Walter Macchi : "L'écriture, comme la lecture, est un besoin, une passion, une façon d'apprendre et d'évoluer aussi. "
Walter Macchi est auteur chez Chloé des lys... un romancier… A un détail près est un polar, son polar.
Un point commun qui m’interpelle, bien évidemment. Des tas de questions se bousculent dans ma tête : comment conçoit-il son récit, son intrigue, comme crée-t-il ses héros… tout cela pour répondre à une seule question : y a-t-il un seul processus d’élaboration pour ce genre très particulier de littérature ? Plusieurs ? Un état d’esprit à part ou non ?
J’espère que Walter Macchi parviendra à répondre à toutes ces questions… et, peut-être, à me donner les clés qui me manquent.
Walter, depuis quand écris-tu ?
Je suis traducteur de formation et j'ai toujours écrit dans le cadre de ma vie professionnelle. J'ai eu la chance de travailler pendant une vingtaine d'années dans une mission diplomatique, dont les dix dernières au sein du service de presse. Quand je ne traduisais pas, je composais ou corrigeais des textes, des discours. Le reste du temps, je lisais les journaux le matin, et tout ce qui me passait sous la main le reste de la journée. C'était une expérience vraiment enrichissante.
Pendant toutes ces années, j'ai maintes fois repoussé le projet d'écrire un roman parce que le boulot prenait tout mon temps mais au fond de moi-même, j'ai toujours su que ce rêve, qui ne m'a pas quitté depuis l'enfance, allait devenir réalité. Cela a été le cas peu après la quarantaine.
Un événement déclencheur ?
Je faisais toutes les semaines la navette entre Genève et Bruxelles et passais beaucoup de temps dans les avions et les aéroports. L'idée de base du premier roman a germé pendant ces voyages. L'histoire s'est construite petit à petit et s'est bien vite imposée comme une évidence.
Que t'apporte l'écriture ?
L'écriture, comme la lecture, est un besoin, une passion, une façon d'apprendre et d'évoluer aussi. Parce qu'écrire, c'est créer.
L'écriture me permet également d'aborder les thèmes essentiels de l'existence, la vie, l'amour, la confiance, la trahison, l'argent…
Pourquoi l'écriture est-elle un moyen d'évoluer ?
Mes principales sources d'inspiration sont l'observation et la lecture. L'écriture est un moyen d'évoluer parce c'est un apprentissage constant qui nécessite beaucoup de rigueur et me pousse à me remettre sans cesse en question. Comme les voyages, elle me permet de découvrir d'autres horizons et de m'ouvrir aux autres et au monde qui m'entoure.
Tu as peut-être d’autres passions ?
Je suis un touche à tout, curieux de naissance. Je me suis donc essayé dans pas mal de domaines mais il y en a trois qui sont une constante : la photographie, les voyages et l'actualité internationale avec, de temps à autres, une passion qui prend le pas sur les autres, au gré de mes envies.
Comment écris-tu ? directement sur ordi ou sur le papier ? la nuit, le jour, tout le temps?
J'écris directement sur ordinateur, dès que j'ai un moment, dans la journée ou la soirée. La nuit j'essaye de dormir, parce que le sommeil – ou son absence - est également une source inépuisable d'inspiration. J'ai un petit enregistreur qui depuis peu me permet de capter les idées au moment où elles prennent naissance, sans risque de les perdre.
Jusque là, rien ne distingue Walter Macchi d’un romancier de roman historique ou contemporain, par exemple… Ma curiosité s’accentue.
Pourquoi avoir choisi le genre policier pour t'exprimer ? Le suivant en est-il également un?
Les policiers sont mes romans de prédilection, C'est le genre qui titille le plus mon imagination. C'est à mon avis le type de roman le plus exigeant et le plus compliqué à mettre en œuvre pour que l'histoire tienne la route et soit crédible, un de ceux qui demandent le plus de recherches et une documentation riche, parce que tous les éléments sont importants, l'intrigue, les personnages et leur environnement, le style…
Mon premier roman, un thriller dont l'intrigue se déroule dans le monde des affaires, de la parfumerie de luxe et de la photographie de mode, est en partie basé sur une expérience personnelle.
Le second est un roman plus classique, qui a néanmoins représenté un défi et un véritable exercice de composition. Il a fallu d'abord d'entrer dans la peau d'une jeune personne de l'autre sexe, et mettre ensuite deux histoires en parallèle : celle de l'adolescente racontée par elle-même, et celle d'une famille, originale et avare, que le goût pour l'argent fera sombrer.
Pourquoi avoir changé de genre de roman ?
L'approche entre un polar/thriller et un roman est différente. Dans un polar, on est beaucoup plus dans l'action et dans les changements de lieux. Pour cherches les
indices, pour enquêter, il faut bouger.
Changer de style et écrire un roman a été une démarche intéressante qui m'a obligé à aller puiser plus profondément en moi pour faire sortir les émotions, les sentiments
et arriver à les mettre en mots.
Je vois… Quelle serait ta définition perso de l'écriture et définis ton style...
L'écriture pour moi est un formidable moyen d'expression, avec l'envie sous-jacente d'intéresser un plus grand nombre possible de lecteurs. Mon style est assez direct, sans fioritures et très visuel.
Comment construis-tu ton récit ? Ecris-tu au fil de la plume, avec un canevas ? un plan ?
Pour les romans policiers en particulier, j'essaye de bâtir un canevas de scénario solide autour d'une idée directrice. C'est un peu moins vrai pour le second roman où j'ai plus laissé libre cours à mon imagination et à ma plume. Lorsque j'écris, il m'arrive cependant de modifier le scénario en cours de route, parce que j'ai eu un flash ou parce que mes "conseillers" m'ont suggéré une autre voie. Je connais souvent des "moments de grâce", où les mots et les idées se bousculent à un tel point que j'ai parfois du mal à suivre.
Crois-tu qu’on écrit un polar comme un autre roman, avec le même état d’esprit ? D’où la question qui en découle… Tout auteur peut-il devenir auteur de roman policier selon toi?
Voilà une différence de taille entre nos deux approches de la conception d’une intrigue… Je crois qu’il vient de me donner la réponse que j’attendais. Pourtant je poursuis
l’interview, pour comprendre jusqu’où vont ces différences.
Tes personnages ont des personnalités bien marquées. Comment les construis-tu? Quel rapport as-tu avec eux ? facile ou compliqué de mettre un point final à tes
histoires ?
Pour mon premier roman, mes personnages sont nés d'observations personnelles, sur place à Genève et dans la vie quotidienne. J'ai essayé de les construire avec rigueur et me suis parfois identifié à eux, dans ce qu'ils avaient de plus humain, dans leurs qualités mais également leurs défauts. Je les aime bien et y suis attaché, même lorsqu'ils sont antipathiques pour les lecteurs. Je n'ai pas vraiment de problèmes à mettre un point final à mes histoires. J'éprouve parfois un sentiment de nostalgie ; c'est quelquefois à regret que je mets un terme à leurs aventures.
Certains construisent leur roman à la première personne… Toi, tu te choisis de te mettre dans la peau d’une femme dans ton second roman… Pas commun… Comment
entre-t-on dans la peau d'un personnage d'un autre sexe ?
Quand il écrit, un auteur fait immanquablement référence à une vision très personnelle des choses. Il peut parfois essayer de brouiller les pistes mais c'est un peu de lui-même qui transparait dans ses personnages.
Pour mon second roman, j'ai voulu sortir de mon enveloppe "masculine" et me contraindre à penser autrement, à voir la réalité sous un autre angle. L'aspect psychologique m'a demandé énormément d'efforts. Je réalise à présent, à quelques mois de la sortie officielle du livre, combien cette tentative est périlleuse et délicate.
J'ignore même si j'y suis parvenu. L'avenir me le dira…
Lorsqu’on te lit, une chose frappe immédiatement le lecteur, c’est le côté visuel de ton récit, un peu comme si tu l’avais construit autour d’un scénario développé au fur et à mesure, étoffé pour en faire un roman. Pourquoi le visuel est-il si important ?
Je réalise en répondant à tes questions combien mes passions se rejoignent, l'écriture, la photo ou le cinéma, les voyages. Toutes ces passions, qui sont autant de plaisirs, me permettent de partager des émotions, de capturer l'instant ou le vécu, que ce soit par les mots ou l'image. Mon premier roman A un détail près est très visuel, au point que j'aimerais bien parvenir à en faire un film. Je suis actuellement en train de travailler sur son scénario.
Est-il facile ou compliqué d'être lu pour toi ? Comment tes proches voient-ils cette passion ?
Plutôt compliqué d'être lu par le plus grand nombre et d'obtenir ainsi des avis contrastés qui me permettent d'évoluer. En règle générale, mes proches voient cette passion de deux façons, avec étonnement pour certains, avec enthousiasme pour d'autres, parfois avec un brin d'envie, mais rares sont ceux qui réalisent vraiment la solitude de l'auteur face aux difficultés et aux injustices du monde de l'édition...
Quel est ton univers littéraire ?
Auparavant, je lisais presque exclusivement des romans policiers et des thrillers. Mais ces dernières années, mon univers littéraire s'est beaucoup diversifié. A présent, je lis essentiellement des romans mais tous les genres m'intéressent. J'avoue avoir un peu plus de mal avec la poésie et les romans historiques, mais rien ne dit que je ne m'y mettrai pas un jour. Mes lectures ne connaissent pas de frontières, avec toutefois une nette préférence pour les écrivains francophones, anglo-saxons et italiens bien sûr. J'ai découvert quelques perles dans les auteurs italiens contemporains qui gagnent à être connus (F. Volo, F. Moccia, P. Giordano, entre autres). Dommage qu'ils ne soient pas tous traduits en français.
Parce qu'elle est tout sauf banale, tiens !
legs de ma grand-mère. Après tout, chez un écrivain plane l'esprit des ancêtres et il se trouve que ma grand-mère était une femme que j'adorais. Endosser son nom, c'est un hommage mais aussi un défi, une invitation à "accroître sa puissance d'agir" pour paraphraser Spinoza. Et puis il y a "Bale", une combinaison de syllabes de mon nom marital et de mon nom de jeune fille. Ce nom croise ainsi toutes les identités, passées et présentes qui se sont fixées en moi. Ah ! j'oubliais...J'aime bien le côté désuet de ce pseudonyme.
digressions de P. Roth dans Portnoy, ou bien les réflexions qui, écrites en italiques dans Herzog de Saul Bellow, imitent le désordre et la spontanéité de la pensée au coeur de l'événement), une fine observation des milieux à un instant de l'Histoire (guerres napoléoniennes dans Guerre et Paix, voir le dialogue qui ouvre le roman) et ce que ces modifications historiques (sociales, économiques, techniques) génèrent chez les individus (dans leur façon d'appréhender le monde de façon très intime).
aussi avec le couple Kitty/Lévine (qui reproduit les idées de Tolstoï) la mise en place d'une émancipation de la condition paysanne maintenue jusqu'alors dans le servage. Justement, Tolstoï me plaît parce qu'il avait des idées ! Quant à Dostoiëvski, il y a un côté "mystique religieux christique" qui me dérange par moments.
" Je, tu, il ":
l'inexprimable.
d'horaire, ni de lieu. Ce premier récit, écrit entre 1987 et 1989, a été écrit à la main, puis tapé à la machine à écrire et retranscrit sur ordinateur pour satisfaire les besoins de présentation aux éditeurs. Aujourd'hui, je ne pourrais plus me passer d'un ordi... encore que : rien n'est possible, tout est impossible.
Illustration : L'Homme Atlantique de Marguerite Duras. Il ne s'y passe rien, sauf de la ponctuation qui donne du volume et de la consistance au rien.


talentueux dessinateur Olivier Mangin (
Pourquoi avoir choisi de recréer un monde ?
pour les mêmes raisons : le besoin de se confier à une feuille blanche ou de se défouler.
A vous lire, j'ai l'impression que vous avez du mal à poser le point final d'une histoire. Vrai? Faux?
Est-ce que, selon vous, votre écriture a évolué au fil du temps au gré des aléas de votre vie?

Pourquoi devient-on écrivain et pas peintre ou musicien ? Le talent, me direz-vous... Un talent différent... Vraiment ?

pas cette trouvaille, on la trouve avant qu'elle nous échappe. Peut-être qu'être poète, c'est être disponible à ces trois temps.
l'écriture de chansons, de poésie, j'ai voulu devenir, plus grand... chanteur, malgré une voix à mille lieues de celle d'un Patrick Fiori. Un chanteur, on l'aime. Tout le monde l'aime. J'étais bien inconscient... Cela me fait sourire, aujourd'hui. Mes chansons, je les ai mises de côté pendant des années (j'en écrivais toujours un peu, de temps en temps quand même). Et, un jour, la nostalgie m'a fait relire mes textes, et ça m'a fait mal au coeur de me dire que tout cela me suivrait "dans la tombe", dans l'indifférence la plus totale. Alors, j'ai pensé les réunir dans un recueil, et peut-être trouver une maison d'éditions... Vous connaissez la suite.
musique, bien sûr, et là mes goûts sont des plus éclectiques. Et puis, l'avouerais-je ou non? Je suis resté un grand enfant... J'adore les dessins animés, aussi bien les Walt Disney que ceux de ma génération: Les Maîtres de l'Univers, Les Mystérieuses Cités d'Or, Goldorak, Cobra j'en passe et des meilleurs... Je suis heureux d'avoir été un enfant dans les années 1970 / 1980.
notion de fraternité presque omniprésente. Je parle, là, de la "liaison" entre deux êtres. Mon style est à la croisée du très moderne et du très passéiste. Il y a cette dualité, en moi. J'apprécie mon époque, Internet, tout ça, mais demandez à mes proches... Certains vous diraient que j'aurais dû vivre au 18ème siècle, avec les costumes et tout le toutim! Cette image m'amuse car, oui, je suis quelqu'un de très nostalgique, de mon enfance, surtout, des réunions de famille, des Noëls, et mon écriture s'en ressent forcément.
Avec Anne Rice, les vampires ont atteint leur apogée. Elle a réinventé le mythe. Aujourd'hui, elle est LA référence. Avec cet écrivain, tout devenait plus profond, plus compliqué, plus sensuel. Sexuel, même. Les méchants n'étaient pas nécessairement les méchants, ni les gentils de vrais gentils. C'était gothique, baroque et audacieux à la fois. J'ai échangé quelques e-mails avec Anne Rice, et je peux vous dire que c'est une femme merveilleuse, vraiment très, très proche de ses fans. Je pourrais vous citer les frères Grimm, également, Edgar Poe, Graham Masterton (pour ses romans d'horreur, en particulier Le Portrait du Mal, qui m'a terrifié) ou Oscar Wilde. Mais un fait divers, aussi, peut très bien être source d'inspiration. Comme l'Histoire, que j'aime assez... "remanier".
en pensant à certains artistes (Emmanuel Moire, Axelle Red, entre autres); et puis il y a des artistes pour lesquels j'adorerais écrire comme David Hallyday...
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Ensuite, ce sont les heures du stress, oui… Quand après l’ébauche qui n’est qu’une armature incomplète, il faut creuser, déterrer, combler, cimenter, ériger, équilibrer les choses. Du stress et de l’angoisse à mi-parcours : toujours cette idée négative que je ne parviendrai pas au bout, que ce sera mauvais, que ce ne sera pas le juste reflet de ce que j’ai imaginé, rêvé, pensé, senti… Le reflet de ce qui a été d’abord écrit dans ma tête. J’écris plutôt bien….dans ma tête. J’y suis toujours beaucoup plus à l’aise…Les phrases et les séquences s’enchainent facilement. C’est lorsque qu’il faut les saisir au grand jour que les mots se rebiffent ou se défilent !
L’aspect désagréable de la chose, pour les autres, c’est qu’il m’arrive fréquemment de me mettre à planer au beau milieu d’une conversation : je ne suis plus là ; ça déroute un peu, mais mes proches s’y font…ou pas (clin d’œil !).