La patate bouquine, le blog d'une passionnée !
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Lecture, écriture, une passion... Un partage... La littérature dans tous ses états !
Le titre m’intrigue : La Maison-Dieu, c’est quoi ? Un couvent ?
Ca l’a été, bien avant le début de l’histoire. Mais ce n’est à présent qu’une grande maison bourgeoise construite sur les ruines de l’ancien couvent et située en haut d’une falaise. Apparemment, elle n’a rien d’inquiétant si ce n’est effectivement son nom.
Je sais que c’est le nom de la seizième lame du jeu de tarots. Mais pourquoi avoir choisi ce nom ?
Parce que sa symbolique correspond parfaitement à ce qui se passe dans le roman : destruction d’une famille, destruction d’une personnalité et d’un psychisme… Tout cela n’est pas bien gai, c’est sûr. Si on regarde attentivement la carte, on s’aperçoit que la signification est claire : le dessin représente une tour foudroyée par un éclair venu du ciel. Deux personnages apparaissent, l’un en train de chuter du haut de la tour décapitée par l’éclair et l’autre gisant au pied de l’édifice. Une pluie de ce qui pourrait être des grêlons, ou des charbons ardents accompagne le cataclysme.
J’y vois une référence à l’Apocalypse décrite par Saint-Jean, l’anéantissement par Dieu du monde terrestre. Il n’est pas difficile après de passer de ce macrocosme au microcosme qu’est l’univers de Camille, l’héroïne, univers qui se délite petit à petit autour d’elle jusqu’à la catastrophe finale.
D’où t’est venue l’idée de ce troisième roman ?
En ce qui concerne l’idée même, franchement, je n’en sais rien. Je crois que c’est une conjonction de plusieurs influences de romans lus dans ma jeunesse dont l’un était La Terrasse des Bernardini de Suzanne Prou. En fait, le tout premier jet remonte à 1976 : il y avait déjà la falaise, la maison isolée et un mystère qui planait sur ses trois occupantes. Mais l’histoire était d’une incroyable complexité, avec des éléments invraisemblables, bref, cela ne valait pas grand-chose. J’ai mis mon petit cahier dans un tiroir puis quand j’ai déménagé, je l’ai jeté. Mais je n’avais pas oublié ce décor un peu étrange et mes personnages. Bien des années plus tard, j’ai imaginé la trame de La Maison-Dieu en reprenant ce décor et en transformant complètement les personnages.
As-tu rencontré des difficultés pour écrire le roman ?
La difficulté a été de choisir un mode de narration. J’ai opté finalement, sur les conseils d’une amie, pour une alternance de points de vue. On pourrait dire que c’est un roman polyphonique dans la mesure où trois voix se font entendre : celle de Camille, l’héroïne, celle de sa grand-tante Henriette et celle du narrateur omniscient. Les deux premières demandaient une caractérisation de leur voix ce que j’ai grosso modo fait, en essayant de leur trouver un style à elles ; ce n’est toutefois rien comparé au roman qui va suivre La Maison-Dieu et qui, lui, est vraiment polyphonique. Mais on verra ça quand il aura été référencé à son tour…
On peut quand même connaître le titre de ce quatrième roman ?
La Ballade des dames à poussette…. Ou « comment devenir encore plus riche qu’on ne l’est en jetant sa morale par-dessus les moulins »… Je crains que tout le monde n’apprécie pas ce genre d’humour…
Finalement aucun de tes ouvrages ne ressemble au précédent ?
C’est exact. J’aime bien varier les sujets et les atmosphères sinon le genre. Grand-père va mourir se concentre sur les conséquences d’un événement survenu dans la jeunesse du héros, L’Annonciade est un roman policier sans enquêteur, et La Maison-Dieu est plutôt la peinture d’une personnalité qui se déconstruit peu à peu sous l’influence du passé, sans la nostalgie que l’on trouve dans Grand-père va mourir. Je crois que cette diversité correspond à la fois à mes goûts littéraires et à ma propre personnalité. Après tout, je suis né sous le signe des Gémeaux, signe double et signe de la mobilité par excellence, voire de la double personnalité.
Après les cartes, l’astrologie… Aurais-tu un petit côté irrationnel ?
Un peu, je l’avoue. Je ne crois cependant pas dur comme fer aux cartomanciennes et aux astrologues, loin de là. Les français sont réputés pour être cartésiens, ne l’oublions pas ; de plus, nous sommes les enfants des Lumières, donc supposés être très rationnels. Mais finalement, il n’est pas plus absurde de croire que les astres nous influencent que de croire en un Dieu dont strictement rien ne prouve l’existence… Ce n’est qu’une question de foi et de recherche d’explication à des problèmes dont la solution nous dépasse encore. Et puis les gens totalement matérialistes et rationnels deviennent ennuyeux, à la longue… Il leur manque un petit coin d’ombre que je trouve très attirant.
En guise de conclusion ?
C’est évident : courez vite acheter La Maison-Dieu avant que le livre ne soit en rupture de stock…
Extrait des premières pages :
C'était un joli petit village, aux toits colorés, blotti à l'ombre d'une falaise au pied de laquelle coulait une rivière. En été, seul un mince filet clair, qui permettait à peine de se mouiller les pieds, se prélassait paresseusement sur son lit de cailloux bruns. Mais au printemps, l'eau descendait furieusement des lointaines montagnes, impétueuse, torrentueuse, et le courant charriait parfois des branches arrachées aux arbres qui bordaient les rives. La rivière grondait comme un animal en colère et se ruait à l'assaut de la falaise, ennemi séculaire qu'elle s'obstinait à vouloir vaincre, mais qui la repoussait, invulnérable, forte de son implacable détermination. Quelquefois, la fureur des eaux était si intense qu'elles parvenaient à arracher à ce mur vertigineux et presque lisse quelques pierres qui s'effondraient avec un bruit clair dans le torrent. Le rugissement qui accueillait cette semi victoire faisait froncer les sourcils des habitants du village. Tiens, des rochers viennent de dégringoler. Constat banal, qui n'émouvait personne. La blessure n'était jamais profonde. En aucun cas, même dans ses pires moments de démence, l'eau n'était capable de menacer la vie de son adversaire. La falaise gardait cependant des cicatrices de ces combats antérieurs, acharnés mais inutiles. La rivière devait s'avouer vaincue, et tout en hurlant d'une rage impuissante, contournait cet obstacle et s'élançait vers les gorges des Roches Noires, toutes proches, dans lesquelles elle s'engouffrait avec un bruit effrayant. Très étroites, les gorges renvoyaient l'écho de ce pandémonium qui se déchaînait entre les parois sombres et sinistres. La rivière atteignait ici le summum de sa puissance et de sa folie. Nul être vivant, bête ou homme, n'aurait osé s'aventurer dans les Roches Noires et braver les clameurs de cette armée de démons. Quelques kilomètres plus loin, à la sortie des gorges, le courant s'apaisait enfin, l'eau, épuisée, se calmait ; au tumulte précédent succédait un murmure reposant tandis que la rivière s'étalait dans son lit, large, profond, et se dirigeait vers la ville toute proche.
Le village n'avait jamais été menacé par les colères du torrent. Il était bâti sur sa rive gauche et en surplombait le cours. Au moment des grandes crues, seule la route qui montait à la Maison-Dieu était coupée. Mais comme il y avait des années que plus personne n'habitait cet ancien couvent, la vie quotidienne n'en était en aucune façon bouleversée. Chaque année, le pont qui enjambait la rivière et permettait ainsi de s'engager sur le chemin qui menait au sommet de la falaise subissait des dommages plus ou moins importants. Un jour, il va finir par s'effondrer, disait-on, indifférent à ce futur cataclysme. Qui pouvait avoir envie de grimper là-haut à part quelques touristes, ceux que le village voyait débarquer à partir du mois de juin ?
Ce petit bourg comptait environ deux mille cinq cents âmes (nettement plus pendant l'été), et il étirait ses maisons autour de la place centrale, toute ronde. Il avait été construit en cercles concentriques et chaque rue transversale ramenait les promeneurs sur la place, véritable cœur et poumon du village. Il y avait peu de commerçants, suffisamment cependant pour permettre aux habitants de se nourrir et de verser leurs économies sur leur compte au Crédit Agricole dont l'agence, flambant neuve, se trouvait dans la Grande Rue, qui s'ouvrait à la gauche de la papeterie bureau de tabac et, tournant le dos à la falaise, s'élançait vers la plaine, devenant, une fois les dernières maisons franchies, une route tortueuse qui descendait à la rencontre de la nationale, celle qui permettait, après bien des efforts, d'atteindre la vallée du Rhône.
Du haut de la falaise, quasiment verticale, un à pic profond de près de cent mètres plongeait vers la rivière, sans offrir la moindre prise pour s'accrocher en cas de chute. On se souvenait encore de l'accident qui avait eu lieu cinq ans auparavant : deux malheureux touristes avaient perdu l'équilibre et s'étaient écrasés en bas, sans avoir eu une seule chance de salut. Ce drame avait vivement ému le village ; il avait été question de ceinturer le haut de la falaise d'une barrière, pour empêcher que de telles tragédies se renouvellent. Et puis, on avait eu d'autres soucis, d'autres problèmes à régler, et on s'était contenté de planter une pancarte indiquant que les bords du gouffre étaient dangereux à cause de leur instabilité, et qu'il ne fallait pas s'approcher trop près. On avait estimé que l'avertissement était suffisamment clair, et qu'après tout, si les gens ne voulaient pas le lire, ils étaient bien libres de finir en cadavres sanguinolents au fond de l'abîme.
Didier Fond
fonddetiroir.hautetfort.com
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Janna Rehault, une voyageuse, une auteur de SF, une auteur qui titille notre imagination et notre curiosité depuis plusieurs mois avec des extraits de son roman "La vie en jeux". Même le titre surprend. Je ne pouvais que lui demander de répondre à quelques questions ce qu'elle a fait avec rapidité, réactivité et... créativité !
Tu te présentes succinctement ?
Je suis Janna ; j’ai 35 ans, je viens du Kazakhstan (l’ex-URSS). Ça fait 12 ans que je vis en France. J’ai fait des études en Sciences Po. Je travaille essentiellement dans l’humanitaire ; sinon, je fais de la traduction et donne des cours de russe.
Tu voyages beaucoup : est-ce que ton écriture et ton univers s'en ressentent ?
Je dirais que mon écriture s’en ressent indirectement, dans le sens où je ne parle pas des voyages dans ce que j’écris (mais je compte le faire dans mon prochain roman) ; ça serait plutôt l’expérience de vie que j’ai acquis en voyageant - la rencontre avec d'autres cultures, la connaissance des modes de penser et de vivre différents – qui a influencé mon écriture.
Ecrirais-tu différemment si tu étais restée dans ton pays natal ?
Je crois que j’aurais le même style ; par contre, les sujets et les personnages ne seraient pas tout à fait les mêmes. Et certainement, mes points de vue sur beaucoup de questions seraient très différents de ceux que j’ai aujourd’hui. Je pense que j'ai vraiment la chance d'avoir deux cultures : cela a beaucoup élargi ma vision des choses.
Définis le mot écriture (ta déf, hein)
Quelqu’un a dit qu’il n'y a pas trente-six façons d’écrire, il y en a trente-six mille. Je pense que c’est aussi valable pour la définition de l’écriture. Pour moi, elle dépend surtout des raisons pour lesquelles on écrit. Ça peut aller d’un simple plaisir d’inventer des histoires à une sorte de thérapie libératrice. On n’écrit pas tous pour les mêmes raisons. Pour certains c’est une façon de fuir la réalité ou de se créer son propre monde, pour d’autres - une possibilité d’exprimer leurs idées ou de faire partager leurs expériences, ou encore un moyen de mieux comprendre soi-même. Et évidemment, la chose que nous avons tous en commun c’est la pulsion créatrice.
Définis ton style
Je dirais que mon style est assez minimaliste, dans le sens où je ne donne pas de longues descriptions des lieux ou des aspects visuels des choses. Par contre, j’ai une fâcheuse tendance à plonger dans les réflexions soi-disant « philosophiques ». J’aime bien argumenter en faveur des points de vue différents, voire opposés, et en général, j’évite de donner un jugement définitif. Je préfère laisser le lecteur construire sa propre opinion.
Depuis quand écris-tu ?
J’ai commencé par compléter ou changer la fin des histoires que je lisais ; j’avais 8 ou 9 ans. Mais pour écrire mes propres histoires, il a fallu que j’atteigne 13 ou 14 ans.
Un déclencheur ?
Ma crise d’adolescence. Comme beaucoup, je l’ai assez mal vécue. Donc, c’était en quelque sorte une échappatoire.
Que lis-tu ?
En ce qui concerne la littérature, je lis surtout les classiques du 20ème siècle. Sinon, je lis beaucoup sur l’Histoire, l’art et la philosophie.
Un grand merci, Janna, pour ce partage !
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
Parle-moi de ton livre
C’est un roman ; le titre est « La vie en jeux ». C’est une sorte d’anti-utopie. L’action se déroule dans les années cinquante du 21ème siècle dans la Fédération Européenne. A première vue il s’agit d’un meilleur des mondes qu’on peut s’imaginer selon nos aspirations d’aujourd’hui : la violence est minimisée ; les crimes ne se font pratiquement plus ; la vie humaine et les droits de l’homme sont sacralisés ; les maladies sont vaincues par l’ingénierie génétique ; ceux qui subissent une mort non naturelle « ressuscitent » grâce au clonage ; ceux qui subissent des chocs psychologiques se font libérer de leurs traumatismes grâce à la modification de mémoire, etc. Pas de totalitarisme, ni d’asservitude des hommes par les robots.
En même temps, les gens voient leur vie se déplacer progressivement dans les espaces virtuels dont les prototypes sont des métavers d’aujourd’hui. C’est là que se vit la vie sociale, professionnelle, sentimentale. La plupart des résidents des métavers ne quitte le monde virtuel que par nécessité, pour satisfaire le minimum de leurs besoins vitaux. Ils identifient leur personnalité à leurs avatars dans le métavers, la soi-disant « e-identité », pendant que leur être du monde réel se considère plutôt comme une enveloppe matérielle, un support de leur existence virtuelle. Le non-vivant devient l’objet des affections de l’homme et, grâce aux substituts tels que jeux vidéo, télé réalité, feuilletons, etc., on ne vit que par procuration.
Tes personnages ? D'où sortent-ils ?
Certains sont tirés de l’imagination ; d’autres sont inspirés de personnes réelles que j’ai connues. Par ailleurs, beaucoup de mes amis qui ont lu mon roman m’identifient avec mon héroïne principale. Je ne suis pas tout à fait d’accord ; mais il est vrai que c’est surtout à travers elle que j’exprime mes pensées.
Pourquoi avoir choisi un roman qui se déroule dans le futur ? L'anticipation, la SF sont-ils des genres qui ont ta préférence ?
Quelles idées veux-tu véhiculer via ton roman puisque tu parles "débats philosophiques"
Parle-nous de tes personnages : si j'ai bien compris, tu as une héroïne ?
Pourquoi avoir mis dans ton titre le mot "jeu" au pluriel ?
Allez, pour la conclusion, tu nous livres le synopsis de ton roman ?
Christine Brunet, bonjour ! Un café ?
Je suis heureuse de pouvoir vous recevoir sur cette feuille blanche. Romancière du Sud de la France, Christine Brunet, non seulement nous avons la chance de vous rencontrer dans beaucoup de salons du livre mais, du Nord au Sud, vos livres commencent à apparaître de plus en plus souvent en devanture des librairies alors que l’on sait tous qu’il n’est guère facile de se créer une vie d’auteur sans avoir derrière soi une carrière cinématographique ou une image en vie en politique.
Ce parcours littéraire, qui éclate peu à peu, à votre avis, outre à votre talent, à quoi le devez-vous ? A votre ténacité ? A des personnages récurrents ?
Hou là ! Ça commence fort ! Pour le café, je veux bien, j’en bois une bonne dizaine par jour, le breuvage m’éclaircit les idées… Revenons à votre question : je crois que je dois mon parcours à divers facteurs complémentaires qui, en fin de compte convergent.
Tout d’abord, j’ai eu la chance incroyable d’être publiée à compte d’édition et donc de trouver dès le départ deux éditeurs qui m’ont fait confiance en même temps : les Éditions Chloé des Lys et les Éditions du Pierregord. Avoir deux livres (c’était en 2011) à présenter aux lecteurs au début, c’est un énorme avantage, surtout que le second était diffusé sur le plan national.
Seconde chance, ce sont mes éditeurs, proche des auteurs, impliqués dans la promo, réceptifs et réactifs. Aujourd’hui, Chloé des Lys est toujours à mes côtés et Pierregord (qui a fait faillite) a été remplacé par les Éditions Gascogne.
Troisième chance, ce sont les libraires qui me suivent, m’invitent, me bichonnent souvent (pas tous, mais une grande majorité qui sont passionnés par leur métier).
Chance ultime et pas la moindre, c’est d’avoir trouvé un lectorat : il faut dire que j’ai des lecteurs extraordinaires, fidèles, enthousiastes. Maintenant, est-ce dû à mes personnages récurrents ? Possible. Il faudrait le leur demander…
Enfin vous parlez de ténacité : oui, il en faut, c’est évident et souvent, le découragement prend le dessus d’abord à cause de la fatigue (rester debout de 8h30 jusqu’à 19h (sans pose) et ce deux ou trois jours d’affilé, se lever à 5h du mat, faire au minimum une heure de route dans les embouteillages à Paris, pas toujours évident), à cause également de certaines rencontres ponctuelles mais très désagréables après lesquelles il faut trouver la ressource de rebondir immédiatement pour le lecteur suivant. Il ne faut pas non plus s’arrêter à une mauvaise journée de dédicaces et se dire que la suivante sera bien meilleure.
Enfin, heureusement que j’ai le soutien inconditionnel de mon entourage et de certains amis : leur encouragement est précieux.
Vous avez commencé par la science-fiction et vous vous lancez dans le thriller. Comment vous est venu l’idée de faire vivre et évoluer vos personnages ? Cela s’est-il fait indépendamment de vous ou bien, dès le départ, Axelle de Montfermy d’une part et Aloys Seigner et Nils Sheridan d’autre part, c’étaient des choix bien précis ?
Lorsqu’on lit énormément, un jour vient inévitablement où quelque chose se met en place dans le cerveau : toutes les histoires, tous les auteurs lus ont implanté une petite graine qui booste l’imagination et ne demande qu’à se transformer en un univers qui vous est propre. C’est mon cas. Mes héros ont pris vie comme ça, de façon inopinée mais naturelle, comme autant d’images qui s’étaient construites au fil des lectures. Mes personnages actuels sont des avatars de personnages créés pour mes romans de science-fiction. Ils sont différents dans leur vie, dans leur univers mais ils découlent tous d’un même moule : le puits sans fond de mon imaginaire. Ce qu’ils sont devenus au fil des enquêtes s’est imposé tout naturellement.
Comment on réagit quand on voit son livre en devanture de librairie ? Quand on réalise que les lecteurs attendent avec impatience le roman suivant ? Une griserie ? Un plaisir subtil ou une vraie joie, une de celles qui vous font voir des étoiles un jour de plein soleil ?
C’est étonnant : on est d’abord incrédule puis on se précipite à l’intérieur de la librairie ou vers le responsable de rayon et on le remercie chaleureusement. Lorsque je reçois un message de l’un de mes lecteurs me disant qu’il aime mon univers, qu’il attend le prochain bouquin ou lorsqu’un lecteur fait des kilomètres pour venir me voir et se faire dédicacer mon nouveau thriller, je suis ébahie, très reconnaissante et rassurée.
Revoir un lecteur livre après livre, discuter un instant, lui parler de ce que j’ai en tête pour le prochain bouquin, ou de choses plus personnelles parfois, c’est une récompense pour tout le travail effectué et mon engagement aussi. Je crois que le « job » d’auteur, ce n’est pas seulement l’écriture, mais c’est aussi aller à la rencontre du lecteur parce que sans lui, l’auteur ne serait rien.
L’auteur doit faire rêver son lectorat, c’est évident, mais il doit également aller à sa rencontre ! Je me fiche de parler de moi, ce qui m’intéresse c’est de parler de mon univers, de mes héros et de partager ma passion de l’écriture avec les autres.
Comment réagissent les proches quand ils se sont rendu compte que votre nom apparaissait sur les affiches ?
Pour certains, de l’incrédulité, pour tous de la fierté.
Allons, parlez-nous un peu de votre dernier roman.
Le dernier roman paru ? Poker menteur, aux Éditions Gascogne.
Il s’agit du dernier opus avec mes héros récurrents Axelle /Aloys et Sean/Nils. Il se déroule à Marseille et à Aubagne, des cités que je connais bien puisque j’y ai passé toute mon enfance et que je suis revenue vivre dans ma Provence natale. Mes héros enquêtent chacun de leur côté sous couverture sur une même affaire (ou presque) mais au lieu de travailler main dans la main, manipulés, ils vont progressivement travailler l’un contre l’autre…
J’avais envie de faire découvrir au fil de cette histoire la cité phocéenne d’une autre façon, plus dans l’émotion, les odeurs, les accents : j’espère y être parvenue.
Le prochain roman à paraître ? Convergences aux Éditions Gascogne.
De nouveaux héros, avec une légiste un peu (beaucoup) décalée. L’action se déroule dans le Périgord noir et sur la côte d’Azur. Cette héroïne qui porte le nom de Gwen Saint-Cyrq, réapparaîtra dans trois autres enquêtes (déjà écrites) qui entraîneront les lecteurs notamment dans l’île de Ré, à Kashgar, et dans les Vosges.
En parallèle, je travaille actuellement à un thriller SF avec l’envie de revenir à mes premières amours.
Quelle discipline avez-vous dans l’écriture ? Combien d’heures par jour écrivez-vous ?
Aucune disciple. Malheureusement, j’ai tant d’autres activités à côté notamment avec CDL, et ma famille, que je ne peux pas dire : j’écris de telle heure à telle heure. Et puis, comment écrire sous la contrainte ??? J’écris lorsque j’en sens la nécessité, lorsque le bout d’histoire qui tourne dans ma tête a suffisamment mûri. L’écriture doit rester un plaisir sinon, comment communiquer au lecteur ce petit plus qui va l’inviter dans votre univers ?
Comment fait-on pour ne pas se laisser dévorer par ses personnages ? Quand on passe ainsi plusieurs semaines avec eux, faut-il un peu de temps pour reprendre pied dans la réalité ?
Mes personnages vivent en moi et avec moi 24h/24. Mais ils ne me dévorent pas, ils m’enrichissent, ils enrichissent mon imaginaire ! Je suis trop terre à terre pour perdre pied avec la réalité.
Quand on écrit autant, y a-t-il beaucoup de soi dans ses personnages ? Ou bien sont-ils des personnes à part entière et tout à fait distinctes de soi ?
Les personnages ont, forcément, quelque chose de leur auteur. Mais ils sont très différents de moi, heureusement parce que je ne voudrais pas de la vie d’Aloys, ni de celle de Gwen… trop torturées. Mes héros sont la quintessence de tous les héros, de tous les êtres qui ont, un jour, croisé ma vie. Lors de mes voyages, je rencontre des gens différents, parfois extraordinaires, parfois terrifiants et je me nourris d’eux pour donner, à mes personnages, un souffle d’humanité.
Aux lecteurs, il faut encore dire que Christine Brunet est une des collaboratrices de la maison d’éditions belge Chloé des Lys [http://www.editionschloedeslys.be/], qu’elle est la rédactrice en chef de la revue « Les petits papiers de Chloé » [http://www.editionschloedeslys.be/content/9-les-petits-papiers-de-chloe], présentatrice d’Actu-TV [http://www.actu-tv.net/], responsable du blog Aloys [http://www.aloys.me/] et directrice de Chloé des Lys Collection.
Beaucoup de personnes doivent se demander comment on peut concilier vie familiale avec un tel foisonnement d’activités. Que pourriez-vous leur répondre ? Un secret ? Un surdosage de vitamines ? Ou bien encore soleil et tempérament du Sud ?
Euh… C’est compliqué, c’est vrai. Lire, écrire, travailler pour les auteurs, faire ma promo, et s’occuper de mon fils, de ma famille, c’est un défi de tous les instants. Trouver du temps, courir encore et toujours. Un jour, je ferai sans doute des choix. Pour l’instant, je fonce. Le soleil me donne le pep, mes lecteurs me donne l’envie, ma famille et les amis me donne la force et le courage.
Prévenons les lecteurs qu’ils pourront trouver tous les renseignements voulus sur votre site :
http://www.christine-brunet.com/
Christine Brunet, un grand merci pour votre disponibilité, je vous souhaite une bonne continuation.
Grand merci à vous, Martine ! Je sais aussi que votre temps est précieux !
Bon et si maintenant on le prenait ce café ?
users.skynet.be/TheDillies/
=> (xy)², Ed. Chloé des Lys
=> Beffrois, racines de pierres, Ed. Chloé des Lys
Je suis les écrits de Gauthier Hiernaux depuis mon arrivée chez CDL : un univers à part qui propose aux lecteurs une alternative à notre histoire. Vous ne me croyez pas ??? Alors, lisez !
Pour les lecteurs inattentifs, tu nous parles succinctement de ce que tu as déjà publié... chez CDL
Ça risque d’être long… Je dois être l’un des auteurs les plus anciens chez Chloé des Lys.
Mon premier roman est sorti en 2007 et, mon dernier, cette année. Six tomes d’une saga intitulée « Grandeur et Décadence de l’Empire de la Nouvelle Ere » (GEDENE) qui devrait en comporter dix. Ces six volumes forment une fresque, cependant ils peuvent être lus indépendamment les uns des autres puisque les récits sont indépendants. Le unique lien est l’univers dans lequel évoluent les héros : un monde dur et aseptisé où chaque liberté est assujettie à de nombreux devoirs et où il ne fait pas bon sortir du carcan imposé par la société. Ce sera d’ailleurs le drame de chacun de mes personnages. Ils deviendront des parias, qu’ils soient humbles comme le lieutenant Philip Andrues dans « Nouvelles de l’Est » ou puissants comme l’Imperator Maximilien dans « Le Rêve de Maximilien ». En outre, chacun des opus s’inscrit dans un contexte historique faisant référence à notre propre Histoire (le Calvinisme dans le « Livre de Saon », La prohibition dans « La Novolitza », La Blitzkrieg dans « Nouvelles de l’Est » etc… ) ou à nos légendes (Le Volko-Mirr du « Triangle sous le sable » ne vous fait-il pas songer au Minotaure ? ).
Le genre de cette saga que je dois, à contrecœur, classer dans la science-fiction, et davantage une « uchronie » (réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé). Pas besoin d’être un aficionados de ce type d’univers pour apprécier, croyez-moi. J’ai eu des lecteurs de quinze ans et d’autres de plus de septante ans. Tout le monde peut y trouver son compte.
Tu as une saga et des petits romans annexes... Tu les classes ? Un court résumé ?
A côté de cette saga, j’ai également écrit trois mini-romans d’une petite centaine de pages. Cette fois, c’est leur taille qui les lie car leur ton est radicalement différent
« Tribu silencieuse », c’est un conte satirique sur les gens qui ont du mal à avoir une vie sociale.
« Lucioles » est un plaidoyer contre la peine de mort qui voit des familles (celle de la victime et celle du coupable) se déchirer.
« Une Pie dans le Ciel de Saigon » a pour contexte la guerre du Viêt-Nam. C’est une brève plongée dans le monde de l’horreur avec un amnésique comme (fil) conducteur.
Tu as publié, cette année, un nouveau roman. S'intègre-t-il dans ta saga ? ou pas ?
« Les Enfants de Jafez » est le sixième tome de GEDENE. Il est l’avant-dernier tome du Cycle de Séliandre. Cette information intéressera les lecteurs qui me suivent car « Les Enfants de Jafez » amorcent la conclusion du cycle. Beaucoup de réponses soulevées dans les précédents volumes y trouveront réponse.
Ce volume est très haletant. C’est peut-être le plus rythmé de la série. Je le vois bien transposé au cinéma, tiens. Je peux choisir les acteurs ?
Voyons, voyons qui tu as choisi...
Alors, pour Natalia, je vois très bien Paz Vega ou Winona Ryder.
Pour Murat Mazer, je ne suis pas encore sûr : Javier Bardem a lu le script. J’attends sa réponse ;-)
Intéressant... Hâte de voir ce que ça donnerait ! Le sujet de cet opus, dis-moi ?
Un sujet d’actualité, je dirais. Un virus mortel décime les peuples des Terres de Feu. Voyez ce qui se passe actuellement avec Ebola en Afrique…
Pour ce roman, je déplace ma caméra lors de l’Empire, chez ceux qu’ils appellent les « barbares ».
Pour l’histoire, je vous livre la quatrième :
Une épidémie, particulièrement atroce, ravage les Terres de Feu.
On la surnomme "La Fouilleuse" car elle n’abandonne les corps qu’une fois ceux-ci détruits de l’intérieur.
Mazer est un Jafez çocuklari, un Enfant de Jafez. Il appartient à une secte qui a juré de protéger l’héritage saoud contre la menace impériale. Il donnerait sa vie pour la cause.
Quand on lui demande d’ôter celle de l’ambassadeur Ouzam Besriki qui vient réclamer de l’aide à l’ennemi héréditaire, il ne pose pas de questions. Il l’exécute devant l’assemblée des sénateurs et lui dérobe le coffret qu’il s’apprêtait à leur céder. Pourtant, loin d’être félicité par ses supérieurs, ceux-ci tentent également de l’éliminer.
Commencera alors pour Mazer une quête de vérité de laquelle il ne sortira pas indemne.
Qu’à cela ne tienne, Murat Mazer est déjà mort deux fois.
Les personnages ?
Les deux héros – Natalia Al Meiria et Murat Mazer – sont très différents de mes autres personnages de part leur nationalité saoude, mais également extrêmement semblables par leur caractère jusqu’au-boutiste et leur refus des convenances.
Natalia est une scientifique qui, dès le début du livre, découvre un vaccin pour éradiquer le virus. Le laboratoire qu’elle occupe va être détruit et ses recherches seront volées. En mettant tout en œuvre pour les récupérer, elle vivra une véritable aventure faite de trahisons, de surprises, de poursuites et de rencontres.
Murat est un agent saoud appartenant à la confrérie secrète des Enfants de Jafez. Piégé par son supérieur, il va se retrouver bien malgré lui embrigadé dans ce affaire de virus.
TU nous as dis que ce n'était pas le dernier tome. Mais alors ? Ce final (c'est bien ça ?), que nous réservera-t-il ? Tu nous mets l'eau à la bouche ???
Concernant le dernier opus, il est écrit depuis 2010, mais je l’ai revu entièrement deux ans plus tard. Il s’intitulera « L’Equilibre de Dante » et parlera de la sanglante révolte des esclaves-domestique. J’ai déjà la couverture et, sans fierté aucune, je trouve que c’est une des plus belles que j’ai réalisées.
Pour vous faire râler, je peux vous dire que j'ai eu le privilège de voir cette fameuse cover en avant-première... Pas mal !!!
Plus d'infos ??? sur le blog de l'auteur http://grandeuretdecadence.wordpress.com/
Une petite présentation SVP...
Oupeye, c’est là que j’habite. Moi c’est Ani Sedent et je suis l’auteur des Chroniques de l’Invisible - Magie en péril.
Pour en revenir à Oupeye, c’est une commune de la région Liégeoise et j’y vis depuis toujours. J’ai fait des études en illustration et si le dessin a toujours été une évidence pour moi, l’écriture l’était un peu moins. Pourtant, avec les Chroniques, j’ai comblé une envie qui s’est avérée être aussi forte que le besoin de dessiner.
Depuis quand écrivez-vous ? Un déclencheur ?
J’ai toujours aimé écrire. Quand j’étais enfant, j’écrivais des petites histoires dans un beau carnet en soie bleue ; que j’ai toujours d’ailleurs. Plus tard j’ai écrit quelques contes dont un, il n’y a pas si longtemps, qui s’appelait : « La boucle de cristal » avec lequel j’ai participé à un concours.
Mon livre, c’était d’abord un passe-temps mais plus j’avançais, plus j’avais envie d’y travailler et de le peaufiner. Quand il a été fini, j’ai ressenti beaucoup de plaisir. Je ne sais pas s’il y a eu un déclencheur particulier autre que le fait que j’aie toujours aimé lire mais je crois quand même que le fabuleux « Disque-Monde » de Terry Pratchett m’a donné envie de mener mon projet à bien, de créer mon propre monde.
Au fait, qu’écrivez-vous ? Quel genre littéraire ?
Les Chroniques de l’Invisible - Magie en péril s’adresse plutôt à un public jeune. Mais tous ceux qui aiment le mélange conte/fantasy, humour/aventure, devraient l’aimer aussi.
C’est l’histoire d’un jeune apprenti héros plongé dans une aventure où la magie tient le rôle principal. Il va devoir sauver son monde d’un terrible danger et les embûches sont nombreuses. Fées, mages, nains, dragons, monstres de tous poils et bien d’autres encore, peuplent mon récit. C’est une sorte road trip magique à travers un monde étrange et merveilleux.
Définissez le mot « écriture »
Pour moi, écrire c’est comme dessiner. C’est décrire les images que j’ai dans la tête et y mettre de la couleur pour les rendre vivantes. C’est comme la musique, c’est manipuler les mots jusqu’à ce que l’ensemble sonne sans fausse note dans une belle harmonie. Et enfin, c’est prendre plaisir à raconter des histoires.
Pour avoir décidé, un beau jour, de tenter de faire éditer votre ouvrage ? Quelques anecdotes à ce sujet ?
Quand mon livre a été fini, je me suis dit qu’il serait dommage de le laisser, comme bien d’autres projets, dans le fond d’un tiroir.
Je décide donc de l’envoyer dans différentes maisons d’éditions… qui vous répondent que vous n’entrez pas dans leur ligne éditoriale. Mais comme je ne me décourage pas vite, je recommence avec d’autres et découvre Chloé des Lys.
Quand j’ai reçu leur réponse disant que mon manuscrit était accepté, j’ai ressenti une joie immense juste avant de me mettre à paniquer. Qu’est-ce qui va se passer ? Comment ça marche ? Qu’est-ce que je dois faire ? Comme quoi ce qui peut sembler être une fin en soi s’avère souvent n’être qu’un nouveau début. C’est comme dans les romans… un nouveau rebondissement.
Pourquoi écrire pour les enfants ? N’est-ce pas compliqué pour un adulte que créer un monde pour jeunes ados ?
Je pense que c’est dû à ma formation de base, l’illustration. Ça donne une tournure d’esprit propice à créer des univers pour les jeunes. Même s’ils sont restés dans mes tiroirs, j’ai toujours écrit des petites histoires pour les enfants. Ici, le récit s’adresse plutôt à de jeunes adolescents mais comme c’est un monde que je n’ai jamais vraiment quitté, alors non, ce n’était pas compliqué.
Parlez-moi de vos personnages ? D’où sortent-ils ?
Au départ, comme presque toujours, mes personnages sont d’abord né d’un petit croquis sur un bout de papier. Valerian, mon apprenti chevalier a été le premier et la fée Hortie a suivi.
Merlin s’est imposé de lui-même quand j’ai commencé à écrire l’histoire, il était le parfait mentor pour mon jeune apprenti. Valerian est intelligent, débrouillard et surtout enthousiaste, l’aventure, c’est son truc. Hortense, dite Hortie, est une marraine-fée. C’est une surdouée, elle est très professionnelle, très têtue aussi mais douée d’une grande compassion. Merlin c’est le colérique de la bande, c’est un vieux mage, un érudit mais il a un caractère de cochon. Au cours du récit, d’autres personnages viennent jouer leur rôle dont deux plus importants, Barok le nain et Azimuth le dragon. J’aime beaucoup les dragons et je voulais que celui-ci ait un beau rôle.
Vous exploitez un univers déjà bien présent sur les étals des librairies : nains, dragons, magie, etc. Je pense (au-delà de Harry Potter ou du Seigneur des anneaux) à l’île aux crânes, par exemple, aux chevaliers d’Emeraude, Merlin, etc. Qu’est-ce qui vous démarque ?
Il est vrai que tous ces univers sont proches parce qu’ils abordent la fantasy, le conte, le mythe, mais je crois qu’à chaque fois, ils se réinventent. Chaque auteur crée son propre monde et si les ingrédients sont à peu près les mêmes, la recette est toujours différente. Le tout est toujours plus important que la somme des éléments qui le compose. Pour en revenir aux auteurs cités, ce sont des anglophones sauf Anne Robillard qui est québécoise mais malgré tout cernée par la culture anglo-saxonne dont l’influence est présente partout dans la fantasy et quand on aime le genre, on ne peut pas y échapper, c’est normal. Je pense que mon univers s’en démarque peut-être parce qu’il est moins sombre, plus proche d’un univers BD avec de l’humour.
Merci Ani Clerdent ! Pour ma part, j'ai hâte de me plonger dans votre univers !
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
Alain Delestienne, c'est d'abord un nom, sur facebook et des commentaires pertinents sur tel ou tel titre présenté... et cela, c'était bien avant que je n'apprenne qu'il allait faire partie de la grande famille Chloé des lys ! Le projet se concrétisant peu à peu, je lui ai demandé de présenter son livre et son approche de l'écriture. Et voilà ce que ça a donné !!!!
Qui es-tu ? Je suis né en 1949 à Virginal (Brabant, Belgique) dans une famille nombreuse. Maman nous faisait la lecture avant que nous ne sachions lire, papa avait un grand coffre bourré de livres. J’ai, très jeune, aimé l’écriture et les livres. J’ai donc fait des études secondaires littéraires. A défaut d’être professeur de français, j’ai été successivement instituteur, employé de bureau et fonctionnaire.
Qu’as-tu écrit ? J’ai écrit une autofiction au départ de mon quotidien des années 2008, 2009. Je me suis vite écarté de la stricte réalité pour reconstruire en quelque sorte aussi bien l’environnement que les personnages en allant même jusqu’à une timide incursion dans le fantastique.
Tu en dis quelques mots ? Un sexagénaire assez isolé se sent vieux à cause de la fatigue qui lui colle à la peau. Il rencontre sur internet une jeune-femme avec qui il prend plaisir à parler et commence à lui raconter sa vie par écrit sur un blog. Le fait d’écrire va lui faire prendre du recul et il va se rendre compte qu’il y a plein de belles choses dans sa vie. La contemplation de la nature, des rencontres et des conversations agréables, de beaux souvenirs d’enfance, des tranches de vie enrichissantes avec ses quelques amis, … Et surtout, les vacances à la mer avec ses deux filles avec qui il connaîtra des aventures, du rire, du bonheur.
Depuis quand écris-tu ? De façon tout à fait confidentielle, depuis les années 1990 où j’ai entamé une correspondance presque quotidienne avec ma fille cadette alors que nous vivions sous le même toit ! Les nombreux carnets que nous avons noircis n’ont jamais quitté la maison.
Un déclencheur ? Oui, le déclencheur, qui a un rapport avec mon intérêt pour les branches de la linguistique, est une orthographe 100% phonétique que je « m’étais inventée » et que j’avais envie d’utiliser après l’avoir apprise à mes deux filles.
Cela veut-il dire que ton roman utilise cette orthographe ? Non, pas du tout, il ne serait pas lisible parce que cette orthographe demande quand même un tout petit apprentissage et, pour la lire et l’écrire aussi vite que l’orthographe normale, il faudrait l’avoir pratiquée depuis l’école maternelle. Cela ne m’a pas empêché d’écrire tout mon récit une première fois avec « mon » orthographe et de le retranscrire ensuite en orthographe traditionnelle. Je l’utilise encore actuellement pour ma liste de courses ou pour envoyer un texto à mes filles. N’étant pas linguiste, je précise que je confonds peut-être les mots phonétique et phonologique. Le principe est « un phonème – une lettre » en partant des 26 lettres de l’alphabet du français. Quelques lettres ont disparu, mais surtout 3 accents ont été ajoutés qui malheureusement n’existent pas sur un clavier d’ordinateur. Par exemple, un trait horizontal pour un son long, un petit serpent pour nasaliser une voyelle (a – an, u bri – un brin), un petit v pour transformer un phonème en un phonème parent ( u – ou, lu – loup ; le w de joie ou de juin ; le o de pot ou de peau). J’ai résolu entre autres la fermeture du a pour passer de patte à pâte en allongeant le a de pâte.
Afi, je ne vè pas m étèrnizé, j é déja été tro lo. S’il y avait les accents magiques, 10 pages de texte te suffiraient amplement pour avoir tout assimilé sans aucune explication de ma part. Espérons que l’Académie française ne tombe pas sur une copie de l’interview ou nous allons nous faire excommunier !
Par ailleurs, n’est-il pas compliqué (si ce n’est pas le cas) de revenir à un style « classique » après avoir titillé la simplicité ? Pour le style proprement dit, cette fantaisie orthographique n’a rien changé. Ce qui a changé pour moi, c’est une dégradation de mon orthographe d’usage due au fait que pendant des années, je n’ai plus dû faire attention aux difficultés de notre orthographe française. J’utilise désormais très régulièrement l’un ou l’autre dictionnaire.
Et puis comme je suis curieuse, tu me proposes un exemple ???? Le premier paragraphe de mon livre ??? Attention, tiens-toi bien !
Sa fezè déja pa mal d ané mitena c il pasè sè matiné a regardé par la fenètre de la cwizin, asi sur u taburè dur é icofortabl. Il s évèyè latma a n écuta la radyo é a parla de ta z a ta avèc sè hyi. Ivèr com été, il uvrè tut grad la port pur profité de l èr frè é sortir pe a pe de sa torper. Le café é lè sigarèt fezè le rest. Il è vrè c il n étè plu tu jen é ce sè fors l avè t abadoné.
Je précise enfin qu’il ne s’agit pas de sténographie. Il suffirait que je t’écrive le même paragraphe à la main en plaçant « mes » accents magiques pour le montrer.
Définis le mot « écriture ». Ecrire, pour moi, c’est jouer et travailler avec des mots et des phrases pour « fabriquer » du sens, de la beauté, de la force pour la pensée, de la joie, de l’humour, du bonheur,… pour moi-même et, bien sûr, pour l’autre.
Définis ton style. Influencé principalement par les classiques des 19e et 20e siècles, je pense que mon style est classique avec quelques libertés et fantaisies personnelles. Débarrassé, j’espère, d’éléments qui, en ce 21e siècle, pourraient être ressentis comme lourds et désuets.
Allez… Je ne peux m’empêcher de t’en demander un échantillon… de ces libertés, hein… « C’eût été la république des arbres, mais une république vraiment « arbrocratique ». » « … et où accrocherait-il les mangeoires quand l’hiver reviendrait ? (C’est ce que vous saurez …) « Patience, patience (on est en vacances, non ?), … » « il ne pouvait s’empêcher de chercher … quoi ? » « Pour ne pas attrister ses lecteurs par ses propres propos profonds, … »
Facile ou compliqué d’être lu ? Ce sera probablement assez compliqué. Un nombre important de lecteurs potentiels se sont délocalisés vers le tout audio-visuel. La multiplication des loisirs laisse moins de temps pour la lecture. Ce n’est pas nouveau, mais des élèves ou étudiants d’aujourd’hui lisent avec trop de difficulté, ont trop peu de vocabulaire pour aimer lire. Enfin, un indice qui n’a pas de valeur statistique : sur un échantillon de 25 personnes proches, 10 seulement ont diffusé le texte de l’interview réalisée avec Bob Boutique.
Là, je vois ce que tu veux dire. Mais ce n’est pas là que je voulais t’emmener mais vers un aspect compliqué de l’écriture, et même de la production artistique en général : l’écrivain (l’artiste) met pas mal de lui-même dans son œuvre. N’est-il pas compliqué de se livrer ainsi aux yeux de parfaits inconnus… et même de son entourage ? Oui, tout à fait, et encore plus pour les timides, dont je fais partie, qui ont très peur de donner une mauvaise image d’eux-mêmes et d’être méprisés. Mais après des années de réflexion et de travail sur moi-même, je me suis senti capable au moment où j’ai commencé mon récit (59 ans) de montrer une partie de moi-même au public et à mon entourage sans crainte du jugement de l’autre. Je n’ai toutefois pas osé, comme en sont capables certains écrivains, exposer des aspects trop intimes et j’ai également filtré ce qui concernait mes personnages qui ont un alter ego dans la vie réelle, par respect pour leur vie privée. De toute façon, le personnage d’Henri dans le récit n’est pas exactement le Alain qui te parle pas plus qu’il n’est le Alain qui se regarde dans le miroir le matin. Et le Alain qu’on découvrirait après 20 ans de psychanalyse serait encore différent. Enfin, mon profil est de toute façon partagé par de très nombreuses personnes et n’a rien d’extraordinaire.
Tu dis que certains personnages ont leur alter ego dans la réalité. Comment crées-tu tes personnages ? Au départ, il n’y a pas eu de création dans la mesure où la plupart de mes personnages sont réels. Mais très vite, je me suis aperçu que je les modifiais partiellement afin qu’eux-mêmes et un lectorat éventuel sentent surtout le regard positif réel que je porte sur eux. En d’autres mots, je les ai construits pour faire ressortir leurs qualités, leur valeur. A contrario, le personnage d’Henri, ton serviteur, a peut-être parfois été noirci pour mieux montrer son évolution vers un état plus heureux. J’ai fait de même avec l’environnement, les événements et les actions du récit. Pour conclure, sans fausse modestie, je dirais que j’ai fait un travail de construction plutôt que de création.
Comment s’est imposée ton histoire au point de devoir la coucher sur le papier ? Vers 2005, j’ai rencontré sur internet quelques personnes avec qui j’ai sympathisé. Deux plus particulièrement, une jeune-femme de 25 ans et une femme de mon âge, avec qui j’ai très vite eu des conversations presque quotidiennes. Je me suis rapidement demandé si je parlais vrai ou si je présentais un personnage susceptible de conserver leur amitié. Je me suis posé la même question sur la manière dont je me voyais moi-même. « Ai-je vraiment raté ma carrière professionnelle ? Suis-je vraiment condamné à rester timide et isolé jusqu’à la fin de mes jours ? Suis-je réellement altruiste ? Ai-je raté mon mariage parce qu’il n’a duré que 20 ans ? Est-ce bien exact ce que je pense avoir fait pour mes filles ? … ». Pendant ce temps, j’avais redécouvert le plaisir d’écrire et aussi le fait que le temps mis à écrire une phrase est propice à une meilleure réflexion et permet d’éviter les pensées qui tournent en rond. Les éléments étaient réunis pour que j’entame mon petit récit qui m’a apporté beaucoup de plaisir et même des moments d’enthousiasme.
Facile ou compliqué de mettre le point final à un livre ? Dans mon cas, j’ai un peu précipité la fin parce que, diffusé sur un blog (effacé depuis), mon récit amenait tellement peu de réactions que j’avais l’impression de parler dans le désert. J’ai dès lors travaillé le dernier chapitre pour ne pas donner l’impression d’un récit inachevé. Par contre, si j’avais l’imagination de certains auteurs de ma connaissance, ce serait beaucoup plus difficile d’écrire le mot « fin ».
Comment voit-on ton travail d’écriture autour de toi ? Dans un premier temps, un peu de crainte chez quelques personnes qui redoutaient d’être exposées sur la place publique dans la mesure où il s’agit d’une autofiction. Je les ai rassurées. Beaucoup d’encouragements de quelques proches et amis de proches. Une part de subjectivité bien sûr, mais aussi des avis positifs émanant de professionnels de la lecture et de l’écriture. Quant à mes deux filles, elles partagent pleinement mon bonheur d’avoir écrit ce livre.
Une toute dernière question, si tu veux bien? A la lecture de ta 4e de couverture, une question s'impose... Ton livre "Par la fenêtre", en fin de compte... Quel genre ? Comment le qualifierais-tu ? Un roman ?
Le plus concis serait de dire que mon texte est une autofiction. Pour détailler et nuancer un peu, je dirais qu'il s'agit d'un RECIT d'inspiration autobiographique avec les libertés par rapport à la stricte réalité qu'autorise le genre. Le temps de l'écriture a permis une réflexion sur le monde, les hommes, ma vie et, partant, un peu d'introspection ainsi que, de temps à autre, des messages sur le comportement de la société, voire des messages un tantinet philosophiques ("Henri savourait prudemment ce qui doit être le bonheur." "La recherche était peut-être plus importante que l'objet. Et que peut-on faire d'autre quand on a peur qu'il n'y ait rien?")
Pas un roman: il n'y a pas de création de personnages, d'atmosphères,...
Pratiquement pas de dialogues si ce n'est Henri qui implicitement se parle à lui-même.
Une couverture qui interpelle, une approche des mots ludique et surprenante, et un sujet de bouquin qui ne peut que trouver, en chacun de nous, un écho ! J'ai hâte d'en découvrir plus... Pas vous ?
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
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Je suis fan de tout ce qui est science-fiction, fantastique, heroic fantasy. J'apprends que l'un des nouveaux auteurs de Chloé des lys, justement, semble exploiter ce genre littéraire. Qui ? Simon Andrieu. Son bouquin ? Les Deux Portes... Impossible de ne pas lui demander plus de précisions sur son univers !
Simon, présentez-vous, svp.
J’ai aujourd’hui 23 ans et je commence un doctorat en géologie à l’Université Paris-Sud. J’habite Orsay, une ville de la grande couronne située à vingt kilomètres au Sud-ouest de Paris.
Dans le 91 ? Je suis très souvent en dédicace dans le coin.
Oui, dans le 91 ! Peut-être que j’aurai un jour également l’occasion d’y faire des dédicaces.
Sûrement, même ! Qu'écrivez-vous ? Quel genre littéraire ?
La littérature qui m’inspire le plus est celle de l’imaginaire, et principalement la fantasy et le fantastique. Mais j’espère un jour être capable d’écrire des romans appartenant à des genres différents.
Donc, votre roman est un roman d'heroic fantaisy ? Quel auteur aimez-vous lire dans ce genre très particulier ?
Non, les Deux Portes est un roman fantastique. Mais j’ai une attirance pour l’heroic fantasy et un futur projet dans ce domaine. L’auteur de ce genre que j’ai le plus lu et apprécié est David Gemmel. Ses romans sont très prenants et l’action ne connait pas d’interruptions. Le lecteur est constamment transporté, de lieu en lieu, de personnage en personnage. J’ai également pris plaisir à lire Pierre Grimbert, Terry Brooks ou Tolkien.
Ah, Tolkien... A quel public destinez-vous votre livre ?
Les Deux Portes se destine davantage à un public de grand adolescent à jeune adulte (15 à 25 ans). Cependant, comme pour tout roman, je pense qu’il n’y a pas de limite d’âge !
Fantastique ! Depuis quand écrivez-vous ? Un déclencheur ?
J’ai commencé à écrire sérieusement lorsque j’étais au lycée, en classe de première. Arrivé à l’Université, j’écrivais de façon assez régulière, un à plusieurs soirs par semaine. Cependant, j’imagine des histoires depuis que je suis très jeune. À l’époque où je ne savais pas écrire, je me souviens que je dictais des récits à ma mère qui les retranscrivait sur des carnets.
Toujours dans la même veine ?
Je me suis jusqu’à maintenant presque uniquement consacré à la littérature de l’imaginaire. Bien que les Deux Portes soit un roman fantastique – et qu’il prenne donc racine dans notre univers, bien réel – j’ai toujours éprouvé, depuis mes années de collégien, une attirance toute particulière pour la fantasy.
Donnez-moi votre définition du mot écriture
Ce qui m’intéresse dans l’écriture c’est d’inventer. Ecrire est, je pense, le moyen qui offre le plus de liberté de création. Mais je n’ai pas réellement de définition propre du mot écriture.
Tentez de définir votre style
Je pense qu’il est en pleine évolution car je cherche encore celui qui me convient le mieux. Mon idéal serait un style fluide et précis, mais surtout percutant et riche en mouvements, avec une variation constante des points de vue, de l’espace et du temps.
Parlez-moi de vos personnages : totalement fictifs ? Comment les avez-vous créés ?
Mes personnages sont tous fictifs, cependant, pour les créer, je me suis plus ou moins inspiré de connaissances bien réelles, ou de moi. Certains protagonistes correspondent également à des mélanges de personnalités.
Qu'est-ce qui vous intéresse dans l'univers de la fantasy ? La création globale d'un univers fictif ? La liberté que le genre vous donne ?
Oui, c’est ça. Je trouve que la fantasy laisse une liberté de création quasi-totale. Que ce soit dans la vie ou dans mon écriture, j’ai besoin de cette liberté pour m’épanouir. Je prends beaucoup de plaisir à pouvoir imaginer et modeler un univers à ma guise, puis y insérer mes personnages, sans règles ni limites.
Pensez-vous mettre un peu ou beaucoup de vous dans vos écrits ?
Dans mon roman Les Deux Portes, je me suis inspiré des mes expériences personnelles et de ma vie de lycéen. Je pense qu’il y a donc une bonne part de moi dans ce récit. Cependant, dans mes projets actuels, je m’inspire beaucoup moins de mon vécu, bien que je continue à puiser dans le monde qui m’entoure.
Comment appréhendez-vous le moment où il faudra présenter votre livre et votre récit ?
Avec impatience et inquiétude mêlées. Quand je repense à mon roman aujourd’hui, j’ai toujours l’impression qu’il s’agit d’un travail médiocre, ne méritant pas d’être édité. Mais c’est peut-être ça qui me pousse à continuer et à toujours essayer de faire mieux.
Déjà, vous m'avez donné envie de lire votre roman... bon début ! Et je crois que les auteurs ne sont jamais satisfaits de leur travail: ce sont les lecteurs qui sont juges et jurés.
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Victor Lebuis... Voilà un nom, un auteur qui ne nous est plus inconnu ! Gagnant du dernier concours organisé pour "Les petits papiers de Chloé", il n'a, depuis, de cesse de nous parler de son roman,publié chez Chloé des Lys "Souvenirs obscurs de l'école abbatiale".
Mais qui est-il vraiment ? Comment appréhende-t-il l'écriture ? J'ai voulu en savoir plus...
Victor, pourriez-vous vous présenter, svp ?
Après mes secondaires et mon service militaire, j'ai été amené à beaucoup voyager, professionnellement et pour le plaisir de la découverte, en Asie et en Amérique surtout.
Après cela et quelques péripéties, j'ai ouvert une librairie-journaux, ensuite j'ai décidé de vendre des livres aux libraires. Et puis, constatant que la vente n'était - et n'est toujours pas... - mon fort, j'ai choisi des voies «alimentaires» qui m'ont bien convenu généralement par leur régime alternant le travail en solitaire et en groupe, les activités diversifiées et les horaires variés.
J'ai pris ma pension il y a 4 ans. C'est ainsi que l'on devient tout à fait indépendant: les horaires variés, les activités diversifiées et le travail en solitaire ou en groupe...
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Avez-vous toujours écrit ?
Si non, quel élément déclencheur vous a amené à l'édition ?
Dans mon jeune temps je n'ai écrit que l'un ou l'autre court récit, et depuis mes 20 ans, des poèmes.
Publier mon livre a été un besoin, la simple continuation du processus spontané qui m'avait fait écrire d'une traite, 50 ans après les faits, un épisode de ma vie d'adolescent pensionnaire.
Publier mes poèmes est autre chose: le désir et le plaisir de partager ce que j'ai crée et aimé, et la fierté aussi d'être reconnu déjà par le comité de lecture d'un éditeur. Dans le monde de l'écriture celui-ci a la place du héraut, comme dans leur domaine propre le journaliste, le missionnaire, le publiciste,... : ils sont des Révélateurs.
La publication est le contraire de la confidence ou de la confession: c'est la mise sur la place publique, c'est crier ce que l'on a sorti du cœur – une tentative de cure personnelle et l'envie de faire connaître.
Est-il facile ou compliqué de se livrer aux lecteurs et donc d'être lu ?
Se livrer – c'est le mot exact – aux lecteurs est vraiment difficile. Se déshabiller en public, même si c'est un choix comme dit plus haut, donne forcément la conscience de sa nudité, je n'ai plus d'armure, l'angoisse m'enrobe. Encore aujourd'hui.
Mais je publierai encore.
Quels sont vos sujets de prédilection ?
Mes sujets de prédilection, si nous parlons de la composition écrite, tournent autour de ma perception propre des choses. L'émotion tient ma plume, je donne la forme. C'est un champ largement exploitable.
Vous avez proposé à Chloé des lys, un roman. Comment l'avez-vous conçu, écrit ? Au fil de la plume ? Très structuré avec un plan au départ ?

Mon roman a été conçu, littéralement, à la plume. Guidée uniquement par le sentiment: d'abord les deux premiers chapitres, ensuite le dernier. Tous trois retranscrits presqu'à l'identique. Les autres ont suivi dans un ordre aléatoire, toujours crées dans le même élan.
Une fois tout écrit j'ai choisi l'ordre définitif des chapitres, et relu les documents d'époque pour vérifier l'exactitude du terrain physique – le ressenti personnel n'avait pas besoin de confirmation.
J'ai supprimé les quelques anecdotes et avis personnels, et les phrases trop littéraires.
Donnez-nous votre définition du mot écriture...
Ecriture: un moyen indirect d'expression. Cela signifie que l'auteur ne peut pas se tromper dans ce qu'il communique, sa relation doit être claire et exacte car s'il pense, après la parution, devoir préciser son message ou le démentir, il n'a qu'un seul moyen de le faire : réécrire, car son lecteur est hors de portée.
Et si l'on peut admettre que quelqu'un aille «trop loin» verbalement, il n'y a pas de tolérance possible pour un auteur qui aura toujours eu le temps de se corriger s'il l'avait voulu.
Vous écrivez des poésies et des textes. Quel style vous correspond le mieux et pourquoi ?
Sans doute aucun, c'est la poésie qui me correspond – je parle ici en tant qu'auteur. Peu expansif et peu démonstratif de nature, j'ai tendance à «enfermer» mon expression dans un cadre dense plutôt qu'à la développer en long et en large.
Le poème à forme fixe me convient donc parfaitement: il oblige à condenser la pensée et son expression dans un cadre défini. Chaque mot prend ainsi un poids considérable, une densité telle que son sens précis et les règles prosodiques et métriques appliquées le rendent irremplaçable.
Un poème qui ne respecte pas ces règles n'est plus qu'un texte poétique. Et un poème une fois traduit n'est plus poème, il devient aussi un texte poétique car il n'a plus ni rime ni mesure, ni l'harmonie de sa langue d'origine.

Avez-vous des manies d'écriture, des besoins particuliers ou pas ?
J'ai peu de manies d'écriture. Très tôt, dès mes premiers vers, j'ai étudié la prosodie (accentuation et intonation) et la métrique (structure) appliquées à la poésie; leurs règles poussent à la perfection.
A tout moment pendant la composition je lis mon texte à voix haute, pour vérifier les
mesures et les rimes, et dépister les dissonances éventuelles. Le poème étant l'union entre inspiration et technique, il ne se crée pas spontanément. Je vois souvent qu'il m'échappe, que la trame que j'avais décidée devient autre, et que je n'ai qu'à suivre - l'auteur n'est alors plus le créateur, il est devenu Ordonnateur et Révélateur, et cela me réjouit à chaque fois, profondément.
Avez-vous envie de vous "lâcher", à nouveau, dans le "flot" verbal d'un roman ?
Si le roman est une «narration fictionnelle», ce n'est pas un roman que j'ai écrit - cependant les définitions changent avec le temps, celle que je donne au mien est « relation impressionniste». Or, je ne sens ni le besoin ni l'envie de continuer dans cette voie qui ne ferait que tourner autour de moi-même, et du coup me ferait tourner sur moi-même. Je trouve qu'il y a mieux à faire.
Je me suis, en effet, "lâché" dans cette prose. Mais c'est dans la poésie que je m'épanouis.
Merci Beaucoup, Victor. Je ne crois pas trahir un secret en révélant que vous avez proposé au comité de lecture des Editions Chloé des Lys un recueil de poèmes et qu'il a été accepté !
Christine Brunet
www.christine-brunet.com
www.aloys.me
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Nadine Groenecke... Une auteur confirmée qui a obtenu le prix Victor Hugo en 2011 avec son premier recueil de nouvelles "Trop plein". Une auteur qui publie son troisième roman, toujours aux Editions Chloé des Lys... Euh... Non, en fait, il s'agit d'un nouveau recueil... le roman était son second titre, "Sauvetages". Une auteur à l'univers multiple qui intrigue tout autant que la couverture de "Je ne suis qu'une oeuvre d'art"...
Tu viens de publier un nouveau bouquin chez CDL : est-ce un recueil comme le premier ?
Oui, c'est un nouveau recueil de nouvelles, mais cette fois avec un thème central. Chaque nouvelle met en scène un couple, officiel ou pas, ou deux personnes qui se trouvent dans une situation laissant à penser qu'elles pourraient devenir un couple.
Un roman comme le second ? Tu me parles un peu de ces deux livres ?
Lesquels, les précédents ?
Euh... Oui...
Trop-plein présentait dix nouvelles, sans fil conducteur, qui faisaient la part belle aux émotions et Sauvetages racontait l'histoire d'un écrivain célèbre qui, après avoir entendu l'annonce de son décès à la télévision, décidait de se venger.
Penses-tu avoir évoluer par rapport à ton premier ouvrage ?
Oui, je travaille encore plus mes textes. Je ne cherche plus à faire obligatoirement de belles phrases, avec un vocabulaire recherché ; ce que je recherche désormais, c'est la fluidité et l'harmonie.
Parle-moi de tes personnages ?
Certains se trouvent dans une situation délicate qui les oblige à prendre des décisions. Mais vont-ils faire le bon choix ? D'autres ressentent un vide affectif et cherchent un moyen de le combler.D'autres encore vivent une période heureuse de leur vie ou subissent la routine lorsqu'un événement inattendu chamboule tout !
Les sentiments et les émotions qu'ils éprouvent compliquent tout.
Qu'est-ce qui a fait que tu es revenue à la nouvelle ? Penses-tu qu'il s'agit là d'un exercice qui t'est plus proche, qui te correspond mieux que le roman ?
Un roman est un travail de longue haleine et il faut qu'il y ait un élément déclencheur. Il faut aussi être sûr de tenir sur la longueur. La prise de risque est moins grande avec la nouvelle et on varie les plaisirs: on change de lieux, de personnages, de genre... Mais ce n'est pas simple pour autant, car, si on ne dose pas savamment, le texte devient vite indigeste. Il est donc nécessaire de tailler dans la masse pour affiner encore et encore, comme un sculpteur avec son bloc de pierre ou de glaise. Il est vrai que j'ai un petit faible pour la nouvelle, mais je ne souhaite pas spécialement m'y cantonner. En fait, je m'adapte à mon inspiration.
Comment as-tu choisi le thème de ton recueil ? Est-ce en regardant autour de toi ?
J'avais déjà écrit plusieurs nouvelles pour des concours d'écriture et je me suis rendu compte qu'elles évoquaient toutes le couple, j'ai donc continué à exploiter ce thème, en vue de rassembler mes écrits dans un recueil. Pas difficile de puiser les idées autour de soi avec un tel sujet. Chacune de mes nouvelles combine des éléments réels et des éléments fictifs, dans des proportions variables d'une histoire à l'autre.

Tu me dis qu'il y a un fil conducteur à toutes tes nouvelles et j'ai bien compris lequel. Y a-t-il également une figure emblématique récurrente ?
Non. Mes personnages sont, je crois, très différents les uns des autres. Ce sont des hommes ou des femmes de tous âges. Ils ont néanmoins un point commun, ils sont en proie à des émotions ou des sentiments qui dictent leur conduite.
Tu parles de tes deux précédents ouvrages. Je les ai lus. Tu me dis que tu cherches désormais l'harmonie et la fluidité. or, ce qui frappe le lecteur dès les premières lignes de Trop plein, c'est bien un style gouleyant... plus encore, à mon avis dans Sauvetages qui se lit... trop vite. Ne crois-tu pas que de retravailler plus tes textes risque d'apporter un manque de spontanéité, spontanéité très présente dans les 2 premiers opus ?
Je retravaillerais bien certaines nouvelles de Trop-plein que je ne trouve plus à mon goût maintenant. En ce qui concerne Sauvetages, tu as raison, j'aurais sans doute dû m'étendre davantage. Mais, comme jusque-là, je n'avais écrit que des nouvelles, genre qui demande rigueur et concision, j'ai sans doute eu tendance à rester fidèle à ces mêmes critères dans mon premier roman. Dans le prochain, je vais tâcher de tenir compte de ce défaut ; j'essayerai d'accorder plus de liberté à ma plume ! Quant à la spontanéité, elle n'est qu'illusion ! Et j'en reviens à ce que j'ai dit précédemment, il faut travailler d'arrache-pied pour l'atteindre. Comme l'a écrit Boileau... : "Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage, vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage: Polissez-le sans cesse et le repolissez-le ; Ajoutez quelquefois et souvent effacez."

Le titre du livre correspond au titre d'une des nouvelles, qui se différencie des autres parce que le "héros" est un objet, c'est un tableau qui a la faculté de penser. Il est accroché dans le salon d'une famille et il est le spectateur de leur vie. Le couple, parent d'un jeune enfant, se déchire et le tableau assiste, impuissant, à des scènes de ménage à répétition. J'ai aimé introduire une part de fantastique dans cette nouvelle, je n'avais pas encore expérimenté ce domaine.
Est-ce que l'action dans tes nouvelles est clairement ancrée dans un lieu, une région, un paysage? Si oui, lequel ? Si non, pourquoi ?
Chaque nouvelle a pour cadre un lieu différent. Evidemment, j'évoque le plus souvent des endroits que je connais, sans forcément citer précisément leur nom. Pourquoi se priver de changement, c'est agréable de voyager de la sorte, à la fois pour l'auteur et le lecteur, non ?
As-tu déjà une idée du sujet du prochain bouquin ?
Oui, j'ai entrepris un roman policier, mais je n'en suis qu'au tout début. J'ai très envie d'écrire, problème, je manque de temps pour le faire.
Ton interview est presque finalisé... mais j'ai encore une petite question qui me titille... Ta coverture... Non, TES couvertures :
Il me semble (tu me dis si je me trompe) que tu es aussi artiste peintre. Est-ce toi qui crées tes visuels? Le dernier, surtout ? Un petit côté naÏf qui interpelle... Tu m'expliques?
Je suis membre de l'atelier d'art de ma ville depuis 18 ans. Par conséquent, je suis capable de dessiner en m'aidant, par exemple, d'une photo, mais, pour créer, c'est une autre histoire ! Il faut avoir du talent. Je préfère donc en laisser le soin à Fralien. Elle avait déjà réalisé ma précédente couverture et j'étais très satisfaite du résultat.
En ce qui concerne "Je ne suis qu'une oeuvre d'art", la première couverture qu'elle m'a proposée ne me convenait pas. Le dessin était trop réaliste et ne correspondait pas au tableau évoqué dans ma nouvelle, qui lui, est moderne. Voici ce que j'ai écrit dans le livre:
Pour me décrire le mieux possible, je dirais que je suis un amalgame de la Joconde et de la Sibylle de Delphes, version ultramoderne, en raison de mes couleurs criardes et de mes formes atypiques. Le mariage réussi du mystère et de l'inquiétude donc. Comme l'oeuvre de Léonard de Vinci, les contours de mon visage baignent dans un voile vaporeux, le fameux sfumato, et comme dans le détail du plafond de la chapelle Sixtine de Michel-Ange, j'arbore un geste suspendu qui me rend des plus vivantes. Ne me manque que la parole pour parfaire le tableau, si j'ose m'exprimer ainsi."
J'ai donc réexpliqué à Fralien ce que j'attendais et la deuxième proposition reçue a été la bonne !
Pour le bande-annonce du livre, j'ai sollicité les services d'une illustratrice de mon département, Katyk, que j'avais rencontrée lors de salons littéraires. Elle a réalisé quinze dessins humoristiques, un pour chaque nouvelle. Je lui ai fait parvenir mes textes, un par un, en joignant, à chaque fois, quelques lignes expliquant le passage que je voulais qu'elle représente. J'ai été bluffée par le résultat, tout était conforme à mes souhaits, comme si, d'un coup de baguette magique, mes désirs devenaient réalité !
La musique a aussi été créée spécialement pour la bande-annonce par un compositeur meusien qui s'appelle Patrick Lagneau et qui est également auteur.
Voilà tu sais tout.
Presque... J'ai trop envie de faire partager cette fameuse vidéo... La voici, donc !
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nadinegroenecke-auteur.over-blog.com
Christine Brunet
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