est avéré indispensable d'écrire à mon tour. C'est une histoire d'émancipation intellectuelle par rapport à des modèles littéraires particulièrement révérés. C'est venu à l'adolescence, à l'âge de la révolte et des métamorphoses physiques.
 
Lesquels ? Ceux que tu cites plus bas ? Pourquoi ceux-là ?
Ceux cités plus bas (Philip Roth, Saul Bellow, Tolstoï...) sont effectivement ceux avec lesquels je dialogue quand j'écris. Ils me rappellent à chaque fois ce qu'un roman contemporain peut être : une prise de liberté dans le ton et la narration (comme les Face-FS86-Ngen3-Yael2.jpgdigressions de P. Roth dans Portnoy, ou bien les réflexions qui, écrites en italiques dans Herzog de Saul Bellow, imitent le désordre et la spontanéité de la pensée au coeur de l'événement), une fine observation des milieux à un instant de l'Histoire (guerres napoléoniennes dans Guerre et Paix, voir le dialogue qui ouvre le roman) et ce que ces modifications historiques (sociales, économiques, techniques) génèrent chez les individus (dans leur façon d'appréhender le monde de façon très intime).

Donne-moi une définition de l'écriture :
L'écriture est, à mon sens, ce qui fait le lien entre le corps et l'esprit. Les mots forment un univers physique de sons, et de sensations tout en convoquant ce qu'il y a de plus immatériel chez l'homme : sa pensée, son imaginaire.
 
Définis ton style :
Le style que j'ai adopté est celui qui tente sans cesse de mettre la fiction au service de la réflexion ; ce n'est pas une écriture directe, (faite simplement du premier degré de l'écriture, à savoir dire pour déverser sentiments ou émotions). Non, je souhaite parvenir, en général au terme d'un travail important de correction et de re-écriture à dessiner -au-delà de la phénoménologie- une fiche d'identité des grandes problématiques de la société contemporaine. Une fois que l'idée est claire, je laisse à la spontanéité le soin d'offrir une carnation à mon propos.
 
Je n'ai pas encore lu ton livre mais... Tu sembles parler d'engagement au travers de l'écriture ou plutôt de reflet de notre société... Pourquoi choisir cette approche et pas une approche plus détachée, moins sociologique ?
D'engagement, non. Je n'imagine pas détenir une vérité qu'il faudrait absolument que je transmette ! Je laisse aux fous le soin d'évangéliser leur monde de leurs paroles insensées100_2704.JPG ! J'essaie simplement d'atteindre une forme de justesse "typologique" si l'on veut. Un roman met en place des personnages qui doivent être, pour n'importe quel lecteur, reconnaissables : à mon sens, il est important de respecter le critère de vraisemblance qui permet l'identification. Pour dresser des portraits fins et surtout justes, échapper à la caricature ou au contraire traduire la caricature quand c'est "vrai", il faut bien un peu observer, s'intéresser, s'informer ! Il y a ce que l'on connaît (certes, c'est une base), ce que l'on sent et ce qu'il manque à notre connaissance pour éviter les lieux communs. Par exemple, en ce moment, j'achève un roman dont le personnage est une très vieille dame qui finit sa vie en maison de retraite ; il m'a tout de même paru indispensable de me déplacer dans des maisons de retraite pour tenter de répondre à la question importante dans nos sociétés contemporaines : qu'est-ce que finir sa vie quand on l'achève dans une maison de retraite ? Vue d'ici, la réponse aurait pu être "c'est horrible, quelle horreur..."; bien sûr, on découvre cet aspect des choses. Mais quand on va voir de plus près, on s'oblige à nuancer. On rencontre des personnes aux parcours variés et qui n'ont pas toutes la même vision de ce qu'elles vivent. A partir de ces données contrastées, je fais une synthèse et c'est comme ça qu'un personnage de roman prend forme.
 

Du coup, j'aimerais savoir comment tu construis tes personnages, s'ils sont le reflet de ton environnement et, au-delà, de notre société. T'attaches-tu à tes personnages ? As-tu du mal à les quitter après le point final ? Peut-être ne sont-ils que des moyens de reproduire ton environnement ?
Un personnage n'est jamais qu'une synthèse fictive ; je n'en suis plus au stade où je crois que l'on brûle avec sa création ! (adolescente, j'imaginais l'artiste en proie à d'horribles tourments...Bon, on grandit, on travaille et on quitte la version romantique de l'écrivain en fusion avec son sujet.) Empathie, oui ; schizophrénie, non ! Un personnage est lié à l'auteur puisqu'il en émane ; il nous révèle inconsciemment. Mon effort est celui de dépasser le "je" pour atteindre un "on" ; que les traces de la société soient visibles sur le personnage. 
 
Ton univers littéraire :
mon univers littéraire est fait d'auteurs américains (P.Roth, S
aul Bellow), d'auteurs russes (Tolstoï surtout).
Tiens... Tolstoï est, sans doute, l'auteur russe de cette époque le moins engagé et le plus formel... j'aurais cru que ton approche de l'écriture t'aurait plutôt rapprochée de Dostoïevski... : pour Tolstoï, il y a méprise, je pense. C'est un des rares auteurs qui a tenté de mettre en pratique ses idées (et on sait à quel prix ! au prix de presque deshériter ses propres enfants, d'éloigner sa femme au nom du renoncement à ses richesses...) Et quand on lit Anna Karénine, il y a certes le portrait d'un adultère maiscouvreine-bale.jpg aussi avec le couple Kitty/Lévine (qui reproduit les idées de Tolstoï) la mise en place d'une émancipation de la condition paysanne maintenue jusqu'alors dans le servage. Justement, Tolstoï me plaît parce qu'il avait des idées ! Quant à Dostoiëvski, il y a un côté "mystique religieux christique" qui me dérange par moments. 

Et il y a également les auteurs français qui ont érigé le roman en oeuvre d'art aboutie (Flaubert, Proust, Balzac) et puis de tous ceux qui n'ont pas relégué le roman à la tentation du divertissement ou à la plus abrupte théorie.
Donc, pour toi, le roman, c'est quoi, exactement? et surtout, que doit-il être ?
Soyons clair : je ne veus pas m'ériger en théoricienne du roman. Néanmoins, beaucoup de gens écrivent des romans. Beaucoup, beaucoup...Certains confondent "roman" et "déversoir"; "roman" et "fabulette", "roman" et "objet de distraction" (remplaçant avantageusement une émission de télé sur la plage). A ce train-là, c'est gentil un roman, ça se lit comme on se fait un bon resto...Bon, d'accord, c'est une possibilité. On peut aussi envisager les choses autrement : l'art est exigeant ; il réclame du travail, des connaissances, et le plaisir de l'effort. Il réclame, pour ne pas être confondu avec le reste des productions écrites, une signification et au minimum, de la part du créateur de s'être interrogé un peu : qu'est-ce que je veux dire ? pourquoi écrire ? quelle réflexion j'amène ...?
 
Ton rapport avec tes lecteurs : difficile d'être lue? Pas du tout ? Ecris-tu pour toi, pour les autres? Explique...
ll n'est pas difficile de me lire parce que je déteste ennuyer. Je tente (et j'espère y parvenir) donner à chaque passage de mes romans une matière à sentir, à penser, à rire, à se révolter. C'est pourquoi, je corrige beaucoup. L'action (psychologique ou évènementielle) doit être savamment dosée pour permettre à la lecture de ne pas s'enliser. Ensuite, il y a l'écriture elle-même : j'aspire à atteindre une sorte de sobriété formelle où les mots, assemblés avec fluidité, retentiraient comme des évidences. Est-ce que cette intention est ressentie par les lecteurs ? Cette question, je ne peux y répondre : on m'accuserait de forfanterie ou de fausse modestie. Mais j'attends beaucoup de la publication de mon roman : il me permettra, je l'espère d'élargir, la base de mes lecteurs et donc d'obtenir (peut-être) des retours contrastés. Ce serait intéressant. J'aime que le livre soit l'occasion d'un échange : l'écriture est quand même un acte de communication au sens le plus noble du terme.
 
L'écriture n'est-elle pas, avant tout un moyen très personnel de s'exprimer, de se dévoiler ? (le pourquoi de ton nom de plume, par exemple). Quant à l'acte de communication, il faut qu'il y ait retour du lecteur, sinon il ne reste que dans un seul sens... ce retour est loin d'être systématique, parfois même pauvre... Non ? L'écriture sera-t-elle alors aussi satisfaisante ?
Dans le fond, en tant que lectrice passionnée, je n'ai pas besoin que Tolstoï soit à mes côtés pour lui parler...Le livre établit une communication si profonde qu'elle peut se faire en l'absence de la personne physique. Quand je parle de communication, je parle...allez, osons le mot, de lien spirituel. Je n'ai pas besoin d'admirateurs, mais de lecteurs. J'espère simplement en avoir quelques uns car on écrit pour être lu. Pas forcément un grand nombre. Ni de très bavards. Quelques uns au-delà de mon cercle à moi.
Vous désirez en lire un peu plus au sujet de Reine Bale ? http://reinebale.canalblog.com/link

Christine Brunet
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Patrick Benoit : L'écriture n'est pas une passion, mais une souffrance inéluctable pour exprimer l'inexprimable.

Publié le par christine brunet /aloys

JosephRootsstraat01.jpg" Je, tu, il ":  Genre hermaphrodite où les mots s'enchaînent et se multiplient pour écrire une histoire de lettres. Ni masculin, ni féminin, juste une illusion d'avoir écrit quelque chose pour donner l'illusion au lecteur d'avoir lu quelque part.

 

Drôle de définition pour un texte, vous ne trouvez pas ? En tout cas, cela m'a interpellé et j'en ai demandé un peu plus à Patrick... "Un peu beaucoup plus"... Et l'interview généralement bien réglé est vite devenu un jeu de questions/réponses rapides qui m'a amenée bien plus loin que je ne l'aurais voulu...

 

Première question, anodine, s'il en est, mais qui a tout déclenché... depuis quand écris-tu ?

Depuis mes primaires. J'ai appris des règles que je respecte, et je tente de les détourner en les respectant. Je me sens esclave des mots et je veux m'en libérer. Dès lors j'essaye de jouer avec eux pour qu'ils me donnent leur sens.

 

Tu me donnes un exemple ?

"Je n'ai jamais pas écrit."

 

D'accord... Et que veux-tu faire passer avec cette double négation ?  

Ce n'est pas une double négation, car "pas" est la démarche des pieds pour avancer (comme quoi la langue est perverse).

 

Ah, je vois... Mon interview commence bien... Un déclencheur ? 

 Mon déclencheur ? Ne pas savoir peindre ni dessiner, car le peintre et le dessinateur ont la capacité d'aller au-delà des mots.

 

PatrickBenoit2 Est-ce que les mots ne permettent pas à l'écrivain d'aller au-delà de sa réalité, de créer autre chose comme des émotions ?

Oui, bien sûr. Mais le problème, c'est qu'on veut toujours comprendre les mots, leur donner un sens. Alors qu'on est tout à fait capable de regarder un tableau sans vouloir nécessairement l'expliquer.

 

 Ton univers littéraire ?

Dans le désordre : Marguerite Duras, Albert Camus, Alice Ferney, Boris Vian, Maxence Fermine, Arthur Rimbaud, Shan Sa, André Schmitz et tous ceux que j'oublie. En fait, je n'ai pas d'univers littéraire, juste des envies de lire. Des romans à la rose quand j'offre des fleurs, des intrigues quand je me promène la nuit, de la science-friction quand je regarde les étoiles, des poèmes quand je suis seul...


Donne une définition de l'écriture. 

Savoir pourquoi et comment on fait des fautes d'orthographe. L'écriture est éternelle car écrite, mais éphémère car oubliée.


Peux-tu expliquer cette dernière phrase ?

Alors qu'une sculpture ou une peinture est exposée, un livre est rangé dans une bibliothèque et prend les poussières.


Des peintures oubliées dans un coin, ce n'est pas ça qui manque... Non  ?

Une peinture pourra toujours être exposée, alors qu'un livre jamais (sauf dans les habitations des "grands écrivains" où montrer son fauteuil, son stylo et son manuscrit n'ont quelque part aucun intérêt).


D'autres passions ?
 

L'écriture n'est pas une passion, mais une souffrance inéluctable pour exprimerJosephRootsstraat03.jpg l'inexprimable.

 

Pourquoi s'infliger pareille souffrance? Puisqu'elle permet d'exprimer l'inexprimable, elle permet donc de transcender le mot, la règle ? Vrai/faux ?

 

Tellement vrai, à part qu'il est inévitable de devoir se raccrocher à un dictionnaire pour se faire comprendre.

 

Tu m'expliques ? Tu travailles chaque mot en explorant toutes ses facettes, c'est bien cela ? N'as-tu pas peur d'en devenir hermétique ?

 

 Plutôt herméneutique, car le langage nous est sacré pour dialoguer et se faire comprendre. 

 Autre passion ? la photographie que je ne pratique plus depuis quelque 15 ans. Mais j'y repense...

  

Un rapport entre la photographie et l'écriture ? Aucun ?

 Oui, très certainement. L'écriture utilise la réalité des mots et la photographie, la réalité visuelle.


Comment écris-tu ? D'un seul jet, en raturant, en retravaillant le texte quelque temps plus tard ? Le soir, tout le temps ? Où puises-tu votre inspiration ? Tu es ordi ou papier?

 

J'écris avec discipline. A chaque jour suffit sa peine. Je retravaille très peu plus tard, car je retravaille sans cesse lors de l'acte d'écrire une page. L'écriture n'a pas JosephRootsstraat06d'horaire, ni de lieu. Ce premier récit, écrit entre 1987 et 1989, a été écrit à la main, puis tapé à la machine à écrire et retranscrit sur ordinateur pour satisfaire les besoins de présentation aux éditeurs. Aujourd'hui, je ne pourrais plus me passer d'un ordi... encore que : rien n'est possible, tout est impossible.

 

Pourrais-tu développer cette dernière remarque, s'il te plaît ?

 

 Si l'homme recherche sans cesse le plaisir, la reconnaissance, la jouissance, il n'en reste pas moins tiraillé entre la loi du moindre effort et l'instinct de survie. Dès que quelque chose paraît impossible, l'instant d'après cette chose devient possible.

 

Pourquoi persister dans l'écriture qui ne semble pas te satisfaire pleinement et ne pas reprendre la photo, par exemple ?

 

Je ne pense pas avoir persisté dans l'écriture, puisque je n'ai plus vraiment écrit depuis 1989 (excepté bien sûr des textes publicitaires, des communiqués de presse, etc., soit des textes "commerciaux"). L'écriture me satisfait pleinement, car après l'effort, il y a de la réjouissance et de la félicité. Je me suis toujours réfugié derrière le manque de temps pour ne plus écrire. Je vais faire du temps mon allié, et donc reprendre l'écriture et la photo.


Que penses-tu de l'écriture laboratoire ?

Je ne sais pas de quoi il s'agit, même si je peux l'imaginer.


 Il s'agit de l'utilisation du mot non par son sens mais par sa forme, par exemple, par les associations, les sonorités. En travaillant trop les mots, ne perd-on pas une partie de l'émotion que doit véhiculer l'écrit ?

 Un écrit doit-il toujours raconter une histoire ? 


Tu développes ?

 

JosephRootsstraat02Illustration : L'Homme Atlantique de Marguerite Duras. Il ne s'y passe rien, sauf de la ponctuation qui donne du volume et de la consistance au rien.


Ecris-tu pour les lecteurs ou seulement pour toi ?

 Pour ceux qui me liront !


Ecriture: reflet de toi, de tes états d'âme à un moment donné ? Vrai ou faux ?
 

 Vrai et faux à la fois. Je ne pense pas qu'on puisse écrire sans y mettre un peu de soi ou y projeter le soi qu'on voudrait être. Par contre l'écriture n'est pas un reflet, car la page blanche n'est pas un miroir. Il faut la briser pour y voir quelque chose.

 

 Voilà l'instant où j'ai envie de reprendre la définition du début... 
 
" Je, tu, il ": Genre hermaphrodite où les mots s'enchaînent et se multiplient pour écrire une histoire de lettres. Ni masculin, ni féminin, juste une illusion d'avoir écrit quelque chose pour donner l'illusion au lecteur d'avoir lu quelque part.
 
 L'écriture n'est-elle vraiment qu'illusion ? 
  L'écriture est illusions, au pluriel. 
 
Cover-avant-patrick-Benoit.jpg
 Illusion  
 
 pour l'écrivain qui pense maîtriser les mots  
 pour raconter une histoire, exprimer des sentiments,  
 séduire ses lecteurs. Or c'est un leurre puisqu'il est condamné à utiliser des mots que l'histoire lui impose.  
  En ce sens l'écrivain est un manuel qui a acquis l'art  
 d'agencer les mots pour construire quelque chose  
 comme une maison bulle dans laquelle il espère enfermer ses lecteurs. 
 
Illusion
  pour le lecteur qui se projette dans le récit en se l'appropriant quelques 
  instants comme une réalité qu'il veut ou ne veut pas vivre. 
 
L'écriture
  comme illusions est alors la manifestation d'un rêve éveillé, d'une liaison  
  intime entre l'écrivain et le lecteur qui s'ignorent. 
 
 Voilà bien l'essentiel... Voilà pourquoi j'écris... pourquoi nous écrivons tous... 
 Christine Brunet 
 www.christine-brunet.com 
 
 www.aloys.me 
 www.passion-creatrice.com 

Publié dans interview

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Gauthier Hiernaux: les extrêmes nourrissent mes récits...

Publié le par christine brunet /aloys

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Superbe bannière qui me rappelle mes livres d'Histoire... je vais sur son site...

 

Trois livres publiés chez Chloé des lys... et un univers que je découvre peu à peu avec étonnement...

 

Choisir le genre du fantastique plutôt que celui bien réel qui nous entoure, recréer à son gré, inventer à partir d'une réalité recomposée... Pas simple...  

 

Avec Gauthier Hiernaux, j'ai tenté de comprendre de processus qui mène à cet autre monde... à une autre réalité... qui pourrait, pourquoi pas, être la nôtre... dans une autre dimension.Couv_Livre-Triangle2.gif


 Depuis quand écrivez-vous et pourquoi? Une envie soudaine, immodérée, longuement mûrie...?

J’ai envie de dire « depuis toujours » mais j’écris véritablement depuis mon adolescence.

A quinze ans, je commence à raconter la carrière d’un jeune noir dans la Mafia de Chicago dans les années 30. La saga, baptisée Torpedo Black Man, est constituée de quatre tomes dont le dernier n’a jamais été achevé.

Au début des années 90, je change de veine et écris un thriller en huis-clos (Le Maître du Sourire). Ce premier livre, j’ose l’envoyer à une maison d’édition. Je n’obtiendrai qu’un refus poli qui m’échaudera pour quelques années.
C’est au cours de l’année 95 que commence à germer dans mon esprit le monde de la Nouvelle Ere.

Nourri de mes cours de religion romaine, de la grande Histoire, d’histoire de l’art et de littérature européenne, je façonne un univers qui connaîtra plusieurs évolutions et plusieurs supports. Avec le home--gauthier-hiernaux.jpgtalentueux dessinateur Olivier Mangin (Intox, L’Ultime Chimère chez Glénat), je propose dix planches de bande dessinée aux éditeurs français Delcourt et Glénat. Le projet, initialement intitulé Les Terres de Babell n’est finalement pas accepté car « trop ambitieux pour des jeunes qui débutent » (.sic). Je décide donc de faire cavalier seul en réécrivant totalement Les Terres de Babell et en en faisant deux romans :L’homme sans chiourme et Le Dieu unique.

Ces ouvrages décrivent la déchéance d’un Empire totalitaire qui s’écroule sous son propre poids.

Mais en clôturant ce récit, je me suis dit que j’avais envie de raconter la genèse de ce monde et surtout, de peindre par petites touches, à la manière d’un impressionniste, les éléments annonciateurs de sa déchéance. Une dizaine d’années plus tard, je suis fier du résultat.

Depuis, j’ai écrit quatre mini-récits, un recueil de nouvelle et un thriller fantastique.

 

Comment écrivez-vous ? sans parvenir à vous arrêter, d'un seul jet, l'estomac noué? Travaillez-vous longuement vos textes? peut-être n'aimez-vous pas vous relire? (Utilisez-vous encore le stylo ?)

J’écris quand je peux surtout. Directement en word.

Mon travail et ma vie de famille ne me permettent pas autant de libertés que je le souhaiterais. D’ailleurs, en profiterais-je autant si je ne faisais que cela ? Je ne le pense pas…

Et puis, je ne suis pas le genre d’auteur à me dire : Allez, j’allume la bécane et j’écris 2 heures ou 5 pages. Il faut une mise en condition, il faut l’inspiration et les circonstances. C’est une délicate alchimie qui peut, malheureusement, m’interdire d’écrire pendant des jours et des jours.

Par contre, je n’écris jamais mieux qu’au restaurant. Je devrais peut-être un jour en faire mention dans mes remerciements…Couverture Rêve Maximilien

 

En ce qui concerne la relecture des textes, voici comment je procède : j’écris, sans presque me relire. Je laisse les personnages vivre leur vie.

Généralement, je n’ai pas de plan de lecture, juste les grandes lignes de l’histoire. Au début, j’en réalisais mais je m’en éloignais tellement que j’ai fini par laisser tomber.

Par contre, je me suis baladé un certain temps avec un grand cahier ATOMA où je collectais toutes sortes de renseignements. J’ai fini par retaper mes notes mais je ne les consulte plus. Peut-être devrais-je un jour les placer sur mon blog…   

Quoiqu’il en soit, Lorsque j’ai achevé le premier jet de mon roman, je laisse décanter. Six mois, un an, parfois davantage.

J’ajuste à nouveau lorsque mes premiers correcteurs ont fait leurs remarques.

 

Où puisez-vous votre inspiration ?
J’imagine être pareil à d’autres auteurs. La vie m’inspire. Le malheur également… Il suffit de regarder les journaux pour être inspiré.

Mais au-delà de toute chose, ce sont les manipulations dont est capable le pouvoir quand le besoin s’en fait sentir qui me fascinent. J’en parle beaucoup dans mes bouquins (Le Saint-Canal, les Frères de la Censure et, dans mes derniers romans : le Grand Penseur,…). J’aime aussi les mouvements de résistance indépendants ou organisés face aux tyrannies ainsi que les réseaux clandestins. Ce seront d’ailleurs les sujets de mon prochain bouquin envoyé en avril chez mon éditeur.

Les personnages en demi-teinte m’attirent également. Je pense notamment à Larsen Voltine dans mes deux premiers livres ou Archiabald Von Espen dans ‘Le Triangle sous le sable’. Je n’apprécie ni les héros ni les super-vilains, ceux qui n’ont jamais de doutes et réussissent tout du premier coup.

 

gauthierhiernauxPourquoi avoir choisi de recréer un monde ?

J’ai tenté de recréer un monde pour deux raisons. La première et la plus évidente est que le procédé m’attire. Si j’avais les pieds plus ancrés dans le réel, j’aurais fait un polar traditionnel.

La seconde, plus pratique, est que cela me laisse une énorme liberté par rapport aux faits et à l’histoire. Cela ne m’empêche évidemment pas de mêler des événements de notre monde à celui de la Nouvelle Ere. Au fil des dix tomes, le lecteur pourra être témoin de la redécouverte des Amériques, d’un nouveau massacre de la Saint-Barthélemy, de la Blitzkrieg ou de la Prohibition. 

 

Que vous apporte l'écriture ?

Je pense que celui qui crée, quels que soient son sexe, son milieu ou sa nationalité le faithttp://www.bandbsa.be/contes2/tribusilencieuse.jpg pour les mêmes raisons : le besoin de se confier à une feuille blanche ou de se défouler.

Pour ma part, j’ai commencé à écrire parce qu’enfant, je ne me sentais pas à l’aise avec les autres. On a plein de frustrations tout au long de sa vie mais j’ai l’impression qu’elles se cristallisent à l’adolescence.

Aujourd’hui, les choses ont changé, naturellement. J’écris certes pour mon plaisir mais, depuis que je suis publié chez Chloé des Lys, pour les autres également.

Je suis dans l’attente des commentaires ou réactions de mes premiers lecteurs. Je me demande comment ils vont réagir, s’ils vont rire ou s’ils vont se poser des questions. Le ‘must’ évidemment est quand ils me demandent : « A quand le prochain tome ? »

Plus de frustrations donc mais une furieuse envie de partager.

 

http://www.bandbsa.be/contes2/lanovolitzarecto.jpgA vous lire, j'ai l'impression que vous avez du mal à poser le point final d'une histoire. Vrai? Faux?
Oui et non. Je m’attache certes aux personnages mais je ne pense pas qu’on puisse affirmer que je m’attache à mon histoire. A mon univers par contre… Car si celui-ci reste identique, les héros ne sont jamais les mêmes. Les histoires, même si elles ont un lien entre elles, peuvent tout à fait être lues séparément.

En outre, j’ai écrit bien d’autres choses depuis : un thriller fantastique, un recueil de nouvelles et quelques mini-récits.

 

Vous n'aimez pas les extrêmes... Pourquoi?
Ce n’est pas que je n’aime pas les extrêmes, que du contraire, ils nourrissent mes récits. L’Empire de la Nouvelle Ere n’en est-il pas un ? Si le système n’avait pas été perverti, il n’aurait pas pu donner lieu à mes histoires. Car un extrême en attire toujours un autre. Des systèmes forts, répressifs, naissent toujours des mouvements contestataires. De la « cuisse » de l’Empire sont nés les Enfants de Jafez présents dans « Le Triangle sous le sable » ou Babel Céleste que le lecteur pourra découvrir dans les derniers tomes.
Mais dans la vie, c’est vrai que je ne les apprécie guère. Surtout les extrêmes liés aux croyances religieuses.


Couv Livre Saon copieEst-ce que, selon vous, votre écriture a évolué au fil du temps au gré des aléas de votre vie?
Bien entendu. Lorsque je relis ce que j’ai écrit des années plus tôt, je suis toujours étonné… et pas toujours positivement.
Je pense que le style d’un auteur varie avec le temps, se bonifie au mieux. Je n’oserais plus faire lire mes écrits de jeunesse.

  
Comment décririez-vous votre rapport avec vos personnages? Sont-ils très différents de vous? 
Les principaux traits de caractère de mes personnages sont façonnés avec des bouts de moi mais également des gens qui m’entourent. Des gens que j’apprécie ou non, tout dépend de ce à quoi on veut aboutir.
Le reste est constitué de fragments volés à des personnages de l’histoire ou de l’actualité.
Ces morceaux mis bout à bout constituent un personnage qui, s’il est viable, acquiert au fil du récit, une véritable personnalité. Je me rends vite compte si l’un d’entre eux sonne creux. C’est alors que j’ai mal joué au Dr Frankenstein…



 

 

Un long processus de maturation, de réflexion sur notre société... Des fragments de vie volés ici ou là pour créer un univers à part entière, fort de sa structure sociale, de ses luttes, de ses personnages construits à partir d'une matière disparate pour devenir uniques... Un monde différent qui amène la réflexion par des routes détournées mais bien tracées... Le "fantastique" propice à véhiculer la critique sociale ou culturelle? Sans aucune doute...


Je ne lui ai pas posé la question, mais... En spectateur critique des événements qui ont secoué et secouent encore notre civilisation, Gauthier Hiernaux se considère-t-il comme un auteur "engagé" ?

 

Quelle que soit sa réponse, c'est en se plongeant dans les travers de cetEmpire que le lecteur trouvera, s'il ouvre son esprit, matière à réflexion.

 

http://grandeuretdecadence.files.wordpress.com/2010/05/gedene.jpg?w=491&h=85

Retrouvez Gauthier Hiernaux et son univers sur son sitewww.grandeuretdecadence.wordpress.com

Publié dans interview

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Jacques DEGEYE : "j'écris toujours contre"

Publié le par christine brunet /aloys

Jacques Degeye

 

 

 

« Ce soir-là, il faisait froid. Glacial.

Et si personne ne mettait le nez dehors ?

Le premier entra. Du baume au coeur : je ne serais pas seul !

La salle se remplit.

Les lecteurs n'étaient pas engourdis.

Mieux : ils répondaient à mon appel.

J'allais leur donner des raisons d'espérer. »

 


Ce jour là ? C'était le 10 décembre à Rochefort... Une présentation de son livre "Délivrance" devant les lecteurs/auditeurs de la bibliothèque communale.

Il va y parler de sa démarche d'auteur et du sujet du livre : la mort volontaire.

J'aurais bien aimé y être...

Allez, je m'imagine les lieux, les gens, l'ambiance... Le suicide... Drôle de sujet qui met mal à l'aise... Alors, je me concentre et je cherche à comprendre. Il arrive et les conversations cessent. Il se présente brièvement puis commence par répondre à une question que tout le monde se pose...

Pourquoi avoir choisi un sujet si noir alors que l'on vit dans un mode si troublé ?

 

 En premier lieu, je veux lutter contre l'oubli.

 

            Le suicide n'a plus mauvaise presse. Il ne suscite plus ni la réprobation générale ni la honte. Mais méfions-nous de l'eau qui dort ! En vérité, le suicide continue de nous déranger et de nous choquer. Pourquoi ? Parce qu'il contredit une de nos valeurs de base : la vie. La vie en elle-même est une valeur et une valeur précieuse, chacun le sait. La mort sous toutes ses formes nous fait horreur, et c'est bien naturel. La mort volontaire, davantage encore, parce qu'elle est considérée comme une chance perdue, un gâchis.

 

            De plus, nous assimilons un homme ou une femme qui se suicident avec leur geste fatal. Et si nous ne réagissons pas de cette manière, à tout le moins nous donnons un sens à leur vie et même à leurs réalisations ou à leurs écrits en fonction de l'acte final. Le suicide devient alors leur signature.

 

            C'est cette tendance que j'ai entrepris de combattre, en partie dans Meurtre en Ardenne et entièrement dans Délivrance. Je veux garder la mémoire de toutes ces personnes qui n'ont pas démérité, qui ont beaucoup donné, qui ont souffert et qui se sont estimées souvent incomprises.

 

            Je dédie cette présentation à la mémoire d'un proche – un collègue qui s'est donné la mort, il y a quelques années. Je la dédie également aux autres désespérés. Je la dédie enfin aux centres de prévention qui sont à leur écoute et qui essaient de leur rendre des raisons de vivre.

 

 En deuxième lieu, ce livre et les précédents, Le monde de Jonathan et Meurtre en Ardenne, témoignent de mon affection pour mes personnages.


 

            Rien d'original à cela, me direz-vous ! Tout auteur a de la tendresse pour ses personnages. À cette différence près qu'ici, il s'agit de personnages dont la douleur, à un moment donné, fut très aiguë. De personnes victimes de compulsion, d'anorexie mentale, d'angoisses, frappées d'une solitude extrême, atteintes dans leur honneur. De personnes qui sombrent dans un alcoolisme suicidaire ou dans d'autres addictions fatales. Victimes d'elles-mêmes, de leur famille, de leur clan, voire de la société.

 

            L'existence de ces personnes et des personnages de fiction  qui finissent par sehttp://www.bandbsa.be/contes2/delivrancerecto.jpg confondre, tant la vie est un roman – reste une énigme. Un roman ou des nouvelles n'expliquent rien. Ce n'est pas leur mission. Ils décrivent, tracent des portraits, posent des questions.

 

            Tous mes personnages sont des êtres débordant de désirs et de talents, des êtres pleins de vie. Ce sont également des êtres complexes et leur comportement est souvent ambivalent. Il y a ceux que vous connaissez, mais que vous découvrirez autrement : Romain Gary, Romy Schneider, Marilyn Monroe, Diane Arbus, Ernest Hemingway, Virginia Woolf, Vincent Van Gogh... et bien d'autres. Il y a ceux que vous ne connaissez pas encore : mes personnages de fiction : Alexia, Alban, Stephen George, Patty Schoenberg, Michael Appelbaum, John Middleton, etc... Enfin, ceux qui se situent entre fiction et réalité.

 

            Vous les découvrirez à travers leur langage propre. Délivrance privilégie le style direct, celui du théâtre et des romans.Avec humour et ironie. Rien de mortifère donc.

 

3- L'écriture requiert d'avoir tous les sens en alerte. Le premier est la vue. Mais c'est plus que la vue.


             Plus que la vue, c'est la visionplus exactement une vision. En d'autres termes,une façon de percevoir le monde.

 

            Deuxièmement, c'est une représentation imaginaire, une hantise, celle d'un monde qui est à la croisée des chemins et qui pourrait chavirer. C'est le sens de ma dernière nouvelle. Il y a dans cette nouvelle, qui s'intitule Patty Schoenberg, du nom de son héroïne, tout à la fois la description d'un monde en perdition et des raisons d'espérer.

 

            Ici, j'associe des personnages historiques à des personnages de fiction. Peut-être est-ce ma marque de fabrique ? Celle d'un romancier qui n'en demeure pas moins historien.

 

            Cette mixité-là, que j'assume, s'accompagne d'une mixité des genres : nouvelles, poésie, roman. La littérature est hybride. C'est une richesse plutôt qu'un appauvrissement.

 

            Enfin, il y a une continuité entre les histoires racontées dans le présent recueil. Cela signifie que des personnages réapparaissent dans d'autres parties du livre et qu'ils nous apportent d'autres éclairages.

 

4- "Le pourquoi du pourquoi" : les causes premières des suicides.

 

 

            À la lecture des écrits intimes de Marilyn MONROE, qui viennent d'être publiés en octobre dernier dans 14 pays (les Éditions du Seuil pour le monde francophone), on devine comment l'actrice en est venue à se suicider. À moins, bien sûr, que l'on penche pour la thèse du meurtre, ce que d'aucuns défendent non sans arguments.

 

            Quelques mois avant sa mort, le 8 juin 1962, Marilyn avait quitté le tournage deSomething's Got to Give, un film de George Cukor, qui est resté inachevé à la suite de la mort de l'actrice.

 

            Marilyn a gardé les stigmates de son enfance, une enfance sans père et la plupart du temps sans mère, une enfance triste. Elle s'était mariée à l'âge de 16 ans pour échapper à l'orphelinat. Elle est restée cette enfant peureuse, angoissée.

 

            Son autre face, ce sont ses rôles au cinéma. Elle a tout donné dans l'interprétation de ses personnages. Pour se perfectionner, elle qui était une autodidacte, elle a suivi les cours privés de Lee Strasberg et ceux de l'Actors Studio de New York. C'est justement Lee Strasberg qui avait tenu les propos suivants en sa présence : « il n'y a que la concentration entre l'acteur et le suicide. » Or Marilyn perdait toute concentration lorsque la caméra entrait en action : « Alors je me sens comme si je ne faisais plus du tout partie de l'humanité », (Fragments, p. 217.), écrit-elle à Lee au début de l'année 1956.

 

            Perdant sa concentration et désertant les lieux de tournage (le travail comme anti-dépresseur puissant), prisonnière de son enfance malheureuse, prisonnière d'elle-même, Marilyn ne pouvait que sombrer. Ce fut la nuit du 5 août 1962. Elle avait 36 ans.

 

            Marilyn n'était donc pas que cette blonde magique, cette femme sulfureuse qui fait  fantasmer les hommes. Elle s'interrogeait sans fin sur elle-même. Elle lisait. Elle écrivait aussi, ce que beaucoup ignoraient. Ses textes révèlent sa vision poétique du monde, sa grande lucidité sur elle-même, jusqu'à la mésestime... et sa fragilité.

 

            André MALRAUX écrit très justement dans La Voie royale : « Celui qui se tue court après une image qu'il s'est formée de lui-même : on ne se tue jamais que pour exister. » Image de soi, soif de reconnaissance, recherche incessante de sa liberté.

 

Voilà, sa présentation s'arrête, les questions naissent... J'aurais bien aimé être présente, ce jour-là, à cette séance... Du coup, je lui pose trois petites questions qui me trottent dans la tête... Je me lance, je lève le doigt, il me donne la parole...

Pourquoi avoir choisi la nouvelle et la poésie plutôt que le roman, par exemple ?

Le genre littéraire de LA NOUVELLE a beaucoup évolué. Ce n'est plus seulement un petit roman en condensé. " Délivrance " suit certains personnages d'une nouvelle à l'autre, parfois à plusieurs nouvelles de distance, de telle sorte que l'inconvénient de la nouvelle, à savoir d'être un roman en raccourci et donc de frustrer le lecteur, n'en est plus un. Alors, pourquoi la nouvelle et pas un roman, me diras-tu ? Simplement, dans le cas de Délivrance , la nouvelle s'est imposée à moi.
 
LA POESIE s'est également renouvelée. En réalité, elle est en perpétuel mouvement ! Et associer la poésie à la nouvelle m'a semblé être une bonne chose.

Pourquoi écris-tu ?

 
POURQUOI J'ECRIS : pour moi, c'est toujours un combat.
J'écris toujours " CONTRE ".
Ce n'est pas bien, n'est-ce pas ? Mais c'est ainsi ! A noter que je n'ai pas écrit contre le suicide, dans le cas présent ! Mais CONTRE l'idée que nous nous faisons du suicide et surtout des suicidés, même sans le vouloir.
Je n'ai plus rien à ajouter... Je baisse le doigt... Il ne me reste plus qu'à enter à pieds joints dans "Délivrance"...

Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.passion-creatrice.com
www.aloys.com

 

 

Publié dans interview

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Jean-Jacques Manicourt : " La poésie relève de la trouvaille, du mot d'enfant." "

Publié le par christine brunet /aloys

 9782874593253_1_75.jpgPourquoi devient-on écrivain et pas peintre ou musicien ? Le talent, me direz-vous... Un talent différent... Vraiment ? 
 L'un aime le mot, s'en sert comme le sculpteur se sert d'un ciseau ou le peintre d'un pinceau... L'amour de la matière première... Voilà le catalyseur de tout acte créatif... Mais il y a ce petit plus invisible, insaisissable mais que l'on ressent en filigrane... 
 
 Jean-Jacques Manicourt est l'auteur chez Chloé des lys de "(Amour) Haine" et "Lettre à Renée"... Il accepte de répondre à mes interrogations... 
 
 Depuis quand écris-tu ? 
 
 J'écris depuis mon premier chagrin d'amour, ce qui laisse à penser que l'écriture, pour le coup, était une sorte de travail de deuil. Ou, pour le dire autrement, parce que les femmes m'y conduisent. Il y a là un réel indicible, un roc incontournable. Etre conduit en écriture par le désir, la beauté, la chair et le sang, c'est, je crois, ce qu'il y a de plus vivant dans l'existence. En somme, écrire c'est continuer à vivre, à désirer. Voilà un premier élément de réponse ; mais je pourrais très bien prétendre demain que les femmes n'y sont pour rien ! 
 
 Ta réponse est plus que concise ! Voyons... Parle-moi de ton univers littéraire. Comment définirais-tu ton style ? 
 Ah, la concision ! J'aime faire court ; au moins quand il s'agit d'écrire l'os de ce que je veux dire. 
 
 Espérant qu'il ne va pas s'arrêter en si bon chemin, je lui repose ma question... Alors, ton univers littéraire ? 

Tu me demandes l'impossible. Je m'explique : mon univers littéraire est presque aussi vaste que l'univers des particules: j'aime lire, et ce depuis fort longtemps. Si on ajoute à cela que j'ai connu la TV noir et blanc....

Mais, tu as raison. Précisons.

Alors je cite en vrac (mais dans le sens noble du terme, comme si je me rendais dans une épicerie fine et non dans une hyper surface):

Michel Tournier - Vendredi ou les limbes du Pacifique
Gustave Flaubert - Madame Bovary
Italo Calvino
Italo Svevo
Daniel Pennac
Donatien Marquis de Sade
Jacques Lacan
Monpassant
Verlaine
Rimbaud
Appolinaire
Molière
Skakespeare
Christian Bobin

Il me faut arrêter là ; la liste est longue et son énumération peut ennuyer. L'univers littéraire, on baigne dedans, comme dans les signifiants avant de se mettre à parler.manicourt-lettre-a-renee-1.jpg
C'est probablement parce que j'ai pris de bons bains de romans, de poésie, de mots singuliers, de phrases à pleurer, à se tordre de rire, à mourir, qu'un jour, je me suis surpris à écrire comme on se surprend à parler après avoir babillé. Paf, en un éclair !!!

Ce que j'aimerais écrire, et qui constituerais mon univers littéraire, si tant est que j'en possède un, c'est un roman dont l'érotisme en filigrane serait insupportable pour qui le lirait. Pour le moment, je babille...

Par ailleurs, tu as vu juste. J'aime ce qui est concis. Le mot avec toute sa chair, saignant. Le mot du désir, pas moins. Ce mot relève de la trouvaille. La vie exige un effort de poésie ; je m'y emploie. En fait, je préfère ma poésie à ma prose.


Tu ne m'as pas parlé de ton rapport avec tes héros... Comment tu les construis, conçois... Y es-tu attaché ou pas du tout. Facile de mettre le point final ou pas ?


Mes personnages se construisent petit à petit, au fil de l'écriture. Selon mon humeur aussi, je suppose. Ils prennent corps dans le rapport qu'ils entretiennent avec le lien social. Si, à un moment donné de l'écriture, je ne les aime plus ou ne les considère plus, c'est une indication pour cesser d'écrire (raison pour laquelle, il y a quelques débuts de roman dans mes tiroirs). En outre, le roman exige du souffle ; il faut que les personnages tiennent la distance. Parfois, je les aime au point de ne plus les quitter, même après le point final. Parfois, je les quitte sans remords sans que je sache pourquoi. 

Qu'est-ce que permet la poésie et ne permet pas le roman et vice versa... Pourquoi préfères-tu la poésie ?

La poésie est plus proche d'une production de l'inconscient. Justement, je m'intéresse aux mots d'esprits, aux rêves, aux lapsus, à tout ce qui achoppe.  J'ai écrit, il y a de cela quelques années, un petit poème qui témoigne de cela

Mon désir courtise tes chairs
Fugace, y loge l'objet précaire
Dans un trou, vaille que coûte
Peu chère, ton image m'envoûte

Mais l'Autre du désir nous aliene
Et la petite bébête, du preste con
 Jusqu'au cerveau lent nous enchaîne
Insuffle à nos corps, les démons.

Je crains déjà de trop expliquer. Au fond, je ne peux pas dire que je préfère la poésie à la prose. 

Je n'ai jamais encore rencontré quelqu'un qui me réponde aussi rapidement ! Du coup, je liste les questions de peur d'en oublier et de tarir sa "confession".

1/ Pourrais-tu me donner une définition... TA définition de l'écriture. Tu as déjà abordé, parlé du sujet, mais j'aurais besoin de quelque chose de plus... concis et de plus précis.

2/ Pourquoi t'intéresser à l'inconscient au travers de la poésie, justement. Dans ton extrait, (prose) tu traites de l'évolution psychologique de ton personnage dans une sorte de monologue. est-ce que la poésie traite de ton état psychologique ?

3/ D'où viennent tes personnages ? Du quotidien, de ton entourage ? Purs produits de ton imagination ?

lettre-a-rene.jpgJe n'ai jamais encore rencontré quelqu'un qui me pousse à en dire plus. Enfin si, une collègue de travail !!!  Elle a raison....le plus souvent.

Définition de l'écriture : effort singulier d'un sujet pour poétiser la vie. 

Je ne peux faire plus concis, et plus con aussi.

 Ce n'est pas que je m'intéresse à l'inconscient à travers la poésie, c'est que la poésie est la manifestation de l'inconscient. 

Alors oui, ma poésie a pour objet l'objet de mon désir.

D'où viennent mes personnages ? De là où je les ai rencontrés. Pour cela, je fais le tour du monde imaginaire, réel et symbolique.
Ainsi Sarkozy dans l'homme qui tua Sarkozy, je ne le connais que par le biais de ses discours (préservez-moi), de ses prestations à la télé (supprimons-la).
Ainsi Renée dans "Lettres à Renée", je l'ai vraiment rencontrée, aimée et haïe; mais ce qu'elle est devenue au fil de l'écriture ne ressemble en rien à ce qu'elle fut réellement.
C'est ce que permet l'écriture: une grande liberté qui confine à celle dont est dotée l'enfance.

Je ne pouvais pas répondre plus vite.

"Ce n'est pas que je m'intéresse à l'inconscient à travers la poésie, c'est que la poésie est la manifestation de l'inconscient. 
Alors oui, ma poésie a pour objet l'objet de mon désir."

Est-ce que tu peux développer, s'il te plaît ? Pourquoi la poésie et pas la prose ?

La poésie relève de la trouvaille, du mot d'enfant. Picasso disait : "Je ne cherche pas, je trouve."   Je crois que la poésie a pour objet cette trouvaille qui se saisit entre un temps d'ouverture un peu miraculeux et un temps de fermeture, d'évanescence. On ne la chercheportrait.jpg pas cette trouvaille, on la trouve avant qu'elle nous échappe. Peut-être qu'être poète, c'est être disponible à ces trois temps.
La prose relève davantage de la construction, même si, à l'occasion, elle peut revêtir les habits de la poésie. Bon, j'ai le sentiment de théoriser quelque chose qui ne doit pas l'être.

C'est un élément de réponse, mais je dois bien t'avouer que, pour n'y avoir jamais songé sous cet angle-là, je suis en peine d'en dire davantage. Pour le moment.....

Travail de l'auteur, des textes, des mots... Travail ou instinct ? L'auteur sent-il lorsque la poésie doit prendre le pas sur la prose et vice versa ? 
Jean-Jacques, ton avis en guise de conclusion ?

Je lui propose donc mon premier jet et voilà sa réponse et voilà sa conclusion qui sera donc la mienne également...

Déjà le premier jet me convient ; c'est en même temps assez proche de ce que je pense et en même temps un peu étranger. Je pourrais  presque dire en guise de conclusion qu'il y a un écart entre l'énoncé et l'énonciation :  de là où j'énonce, c'est précisément là où je suis (un peu) écrivain. Cela ressemble à un aphorisme, et je sens que tu pourrais me demander de développer...


Sûrement, il y a tant à dire... Mais c'est dit, je m'arrête là... pour cette fois...
Vous pouvez retrouver Jean-Jacques Manicourt sur facebook .... http://www.facebook.com/profile.php?id=100000630643817&v=wall


Christine Brunet
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Un interview d'Adam Gray...

Publié le par christine brunet /aloys

Un pseudo qui en dit long sur celui qu'il cache, une citation en figure de proue qui nous propose un peu de son univers et une vidéo...

 
Il ne m'en a pas fallu plus pour demander à Adam Gray un petit interview très indiscret... Toujours mes sempiternelles premières questions... 

Depuis quand écris-tu ?
 
Depuis l'âge de treize ans.

 
Pourquoi ?
 
Mais pour exister, pour reprendre le titre d'un très joli film de Richard La Gravenese avec Hilary Swank (Ecrire pour exister, "Freedom Writers" en VO).

 
Un déclencheur ?
 
Pour être foncièrement honnête, si je n'avais pas découvert l'écriture, je ne répondrais peut-être pas à ces questions, aujourd'hui. Au risque de répéter ce que j'ai écrit dans mon recueil, ... Euphoriques & Désespérées, après une enfance réellement heureuse, dans un vrai cocon, j'ai connu une adolescence2B.jpg
catastrophique, l'isolement, le dégoût de soi, quelque peu inculqué par les autres, et, appelons un chat un chat, le viol. Même terrassé, j'ai eu le courage, ou la bêtise, de tout garder pour moi, parce que je voulais protéger les miens. Je n'ai rien dit. Je n'ai rien dénoncé. Mais j'ai souffert le martyre, à l'intérieur. Après un énième affront, me réfugiant chez moi pour écouter, de nouveau, le premier album de Mylène Farmer, Cendres de Lune, et plus spécialement sa chanson Plus Grandir, dans laquelle je me retrouvais, je découvris l'effet salvateur des mots. Je me suis dit cela, que je pouvais, moi aussi, traduire mes maux par les mots.

 
Même si la citation de Blaise Pascal porte en elle une partie de la réponse, je pose ma réponse malgré tout... Que t'apporte l'écriture ?
 
C'est ma meilleure amie. C'est aussi simple que ça...

 
Une réponse trop laconique à mon goût... Je la laisse de côté un instant pour me rapprocher de l'univers littéraire d'Adam.
Dis-moi... Pourquoi la poésie et pas le roman, par exemple ?
 
En réalité, j'ai deux romans, de style fantastique, en préparation. Mais... pourquoi la poésie? J'avais un rêve, vous savez. Un rêve engendré par mon adolescence et ma jeunesse volées. J'avais le sentiment que je ne méritais pas d'être aimé, que je n'étais rien, que je n'existais pas. Quand j'ai découvert l'écriture, Adam-Gray-N-B.jpgl'écriture de chansons, de poésie, j'ai voulu devenir, plus grand... chanteur, malgré une voix à mille lieues de celle d'un Patrick Fiori. Un chanteur, on l'aime. Tout le monde l'aime. J'étais bien inconscient... Cela me fait sourire, aujourd'hui. Mes chansons, je les ai mises de côté pendant des années (j'en écrivais toujours un peu, de temps en temps quand même). Et, un jour, la nostalgie m'a fait relire mes textes, et ça m'a fait mal au coeur de me dire que tout cela me suivrait "dans la tombe", dans l'indifférence la plus totale. Alors, j'ai pensé les réunir dans un recueil, et peut-être trouver une maison d'éditions... Vous connaissez la suite. 

 
Qu'est-ce que tu ressens en écrivant ?
 
Tellement de bonheur... Je parle, là, de mes romans. Le passé est le passé, et je ne le laisserai plus jamais me faire souffrir. J'ai mis des années à suturer mes blessures mais, aujourd'hui, croyez-moi, je suis gonflé à bloc! J'ai la foi... C'est une renaissance. J'écrirai toujours des chansons, de la poésie, mais c'est écrire des romans qui me pousse, aujourd'hui. J'écris et je pense au bonheur à partager, plus tard, avec mes lecteurs... J'ai tellement de projets, des débuts d'histoires au brouillon...

 
Tes autres passions...
 
L'écriture ne me laisse plus beaucoup de temps, à vrai dire, car il y a aussi les recherches à faire, qu'elles soient historiques ou de simples anecdotes. Cela dit, même si j'y vais de moins en moins, et je le regrette, j'adore le cinéma, en particulier le cinéma américain dit à grand spectacle, et le cinéma anglais. Je suis très séries TV, également. Ca va des Experts: Manhattan à The Vampire Diaries en passant par Dexter, Doctor House ou Supernatural, sans oublier les séries anglaises cultes Doctor Who et Torchwood. LaGustave-Dor--Lucifer-dans-le-Paradis-Perdu-.jpg musique, bien sûr, et là mes goûts sont des plus éclectiques. Et puis, l'avouerais-je ou non? Je suis resté un grand enfant... J'adore les dessins animés, aussi bien les Walt Disney que ceux de ma génération: Les Maîtres de l'Univers, Les Mystérieuses Cités d'Or, Goldorak, Cobra j'en passe et des meilleurs... Je suis heureux d'avoir été un enfant dans les années 1970 / 1980.


Comment définirais-tu ton univers littéraire, ton style ?
 
C'est un peu, je crois, la question redoutée par bon nombre d'écrivains, non? Car définir, quelque part, c'est limiter, et c'est quelque peu frustrant, pour ne pas dire... dérangeant. Je peux vous dire que j'écris du fantastique, essentiellement, avec une touche d'éléments historiques; j'appelle ça du "fantast'historique". Il peut y avoir de l'horreur, de la violence, du sexe... des sentiments, toujours, et uneSouvenirs-du-thtre.jpg notion de fraternité presque omniprésente. Je parle, là, de la "liaison" entre deux êtres. Mon style est à la croisée du très moderne et du très passéiste. Il y a cette dualité, en moi. J'apprécie mon époque, Internet, tout ça, mais demandez à mes proches... Certains vous diraient que j'aurais dû vivre au 18ème siècle, avec les costumes et tout le toutim! Cette image m'amuse car, oui, je suis quelqu'un de très nostalgique, de mon enfance, surtout, des réunions de famille, des Noëls, et mon écriture s'en ressent forcément.

 
Des sources d'inspiration ? 
 
Plein ! Mais je vais surtout citer la grande Anne Rice, auteur des Chroniques des Vampires, puisque l'un des deux romans sur lesquels je travaille a pour héros des vampires. C'est en découvrant d'abord le film, Entretien avec un Vampire, que j'ai découvert l'écrivain, et là, ce fut LA révélation. Les vampires me fascinaient dès mon plus jeune âge, déjà; les Christopher Lee passaient sans arrêt à la TV, et j'adorais ça. Anne-Rice--1-.jpgAvec Anne Rice, les vampires ont atteint leur apogée. Elle a réinventé le mythe. Aujourd'hui, elle est LA référence. Avec cet écrivain, tout devenait plus profond, plus compliqué, plus sensuel. Sexuel, même. Les méchants n'étaient pas nécessairement les méchants, ni les gentils de vrais gentils. C'était gothique, baroque et audacieux à la fois. J'ai échangé quelques e-mails avec Anne Rice, et je peux vous dire que c'est une femme merveilleuse, vraiment très, très proche de ses fans. Je pourrais vous citer les frères Grimm, également, Edgar Poe, Graham Masterton (pour ses romans d'horreur, en particulier Le Portrait du Mal, qui m'a terrifié) ou Oscar Wilde. Mais un fait divers, aussi, peut très bien être source d'inspiration. Comme l'Histoire, que j'aime assez... "remanier".


L'écriture, refuge, existence... N'as-tu pas peur de t'éloigner de la réalité en écrivant ?
 
Pas du tout, non. Ni fuite ni amalgame. J'ai les pieds bien sur terre. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas de rêves, bien au contraire... Mais, quand on est écrivain, pour aller un peu plus loin que le sens premier de votre question, la jouissance extrême n'est-elle pas de s'en éloigner, de ladite réalité? Citons J.M. Barrie et son Peter Pan, Lewis Carroll et son Alice au Pays des Merveilles, J.R.R. Tolkien et son Seigneur des Anneaux...

 
Une définition de l'écriture ? (une chance ?...)
 
Une chance oui, très certainement. Une porte ouverte. Un échange.


Ta façon d'écrire
 
De façon très cinématographique. J'ai besoin de cette dynamique. Imaginer des scènes avant de les traduire sur "papier", créer mes personnages d'après tel ou tel acteur, telle ou telle actrice... Et j'essaie de ne pas noyer mon écriture sous des tonnes de descriptions, surtout. Je trouve ça lassant, en tant que lecteur. Il faut un juste milieu. 

Je comprends sa démarche... Laisser le lecteur à la barre de son imagination en le guidant simplement vers cet ailleurs que l'auteur lui propose... Lui donner la possibilité de s'approprier le texte, les personnages pour mieux vivre l'histoire et sans doute mieux l'apprécier...
Un rêve ?
 
Tu sais, avec... Euphoriques & Désespérées, je rêve que, dans un futur plus ou moins proche, des artistes chantent mes textes... Je rêve, je te l'ai dit à l'instant ! 
 Tiens, je te dis tu, du coup... Tu ne m'en veux pas? 
 Mais il y a déjà, dans mon recueil, des textes, écritsDavid-Hallyday.jpg en pensant à certains artistes (Emmanuel Moire, Axelle Red, entre autres); et puis il y a des artistes pour lesquels j'adorerais écrire comme David Hallyday...

L'écriture, remède, l'écriture prolongement des rêves... Un moyen pour vivre pleinement, pour se jouer du destin et tenter de se réaliser...

L'écriture passion, obsession, refuge... mais aussi domaine de liberté et d'accomplissement...

"L'écriture a ceci de mystérieux qu'elle parle" disait Claudel... Elle parle de nous avant de parler des autres... Elle nous parle et nous amène vers des cieux insoupçonnés... Laissons-nous porter...

Venez partager l'univers d'Adam Gray sur son blog adam-gray.over-blog.com link 
et sur sa page facebook 

et sur...
http://adam-gray.skyrock.com/link

Christine Brunet
www.christine-brunet.com

www.passion-creatrice.com
www.aloys.me

Publié dans interview

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Louis Delville interviewé... cela donne ça... 2ème partie

Publié le par aloys.over-blog.com

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Si j'en crois la quatrième de couverture, c'est le livre des pourquoi ? Pourquoi ce thème ?

Comment t'arrivent toutes ces explications plus ou moins farfelues ?

Marie-Odile, une personne rencontrée sur le net et devenu amie

 

Mes contes commencent souvent par une question. C'est là un moyen d'accrocher l'attention de mes auditeurs.

Les explications ne sont pas farfelues, elles sont vraies et c'est là tout l'art du conteur de le laisser penser et d'en convaincre les autres…

Je suis ainsi les préceptes de mon bon maître, Paul Fauconnier, qui dit toujours que le conteur sait tout et qu'il est le seul à connaître la suite de son histoire. Je me souviens avec délice d'un conteur amateur qui avait entièrement changé la fin d'un conte traditionnel que j'avais travaillé quelques semaines auparavant et que j'ai mis à mon répertoire. J'en suis resté sans voix… Un grand bonheur !

Après chaque phrase, le spectateur doit poser la question "et alors ?" et le conteur doit y répondre ! J'essaie de me montrer digne de ces conseils judicieux !

 

 

***

 

 

Quand aura-t-on le plaisir de découvrir ce nouveau chef d'œuvre ?

J'ai pu constater que Micheline aime préparer des bonnes recettes de cuisine en y ajoutant régulièrement une bonne dose de poison. Je suis curieuse de découvrir ton propre style et tes méthodes...

D'où vient ce désir, ce besoin d'écrire et de partager son écriture ?

Régine, auteure de chez CdL, libraire et amie

 

La grande question ! Je n'en sais fichtre rien mais j'espère que ce sera avant la mi-mars pour me permettre d'aller le cœur léger et le stylo plein de dédicaces à la Foire du Livre de Bondues (en France).

Comme je l'ai écrit par ailleurs, je tue rarement. Jusqu'à présent en tout cas ! Mais il ne faut pas désespérer, un jour j'y arriverai et alors… Je crois bien que Micheline s'est spécialisée dans ce genre de meurtre par plaisir de concocter des recettes. Lorsqu'elle lit un de ses textes, elle salive vraiment à la seule lecture des intitulés de plats ! J'ai l'impression que cela arrive aussi à ses lecteurs !

Partager, oui ! Mais surtout faire plaisir au lecteur. Le conteur n'est content que lorsqu'il voit des petites étoiles dans les yeux de celles et ceux qui l'écoutent. Comme tout le monde n'a pas la possibilité de m'écouter…

Le plus beau compliment qu'on m'ait fait à propos d'un de mes textes, c'est qu'en le lisant, on m'entendait !

 

 

***

 

 

Quel est le pourcentage d'écrits qui te vient de ta propre vie, de ton expérience ?

Eduardo, un de mes anciens coachs d'impro

 

Dans les histoires proprement dites, vraiment très peu de choses viennent de ma vie. Par contre des éléments nombreux de culture générale jalonnent mes contes et mes nouvelles. Je m'arrange souvent pour que certains détails que je donne soient parfaitement historiques (je m'aide pour cela d'une encyclopédie ou de Google) : Quand je cite une date, par exemple, je donne souvent le jour de la semaine qui y correspond ! Comme je l'ai dit dans ma réponse à Marie Odile, cela permet de laisser croire que l'histoire que je raconte est authentique. Et plus les gens semblent y croire, plus je suis heureux !

 

 

***

 

 

Y mets-tu en scène des choses que tu as toujours rêvé de faire ou des choses qui t'amusent ?

Karine, une conteuses amie

 

Vous y trouverez des contes de mon répertoire, des nouvelles écrites au cours du temps, des textes divers, des contes écrits pour le concours de Surice et qui n'ont pas été retenus…

Le seul dénominateur commun est que j'aime chacun de ces textes pour différentes raisons : ils sont appréciés du public, je les ai écrits avec amour, ils me rappellent de bons moments de ma vie soit par leur sujet, soit par leur histoire.

 

 

***

 

 

Tu es le mari d'une écrivaine qui a déjà publié de nombreux ouvrages. Ceci sera ton premier mais as-tu l'intention d'en faire autant qu'elle ? Qui a commencé à écrire en premier ? Est-ce que vous travaillez ensemble (idées, relectures, publications) Dans quelle mesure l'émulation, la motivation voire la compétition est-elle présente entre vous ? Est-ce que tu achètes les bouquins de Micheline ? Elle te les dédicace ? Tu penses qu'elle achètera le tien ? Quelle sera ta dédicace pour elle ?

Isabelle, une conteuse amie

 

Je suis bien incapable d'écrire autant que Micheline. Mon livre comporte quinze textes et c'est presque l'entièreté de ce que je considère comme publiable aujourd'hui !

Micheline écrit depuis son enfance et chaque jour, elle a au moins une nouvelle idée… J'en arrive parfois à me demander si je suis normal !

En ce qui concerne les livres, la politique de notre éditeur nous oblige à travailler ensemble puisque c'est l'auteur qui est responsable de la maquette, de la couverture… Micheline s'occupe de la partie "littéraire" et je gère la partie "technique" : mise en page, présentation… Nous avons la chance d'avoir un ami qui corrige nos maquettes et croyez-moi, quand il est "passé" sur un texte, les fautes ne repoussent plus !

Contre Micheline, il n'est pas question de compétition, elle sera toujours première !

L'émulation est vraiment à sens unique. C'est elle qui me pousse. Elle voudrait que je continue à écrire sur mon blog tous les jours, elle m'oblige à mettre sur papier des récits présentés oralement…

Quant à l'achat et la vente de nos livres respectifs, c'est non ! Il n'y a jamais de question d'argent entre nous. Les cadeaux, c'est bien aussi, non ?

Pour la dédicace, je crois que ce serait quelque chose dans le genre : "Pour Micheline qui m'a poussé à écrire, voici le résultat de ton obstination ! " Elle doit assumer ses choix ! Mais j'ajouterais une seconde phrase sûrement avec les mots "amour" et "merci" !

 

 

***

 

 

Trois mots, je te demande trois mots qui te viennent à l'esprit quand tu penses à cette prochaine publication... Substantifs, adjectifs, qu'importe ! Trois mots !

Carine, auteure de chez CdL et amie

 

Une très bonne question, comme je les aime. J'y réponds rapidement pour avoir les mots de la spontanéité qui conviennent :

TRAVAIL, AMOUR, PLAISIR.

TRAVAIL, parce que réaliser un livre avec mon éditeur, ce n'est pas de la tarte ! Il faut tout faire, penser à tout, attendre, faire de la pub, vendre et même penser au livre suivant ! Notez que grâce à Micheline, je n'en étais heureusement pas à mon coup d'essai. Je maîtrise la confection d'une maquette comme un vrai pro.

AMOUR, parce que tous les textes que vous lirez sont des textes que j'aime. Cela a d'ailleurs été mon seul critère de choix.

PLAISIR, parce que j'ai un plaisir fou à écrire certaines choses, à jouer avec l'imagination des lecteurs comme j'espère jouer avec l'imagination de mes auditeurs.

 

Mais j'aurais pu dire aussi :

IMAGINATION, ILLUSTRATIONS, BLEU

IMAGINATION, la mienne, peu importante par rapport à celle du lecteur qui pourra rêver grâce aux textes mais aussi aux dessins.

ILLUSTRATIONS, Là, j'ai été bluffé par mes amis rémois ! J'ai beau les connaître, certains de leurs dessins sont vraiment extraordinaires et "collent" parfaitement aux bêtises que j'écris…

BLEU, comme la mer et l'eau qui sont bien présentes tout au long du livre, comme la couverture, comme le ciel de mes histoires et surtout bleu qui est ma couleur préférée. Vous en doutez encore ? Regardez mes foulards, mes chemises et mes yeux…

 

 

***

 

 

Échangerais-tu le paradis des lettres contre l'enfer des bulles ?

Échangerais-tu deux Sand contre une Boland ?

Et, selon que tu répondes oui ou non à la deuxième question, emploies-tu un goûteur à l'heure des repas ?

Étienne, ami libraire

 

La seule BD qui a sa place dans ma bibliothèque (ou plutôt sur le petit morceau d'une planche concédé par Micheline !), c'est Tintin. Pour mes 50 ans, je me suis "ré-offert" la collection complète que je relis toujours avec passion. Souvent, je retrouve des petits détails qui avaient échappé à mes yeux d'enfant. J'estime être un tintinophile honnête et averti (qui en vaut bien deux !). J'ai une très bonne mémoire visuelle et je pense que ce qu'on a appris étant gamin, cela reste en soi pour toujours !

Quant à choisir ou à échanger, je préfère ce que j'ai à ce que je pourrais (ne pas) avoir !

Et puis après 37 ans de mariage, on a pris des habitudes…

Un goûteur n'est pas nécessaire à la maison, puisque c'est moi qui cuisine ! Néanmoins, par politesse (croit-elle), je la laisse toujours entamer son assiette la première. On n'est jamais trop prudent !

 

 

***

 

 

Même si toute fiction a un fond de vérité, je suppose que ton livre sera surtout un produit de ton imagination, de ta créativité.

Peux-tu me proposer une ou plusieurs (vraies) photos qui pourraient illustrer ton livre ?

Jean-Marie, mon frère aîné

 

Je reconnais bien là une certaine subtilité familiale !

En relisant la table des matières, je dirais dans le désordre, une photo de :

Guernica de Picasso, en hommage à Pablo !

Le jardin de notre grand-père à Esneux avec les pommiers, en souvenir des pommes neige !

Un orgue à parfums, comme celui sur lequel j'ai travaillé plusieurs fois au Club Med d'Opio, pour faire le pendant au parfum N° 5 d'Aldébaran !

La première case de la page 31 de Tintin au Congo, en comparant l'accoutrement du méchant sorcier !

La Catedralde Santa María de la Sede de Séville, puisque c'est là que se trouve le tombeau de Christophe Colomb.

Mais comme cette interview va se retrouver sur le net, pour éviter des ennuis, je vous laisse le plaisir de trouver vous-mêmes les photos… D'ailleurs si vous en aviez une du jardin de notre grand-père, je suis preneur !

Tout bien considéré, les dessins de Maryvonne et de Jean-Pierre sont encore plus explicites et il y en a deux par texte !

 

 

Pour retrouver Louis Delville, son Blog

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

 

http://www.bandbsa.be/contes2/noelouis.jpg

Publié dans interview

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Louis Delville interviewé... cela donne ça... 1ère partie

Publié le par aloys.over-blog.com

http://www.bandbsa.be/contes2/delvilletete.jpg

 

Souvent on regrette que les questions que l'on vous pose à propos de votre livre soient toujours les mêmes !

 

Ici, j'ai fait confiance à des personnes qui me connaissent bien en leur demandant de m'envoyer LA question qu'ils ou elles rêvaient de me poser.

 

J'ai répondu le plus honnêtement possible en tenant compte de leur sensibilité et des idées sous-jacentes que je devinais…

 

Merci à eux d'avoir joué le jeu ! Et maintenant que le spectacle commence…

 

 

Louis, mars 2011

 

 

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Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Dominique, auteure de chez CdL et amie

 

Un jour j'ai rencontré une personne qui m'avait entendu conter et qui aurait voulu avoir une copie écrite de mon conte. Je me suis aperçu que je ne l'avais jamais écrit !

Il m'a fallu plus de deux jours pour écrire un nouveau conte que je viens de mettre à mon répertoire et que j'ai déjà présenté devant public. Dans ce cas, j'ai vraiment l'impression d'écrire dans une autre langue. Comme si je devais traduire quelque chose de connu !

En général, j'écris peu. Je me souviens de réunion de travail où j'étais chargé de rédiger le rapport et pour lequel, je notais quelques idées sur un quart de feuille ! Et pourtant le rapport sortait complet, le lendemain !

Sans incitant, comme on en reçoit lors d'un atelier d'écriture ou d'une formation, je laisse deux ou trois mots sur un papier et je ne m'en occupe plus.

J'ai donc dû attendre d'avoir assez de textes pour constituer mon livre !

Comme j'avais envie d'avoir des illustrations, j'ai attendu l'acceptation du manuscrit par le comité de lecture de Chloé des Lys pour le confier à Maryvonne et Jean-Pierre, deux fins dessinateurs de Reims qui m'ont ravi par l'interprétation des histoires à leur manière.

Je n'ai pas eu l'audace de départager leurs œuvres… Il y a donc deux superbes dessins par texte !

 

 

***

 

 

Penses-tu tremper ta plume dans un peu de curare de temps à autre comme ta douce épouse qui sait si bien tuer avec le sourire ? Ou n'as-tu, toi, aucun bonheur dans le crime ?

Edmée, auteure de chez CdL et amie

 

J'avoue n'y avoir jamais pensé mais je suis plutôt dans le "gentil", Si un jour, je me décidais à aborder le genre, je crois que j'aurais de bonnes idées… D'ailleurs de temps et temps, c'est moi qui incite Micheline au meurtre… Mais c'est elle qui trouve toujours la bonne méthode !

 

 

***

 

 

Ma question concerne ta couverture. Elle n'est pas commune, mise sur les couleurs vives, le collage. Qu'as-tu cherché à faire passer au futur lecteur ?

Christine, auteure de chez CdL et amie

 

J'ai laissé carte blanche complète à mon ami Dominique Brynaert pour réaliser la couverture. Ma seule demande était la couleur bleue, ma préférée !

Dominique connaissait le conte sur Noé pour l'avoir entendu et apprécié plusieurs fois. Le résultat a dépassé mes espérances les plus folles et je lui en suis très reconnaissant.

J'espère que cela va attirer le regard des futurs lecteurs lorsque mon livre sera sur les rayons d'une librairie ou d'une bibliothèque.

 

 

***

 

 

À quand un livre à quatre mains avec Micheline ?

Le petit Belge, un compatriote rencontré sur le net et devenu ami

 

Il est très rare que nous travaillions ensemble. Micheline écrit vite, je suis très lent. Elle est plutôt "passive" et n'aime pas trop l'action, je suis un conteur "actif et passionné" !

Très souvent, je relis ses textes et l'oblige à préciser des choses, à expliciter un point précis. J'ai toujours adoré jouer ce rôle de "Candide". C'est probablement ma formation technique qui explique ce souci de précision. J'imagine la scène, je la vois et je veux que le lecteur ne soit pas pris d'un doute…

 

 

***

 

 

Tu n'as pas failli te décourager d'attendre, d'attendre et encore attendre que ton livre sorte chez CdL ?

Nathalie, auteure de chez CdL et amie

 

Oh que si ! Ce n'est pas tant l'attente qui me pèse mais plutôt le manque de réactivité de tous les acteurs. Ceci est dû à la lourdeur de l'administration de mon éditeur chéri !

Très souvent, je trouve qu'un simple coup de fil serait bien plus efficace que le "système mail à CdL Barry" ! J'en reparlerai avec Laurent Dumortier lors d'une prochaine rencontre !

Depuis 2004 et le premier livre de Micheline, j'ai eu le temps de m'habituer à cette lenteur mais je comprends que les nouveaux auteurs soient inquiets !

Parfois j'éclate et alors, malheur à qui est devant moi ! Je suis capable des pires colères avec des conséquences mortelles… Mais en général, je suis "soupe au lait" et cela retombe aussi vite ! Heureusement pour certains de mes contemporains qui se reconnaîtront facilement, puisqu'ils sont encore en vie !

"Je vis avec", comme on dit et je me défoule sur ma tendre épouse ! Merci à elle de me soutenir dans ces épreuves !

 

 

***

 

 

Comment cela se passe t-il dans le couple depuis que tu essaies de voler la vedette à Micheline ?

Vos styles sont 'un peu' semblables... est-ce Louis qui était le nègre de Micheline ou Micheline qui est la négresse de Louis ?

Qu'y a t-il dans la grande sacoche de celle dont on ne prononce pas le nom, à part des foulards de rechange ?

Bob, auteur de chez CdL et ami

 

Je crois bien que ma politique de vente sera différente de celle de Micheline et que je serai sûrement plus "mordant" qu'elle ! Ceci dit, cela ne pose pas de problèmes de couple insurmontables !

J'espère qu'à la lecture de mon livre, mes lecteurs verront quand même une différence entre nos styles.

Quant au nègre ou à la négresse, j'ai toujours beaucoup de plaisir à lire la prose de Micheline et vice-versa. Nous nous complétons bien et son sens littéraire m'est très utile. Quant à moi, j'apporte un peu de rigueur aux millions d'idées de la psychologue…

La sacoche de Micheline est suffisamment grande pour les choses indispensables à un couple de retraités en goguette ! On y trouve tout ce qui, au cours des années, a un jour été utile et qui pourrait toujours servir… J'ai renoncé à en faire l'inventaire ! La seule concession qu'elle a faite est d'avoir plusieurs sacoches en fonction des circonstances !

Au cours des années, les foulards sont devenus une marque de fabrique, un accessoire indispensable et en plus, ça fait jaser les jaloux !

 

 

***

 

 

Deux écrivains de talent peuvent-ils cohabiter ensemble sans qu’une forme de jalousie s’installe entre eux ?

Alain, auteur de chez CdL et ami

 

Très facilement ! La jalousie est un sentiment que je ne connais pas. Que se passera-t-il quand mon livre sera sorti ? Je n'en sais rien mais je suis sûr que nous resterons comme nous sommes : unis pour le meilleur et pour le pire. Depuis 37 ans, c'est le meilleur qui l'emporte et de loin !

Comme je l'ai dit plus haut, lorsque mon livre sera paru, je vais quand même essayer de le promouvoir plus que Micheline ne le fait pour les siens. Mais comme je me connais, si j'ai une belle opportunité, elle en profitera aussi !

 

 

***

 

 

L'impro peut-elle être une démarche qui mène à la rédaction d'un livre ?

L'inspiration est-elle venue en lisant et corrigeant les premiers essais de Micheline ?

Alors que tu étais très porté à réécrire l'histoire de Belgique (façon humoristique) et de ses personnalités marquantes, pourquoi se borner à écrire des contes ?

La sortie de ce livre est-ce la raison du retard ou du manque de mises à jour de ton blog ?

Qui critique ton œuvre ? Micheline n'est-elle pas trop gentille, est-elle suffisamment critique avec toi ?

En dehors de Micheline, quelles sont tes sources d inspiration ? (commerces, banquier, médecin...) ?

Donato, un ancien collègue

 

Au niveau du livre, l'impro n'y a aucun rôle. Maintenant, lorsque je conte une histoire, il est sûr que certains réflexes d'impro reviennent et quand j'improvise, j'ai tendance à être un peu trop "conteur". Mon coach actuel me le reproche d'ailleurs ! N'est-ce pas Corinne ?

L'inspiration vient chez moi par petits morceaux et l'accouchement d'un texte est souvent long ! Sauf si j'ai un incitant. Alors, je fonce et très souvent, je n'écris pas l'entièreté de l'histoire, j'improvise en faisant semblant de lire un texte bien structuré !

Je ne me contente pas des contes… Le livre comprend aussi des nouvelles mais rien de semblable à ce que j'ai pu écrire dans les mille articles de mon blog, des petits billets d'humeur sans lendemain. Je me suis expliqué sur l'arrêt de mon blog, non pas par manque de sujets mais plutôt par envie de changement. J'écris encore de temps en temps… Peut-être des choses un petit peu moins superficielles que ce que mon banquier, mon boucher ou l'administration me suggèrent !

Personne n'a le droit de critiquer mon œuvre, sauf moi et je ne m'en prive pas ! Plus sérieusement, Micheline apporte souvent le détail qui manquait et n'hésite guère à donner son avis. Je ne prends pas tout ce qu'elle dit pour argent comptant mais j'en retire toujours un petit quelque chose qui améliore mes écrits.

Mon inspiration ? Quelle inspiration ? J'aime la fantaisie et je suis un peu iconoclaste. Rien ne m'est plus agréable que de "jouer" avec l'Histoire (avec un grand H). Dernièrement, je me suis permis, à la grande joie de mes auditeurs, de faire envoyer un SMS par un samouraï japonais du XVIe siècle. Merci l'impro ! Mon seul problème c'est que j'ai eu cette idée lors d'une formation au conte philosophique et qu'à l'entraînement hebdomadaire d'impro, j'en manque souvent !

 

Pour retrouver Louis Delville, son Blog

louis-quenpensez-vous.blogspot.com

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Publié dans interview

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Christine Brunet interroge JOSY MALET-PRAUD, l'auteur de "Un, Deux, Trois, Soleil"

Publié le par christine brunet

 

Portrait-crayon.jpgJe vais commencer, une fois n'est pas coutume, par une digression... inspirée par ce croquis crayon de Josy Malet-Praud... Quel talent, non? L'artiste y a fait passer tant de choses...

 

Un croquis de toi, Josy ?

Non, il n'est pas de moi (pas assez douée pour ça...). Il est lié à une rencontre. L'année dernière (comme tous les ans quand c'est possible), j'ai séjourné quelques semaines sur l'île de Saint Martin, aux Antilles. Un soir, à la sortie d'un concert de Gospel donné dans l'église de Grand Case qui est le point de ralliement des artistes de l'île, j'ai été abordée par une jeune femme équipée de ses crayons, fusains, pastels, etc... Elle m'a demandée si elle pouvait faire mon portrait. J'ai dit oui... elle avait moins de vingt ans, elle me semblait un peu paumée et "sur la brèche"... J'ai proposé un dîner dans un "lolo" (ce sont les équivalents des paillottes corses, implantés sur les plages) et tout en mangeant et en discutant... elle a fait ce portrait. Que j'ai gardé, bien sûr. Une rencontre étonnante, émouvante, des échanges humains authentiques. J'espère que cette jeune femme réussira.

 

Ce que j'aimerais interviewer cette jeune artiste... parce que je crois qu'elle a su retranscrire à la fois son propre ressenti et l'âme de son modèle... et on ne parvient pas à un tel résultat sans s'ouvrir aux autres... 

 

Je crois que c'est là toute la difficulté de l'artiste, quel qu'il soit. Poètes ou romanciers sur la même longueur d'onde que peintres ou musiciens ? Sans aucun doute... Il suffit de lire les textes de Josy pour en être convaincu...(link

 

Alors, dis-moi, depuis quand écris-tu ? lui ai-je demandé dès qu'elle a accepté de répondre à mes éternelles questions.
Depuis un certain nombre d’années. Je n’ai plus vingt ans, ni même trente, ni même quarante… J’ai eu le temps de m’y mettre ! Premiers écrits « matérialisés » et reliés : à l’âge de quatorze ans, j’ai écrit mes mémoires. Il faut dire que j’ai parfois des idées saugrenues : j’étais alors convaincue de ne pas passer le cap des dix-sept ans. Une bonne centaine de pages quand même ! J’avais des choses à dire ? En tout cas, j’avais déjà un passé. Dense. Passé la date fatidique, j’ai continué…
 
Surprise... amusée aussi, j'ai continué sur ma lancée et vous livre à présent, sans plus intervenir, ses réponses à mes questions...


Pourquoi écris-tu ? Un déclencheur ?
Curieuse incurable, j’écris comme on pousse la porte d’un magasin, pour aller voir ce qu’il y a derrière la vitrine, comme on perce la surface d’un lac gelé pour découvrir ce qu’il y a sous la surface. Ni contemplative ni voyeuse, je suis plutôt poussée par la volonté de comprendre. Mieux connaître les autres, ceux qui me ressemblent et surtout ceux qui ne me ressemblent pas, comprendre comment ils fonctionnent, pourquoi ceci est comme cela, ce que sont les différences quand elles existent. J’écris d’abord pour moi, c’est ma façon de prendre le monde à bras le corps, de lui faire face, de l’aimer ou pas, de ne pas me contenter de regarder passer les trains et mes semblables, de toucher du doigt d’autres univers, fussent-ils imaginaires. J’écris aussi pour le plaisir et le besoin de la création…Les mots, c’est comme les pièces d’un jeu de Lego. J’ai le goût de la construction, des univers à bâtir.

 
Que
 t'apporte l'écriture ?Visuel Auteur - PDNA
C’est un espace où j’ai des ailes, l’occasion d’une aventure toujours mystérieuse, un périple qui s’avère parfois dangereux. Ecrire, c’est se découvrir soi-même, c’est se dévoiler aux autres, s’exposer, prendre le risque d’être vu. C’est un bonheur qui paradoxalement peut faire mal aussi. L’écriture me rend heureuse et me fait parfois souffrir. Mais jamais au point de m’en écarter…
 

Comment écris-tu? d'un jet, en relisant fréquemment ?...
J’écris sur une impulsion, à partir d’une sensation, de bribes de souvenirs qui se rattachent à un événement, une situation parfois très banale et c’est autour de cela que se construit le récit (quand il y en a un). Parfois, quand j’ai besoin de –vider mon sac- d’un trop plein présent ou lié au passé, il n’y a pas d’histoire ou bien seulement une histoire-prétexte…J’utilise alors les mots comme des symboles, des codes pour mes émotions, mes sentiments. Les phrases sont ici des lignes à haute tension où chaque mot transporte une charge. Positive, quand c’est possible. Oui, positive car je suis une femme positive.


Que
 ressens-tu quand tu écris? Du stress, une urgence, un plaisir ?
C’est toujours l’urgence qui ouvre le bal. Celle de fixer sur le papier l’idée, l’événement avant qu’ils ne s’évaporent. L’inspiration, c’est comme un feu follet, éphémère et capricieux. Ou comme une expression sur un visage : il faut l’attraper sur l’instant, avant qu’elle ne disparaisse. Du coup, j’ai toujours dans mon sac, mes poches et sur mon bureau des théories de petits bouts de papier couverts de mots-clés….


verso-ISBN-9782874594731.jpgEnsuite, ce sont les heures du stress, oui… Quand après l’ébauche qui n’est qu’une armature incomplète, il faut creuser, déterrer, combler, cimenter, ériger, équilibrer les choses. Du stress et de l’angoisse à mi-parcours : toujours cette idée négative que je ne parviendrai pas au bout, que ce sera mauvais, que ce ne sera pas le juste reflet de ce que j’ai imaginé, rêvé, pensé, senti… Le reflet de ce qui a été d’abord écrit dans ma tête. J’écris plutôt bien….dans ma tête. J’y suis toujours beaucoup plus à l’aise…Les phrases et les séquences s’enchainent facilement. C’est lorsque qu’il faut les saisir au grand jour que les mots se rebiffent ou se défilent !


Le plaisir, enfin, intervient quand je n’ai plus qu’à nettoyer l’ensemble du superflu, de l’inutile, à rechercher un mot plus fidèle, plus juste, à remanier l’ordonnancement, à embellir l’écriture. Et le bonheur suprême : c’est lorsque c’est terminé et qu’il m’arrive d’être à peu près satisfaite. Je dis à peu près, car je ne le suis jamais vraiment tout à fait. Et dans tous les cas, jamais longtemps… Je suis un auteur qui doute, avant, pendant, après. Une idéaliste consciente des limites et des illusions attachées à ses idéaux. Je n’ai jamais de certitude, en rien. CQFD : je ne suis jamais en situation de contentement absolu. Ecrire, c’est accepter et supporter de vivre les hauts et les bas des montagnes russes, non ?


Que
l rapport as-tu avec l'écriture, tes personnages, ton récit ? As-tu du mal à mettre le point final à une histoire ?
J’entretiens un rapport plutôt passionnel avec l’écriture, un peu obsessionnel aussi, ça va de paire. De toute façon, c’est ma nature… Au fil du temps, écrire est devenu une forme d’addiction. Ce sont surtout les personnages qui m’intéressent : leurs comportements, leurs différences, leurs univers, leur courage, leur lâcheté, leur exemplarité et leur banalité. Ce sont –mes piliers- dans l’écriture. Je m’y attache très fort, à tel point que je les sens vivre…si ce n’est pas le cas, c’est loupé, je jette. Le récit est important bien sûr, mais il ne prend forme qu’après. Ce sont les personnages qui m’inspirent une histoire. Et l’histoire qui imposera un décor propre à la mise en scène des personnages. J’aime aussi particulièrement creuser les ambiances, dessiner des images, mettre des couleurs et des sons. Un peu comme dans la vie. Et si possible, avec simplicité, ce qui est finalement le plus difficile. Je n’aime pas trop les textes compliqués, les écritures alambiquées, pédantes, ronflantes. Gonflantes. Derrière ces vitrines surchargées de guirlandes et de dorures, il y a trop souvent un désert. Je préfère de loin une phrase un peu bancale au sens académique mais qui –a des tripes-, à un modèle académique sans substance. Je suppose qu’un écrivain digne de ce nom réunit les deux : les tripes et l’académie…123soleil.jpg


Comme tu l’auras compris, je n’écris jamais d’un seul jet ou bien seulement quelques fragments qui viendront s’incorporer ensuite dans un ensemble. Exigeante, je suis. Un récit abouti est le résultat de trois, quatre versions précédentes, parfois plus. Je n’ai pas trop de difficulté à placer le mot fin, mais seulement quand j’ai coupé les rameaux morts…En gros, c’est au feeling : je sens quand c’est prêt… un peu comme en cuisine.

 

As-tu des difficultés à lâcher tes personnages ?

  Non. Je m'explique : soit ce sont des acteurs qui n'ont aucune liaison avec moi (passée ou présente), auquel cas, je ne les oublie pas, mais nos routes se séparent. Soit, ils sont liés d'une façon ou d'une autre à ma vie, à mes expériences, ils sont donc -importants-. Cependant, dans ce cas, je n'ai pas non plus de peine à les "lâcher" à la fin de l'histoire, car ils ressurgiront à coup sûr sous une autre identité et dans un autre récit... Nous nous retrouverons. Ils ne font que s'absenter un moment.

 

Le livre terminé, la page était-elle irrémédiablement tournée ? 

Là encore, je dois faire la distinction entre ce qui est écrit dans le cadre d'une fiction totale, très -à distance de ce que je suis- et ce qui résulte d'une expérience familière. Dans le premier cas : la page est tournée. Dans le second : l'histoire, en tout ou partie, certaines situations sont ou ont été suffisamment marquantes pour qu'inévitablement, j'y revienne un jour, sous une autre forme, dans un autre cadre...Mais j'y reviens, c'est certain. Parce que l'événement à l'origine de la "semi-fiction" est de ceux qui m'ont structurée ou déstructurée parfois. Je suis ce que je suis grâce ou à cause d'eux : je ne peux pas faire l'impasse, consciemment ou pas.
 

Où puises-tu tes idées? Dans la vie courante ?. 
C’est une question qu’on m’a déjà posée plusieurs fois ces derniers temps. Les personnes qui ont eu la gentillesse de lire mes petites histoires ont parlé d’une « grande diversité », et je l’ai pris comme un compliment. A tord, peut-être (sourire) ?
Je ne « puise » nulle part. Je ne me dis jamais : -tiens, qu’est-ce que je pourrais bien écrire aujourd’hui- ? Je me mets au clavier (ou je saisis mon Waterman fétiche) lorsque quelque chose remue en moi…s’agite. Un souvenir qui refait surface, une conversation qui fait tilt, une situation qui me touche, un visage qui m’accroche, un fantôme qui flotte à l’horizon…. C’est n’importe quand, et n’importe où. Dans la rue, au ciné, en lisant, en dormant, en veillant, sous la douche … Je ne cherche pas. Tant mieux : j’aime les surprises. L-Equipage-017.jpgL’aspect désagréable de la chose, pour les autres, c’est qu’il m’arrive fréquemment de me mettre à planer au beau milieu d’une conversation : je ne suis plus là ; ça déroute un peu, mais mes proches s’y font…ou pas (clin d’œil !).

 

Dernière question, si tu veux bien... Comment réagit ton entourage face à ta passion de l'écriture ? 

J'ai le sentiment d'être vraiment soutenue, encouragée, mais comme pour tout ce qui m'est "exclusivement personnel", qui ne concerne pas directement -ma tribu-, les réactions varient selon que cette passion, mise en pratique, dérange ou ne dérange pas le petit monde qui est le nôtre, celui de -la famille-. Bref, -les miens- m'encouragent, c'est vrai, semblent aimer ce que je fais... mais il arrive néanmoins qu'il y ait quelques petits grincements de dents (à peine audibles, mais j'ai l'ouïe fine...) quand -la mère- et/ou -l'épouse- que je suis impose sa passion au détriment du confort de chacun. Raison pour laquelle...je travaille surtout le soir, et très souvent, tard dans la nuit, voire jusqu'au petit matin. Quand ma tribu dort et n'a plus "besoin" de moi. Ce n'est ni très original ni vraiment nouveau : toutes les femmes, qu'elles écrivent ou pas, ont quelque chose de la femme-orchestre et doivent déployer des trésors d'ingéniosité et de patience pour parvenir à conjuguer le -Nous- et le -Moi-... Question d'habitude ...et d'endurance ! (sourire) 

 

Que tu as donc raison ! Que de fois ai-je entendu "A quoi tu penses?" ou "Qu'est-ce que tu fais avec ce stylo à la main ?" alors que l'un ou l'autre de "mes hommes" (petit et grand) cherchait à me tirer vers autre chose... C'est alors de grand matin que je noircis le papier... Un instant à moi que je n'échangerais pour rien au monde...

 

Justement, c'est cet univers un peu en retrait, ce jardin plus tout à fait secret puisqu'il sera partagé qui construit son auteur.

Il s'agit là d'un juste échange de bons procédés... L'un bâtit, façonne le temps de quelques pages ou d'un dessin, l'autre abreuve son créateur d'un plaisir rare... Il lui insuffle la passion... 

 

Venez partager l'univers de Josy Malet-Praud sur son site http://www.lascavia.com/  !!!!

 

 

 

 

 

Photo Christine Brunet  Christine Brunet

 

http://recreaction.over-blog.org

http://aloys.over-blog.com

 

Publié dans interview

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